Hoffmann Alex. Ch. Idem
compatriotes, d'étendre les frontières de la Pologne jusqu'à la Dzwina et au
Boryslhène , ce qui , en rétablissant une certaine proportion de force et de nom- 1
bre, aurait contribué à maintenir entre les Russes et nous une considération
mutuelle et une amitié stable.
Ayant une constitution libérale et tout à fait séparée, comme ils se le i>ro- .
mettaient, les Polonais se seraient estimés heureux de se trouver avec les Russes I
sous le sceptre d'un si grand monarque. Mais, dès le début, j'aperçois un ordre Y
des choses tout différent: les Russes remplissent, concurremment avec nous, les premières places du gouvernement. Ceci ne peut certainement pas inspirer une grande confiance aux Polonais, ils prévoient, non sans crainte, qu'avec le temps le nom Polonais tombera dans le mépris, et que les Russes nous traiteront bientôt comme leurs sujets; et en effet, comment une population si bornée pourrait-elle se soustraire à leur prépondérance? Et ceux de nos frères retonus il
sous le sceptre de la Russie, pouvons-nous les oublier? Nos cœurs souffrent de {
ne pas les voir réunis à nous : nous avons pour garant de cette réunion la pa- |j
rôle sacrée de l'empereur lui-même. C'était ainsi que devait se former une population de quinze à seize millions d'âmes, qui aurait constitué le royaume de Pologne, royaume qui, comme celui de Hongrie, ayant sa constitution et ses lois particulières, devait, sous un même sceptre , former un même empire avec la Russie. Ici je dois séparer les intentions généreuses et humaines de l'empereur, d'avec la politique de son cabinet. Je conserverai jusqu'à la mort une juste reconnaissance envers ce prince, pour avoir ressuscité le nom Polonais, quoiqu'en lui donnant des bornes si restreintes. Que la Providence vous dirige: quant à moi, ne pouvant plus servir utilement ma patrie, je me réfugie ea Suisse. Vous savez si j'ai coopéré , autant qu'il a été en moi , au bien public. «
■ Organisation législative et judiciaire du grand-duché de Posen.
Posen, le l'2 juillet l«i:. '.
Sa Majesté Royale, par son ordre de cabinet du 3 mai 1815, a daigné prescrire le mode judiciaire selon lequel le grand-duché de Posen sera régi à l'avenir. Maintenant que les tribunaux vont s'ouvrir, j'annonce en conséquence ce qui suit:
§ 1. La loi prussienne recouvrera de nouveau son autorité, le jour qui sera indiqué ultérieurement; mais les rapports actuels entre les propriétaires et les paysans qui sont établis sur les terres des premiers, sont conservés; ces paysans sont parfaitement libres; et regardés en conséquence comme usufruitiers; ils ne sont tenus à certaines prestations en argent, en redevances de journées de travail, que selon les arrangements qu'ils auraient conclu réciproquement. Ainsi, les paysans et les propriétaires, après les arrangements convenus, peuvent se séparer au bout d'un an , au cas qu'ils ne s'entendraient plus.
§ 2. Les jugements civils sont maintenus jusqu'à nouvel ordre; toute."o;s, quand il s'agira d'abolir un abus, on avisera.
§ 3. Les juges de paix sont maintenus, mais les juges terriens, dans les arrondissements peu peuplés, auront recours aux tribunaux civils actuels.
§ 4. Ces juges terriens formeront réciproquement une instance d'appel.
S 5. A Posen, la haute cour d'appel, qui sera organisée plus tard, proiioncera en attendant dans la troisième et dernière instance.
1. Skorzewski Stanislas, Recueil de doeum. vél. au gf.-d. de Posen, p. 145.
§ 6. On aura soin de choisir, parmi les régnicolcs, tous les fonctionnaires civils, les plus probes et les plus capables. Le prûmier président de la Cour d'appel, ainsi que les présidents des tribunaux terriens, seront également clioisii parmi les citoyens nés dans le grand-duclié.
§7. La langue polonaise sera maintenue dans toutes les transactions judiclaires; la langue allemande ne sera employée que dans les arrondissements où elle prédomine réellement; alors les procès-verbaux seront rédigés en allemand.
Quant aux hypothèques, héritages ou aiïaires criminelles, on statuera plus tard, quand la chose sera plus mûrement étudiée.
Sa Majesté vient de faire choix du second président de la Haute Cour d'appel, dans la personne du sieur Schonerniarck, et qui est déjà entré en fondions. Autant que mon autorité peut cadrer avec la sienne , j'agirai conjointementavec lui. Ce président aura la haute main sur toute la magistrature; aussi, tous les subordonnés lui doivent aide et .obéissance.
Zerboni di Sposelli, Président supérieur Royal prussien dans le grand-duché de Posen.
Mémoire sur la formation des troupes polonaises dans It grand-duché de Posen, à l'instar de celles de Pologne et de Galicie, prcsenlé au prince Antoine Radziwill, lieutenant du Roi de Prusse à Posen, par le général de division Amilkar Kosinski.
Posen, le 16 septembre 1815'.
La formation de l'état militaire, approuvée par la victoire, est certainement .la meilleure, et c'est le cas de dire, du système militaire en Prusse. Cetle raonarchie vient de reprendre ses droits acquis , à juste titre , de servir de modèle à l'Europe pour former les troupes tant dites de ligne que des miliccu , et je n'entreprends pas de les analyser; mon but unique est d'exposer les idées que le civisme inspire pour adapter et étendre ce même système dans le duché de Posen, avec la plus grande utilité pour l'État. Il résulte de cet énoncé, que je ne me propose de parler que de la composition et de l'habillement des troupes I
du grand-duché, sans envisager leur force. l
Il serait superflu de remontera l'antiquité pour prouver que la composilioa '
nationale des troupes fut toujours excellente; nous avons sous les yeux des '
exemples qui ne permettent aucune contestation sur cette vérité. Quiconque a !
observé les troupes autrichiennes, ne saurait disconvenir de la grande dido- {
rence, en fait de conduite militaire, qu'il y a entre les régiments hongrois cl j
les autres, et .quiconque a suivi les nuances particulières des régiments, con- t
viendra qu'il y a, même parmi les régiments hongrois, les uns plus bravesquc ;
les autres. Peut-on douter que cette différence n'est produite que par la com- |
position plus ou moins nationale? |
Le Gouvernement prussien est plus à même d'apprécier cette évidence , et ne |
doit jamais oublier les événements fâcheux de 1806 et 1897, où les Polonais, abandonnant par compagnies les drapeaux de leurs régiments, allant se mettre sous les ordres de leurs compatriotes, et, sans changer d'uniforme, se sont battus avec une si grande valeur contre ces mêmes régimenti qu'ils ve-
; l. Archives des Radziioill.
ANNÉE 181 y, 703
liaient d'abandonner. Qu'on ne dise pas que les circonstances politiques qui avaient alors amené cette désertion des Polonais ne sauraient plus so reproduire; on doit considérer plutôt que la situation politique actuelle du Royaume de Pologne et du grand-duché de Posen est précisément ce point essentiel de déplus qui manquait en IKOG; et, si une vague promesse fut capable alors d'ébranler tous les Polonais, si une soi-disant confédération a pu embrasser li'
toute la Litvanie en 1812, qu'on pense aux résultats, si jamais un Roi de Po- *
logne, s'apercevant que le plus beau fleuron de sa couronne est détaché, réveille l'orgueil national et parle de l'intégrer? On me' dira peut-être que dans ' cette supposition il y aurait plus de danger d'avoir des troupes polonaises de la composition purement nationale; mais j'en appelle aux sentiments de tout homme d'honneur, s'il y a à craindre qu'une généreuse confiance produise la trahison?... Je conviens qu'il serait bien douloureux pour les troupes polo- i| naises du grand-duché d'être employées contre leurs compatriotes du Royaume ! de Pologne; mais, comme encas de guerre avec ce royaume il y aurait d'autres jj provinces à garder, les troupes du grand-duché y remplaceraient les autres ij sans inconvénient. ' i,
Cette objection détruite, il n'y a plus rien , à mon avis, qui puisse s'opposer '
à la formation purement nationale dans le grand-duché de Posen, soit des troupes de ligne, soit des milices; j'oserais même soutenir que c'est le seul '
moyen de la rendre utile à l'État, comme j'envisage pour la plus défectueuse, la composition mixte, c'est-à-dire l'amalgame en officiers et soldats, de plusieurs nations.... Certes, une pareille composition n'enfantera jamais les bataillons sacrés des Thébains, et ce serait le moindre mal que l'absence de ce ' qu'on appelle l'esprit de corps; d'autres inconvénients sont inévitables: tels sont la désunion, les intrigues, les commérages, la défiance réciproque, les complots , les jalousies, les préférences, les injustices et ce qui est par-dessu» tout, c'est-à-dire de la vengeance à la première occasion!
Ces inconvénients, toujours préjudiciables au bien du service, peuvent devenir d'une plus grande importance pour l'Ëtat, si dans cette composition mixte on emploie les individus de deux nations dont la religion , le caractère , le langage, les mœurs, les habitudes sont diamétralement opposés, comme c'est le cas entre les Allemands et les Polonais. On se tromperait bien , si on croyait qu'un chef et quelques officiers allemands, dans un régiment poloinis, sont capables d'assurer au Gouvernement prussien la fidélité et le dévouement des officiers polonais et de la troupe. En analysant sans prévention ce moyen, on conviendra qu'il doit produire l'effet absolument contraire. D'abord, les officiers allemands, dans un régiment polonais, ne seront envisagés que comme les organes de la police secrète; par coaséciucal, ils seront haïs et évités.. , ■
Secondement, les Polonais, avertis d'une manière aussi palpable de la méfiance du Gouvernement prussien, choqués par une opinion outrageante pour tout homme d'honneur, auront-ils beaucoup à perdre en devenant traîtres, si le Gouvernement les a d'avance jugés capables de cette infamie? Enfin, quel est l'officier d'honneur, l'officier de quelque distinction, qui voudrait servir dans un régiment flétri dans sa naissance par l'opinion de son Gouvernement? Tout au contraire, dans la composition purement nationale, l'orgueil national, la réputation individuelle, l'honneur du corps, l'éinulation avec les autres troupes de Sa Majesté Prussienne, sont autant de motifs, pour ainsi dire naturels, pour porter aux sentiments nobles et élevés.
Cependant la composition nationale de« troupes «erait insuffisante de sou-
tenir ce preslip" de nationalité qui, en inspirant le fanatisme patriotique « immortalisa le nom Polonais dans les derniers (îvéncmonts politiques, si on re. tranchait de l'ii-ibiliemcnt la coupe et les couleurs nationulcs. Telle est la force des haliiluri s humaines, que souvent une chose indifTcrcnle on elle-même se prêtant à j'il usinn . remplace la réalité. Cette illusion a merveillensemeni servi la formaiion des légions polonaises en Italie, qui avaient désorganisé lesarméei autrichiennes et rendu des services signalés à la France. La coupe de l'uniforme et les couleurs nationales faisaient voir aux Polonais dispersés dans le$ régiments autrichiens , leur patrie sur les bords de l'Adige , du Pô et de l'Arno Par ce même moyen on les convaincra, à plus forte raison, qu'ils ne I'odI pas penlue sur les liords de la Warlha et de l'Oder. Il n'est pas à présumer que l'établissement de l'état militaire national dans le grand-duché de Poscn puisse donner lie l'ombrage aux voisins de Sa Majesté Prussienne.
Les Empereurs de Russie et d'Autriche sont les seuls qui peuvent y prêter quelque attention ; mais le premier ayant déclaré par s.', proclamation (2ô mai) adressée aux Polonais que, ne pouvant sauver l'intégrité de la Pologne il» stipulé, au moins, par les traités, la conservation de la nationalité même aux provinces délacliéi^s (Litvano-ruthéniennes), ne saurait voir qu'avec une satij. faction, ces engagements remplis par Sa Majesté Prussienne. Quant à l'Empcreur d'Autriche , il participe non seulement aux engagements des traités de Vienne, mais, dés la première occupation de laGalicie, il a créé lui-mémedes régiments nationaux de houlans et la garde noble galicienne. Ainsi, la formation purement nalionale dans tous les détails, tant des troupes de ligne que des milictisdansle grand-duché de Posen, étant conforme aux engagements solennels stipulés par les traités de Vienne , ne saurait contrarier les intérêts dcj puissances co-partagcantes: elle remplirait la promesse particulière que Sa Majesté a généreusement donnée i\ ses, nouveaux sujets au moment de l'occupalioD de cette province (1.^ mai), de conserver leur nationalité: elle est la seule capable de répondre à l'utilité de l'État et au bien du service de Sa Majesté. Celte formation serait enfin un nouveau bienfait pour le pays, en procurant un établissement honorable pour la jeunesse, et sous ce point de vue ne saurait être indifférente ru cœur paternel de Sa Majesté.
Amilkar Kosinski.
Proclamation drs trois résidents autrichien, prussien et russe, adressée aux habitants de la République de Krakovie, à l'occasion de rétablissement de la commission organisatrice, par la volmlc des trois puissances co-partageantes de la Pologne.
Krakovie, le 12 octobre 1815'.
Citoyens de la ville libre de Krakovie et de son arrondissemeal territorial , Les Monarcpies réunis au mémorable Congrès de Vienne, dans le but de pacifier l'Europe agile-- et opprimée par le despotisme et des calamités de tout genre . désirant rendre à chacun justice et bonheur, résolurent dinlroduirc uo nouvel ordre de choses. Voire sort, citoyens, ne devait échapper à leur paleroelle sollicitude ; aussi , sous les auspices des trois plus grands monarques,