Archives de la Confédération de Bar
•les ennemis déclarés. Depuis soixante ans une guerre sourde et plus dangereuse que de sanglantes hostilités affaiblit et désole botre infortunée patrii ! Une peuplade sauvage et exécrai le ■nti-slave, qui ne peu! être désarmée par h justice, fléchie par la soumission, touchée par les bienfaits, rassasiée par le pillage, a entrepris de nous su! juguer.
Nous avons jusqu'ici employé toutes les vertus qui nous sont propres, un mélange inouï do déférence et de fermeté, niais leux oui nous ont donné ces grands exemples, en sont devenus les déplorables victimes. Les vertus les plus saintes ont ] pour des crimes aux yeux de nos oppresseurs, et de généreux citoyens, nos pères et nos modèles, gémissent aujourd'hui dans des cachots inconnus chez cette nation.
Si jamais l'homme eut des devoirs à remplir, ce sont ceux qui nous forcent enfin de recourir aux armes. La République envalne, la religion outragée; un État souverain mis sous le foug, la justice qu'on offrait de nous rendre dev< nue un piège, le droit des gens foulé aux pieds, nos sénateurs enchaînés!... Ken, je ne craindrai point do le dire, si les nations les plus servies éprouvaient du souverain le plus légitime tant d'injustices et tant d'outrages, il n'en est point d'assez là; lies pour les souffrir; i'univers entier applaudirait aux efforts de leur insurrection, et nous avons supporté ce qui dans les pays les plus assujettis justifierait la sédition el les révoltes.
Mais quel est le tyran qui nous persécute? quelle est cette nation insolente qui nous brave? Rappelons-nous, il en est temps, que ce vil peuple a toujours fui devant nos ancêtres. Vue ses souverains cm prêté hommage à nos rois; que, s'ils ont fond- au milieu des forêts et dos déserts un nouvel Empire, c'est qu'alors nous étions occupés par d'autres guerres dans l'intérêt de la civilisation européenne. Rappelons-nous que de simples gentilshommes polonais, pour venger leurs amis inaslacrésdans la eapitaledece nouvel État, à Moskou, assemblèrent leurs troupes domestiques et mirent en fuite le Tzar et ses armées; que, peu d'années après, quelques-uns de nos pères appelés dans cette cour perfide, y soutinrent tous les efforts des Hoskovites mutinés contre eux, et n'en soi tirent qu'après avoir réduit, celte capitale en cendres
II ne faut pas toutefois qu'un vain souvenir de gloire vous abuse, et nous dissimuler, en commençant une si généreuse entreprise, les avantages que les troupes moskovites ont à p sent sur nous. Des officiers expérimentés, des soldats aguerris, une discipline sévère, une artillerie nombreuse ; voilà, direzvous, une supériorité eflrayante! l\on, mes braves concitoyens, vous ne le dire;, pas; vous sentez en vous-mêmes de plus grands avantages, le courage personnel, l'honneur, dont le nom même est inconnu aux Moskovites, toutes les vertus auxquelles la discipline tâche en vain de suppléer.
Un seul homme, maître de celte nation barbare, lui a donné quelque célébrité, et dans cette discipline rigoureuse, qui consiste plus à craindre ses officiers que ses ennemis, c'est le génie terrible de cet ancien despote qui vit encore parmi eux pour s'éteindre à leur premier revers. Aucun de ces Moskovites ne sait ce qu'il veut de nous; ils exécutent de vains projets trami 3 dans les alcôves et dans les bains d'une femme, parricide et voluptueuse qui les gouverne, animaux dociles et féroces, qui, sans en espérer aucun avantage particulier, vainqueurs ou vaincus, n'agissent que par la crainte du fouet et des châtiments. Pour nous, tous frères el tous égaux, nous que. la pat rie appelle également à sa délivrance, tout ce que nous défendonsnous est commun et tout nous est personnel,
Nous commençons sans doute une pénible carrière, et ces premiers combats où nous nous engageons, ne sont que le prélude de nos travaux. Ce serait même une erreur fatale que de nous attendre h trouver nos sentimens chez ious nos compatriotes. Chez les nations les plus vertueuses, il se trouva tonjours des âmes lâches qui en furent l'opprobre. Dans les temps immortels de la Grèce, le passage des Thermopyles ne fut ouvert que par la trahison. Plus de la moitié des Grecs avait déjà cédé, quand quelques hommes généreux prirent la résolution de défendre leur liberté. Nous, qui aspirons à la même gloire, attendons-nous aux menus obstacles, ou plutôt félicitons-nous de ce que les âmes lâches se joindront à nos ennemis, de ce qu'elles se rendront à clic .--mêmes la justice sévère de se séparer d'avec nous»
D'autres, qui se croient de zélés citoyens, nous font deman-
(1er un grand secret : Que disent nos alliés? quels secours nous ont-ils promise que devons-nous attendre de telle Cour ou de telle autre? Comme si nous étions ci. coi'", au temps de ces délibérations craintives; comme si la situation où nous son nous laissait encore le choix des partis et les négociations diplomatiques pour ressources! Le dessein de nous subjuguer étant pris, les combats sont devenus nécessaires. Ce siècle heureux est passé où la Pologne se trouvant, liée au système ; rai de l'Europe, si quelque puissance eût entrepris de nous conquérir,nous étions assurés d'un secours étranger. Pendant que, sur la foi des événements anciens et d'une balance qui n'existe plus, la Pologne continuait d'attendre son salut du dehors, le joug de la Moskovie s'est appesanti de jour en jour, et désormais que peut importer à notre situation celle du reste de l'univers? Avons-nou 3 besoin de secours ou de conseils pour savoir si nous voulons vivre libres ou mourir?
Mais quel que soit le nombre des citoyens corrompus ou timides, la Pologne compte encore assez de citoyens courageux pour être assurée de sa délivrance. Braves confédérés, c'est au nom de toutes les provinces que je suis chargé de vous donner cette assurance. Une nombreuse noblesse, propre aux armes, attend avec une généreuse impatience que nous allions prêter la main à ses premiers efforts.
Le premier objet que nous ayons à nous proposer, c'est d'appuyer partout ces confédérations particulières; c'est de faire éclater tous les districts de proehe en proi lie ; et ceux qui se seront confédérés, prêtant ensuite la main h ceux de leur voisinage pour leur réunion, nous parviendrons ainsi h. confédérer toute la République. Ce n'est donc point un désespoir aveugle qui nous conduit, c'est une résolution ferme, une espérance fondée, un juste sentiment de ce que nous sommes.li doit laisser à la prudence toutes ces précautions et toutes ses vues. Aussi dois-je prévenir vos esprits sur les pièges que les Moskovites vont vous tendre, sur la mauvaise foi dos accommodements qu'ils vont vous offrir. Laissez-moi vous rappeler que leurs propositions sont plus à craindre pour nous que leurs attaques. Plus de traité entre eux et nous. Après que, sous l'espoir de rétablir les anciennes lois, la nation a été si':-
duite :' trahie, que] antre traité réste~t-il, que leur mort ou la nôtre.
Félicitons-nous, chers concitoyens, de ce que, par une destinée singulière, nous mourrons en nous vengeanl i
Catherine If, cette femme ambitieuse et perfide, qui ne croyant à aucune vertu, a cru d : son intérêt de les feindre toutes, verra, par ce généreux dévouement, tous ses artifices démentis. Notre sang volontairement ré] andu déposeï i contre sa tyrannie, et cotte fausse gloire dont elle est si amoureuse, sera ('gaiement flétrie par nos défaites et par nos victoires!
Joseph Pulaski.
Déclaration de îg Prusse, rc' itec par son ministre Benoît, concernant les confédérés de Bar.
Varsovie, 9 juillet 17681.
Le Roi, mon maître, ayan appris avec mécontentement qi ses diverses exhortations employées pour en{ agerun chacun à prendre le parti de la modération et de la paix, ont été infructueuses, que les mécontents prennent plaisir à se forger de fausses idées et à rép mdre que Sa Majesté défère à leurs sentiments, jusqu'à les appuyej secrètement, elle juge nécessaire de se servir <i s moyens les p res pour détruire ce pré
engagement et efïacei de l'esprit du public une aussi fausse O] -lion. En conséquence, le soussigné, ministre de S. M. prussienne, a l'honneur de déclarer par son ordre exprès, au Roi ci à la République de ! g te, e la façon d( penser que des gens malintentionnés nu mal instruits, prétendent attribi au Roi, est bien éloignée des mesures que Sa Majesté a prise-. conjointemi nt avec l'im] éi 'ii ice de Russie, touchantles affaires de Pologne: mesures qu'elle a si souvent et si publiquemenl fait connaître par des déclarations si solennellement réiîén et dans lesquelles elle persiste invariablement. Le ï\oï, mon maître, es* pleinement convaincu que la religion calij l la
liberté poloi aise ne sauraienl par la
dernière Diète, \insi Sa Majesté ne peut envisager que comme perturbateurs du repos public, ceux qui s'efforcent de renverser ; s i onstitutii ns de ladite Diète pour, sous le faux prétexte de
j. Arckiui ■■■ Prusse.
ANNÉE 17<îft. 67
maintenir la religion el la liberté, exposer la patrie a des maux infinis, Surtout quai 'I ils n'ont aucune apparence d'être secourus par des puissances étrangères. Sa Majesté conseille donc h chacun dos membres de l'illustre nation polonaise de renoncer à des entreprises aussi injustes et aussi inconsidérées et d'écouter plutôt la voix de la raison en se conformant à ce que la partie la plus saine de la nation a résolu et accepté. Le Roi, mon maître, se flatte que S. M. le roi de Pologne et la République recevront cette déclaration comme un nouveau témoignage de son inviolable amitié peur le royaume de Pologne, et qu'à cette occasion elles lui rendront la justice, duc à la pureté de ses sentiments. G. de Benoit.
Manifeste des habitants de la Ruthénie ou Russie-Blanche, faisant
■partie du grand-duché de Litvanie, en acculant à la Confêdé-
tion de Bar.
Mscislaw, août 176S ».
Nous, dignitaires, et toute la noblesse du Palatinat de Mscislaw, dans la Russie Blanche, ayant vu et approuvé par nous-mêmes la vérité de ce que tant de manifestes et de confédérations ont exposé :~vr les malheurs de notre patrie, nuis sentons que les cruautés de toute espèce, qui s'exercent journellement dans toutes les provinces de ce royaume républicain , ne nous permettent plus de douter que, sous le dehors d'une amitié, promise, la Russie n'ait pour but de nous soumettre à sa domination, et qu'elle cache les plus fanestes intentions sous les témoignages de désintéressement t-t d'humanité.
Au premier éclat de ses desseins perfides et cruels, un digne citoyen, Char'es Chreptowicz, notaire de Grodno, osa Je premier protester hautement contre la violence et les outrages faits à la nation assemblée eu Diète, et pour échapper à 1: vengeance des tyrans de la patrie, il est allé chercher un asile à Rome. Le courage de ce bon citoyen a*a point été infructueux; il a passé dans les cœurs ^<y< Krasinslrï et des Pulaski; ces grands Citoyens ont tout sacrifié au désir de sauver la République et l'honneur de la nation. Us n'ont point éié effrayés des forces delà Russie, et, formant une Confédération qui jusqu'ici se sou-