INFLUENCE DES AGENTS CHIMIQUES SUR LA FER- MENTATION HUILEUSE
(Continuation de V étude sur le cryptogame , cause de V oxydation des huiles).
Nous trouvons trés-curieuse l’influen ce de quelques agents chimiques sur l’évolution du ferment, que nous avons nommé microclados oleorum.
Cette influence peut se diviser en deux catégories distinctes. Tantôt le ferment est enrayé dans son développement, alors nulle fermentation ne s’opère, ou bien si elle se produit ce n’est qu’après un temps très long et alors avec plus d’énergie ; tantôt il se développe des germes d’une autre nature, s’accommodant au milieu modifié par la présence des substances additionées en réactifs.
C'est ce qu’on conclut de l’examen des expériences suivantes.
Examen microscopique 48 après, (huile de lin)
L’acétate de plomb n’a rien produit.
L’acétate de cuivre n’a permis que la présence d’ovules, épars en grand nombre.
Le bichlorure de mercure a donné lieu à un grand développement d’ovules et mycélia, les uns rameux, les autres sous forme de filaments courbes.
Nous verrons plus loin que tout ceci va disparaître sans laisser de vestige ; de sorte que cette substance serait d’abord favorable au ferment, plus tard elle lui serait contraire.
Le phosphate de sodium a servi d’obstacle au développement des mycélia ; on n’en note que rares.
L’acide arsénieux a eu le même effet, d’une manière encore plus tranchée, car on ne découvre aucun vestige de végétation.
L’acide salicylique, idem.
Le cyanure rouge de potassium n’empêche pas l’évolution. On rencontre des groupes très-nombreux d’ovules et beaucoup de mycélia courbes.
L’acétate d’ammoniaque paraît enrayer un peu la marche du phénomène. On note un grand nombre d’ovules ; mais on ne trouve pas un seul mycélium.
L’huile de croton a paru servir à la nutrition de germes différents de ceux du microclados. On perçoit un nombre prodigieux de très-petits granules.
La strychnine a donné des mycélia recourbés sous forme de croissant et disposés en séries très-longues de filaments parallèles entre eux.
Examen trois jours après
Acétate de plomb. — Rien.
Acétate de cuivre . — Rares granulations. Un mycélium avorté.
Ainsi, on voit que ce sel, comme le sublimé, empêche la formation des mycélia, après avoir provoqué une sorte d’excès de prolifération.
Bichlorure de mercure. — Petites granulations éparses. Cristaux sous forme de croix.
Pas de mycélia.
Phosphate de sodium. — Pas un seul mycélium^ Mais, en revanche, on rencontre un infusoire très-
long*, montrant une extrémité plus grosse (peut-être la tête) et se mouvant en deux sens, latéralemente et en avant.
A eide arsénieux. — Rien .
Acidi salicilyque. — Prolongements très-longs et informes, que j’ai regardés comme des corps étrangers, tombés sur l’huile.
Cyanure rouge de potassium. — Les ovules et les mycélia cités dans le premier examen ont tout-à-fait disparu.
Acétate cV ammoniaque. — Rien, pas même les. ovules observés 48 heures après.
Huile de croton. — Les mêmes granulations signalées plus haut.
Strychnine. — Beaucoup de grains cristallins. Un mycélium très rachitique uni à un sporange.
Examen cinq jours après
Acétate de plomb. — Gros troncs, ramifés on non. . cylindriques, transparents, quelques uns occupant le champ tout entier du microscope.
On dirait que ce sel, ayant servi vers le commencement d'obstacle au ferment, se montre cinq jours après comme l’engrais le plus favorable à son développement, créant de vrais géants microscopiques, des champignons monstrueux, bien semblables toutefois, quant à la forme générale au microcladôs formé dans les conditions ordinaires.
Depuis longtemps on avait déjà fait la remarque que la litharge et d’autres composés saturnins rendaient l’huile de lin plus siccative.
Ce fait, que les auteurs se bornaient à signaler sans commentaire peut- avoir une intréprétation facile par suite de l’énorme développement que prend le microclados, ce qui signifie une consommation immense d’oxygène, beaucoup plus grande que celle qui est réclamée dans les conditions ordirnaires.
D’ailleurs, tout le monde a constaté la promptitue et l’intensité de la rancification de l’emplâtre de plomb. Ce fait se rattache à la meme production des grands mycélia.
Acétate de cuivre. — Rien .
Bichlorure de mercure. — Rien. Il a donc agi comme un poison énergique après 5 jours, et n’a jamais permis en outre l’agrandissement des germes.
Phosphate de sodium. — Nous avons vu que ce sel a empêché l’apparition de mycélia. Eh bien,
nous trouvons maintenant des troncs énormes, peu ramifiés, sinueux, se touchant entre eux. Nous voyons encore des granules et des thèques. Ce sel a donc à la longue la même influence que l’acétate de plomb.
Acide arsénieux. — Rien. Ce corps, pour ne pas démentir sa renommée, a agi comme un poison depuis le premier jour.
Acide salicylique. — Rien. Ces expériences confirment la renommée de anti-zymotique dont jouit cet acide.
Cyanure rouge de 'potassium. — Un grand tronc, comme celui de l’acétate de plomb. Des tbèques, et des granulations.
Acétate de ammoniaque. — Quelques rares mycélia et deux grands troncs non ramifiés. Ce sel a manifesté encore plus lentement son action favorable à la fermentation.
Huile du croton. — Rien de nouveau.
Strychnine. — Rien. Disparition de la série de mycélia recourbés.
En résumant ces résultats, ont voit qu’il existe des corps qui agissent comme poisons mortels sur le microcladôs dès le commencement et d’une manière définitive.
Tels sont: L’acide arsénieux, l'acide salicylique.
Il y en a d’autres corps, qui agissant d’abord comme paralysants des germes, non seulement permettent quelques jours après le développement de ces germes, mais encore leur communiquent des dimensions gigantesques.
Tels sont l’acétate de plomb, le phosphate de sodium.
Il existe encore des corps, qui n’empêchant pas la fermentation vers le commencement, agissent plus tard comme toxiques mortels.
Tels sont : Le bichlorure de mercure, l’acétate de cuivre, la strychnine.
Il y a enfin des substances qui d’abord n’embarrassent pas la marche du phénomène, mais à une certaine période l’embarrassent et la suppriment pour la favoriser franchement plus tard.
Telles sont: le cyanure rouge de potassium, l’acétate d’ammoniaque.
Il est, nécessaire de faire remarquer que ces deux dernièrs corps se décomposent aisément. Le moment de cette décomposition ne serait-il pas celui qui marque la période de Tagrandissement des germes? En effet, il se peut qu’un corps soit contraire à une évolution physiologique pendant qu’il se trouve â l’état
de sel et ne le soit plus absolument et au contraire la facilite à l’état d’acide ou d’alcali.
Ajoutons pour terminer que l’on connaît des substances donnant lieu au développement dans l’huile de lin à des germes différents de ceux du microcladôs.
Elles changent les conditions d’existence, dont d'autres êtres se profitent.
Tel est le phosphate de sodium, qui a permis la vie d’un infusoire; tel paraît être aussi l'huile de croton.
Quoiqu’il en soit, toutes ces substances essayées ont modifié singulièrement les différentes périodes de l'existence du microcladôs, de même qu’un terrain renfermant tels ou tels engrais est capable de changer la grandeur et l’aspect d'un arbre, tantôt le rendant robuste et beau, tantôt le faisant dépérir et même causant sa mort.
Depuis longtemps on savait que les pommades et les cérats se conservent inaltérés moyennant l'addition de certaines résines et baumes aromatiques. C’est que ces corps sont contraires au développement des germes que nous avons étudiés.
Dorénavant, en possession de ce principe on pourra multiplier les applications dans l’art pharmaceutique et poser sur des bases certaines l’important problème de la conservation des médicaments et des drog'ues.
De même le commerce et l'industrie pourront économiser leurs produits en empêchant leur altération à Faide de moyens qui étant contraires au ferment soient d’un autre côté sans inconvénients sur la bonne qualité des mêmes produits et sur la santé publique lorsqu’il s’ag-it de matières alimentaires.
Il n’est pas nécessaire de mettre en relief tout l'intérêt qui se rallie à cette étude, dont la portée se rend évidente par elle même.
SUT? L.\ vieirtxe
On donne le nom de vieirine â une substance amorphe, d’une saveur extrêmement amère, qui a été préparée pour la première fois par le Dr. Vieira de Mattos, chimiste distingué de Diamantina. (Minas Geraes) .
Notre compatriote a trouvé cette substance dans un quinquina brésilien décrit par St. Hilaire, sous le nom de cinchona ferruginea. Elle s’y trouve mélangée à du tannin et à des matières amères, colorantes et astringentes.
La vieirine a été d’abord employée avec succès par le même Dr. Mattos, pour combattre les fièvres intermittentes et la débilité générale.
Le Dr. Felicio dos Santos et d’autres médecins, ont essayé plus tard le même médicament, qui a
roussi entre leurs mains, contre les fièvres intermittentes et rémittentes rebelles à la quinine.
Pendant que des médecins habiles comme les Drs. Felicio dos Santos et Torres Homem, professeur de clinique interne à la Faculté de Rio, continuaient à propager le mérite thérapeutique de la vieirine, Mr. Mattos, s’efforcait de transformer la vieirine en quinine, tentative louable sans doute, mais fort prématurée, car faudrait-il avant tout avoir démontré que le produit dont il s’agit est ou non un principe immédiat chimiquement défini. 1)
La vieirine a été aussi expérimentée dans le traitement de la fièvre jaune par M. le Dr. Julio de Moura, clinicien très-distingué et par le Dr. Goulart.
Tant de témoins importants prouvent bien que la substance est digne d’une étude attentive parce qu’elle a déjà obtenu le droit de cité dans la thérapeutique brésilienne.
D’ailleurs, la vieirine a été déjà l’objet de quelques études, parmi lesquelles nous citerons un mémoire du Dr. Porciuncula, lu dans une séance de
(1) Nous trouvons, en outre, cc problème tout-à-lait inabordable parceque la composition de la vieirine, d’après nos recherches, est toute différente de celle do la quinine. La vieirine n'est pas même azotée.
l’Atliénée académique en 1877. et une note de Mr. Bittencourt, pharmacien chimiste, publiée dans le Progrès Médical, de Rio. (1er Janvier 1878).
Mais il faut avouer que la substance dont nous nous occupons ira pas encore été étudiée d'une manière satisfaisante ; non seulement on a pas procédé à des analyses élémentaires, mais encore on n’a pas cherché à déterminer si elle constitue ou non un mélange plus ou moins complexe.
J'ai commencé quelques recherches à cet égard ; bien que je ne sois pas arrivé à des conclusions définitives, le peu que j’ai expérimenté et qui plus tard trouvera son complément me parait devoir offrir quelque utilité.
Nous n'avons pas l'intention, dans cet article, de montrer l'action physiologique et les vertus thérapeutiques de la vieirine, lesquelles d’ailleurs se trouvent suffisamment confirmées par de nombreuses observations cliniques. Notre but n’est qu’une étude chimique, qui, d’après notre avis, sera la clef nécessaire aux déterminations des propriété* proprement biologiques de cette substance.
En effet, les questions d’action physiologique, de dosage, d’indications, etc. ne pourront être convenablement résolues sans une certitude préalable sur la vraie composition du médicament ; s’il constitue
un mélange, il faut bien savoir quels sont les composants de ce mélange ; s’il est une espèce chimique il faut chercher à en trouver une combinaison qui soit la plus propre aux usages thérapeutiques, et bon ne saurait parvenir à cette combinaison sans savoir d’abord si la substance est un alcaloïde, ou bien un acide ou un corps appartenant à une autre fonction.
Privé de ces préliminaires scientifiques, l’emploi de ce médicament pourra, il est vrai, avoir de la valeur, mais il ne sera pas susceptible de progrès et de perfectionnement, il ne pourra jamais prendre son élan, enfin il ne sera qu’un agent empirique.
Nous commencerons par décrire les procédés d'extraction de la vieirine. Ou en connaît trois.
fer Procédé Mattos . — On réduit en poudre grossière l’écorce de la racine du cinchona ferruginea (quina do campo ou da serra).
On l’épuise par macération ou par déplacement à l’aide de l’alcool à 38°C.
On réunit toutes les liqueurs résultant de ce traitement, on les filtre et on les concentre au bain-marie jusqu’à consistance sirupeuse. On y ajoute de l’eau bouillantequi précipite une résine et s’empare des parties solubles. On répète ce traitement; on réunit ensuite toute la masse encore chaude sur une toile, on comprime, et on dessèche à l’air libre ou à l'étuve.
Par ce procédé on obtient jùsqu’à 22 on 25 °/0 de substance.
2.° Procédé Felicio dos Santos. — On fait bouillir avec de Peau l’écorce des racines et de la tige. L’eau prend ainsi toutes les parties solubles. Puis on fait agir sur l’écorce de l’eau alcaline. La vieirine s’y dissout, et peut être précipitée à l’aide d’un acide. On filtre, on lave le produit et l’on dessèche exactement.
Procédé Andrade. — On réduit l’écorce en poudre et on y mélange la moitié de son poids de chaux ; on épuise par de l’eau chaude, on traite les liqueurs par de l’acide chlorhydrique, qui précipite la vieirine ; enfin on la décolore par du noir animal, on la lave et on la dessèche à une douce chaleur.
Propriétés. — La vieirine se présente sous forme d’une poudre blanche, amorphe ; sa saveur est amère et farineuse ; elle a une odeur particulière qui se revèle par l’influence de la chaleur.
Elle est fort peu soiuhle dans l’eau, assez soluble dans l’éther.
Son point de fusion se trouve compris entre 212e et 219.° (Domingos Freire et FelicissimoFernandes).
Lorsqu’elle fond elle prend l’aspect de la cire et devient brune. Si l'on continue à chauffer elle s’inflamine, en brûlant avec une flamme brillante et fuligineuse.
La vieirine possède une réaction franchement acide. (2)
La solution alcoolique de vieirine se trouble en blanc sous l’action du nitrate d’argent ; l’ammoniaque redissout ce précipité. Si l’on chauffe la solution de vieirine et de nitrate d’argent ammoniacal, il se forme une miroir métallique par l’évaporation.
L’acide chlorhydrique n’agit pas à froid sur la solution de vieirine ; mais par l’ébullition il la trouble après le refroidissement ; la liqueur ne reprend pas sa limpidité.
L’acide azotique n’a aucune influence sur la solution de vieirine à froid ; à chaud il se produit une réaction énergique avec un abondant dégagement de vapeurs nitreuses.
L’acide sulfurique communique à la solution de la vieirine une coloration orangé. Si l’on chauffe légèrement cette coloration vire vers le rouge lie de vin en dégageant des fumées blanches avides.
La réaction suivante peut servir à caractériser la vieirine. En effet, si on met une pincée de vieirine dans un verre de montre et si on jette dessus une ou deux gouttes d’acide sulfurique, la substance
(2) C’est une substance non azotée.
prend la coloration jaune d’ocre ; après quelques minutes, elle passe au jaune foncé, en s’agglutinant, et prend enfin une teinte d’un beau rose.
Aucune autre substance ne présente cette succession de nuances sous l’influence de l’acide sulfurique.
La vieirine se dissout dans une solution de potasse, communiquant à la liqueur une couleur jaunâtre ; l’acide chlorhydrique précipite la vieirine de sa solution alcaline.
La vieirine traitée par les agents oxydants, comme de l’acide sulfurique et du peroxyde de manganèse, ou de l’acide sulfurique et du bichromate de potassium, dégage des fumées très-abondantes d’acide acétique.
La vieirine dissoute à chaud dans l’alcool, additionée d’acide sulfurique, et chauffée donne lieu à un abondant précipité d’une poudre blanche très-ténue.
Chauffée avec de l’eau dans un tube scellé à la lampe, entre 160° et 170°, la vieirine abandonne une résine brune, friable, présentant l’aspect de la colophane ; il reste en dissolution dans l’eau une autre substance, qui est acide; en effet, cette solution rougit fortement le papier de tournesol, possède une saveur franchement aigre et se combine aux carbonates avec effervescence.
Par suite de la petite quantité de produit que nous avions à notre disposition, nous n’avons pas pu entreprendre l’isolement de l’acide ; néanmoins nous avons étudié quelques propriétés de la solution acide.
Ainsi, cette solution est précipitée par une lessive de potasse caustique ; elle précipite en blanc par l’eau de cliaux ; elle se colore en rouge (couleur chair) par le nitrate d’argent ; l’addition d’ammoniaque y produit un précipité noir d’argent métallique.
Enfin, elle précipite encore en blanc par le sousacétate de plomb.
L’action de l’eau en tube scellé semble avoir dédoublé la vieirine en deux principes distincts, Y un résineux, l’autre acide.
Sera-t-elle la combinaison d’une résine avec un acide, ou bien faut-il la considérer comme un mélange intime de deux principes immédiats ?
Tel est le problème que nous nous proposons de résoudre dans des études ultérieures. Pour le moment qu’il nous soit permis de dire que nous tendons à regarder la substance que nous avons examinée, soigneusement préparée d’ailleurs par un élève, Mr. Niobey, comme un principe non défini chimiquement,
en un mot comme un mélange de deux ou plusieurs corps, avec la prédominance de l’un d’eux. Il s’agit peut-être d’une résine complexe, comme beaucoup d'autres déjà étudiées. Nous basons notre avis sur les résultats des analyses élémentaires, que nous avons faites, et qui n’ont pas été concordants entre eux, bien que les différences n’aient pas été des plus remarquables.
Prenant la moyenne de ces analyses nous obtenons :
Carbone 44,991
Hydrogène 11,435
Oxygène 43,574
D'après ces données, la formule empirique de la vieirine serait C3>7Hn>4 O2’7 ou en nombres entiers C6H1405.
Nous chercherons à déterminer le poids moléculaire de la vieirine, quand il sera hors de doute que notre produit représente une espèce chimiquement définie.