HUILE DE LIN
a a a— Filaments recourbés, première phase d’agrandissement des mycélia.
6— Mycélium présentant une branche latérale; ses extrémités montrent des dilatations d’une couleur foncée marquant les points de sortie des organes réproducteurs.
c— Mycélia soudés par leurs extrémités, ressemblant à deux feuilles opposées articulées par les pétioles.
d, — Mycéiium montrant l'organe réproduteur prêt à se détacher.
sans atteindre toutefois, sinon rarement, les dimensions des prolongements primitifs.
Lorsque ceci avait lieu, les deux prolongements, dont se soudaient les deux extrémités, les autres se conservant séparées et divergentes, un peu courbées et élargies aux sommets, ressemblaient à deux feuilles unies par les pétioles. Quelque fois, au milieu de ces deux appendices se montrait comme un bourgeon un troisième beaucoup plus petit. Ces appendices ne sont suivant nous que les mycélia rameux du champignon, qu’à cause de la configuration et du milieu où il se développe nous avons dénommé microclados oleorum (du grec micros , kladôs , petit rameau.)
Les spores reproducteurs des nouveaux végétaux sont cliassés par les extrémités élargies de ces rameaux.
En effet, le lendemain, 24 heures après ayant examiné la même lame, que nous avions laissée sous une cloche, où l’air ne pouvait pas entrer nous avons rencontré un nombre beaucoup plus considérable de mycélia, les uns simples, d’autres ramifiés. A côté de ces mycélia, nous avons vu des groupes de granulations, entourées d’une membrane protectrice, sans doute les sporules et les sporanges ou thèques, allongés en forme de raquette, résultant de la fructi-
fîcation des champignons, et des cristaux tabulaires épars présentant une nuance plus sombre. Nous croyons que ces cristaux sont de l’acide margarique mis en liberté sous l’action du ferment.
Les mycéliade l’buile de lin présentent une couleur blanche transparente ; ils sont dépourvus de mouvement. L’instant où ils commencent à se montrer sous le microscope coïncide avec le commencement de dessication de l’huile; ce phénomène se trouve donc sans aucun doute, attaché à la présence du cryptogame.
On explique ainsi pourquoi le dégagement de gaz carbonique est d’abord lent et puis rapide, pendant l’oxydation des huiles en général. La raison en est que d’abord le nombre des petits végétaux auxquels est dûe la combustion est peu considérable et leurdéveloppement est incomplet. Mais, au bout de quelque temps, leur nombre augmente, ceux qui se sont développés les premiers sont déjà arrivés à l’état adulte ; or, les effets produits doivent nécessairement devenir beaucoup plus actifs, l’oxydation doit arriver à son apogée pour tomber plus tard en déclination, lorsque les éléments nécessaires à la nutrition des petits êtres et fournis par le milieu où ils vivent, seront tout-à-fait consommés par les mêmes êtres.
Nous avons examiné ensuite une huile d’arachide rancifîée depuis longtemps.
Heureusement nous avons constaté les résultats qu'avait fournis la dessication de l’huile de lin, c’est-à-dire, la présence d’un grand nombre de mycélia et de spores, dont les premiers étaient déjà notablement développés. Les végétaux de l’huile d’arachide ont la même configuration à peu de chose près que ceux de l’huile de lin ; la transparence, les dimensions en sont les mêmes. A tous deux plaît l’acidité du milieu qu’ils provoquent d’ailleurs euxmêmes, en vertu de leur action comburante. Mais il y a une différence entre le microclados des huiles siccatives et celui des huiles non siccatives, c’est que le premier ne présente aucune sorte de mouvement, tandisque le dernier jouit de mouvements assez rapides. Ceci s’explique par la viscosité que prend promptement l’huile de lin, en empêchant la locomotion des petits êtres, de façon que les mycélia restent adhérents aux points desséchés. Or, les huiles non siccatives conservent telle ou quelle fluidité, compatible avec la motilité.
Il est incontestable que les matières étrangères qui passent dans les huiles pendant leur préparation soint la cause de l’altération de ces produits ; ce sont des matières azotées, mucilag*ineuses, qui vont servir d’aliment aux spores et en entretenir la vie, dont la condition est la combustion des éthers qui constituent les huiles, c’est-à-dire, l’oléine, la mar-
garine, etc. La preuve en est que dès le moment où l’on prive l’huile d’olives par exemple de ces matières mucilagineuses, à l’aide d’une lame de plomb et par exposition à la lumière solaire, l’huile d’olives se conserve indéfinement sans se rancifier, servant pour cela à oindre les pièces délicates des montres.
Le rôle chimique dont se charge le microcladôs oleorum est de transporter l’oxygène atmosphérique sur l’oléine, la margarine, etc., qu’il dédouble en acides oléïque, margarique et d’autres, en détruisant d’ailleurs la totalité de la glycérine, à laquelle ces acides se trouvaient combinés.
Les acides eux-mêmes sont ensuite oxydés, se convertissant en acides moins complexes et volatils. D’où l’apparition simultanée de ces acides avec l’anhydride carbonique et l’hydrogène. Cette action oxydante du ferment sur la glycérine serait représentée par cette équation.
Mais le plus certain est que la réaction se fait en une seule phase. Dans cette hypothèse, si l’action du ferment se porte sur l’oléate de glycéryle (oléine) par exemple, il n’y a aucune formation préalable de glycérine ; c’est l’oléine elle même qui est attaquée en nature, d’après l’équation suivante:
On peut exprimer l’oxydation subséquente de l'acide oléïque par le ferment, ainsi qu’il suit :
Il se forme ainsi de l’acide butyrique, accompagné des mêmes gaz, (hydrogène et anhydride carbonique.)
L’huile de lin ayant été pendant 80 heures exposée à l'air sur la lame où nous avons fait notre premier examen, il nous a été possible d’apprécier toutes les phases du développement du cryptogame. En effet, nous l’avons observé à l’état de sporule détaché, à celui de sporange, à celui de prolifération au moment même où le spore se détache, à la période de croissance de l’ovule sous une forme filamenteuse recourbée, enfin à l’état adulte lorsque le végétal se trouve apte à reproduire de nouveaux êtres. Nous avons vu de longs rangs, non seulement de granulations isolées les unes des autres, mais encore de prolongements grossis, les uns plus grands, d’autres plus petits, quelques uns articulés bout ù bout et présentant latéralement des nodosités, constituées par des spores prêts à se détacher. La génération de ces cryptogames s’opère d’après le processus suivant.
Les spores ayant rompu l’enveloppe du sporang’e se répandent, deviennent de plus en plus minces
pour constituer : 1° des filaments recourbés qui croissent peu à peu jusqu’à atteindre la longueur de 0,mm020 à 0,mm040, époque où ils envoyent un prolongement tubulaire se détachant d’une des extrémités terminales ; parfois ce prolongement est latéral, restant généralement plus court que la tige de laquelle il est issu ; rarement tous deux offrent la même longueur; ils ressemblent alors à deux feuilles opposées. Ces filaments s’élargissent de plus en plus dans les extrémités libres, jusqu’au moment où se montrent des sacs globuleux se séparant de la tige.
J’ai surpris plusieurs filaments à cette phase de leur existence; c’est l’époque delà désovulation, de la sortie du sporange qui renferme les sporules reproducteurs.
2.° Souvent les sporules s’amincissent peu, plus au centre qu’aux extrémités, sans ceinture ou avec elle. De ces bâtonnets partent latéralement des grossissements qui augmentent peu à peu et qui marquent les points de séparation des sporanges. Les sporanges ne se rompent de suite après la séparation. D’abord ils augmentent considérablement en volume, par suite de l’élasticité dont jouit l’enveloppe, en constituant alors de vastes poches d'une forme ovoïde irrégulière renfermant un grand nombre d’ovules. Une particularité à signaler c’est que du
a— Bâtonnet muni d'une ceinture, résultant du développement d'un spore qui s’amincit vers la partie centrale.
h— Bâtonnets soudés les uns aux autres, deux desquels sont ramifiés.
c— Sporules épars.
a— Sporange augmenté en volume, renfermant un grand nombre d’ovules.
b— Trois mycélia articulés, les deux plus petits opposés par leurs extrémités.
c— Mycélia articulés sous forme d’une plume, dont les barbes au nombre de neuf seraient unilatérales. Probablement s’agit-il de la soudure de plusieurs mycélia.
d— Une série de mycélia unis bout à bout articulés sur un long mycélium. Du côté droit de ce mycélium on note autre plus petit.
filament principal naissent rarement plus de deux branches, celles ci sont, le plus souvent unilatérales. Quelquefois nous en avons vu bilatérales et opposées.
Parfois les mycélia prennent des proportions extraordinaires, 0,mm100, et plus. Nous en avons vu un qui avait la forme d’une palme, présentant les tubes appendiculaires en nombre de 9 d’un seul côté. Du reste, nous avons observé des mycélia de plusieurs grandeurs, depuis 0,mtn01 de longueur jusqu’à 0,mm020, 0,mm040, et même 0,mra100 ainsi que nous l’avons déjà dit. Quant aux sporules, leur diamètre varie depuis 0,mm0025 à 0,mm005 et 0,mro010. Arrivés à ce dernier diamètre ils se prolongent en général en bâtonnets. Le nombre des spores, des filaments et des bâtonnets est extraordinaire, recouvrant pêle-mêle le champ du microscope et s’entrecroisant parfois de toutes manières.
Le microclados oleorum ne peut pas se développer dans les huiles lorsque celles-ci contiennent certains corps agissant sur eux comme toxiques.
En effet, dans l’huile de lin contenant du phénol, de l’acide arsénieux, du sulfate de cuivre, le ferment ne se développe pas, quelque prolongé que ce soit le contact de l’air. En outre, comme conséquence, la
fluidité de l'huile se conserve. L’alcool n'empêche pas
du tout la vie du végétal, mais il diminue le nombre des filaments et il semble qu’il fait avorter leur développement. Toutes les substances qui agissent chimiquement sur les huiles en les décomposant arrêtent l’évolution des germes du microclados; tels sont l’acide sulfurique, l’ammoniaque, la potasse caustique, l’acide tartrique.
Il semble que le microclados préfère pour aliment la matière azotée contenue naturellement dans les huiles ; car la caséine ayant été pendant 24 heures en contact avec de l’huile de lin, rien que de rares mycélia mal développés ont paru sous le microscope.
Voilà les faits et les conclusions qui ont résulté de nos recherches sur l’oxydation des huiles.
Le sujet est digne de nouvelles études, parce que celles-ci pourront être utiles à des applications dans les arts, les industries, et la pharmacie.