Journaux de ifoskou de
2. Journaux de Minsk, de Wilno, de Varsovie et de Posen de 1812.
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fortunée patrie. Le héros du siècle, dont ]a renommée retentira dans un long avenir, a daigné jeter les yeux sur nous, et depuis tout a pris un autre aspect. Les fièrcs et audacieuses cohortes moskovitcs se sauvent à la vue des légions gallo-polonaises. A partir des contrées brûlantes du Tagc jusqu'aux steppes glacées du Volga, la terre, soumise aux lois de Napoléon, accepte sa volonté, ses codes, parce que les germes de la civilisation et de l'égalité s'attachent aux pas des Français et de leur Empereur. Et nous, qui, il y a encore trois mois, étions séparés de nos frères des bords de la Wistule , nous sommes aujourd'hui réunis de nouveau, et nous entendons ces grandes paroles , sorties de la bouche du héros : La Pologne existe, et vous ûles redevenus Polonais! Aussi, nousnous unissons de cœur et d'âme à l'acte de la Confédération générale formé à Varsovie, et embrassant la Pologne dans toute son intégrité!
Nos cœurs pouvaient-ils former d'autres vœux? Tous nossacrificesdésormais auront pour but la régénération delà Pologne. Les invincibles légions de Naj)oléon le Grand, après avoir franchi le Niémen, le Bug, la Dzwina et le Dnieper après avoir vaincu l'un des parlageurs de la Pologne, à Mohilew, à Polotsk, à Ostrowno,à Smolcnsk, à Mojaïsk, ontenfin planté leurs victorieux étendards sur les tours de la capitale moskovite! Depuis IGll , Moskou n'avait pas vu d'étrangers. Durant deux cents ans, son orgueil insatiable semblait délier l'EuroiJe; il cherchait à annihiler les souvenirs des Polonais, alors qu'ils amenaient les tzars, aux pieds de notre Roi Sigismond IIL Mais aujourd'liui la justice du ciel s'appesantit par le bras de Napoléon ; le Moskovite tremblant plie le genoux devant ce héros , et attend le sort qu'il lui réserve. A la place des Zolkiewski , des Gosiewski. des Sapieha, des Batory, des Zamoyski, des Radziwill, noscélèbres ancêtres, le Moskovite regarde aujourd'hui avec effroi lesPoniatowski, IcsDombrowski, les Kniaziewicz, les Zaïonczek , les Oginski , les Czarloryski , les Sanguszko, les Krasinski, etc. Il regarde surtout le descendant des Radziwill qui, jadis, ont fait sentir la puissance de leurs armes!
Le sang polonais a déjà lavé les fautes du passé ; les héros d'aujourd'luii ont retrouvé le chemin de leur ancienne gloire. Et nous, Lithuaniens, n'oublions jamais que nous sommes les enfants de la Pologne, que nos compatriotes nous appellentàpartager leurs dangers; que le héros du siècle, notre libérateur, Napoléon le Grand, nous conduit à notre régénération; que tous les peuples déclarent que notre heure est arrivée; que nos frères qui sont sous le joug nous tendent leurs bras suppliants ! Souvenez-vous que des Polonais blessés ou morts dans cette campagne nous crient de les venger. Ce sont les Mielzynski, lesGrabowski, les Potkanski, les Gawer, les Dembowski, les Miaskowski, les Czaykowskiet tant d'autres braves! Montrons-nous dignes de notre destinée; montrons que le sang polonais coule dans nos veines. Déposons sur l'autel de la patrie nos offrandes et obéissons à notre libérateur. Oublions les personnalités et pensons uniquement au bien public. Formons des régiments, et soyons persuadés que l'accomplissement de tous nos devoirs sera notre plus belle récompense; pensons toujours qu'en travaillant pour la Pologne nous travaillons pour nous-mêmes. N'oublions jamais que nos compatriotes de la Wistule ont reconquis , il y a peu d'années, leur patrie , en lui faisant des sacrifices et en se dévouant à Napoléon; imitons-les; unissons toutes nos forces morales et matérielles, et nous relèverons en entier notre grande et glorieuse Pologne. Soyons Polonais, et nous puiserons dans ce mot toutes nos consolations!
Réunis comme nous sommes, sous les voûtes augustes de notre cathédrale, pour porter ici nos remerctments à Dieu pour les triomphes qui signalent les
pas de Napoléon; implorons en même temps le secours de la Providence en la suppliant qu'elle nous permette de voir l'œuvre de notre régénération couronnée par d'heureux résultats; implorons-la, qu'elle préserve notre protecteur pour le bonheur de l'Europe ! Et vous, illustre clergé polonais, unissez votre voix et vos prières aux nôtres , et écrions-nous avec toute la Pologne : Vive le grand Napoléon, libérateur de la Pologne!
Lettre de M. C. Oginshi à VEmpcreur Alexandre I", en Vengagcant de profiter des circonstances pour rétablir la Pologne dans son intégrité, et en lui envoyant le projet d'une proclamalion aux Polonais.
(Extrait.)
Saint-Pétersbourg, le 7/19 octobre 1812'. Sire,
Je n'ai jamais douté qu'avec de la persévérance et les ressources inconnues de la Russie, on rendrait nuls tous les eiïorts de Napoléon; mais je ne pouvais jamais supposer qu'il s'aventurât au point de donner sur lui tant d'avantages, dont il ne faut pas pourtant triompher avant le temps; il peut encore s'en tirer glorieusement, et je ne crois pas qu'en abandonnant môme Moskou, il renonce à ses projets, et cesse d'être un ennemi formidable. Il mettra en oeuvre toutes ses ressources et ses expédients; il se frayera un chemin malgré les obstacles qu'on lui opposera.... Il pourra armer des partisans qui feront beaucoup da mal. Il est connu par expérience que ce genre de petite guerre a été emplové toujours avec beaucoup de succès par les Polonais dans le temps de la confédération de Bar, et pendant la dernière insurrection de 1794.
Pourquoi ne pas donner quelque consolation aux Polonais, qui attendent tout de Votre Majesté Impériale: pourquoi ne pas leur faire connaître vos bienveillantes intentions. Sire, et fortifier leurs espérances? Il n'y a plus de ména;cments à garder, et toute crainte de se compromettre est évanouie.... Les chances cessent d'être douteuses. C'est à Votre Mnjesté Impériale d'en profiter, defiier le système politique de l'Europe et de tracer les frontières de la Russie qui deviendrai l'avenir inattaquable, si la Pologne lui sertde barrière et dé rempart.
Une proclamalion par laquelle Votre Majesté Impériale se déclarerait Roi de PoloQfie , serait sans doute bien plus efficace que des promesses; mais si elle veut différer cette proclamation , une lettre adressée au maréchal prince Koutousoff et rendue publique par la voie de l'impression, produirait déjà l'edet d'une baguette magique dont le charme s'étendrait au delà de la Wistule....On abandonnerait celui qui leur donnait de vaines espérances, et on irait se jeier aux pieds du véritable bienfaiteur et régénérateur de la Pologne !...
11 est urgent que les généraux russes, en faisant reculer Napoléon, portent la branche d'olive aux Polonais, qui, sans cela, livrés au désespoir, établiraient une guerre nationale dans leur pays, ou fuiraient leurs maisons paternelles, n'étant prévenus et tranquillisés par des proclamations rassurantes, publiées au nom de Votre Majesté Impériale....
Après avoir pesé mûrement et sans partialité les avantages et les inconvénients du rétablissement de la Pologne, je ne crains pas que l'on présente cette discussion à tout ministre éclairé et à tout homme sage et réfléchi. Il n'y en i