Oginski, Uémoiret, t. III, p
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vous ne voulez profiter de vos victoires, Sire, que pour tendre une main bienfaisante aux mallicurcux ; et voire bon cœur ne serait pas satisfait si le cli;Uimcnt de quebjues victimes troublait le plaisir dernier, un pardon général.
C'est pourquoi nous croyons que des exceptions particulières dans l'acte d'amnistie ne répondraient point aux vues bienfaisantes de Votre Majesté Impériale, et altéreraient l'impression qu'il doit nécessairement produire dans toute l'Europe.
Au milieu d'une guerre dont il n'y a pas eu d'exemple et dont les résultats étaient aussi éloignés qu'incertains, les Lithuaniens, se voyant abandonnés par leur souverain et ses armées, se trouvant livrés à un ennemi puissant, qui joignait aux prestiges de la séduction les menaces et la terreur, cédèrent, les uns aux impulsions de l'espérance , et d'autres à celles de la crainte.
Quel que soit le sentiment qui ait conduit chacun en particulier, je pense qu'on ne peut classifier les torts dont on les accuso, et excuser les uns en condamnant les autres, sans s'exposer à des actes d'injustice.
Si, d'après les principes généreux et équitables que Votre Majesté Impériale a admis, il doit y avoir une amnistie pour ceux qui ont accepté des places civiles ou militaires lors du séjour des armées françaises, comment la refuser à ceux (juc l'on accuso d'avoir prononcé des discours ou signé des proclamations contre le gouvernement russe ou la personne sacrée de Votre Majesté Impériale?
Il y a des têtes exaltées et des fanatiques dans tous les pays, et ce n'est que dans celte classe que l'on pourrait placer ceux dont la bouche ou la plume so serait souillée, en osant s'exprimer d'une manière oiïensante contre le meilleur des souverains. Mais Votre Majesté Impériale voudrait-elle punir ceux qui lui auraient manqué personnellement et pardonner à ceux qui auraient pris les armes contre la Russie? Je suis persuadé que ce n'est pas son intention ; et rien ne peut me faire douter que malgré toutes les représentations que l'on fera à Votre Majesté Impériale contre les Lithuaniens, l'acte d'amnistie, sans flétrir leur caractère national, sans exagérer leurs torts, et sans exception quelconque, sera signé par elle, et paraîtra sous cette forme qui inspire le respect, l'admiration et la reconnaissance, en portant l'empreinte du caractère de son auguste auteur, qui sait vaincre et pardonner.
Cet acte sera vivement senti et apprécié par les Ames sensibles qui ont pu s'égarer momentanément. Il couvrira do honte le petit nombre de ceux qui ont pu vous méconnaître, Sirel II réveillera en eux tous les remords de la conscience, et les ramènera à un repentir sincère.
Cet acte vous frayera le chemin dans le duché do Varsovie, où tous les habitants accueilleront avec empressement le vainqueur généreux; et tandis que les armées victorieuses détruiront les forces armées de Napoléon et occuperont de vastes contrées, l'acte d'amnistie fera plus encore, il subjuguera les cœurs des habitants, en les attachant bien sincèrement à Votre Majesté Impériale.
Je regarderai comme le plus beau jour de ma vie celui où je verrai la signature de Votre Majesté Impériale apposée à ce manifeste sublime qui ne peut être que votre ouvrage, Sire! Je partagerai l'enthousiasme de mes compatriotes, et j'aurai part à cette jouissance pure qu'éprouvera le souverain bienfaisant dont personne mieux que moi ne connaît les sentiments.
Je verrai dans la publication de cet acte l'avant-coureur de l'exécution des vastes projets de Votre Majesté Impériale, qui doiveol fixer les destinées des
Polonais; et, arrosant de larmes de reconnaissance la main dispensatrice de grâces et de bienfaits, je dirai avec assurance que seize millions d'individus qui devront la régénération de leur patrie à Votre MajestéiImpériale,ferontoublier, par leur dévouement, les torts que quelques-uns d'entre eux ont pu avoir. Je suis, etc.
M. C. Oginski.
Acte d'amnistie d'Alexandre I" accordé aux Lithuaniens et aux Rutlié7iiens ' .
Wilno, 12-24 décembre 1812.
Nous, par la grâce de Dieu, Alexandre I" Empereur et autocrate de toutes les Russies, etc.
Faisons savoir universellement :
Dans la présente guerre contre les Français la plus grande partie des habitants des provinces ci-devant polonaises, et maintenant réunies à la Russie, nous sont restés fidèles, et conséquemmcnt ont fait, à l'égal de tous nos autres fidèles sujets, ;\ notre gratitude et à noire bienveillance. Jfais d'autres se sont attirés, de diiïérentes manières notre juste ressentiment. Quelques-uns, à l'époque de l'entrée de l'ennemi sur le territoire de noire empire, intimidés par la crainte de la violence et de la contrainte, ou séduits par le vain espoir de garantir leurs biens de la destruction et du pillage ont accepté des places et des emplois imposés par lui. D'autres, dont le nombre est plus petit, mais le crime incomparablement plus grand , même avant l'invasion de leur pays, se sont ralliés aux bannières de l'étranger, et se sont réunis à lui pour porter les armes contre nous, préférant ainsi un honteux esclavage sous lui, à la ûdélité qu'ils nous devaient en qualité de sujets.
Le glaive de la justice aurait dû punir ces derniers; mais voyant la colère de Dieu qui s'est manifestée sur eux en les frappant avec ceux à la dominaiion desquels ils s'étaient traîtreusement soumis, et cédant à la voix de la miséricorde et de la commissération qui nous inspire, nous leur accordons très-gracieusement une amnistie générale et particulière, en vouant tout le passé à un oubli éternel et à un silence profond, et en défendant de susciter à l'avenir aucune recherche sur ces aiïaires. Nous sommes bien persuadé d'ailleurs que ceui qui se sont détachés de nous, seront touchés de la douceur de nos procédé» à leur égard, et retourneront dans leurs foyers dans l'espace Je deux mois à dater d'aujourd'hui. Quant à ceux qui, refusant de profiter du pardon que nous leur accordons, resteront même après le terme annoncé, au service de nos ennemis, et, sans avoir égard à l'amnistie, dans leur endurcissement, la Russie ne les recevra plus dans son sein, et leurs biens seront confisqués !
Les prisonniers pris les armes à la main ne sont point exceptés de celle arasistie générale; toutefois sans violer les lois de l'équité, nous ne pouvons suivre à leur égard les impulsions de notre cœur, avant que leur caplivjîé ne soit terminée par la cessation de la présente guerre. Au reste, ils jouiront aur-si dans un temps convenable de ce pardon général accordé par nous à tous cl à chacun. Notre vœu est que chacun participe à la joie générale que la destruction et l'anéantissement complet des forces des ennemis de toutes les nations
1. Cet acte était plus restreint et plus ambigu que celui que proposait li prince Oginski. {Note de l'éditeur.)
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,loit inspirer, et que chacun en ren.le grîicc à Dieu avec un cœur non contrit! NOUS espérons d'ailleurs que ce pardon paternel, et qui nous a été suggère uniou ment par notre miséricorde, inspirera un repentir sincère aux coupables, et montrera à tous les habitants des provinces ci-devant polonaises, quen mialité de peuples d'une origine et d'un langage communs avec les Russes, ils rtrouveront jamais et nulle part de plus grand bonheur et de plus grande sùretéqu'en faisant un même corps avec la puissante cl généreuse Russie.
Alexandre.
Lettre de VEmpereur Alexandre I" au prince Adam-Georges Czartoryshi, à Pulaivy.
Leypuny, 1/13 janvier 1813'.
Il y a deux jours que je suis en possession de votre intéressanteleltredu 15 décembre 18l2etdela copiede celle du 6. avec toutes les annexes. C'est à Merecz que M. Kluczewski me les a remises ; mais jusqu'ici la lettre originale du 6 ne m'est pas venue encore. , . , n-
Aujourd'hui, j'ai reçu par le corps d'armée de Tschitschagoa une pièce signée : « le Ministre de l'intérieur, Thadé Mostowski, dans une enveloppe à mon adresse. J'enjoins ici la copie. Je ne perds pas un moment pour vous répondre, et cette réponse servira de môme aux papiers de M. Mostowski.
Les propositions renfermées dans tous ces papiers et les sentiments personnels qu'on me témoigne ont excité en moi la plus vive sensibilité. Les succès par lesquels la Providence a voulu bénir mes efforts et ma persévérance n'ont nullement changé ni mes sentiments ni mes intentions envers la Pologne; que vos compatriotes soient donc tranquilles sur les appréhensions qu'ils peuvent avoir. La vengeance est un sentiment qui m est inconnu, et ma plus douce jouissance estde payer le mal par le bien • les ordres les plus sévères sont donnés à tous mes géné- • raux'd'agir en conséquence, et de traiter tous les Polonais en
amis et en frères. .
Je vais vous parler avec toute franchise. Pour faire réussir mes idées favorites sur la Pologne, j'ai à vaincre quelques difficultés, malgré le brillant de ma position actuelle.
D'abord, l'opinion en Russie. La manière dont 1 armée polonaise s'est conduite chez nous, le sac de Smolensk, de Moskou, la dévastation de tout le pays, ont ramené les anciennes haines.