‹ Recueil des traités, conventions et actes diplomatiques concernant la Pologne (volume 3)Chapitre 36 sur 95 · Archives secrètes du royaume · texte numérisé non relu

Archives secrètes du royaume

. 3. Lesur, 1820.

VOUS réunissant dans celte enceinte, en vous appelant i coopérer au maintien et au développement de vos institutions nationales, j'obéis à l'impulsion de mon cœur, je réalise un de mes vœux les plus chers.

Résultat de la confiance que j'ai placée en vous, ces in* stitutions s'affermiront par la confiance que vous placerez en moi.

Mon but, en vous les donnant, a été d'unir le pouvoir souverain aux pouvoirs intermédiaires, aux droits, aux intérêts légitimes de la société.

Je regarde ces liens comme indispensables; mais , pour être solides, ils réclament un secours sans lequel tout ici-bas succombe et dégénère.

Gardons-nous d'oublier que les institutions ne sont que l'ouvrage des hommes. Elles ont besoin, comme eux, d'un appui contre la faiblesse, d'une conscience contre l'erreur, et, comme eux, elles ne trouvent cet appui, cette conscience, que dans la morale chrétienne et dans ses divins préceptes.

Tous êtes restés Polonais, vous portez ce nom honorable; mais je vous l'ai dit précédemment, il n'y avait que l'applicalion des Tnaximes de cette bienfaisante morale qui [lût vous rendre une aussi glorieuse prérogative. Suivez-les donc aussi, de votre côté, ces maximes salutaires; puisez à leur source cette bonne foi qu'elles vous prescrivent envers vous-mêmes, comme envers les autres ; puisez-y cet amour de la vérité qui ne cherche qu'elle, qui n'écoute, ne parle que son langage, et vous m'aiderez efficacement à consolider l'œuvre de la régénération de votre pairie.

J'ai prononcé devant vous le mot de vérité : car c'est la vérité que je vous demande ; je drsire la connaître par votre organe ; dites-la avec franchise, mais avec calme et cordialité.

Elle vous apparaîtra environnée de tout son jour, cette vérité, lorsque vous la chercherez dans les choses et non dans de vaines abstractions, lorsque vous jugerez de votre situation sur le témoignage des faits, et non d'après les théories qu'invoquent de nos jours des ambitions déchues ou des ambitions naissantes.

La vérité enfin caractérisera vos opinions, lorsque, n'écoutant que les grands intérêts dont vous êtes dépositaires, et ban-

nissant loin de vos conseils l'animosité, les convenances isolées, les vues personnelles, vous vous élèverez à la hauteur de votre auguste mission.

Ce ne sera qu'alors que vous aurez rempli votre tâche. Je vais maintenant m'acquitter de la mienne.

Mes ministres vous présenteront le tableau de toutes les mesures organiques et administratives prises et exécutées depuis deux ans. A'ous aimerez sans doute à vous convaincre du bien qu'elles ont produit, en le comparant h tous les maux dont il fallait effacer les traces encore profondément empreintes. Le désir d'atteindre ce but n'a peut-être pas toujours suivi les voies signalées par le régime que je me suis plu à vous accorder : peut-être aussi des besoins urgents et simultanés ont-ils augmenté par leur concours la somme des dépenses qu'ils nécessitaient.

Cependant mes intentions ne changent point, et ma ferme Yolonté est qu'à l'avenir les règles, une fois établies, soient strictement observées, et les ressources des contribuables ménagées avec le plus religieux scrupule.

Les demandes que vous m'avez présentées ont été prises en sérieuse considération. Vous allez apprendre comment il y a été et il pourra encore y être satisfait, et pourquoi il a fallu surseoir ou renoncer à l'accomplissement de quelques-unes d'entre elles. Parmi celles quels gouvernement s'est empressé d'accueillir, se trouvent les projets de lois qui vous seront communiqués.

Vous désiriez une procédure civile dont la marche fût plus droite et plus sûre; vous désiriez une procédure criminelle en harmonie avec le code pénal que vous avez Yoté à votre dernière session. Des projets de lois nouvelles vont vous être soumis, sous l'un et l'autre de ces rapports. Je les abandonne franchement à votre examen. Je sais que, pour atteindre le degré de perfection relative que nous pourrons leur donner, des lois de cette nature exigent une discussion approfondie, et je tcuï qu'elles portent le cachet d'une complète maturité.

Les orateurs du gouvernement vous instruiront de mes intentions à cet égard, et vous reconnaîtrez qu'elles assurent à votre vote une entière liberté, à tos délibérations une juste et indispensable latitude.

•'La loi financière rédarae encore le secours du temps et de

la réflexion. C'est en matière d'impôts surtout que les changements précoces sont dangereux. La stabilité des rt-glementsfait seule fleurir les finances. Le système des vôtres doit subir une réforme, mais il n'en doit subir qu'une. Elle sera introduite dès qu'elle aura été suffisamment préparée.

Représentants du royaume de Pologne! montrez à votre patrie que, forts de votre expérience, de vos principes, de vos sentiments, vous savez conserver, sous les auspices de vos lois, une indépendance tranquille et une liberté pure; montrez k vos contemporains que cette liberté est amie de l'ordre et de ses bienfaits, et que vous en recueillez les avantages, parce que vous avez su, parce que vous saurez toujours résister aux suggestions de la malveillance et aux dangers de l'exemple.

Ailleurs, l'usage et l'abus ont été placés sur la même ligne: ailleurs, en excitant le besoin factice d'une servile imitation, le génie du mal s'essaye à reprendre son funeste empire, et déjà il plane sur une partie de l'Europe, déjà il y accumule les forfaits et les catastrophes.

Au milieu de ces calamités, mon système de gouvernement restera invariable. J'en ai puisé les principes dans le sentiment intime.de mes devoirs.

Ces devoirs je les remplirai toujours avec bonne foi. Néanmoins cette bonne foi ne serait pas complète, si je pouvais méconnaître les grandes vérités qu'enseigne l'expérience.

Sans doute le siècle où nous vivons exige que l'ordre social ait des lois tutélaires pour base et pour garantie. Mais ce siècle impose aux gouvernements l'obligation de préserver ces mêmes lois de la fatale influence des passions, toujours inquiètes, toujours aveugles.

Sous ce rapport, une grave responsabilité pèse sur vous comme sur moi ; elle vous ordonne de suivre fidèlement la route que vous indiquent votre sagesse et votre loyauté ; elle me commande de vous avertir avec franchise des périls qui pourraient - ' vous entourer, et d'en garantir vos institutions; elle me prescrit de ne juger des mesures sur lesquelles je serai appelé à prononcer, que d'après leurs véritables conséquences, et non sur les qualifications dont l'esprit de parti les flétrit ou les décore ; elle j m'oblige enfin, pour prévenir la naissance du mal et la nécessité

Page 1