‹ Recueil des travaux chimiquesChapitre 34 sur 40 · re Théorie pathogénique de la fièvre jaune · texte numérisé non relu

re Théorie pathogénique de la fièvre jaune

3. 16 Action physiologique du salicylate de soude. Injections hypodermiques de ce sel dans la fièvre jaune.

4. ro Moyen d’administrer ce médicament dans la fièvre jaune.

5. re Influence du même médicament sur la fièvre jaune. Lésions locales qu’il produit.

Les études d’inoculation et d’anatomie pathologique seront publiées plus tard car ils ne sont pas encore complets.

OBSERVATIONS MICROSCOPIQUFS DES HUMEURS DES MA- LADES DE LA FIÈVRE JAUNE.

Mous avons examiné : l.° Le vomissement jaune, 2.° le vomissement noir type, 3.° le vomissement brun, 4.° le pus, 5.° la salive, 6.° l'enduit de la languie, 7.° le sang.

Dans toutes ces humeurs nous avons rencontré des organismes microscopiques, en nombre considérable et se multipliant rapidement. Dans les vomissements surtout leur nombre était prodigieux.

Ces organismes étaient de nature végétale, ainsi que nous l’avons constaté à l’aide de l’ammoniaque, qui ne les a pas attaqué. Ces micropliytes se rapportaient aux bactéries et cryptococcus ; les uns et les autres provenant de granulations moléculaires, semblables quant à leur forme apparente.

Ces granulations, qui se présentaient sous forme de petits points noirs, à peine perceptibles sous une augmentation de 450 diamètres, se montraient tantôt isolées, tantôt groupées sur des niasses amorphes d’une couleur jaunâtre, constituées par un pigment spécial des corpuscules. Elles formaient parfois comme un crible sur le champ du micros-

cope ; elles étaient douées de mouvements trèsrapides. Un grand nombre de ces granulations se transformaient en petits filaments courts, (vibrions), doués eux-mêmes de mouvement variés en toutes directions, pouvant même culbuter et tournoyer autour d’un point central. De l’état de vibrions ces filaments passaient à celui de bactéries, qui se montraient sous forme de bâtonnets transparents, articulés souvent deux h deux, exécutant un mouvement ondulatoire, et se repioduisant par scissiparité.

Ces bactéries se rendaient surtout visibles par l’addition de quelques réactifs, telsque de l’ammoniaquo ou de l’acide sulfurique. Sous leur influence les bâtonnets réfractaient plus foi tement la lumière et se détachaient mieux ainsi entre les autres productions.

A’ côté de ces productions mycéliaires, qui se montraient simultanément sous la double foi me de vibrions et de bactéries, â côté des granulations moléculaires dont les mêmes productions étaient issues, on remarquait des cellules de cryptococcus dérivées elles-mêmes aussi des granulations moléculaires. J'ai accompagné révolution de ces cryptococcus depuis l’état d’un tout petit corpuscule, gros comme un grain de sable noir, présentant un point brillant dans le centre jus-

qu’à l’état adulte de cellules géantes et proliférées. En effet, les cryptococcus étant d’abord des corpuscules où il est difficile quelquefois de découvrir le noyau brillant central, grandissent peu à peu s’entourant d’un bord noir dont l’épaisseur augmente progressivement.

Au bout de quelques jours on perçoit de ces cellules, se fécondant par accouplement, selon le mécanisme que nous avons déjà décrit pour les algues du beurre, et se sous-divisant après ce contact en spores très-nombreux qui environnent les corpuscules générateurs et suivent à leur tour une évolution identique.

Nous avons pris à la pointe d’une épingle une quantité infinitisimale de vomissement contenant de ces cellules et nous l’avons semée dans du lait frais. La fermentation lactique s’est montrée en même temps que l’évolution des cryptococcus et leur multiplication a eu lieu comme d’ordinaire. On a ainsi, dans l’espace de peu de jours, élevé dans le lait une grande quantité de corpuscules noirs de dimensions différentes, la plupart circulaires. Les granulations moléculaires traversent toutes les périodes de leur existence jusqu’à l’état adulte en 2 ou 3 jours tout au plus. Le passage à l’état de vibrions et de bactéries se fait même encore plus vite.

On peut donc admettre, si l’on considère ces êtres vivants comme la cause de la fièvre jaune, que celle-ci est de nature mixte, c’est-à-dire représentée par des bactéries et des cryptococcus. Les cliniciens qui n’ayant pas connaissance de l’existence de ces organismes dans les sujets atteints de fièvre jaune, pensaient par hypothèse que le miasme xanthogénique était mixte, ne se trompaient pas, à cette différence près que ce miasme n’est pas un mélange d’êtres animaux et végétaux, mais il est simplement constitué par des êtres végétaux.

Notre conviction étant que ces organismes microscopiques sont l’origine de la fièvre jaune, et pour cela nous nous appuyons dans la propriété dont jouit le salicylate de soude de détruire ces organismes, et dans le contrôle clinique qui montre que le même sel guérit la maladie, une autre question se présente naturellement à notre esprit, savoir: laquelle des deux productions signalées ci-dessus est la cause de la maladie, les productions mycéliaires ou les cryptococcus ?

Que la faculté infectante réside dans ces productions solides et non dans la partie liquide où elles nagent, nous sommes autorisé à l’admettre par analogie, après les belles recherches de M. Chauveau , surtout celles qui concernent la

lymphe vaccinale. Par suite de ces expériences l’inactivité du sérum est mise hors de doute. M. Duclaux, après avoir décrit les expériences de M. Chauveau s’exprime catégoriquement à cet égard : « Il n’y a donc pas à; douter, dit-il,

que la faculté virulente n’appartienne à des éléments solides en suspension dans des liquides inactifs par eux-mêmes.

Il n’y a donc pas, pour ces maladies, de milieu délétère, d’atmosphère nosocomiale dans le sens absolu du mot, et si l’air, même le plus infect pour l’odorat, peut devenir un agent de transport, ce ne sera pas par un gaz, une vapeur, un miasme quelconque qu’il pourrait contenir et qu’il contiendrait alors en tous ses points, mais par des éléments solides en suspension qui, à moins de circonstances exceptionnelles, y sont très rares, et y seront toujours irrégulièrement répandus, »

Cela posé, il reste encore à déterminer quelle part prennent aux phénomènes morbides les productions mycéliaires et les cryptococcus. Le choix est embarrassant, même pour le micrographe le plus exercé, car les deux productions se présentent à la fois dans toutes les phases de la maladie. Cette circonstance nous force à conclure

que très-probablement les deux productions concourent pour l’évolution pathogénique, car enfin les unes et les autres par le seul fait de leur présence devront influer de quelque manière sur la constitution normale des tissus organiques. Cependant il y a lieu d’établir une autre distinction ; il est possible, en effet, que les vibrions ou bactéries produisent un certain ordre d’altérations traduites par une somme corrélative de symptômes, tandisqu’il soit réservé aux cryptoccocus d’autres modifications organiques et d’autres manifestations séméiotiques.

On conçoit que la résolution de ces questions délicates demande du temps et un grand nombre d’observations. Nous les aborderons à la première occasion. Pour le moment, nous pensons que c’est aux cryptococcus qu’il faut attribuer la plupart des phénomènes très-graves qui caractérisent la fièvre jaune, en vertu du parallélisme que j’ai observé entre les phases distinctes de leur vie et celles des manifestations morbides.

Nous allons maintenant décrire le résultat des observations microscopiques que nous avons faites, puis nous baserons sur ce résultat la théorie que nous proposons pour la pathogénie de la fièvre jaune.

l.° Vomissement noir type. — J’ai retiré une petite parcelle de ce vomissement qui était couleur d'encre et très glutineux.. J’ai trouvé un nombre extraordinaire de petites granulations et de vibrions animés de mouvements très-rapides. (Fig. 1 A) J’ai vu aussi des massses amorphes d’une nuance jaunâtre et un nombre extraordinaire de grandes cellulles, couleur de fumée, immobiles, isolées ou groupées deux à deux, trois à trois ou plus. Ces cellules ont un aspect bien différent de celui des globules graisseux ou des leucocytlies et des hématies. Ce sont les cryptococcus dont nous avons parlé.

Le lendemain nous avons examiné le même vomissement et nous y avons trouvé un grand nombre des granulations signalées la veille augmentées en volume et devenant plus obscures. Nous avons remarqué quelques mycélia ('bactéries), résultant d’une transformation des vibrions. Il existe encore des masses jaunâtres parsemées de granulations. Ayant déposé une goutte d’eau pure sur la lame, quelques vibrions et quelques granulations ont commencé à se mouvoir. Un des vibrions exécutait des mouvements de culbute. Enfin, beaucoup de granulations se montrent juxtaposées entre elles, entourées de très-petits grains. On voit une grande masse amorphe d’une couleur brune.

Le troisième jour les cellules se présentent encore plus sombres ; leur bord obscur augmente en épaisseur. On voit encore des granulations, des vibrions et des bactéries, lesquels deviennent plus visibles par l’addition d’une goutte d’eau.

Le quatrième jour, il y a un nombre très-considérable de cryptococcus très-volumineux. (Fig. IB)

Le cinquième jour, encore des cryptococcus de plusieurs grandeurs, de très-petits mycélia, cylindriques et linéaires, transparents. Les granulations sont très-nombreuses. (Fig. 2)

Le sixième jour, on rencontre de grands cryptococcus déformés et accouplés, comme le montre la fig. 3. On voit de même beaucoup de cryptococcus isolés, de dimensions variées. Leur nombre est extraordinairement g-rand, ce qui indique une prolifération par suite de la conjugation des cryptococcus adultes. Il faut donc une période de quatre à cinq jours pour la fécondation. Nous devons signaler la continuation de l’existence de vibrions et de bactéries immobiles. Les guanulations sont nombreuses.

Les jours suivants, les granulations innombrables qui environnent les cryptococcus générateurs suivent la même évolution que les granulations primitives ; et de cette façon se perpétue une

série de générations, qui durent pendant que les germes trouvent des matériaux pour leur nutrition.

L’observation microscopique précédente nous montre que les corpuscules de la fièvre jaune sont des alg’ues maiacophycées qui présentent les caractères d’un crvptococcus, que nous dénommerons — cryptococcus xanthogenicus — ; elles se reproduisent par fi union de sporanges et d’anthéridies. La figure 6, montre un anthéridie que nous avons remarqué à la date du jour 27 dans le vomissement noir ci-dessus décrit.

La reproduction de ces êtres se fait donc d’après le mode observé dans les belles recherches de Thuret et Pringsheim.

2.° Vomissement jaune brun — Nous décrirons un vomissement de cette nuance rejeté par un moribond. Il était très-épais. En ayant retiré une petite parcelle, je l’ai portée sous le microscope. J’v ai trouvé un nombre prodigieux de granulations moléculaires, isolées ou agglutinées sur les détritus organiques. Celles qui se montraient isolées étaient animées d’un mouvement très-rapide. J’ai vu aussi des leucocythes et des hématies, qui étaient déplacées par les mouvements brusques des granulations. Par suite de ces mouvements les hématies étaient entrainées auprès d’au-

très, et se juxtaposaient en formant des piles. J’ai noté non seulement des hématies discoïdes et lisses comme framboisées, ratatinées; j’ai aussi noté des vibrions animés de mouvements très-rapides, sous forme de tout petits prolongements, et des cellules présentant un point central brillant, d’une forme circulaire, (cry ptococcus) , se distinguant parfaitement des hématies et des leucocytbes.

Le lendemain, on constate les mêmes granulations et des filaments de bactéries, les quels ainsi qu’on le sait ne sont que la métamorphose des vibrions. On remarque d’ailleurs des cryptococcus, dont la grandeur est variable, les uns étant très-petits, les autres plus grands, et quelquesuns énormes.

Il présentaient tous un espace clair au centre.

Leur couleur était cendrée avec un segment plus clair d’une couleur jaune brun. Ayant humecté la lame porte objet, quelques granulations ont commencé à se mouvoir.

Le quatrième jour, les cryptococcus ont éprouvé une déformation ; ils ont perdu la forme circulaire pour devenir anguleux, d’une configuration polyédrique irrégulière, déchiquetés, ne présentant plus les points clairs ni la pénombre segmentaire.

On voit des cryptococcus accouplés, de grandeurs variées, déformés, entourés de petites granulations g’roupées, qui semblent être les produits de cette union. J’ ai remarqué dans le même vomissement de grands mycélia recourbés et très-gros, (leptothrix) ; ils représentent un degré plus avancé des bactéries.

Le cinquième jour, on note encore les mêmes cryptococcus en voie de croissance, des granulations, de g’rands mycélia très-gros, présentant de petites ramifications ; ils sont tellement longs que le champ du microscope est insuffisant pour les contenir.

Le sixième jour, j’ai remarqué la même chose et, en outre, une grande agglomération de granulations (fig. 4) se mouvant en des sens quelquefois opposés ; ces mouvements étaient tremblants. Un grand nombre de granulations. Vibrions.

Le septième jour un nombre prodigieux de granulations.

A l'aide d’un grossissement de 480 diamètre on perçoit qu’un grand nombre de ces granulations, occupant un millimètre du micromètre, c’est-à-dire ayant un diamètre de 0,m“002, offrent un rebord sombre ; elles ne sont que des granulations moléculaires qui se convertissent en cryp-

tococcus ; cette observation démontre que, à la vérité, une partie de ces granulations est destinée au passage à l’état de cryptoeoccus.

On voit en outre des hématies, des leucocythes, des masses jaunâtres criblées de granules, des anthéridies, dont la fîg. 6 montre un exemple ; cette anthéridie se montre sous forme d’un corpuscule obscur contenant des granules sombres rassemblés dans l’intérieur d’une gangue et perdus dans une masse jaune.

On perçoit de même des cryptoeoccus enfoncés dans des masses de même couleur. (Fig. 6)

Les granulations fécondées suivent une marche analogne à celle de leurs progéniteurs. Cependant, il y a un grand nombre qui avortent dans leur développement ; mais le nombre de celles qui arrivent à la maturité est réellement prodigieux ; on peut en compter par milliards.

Le l.e mars, nous avons examiné un vomissement noir, qui comme les précédents, avait été réjeté au moment même où nous l’avons recueilli. Nous y avons trouvé les mêmes g*ranules, les mêmes vibrions et bactéries ; les deux premiers (granules et vibrions), doués de mouvements de progression.

Une seule goutte d'une solution faible de salicylate de soude (40 centigrammes dans 70 grammes d’eau environ), ayant été mise en contact avec ce vomissement a causé l’abolition de tout mouvement, et on a vu immédiatement après de longs rangs de petits cryptocoocus, tout-à-fait immobiles, et montrant leur configuration d’une manière évidente. (Fig. 5)

Le thymol a produit le même effet. (G6es).

3.° Vomissement couleur d’une infusion de café. — Ce vomissement renfermait un grand nombre d’hématies et quelques leucocythes. Nombre prodigieux de granulations. Vibrions.

Le lendemain, à l’aide d’un grossissement de 340 diamètres nous avons remarqué des granulations, un nombre moins considérable d’hématies, des mycélia, une matière colorante jaune et granuleuse ; beaucoup de cryptococcus.

Le troisième jour, on voit des cryptococcus et à divers degrés de développement ; quelques uns sont granuleux, (anthéridies et sporanges). On découvre en outre des cristaux triangulaires transparents. (Fig. 7)

Le quatrième jour, conjugation, fécondation, dispersion des nouveaux germes qui doivent perpétuer l’espèce.

Nous avons répété ces observations et leurs résultats se sont montrés toujours concordants.

En résumant la marche évolutive des êtres microscopiques qui nagent dans la liqueur des vomissements, nous remarquons deux phases distinctes dans la vie des cryptococcus. La première phase est celle de la croissance. Le petit être passe peu à peu de l’état de granulation à celui d’un petit cryptococcus, qui une fois formé s'accroît rapidement, en sorte que son diamètre étant primitivement de 0mm,002 au moins, arrive jusqu'à 0mm,008 et 0ram,014 ; j’ai vu des cryptococcus ayant 0rain,010 dans leur petit diamètre et 0mnl,016 dans le grand diamètre.

La durée de cette première phase varie de 3 à 4 jours. Il s’ensuit une période stationnaire.

La deuxième phase est celle de la fécondation.

Les cryptococcus se déforment, ils s’accoupplent, et les granulations qu’ils renferment se répandent à l’extérieur en rompant les parois des cellules génératrices ; les débris de ces parois constituent alors des lambeaux noirâtres, qui communiquent la couleur noire au vomissement. Les cellules fécondantes renferment souvent dans leur intérieur un pigment jaune abondant, où s'enfoncent les spores ; c’est cette matière qui consti-

tue des masses amorphes semblables à de la bile altérée, après la rupture des anthéridies et des sporanges.

Quant aux bactéries, ils accompagnent de près l’évolution des cryptococcus, en passant de l’état de granulations à celui de vibrions et plus tard de bactéries, et enfin de longs lepthotrix. Arrivés à l’état de bactéries ils se reproduisent par scissiparité, ils prennent la forme de bâtonnets réunis deux à deux en formant une chaîne ; ces bâtonnets font des efforts pour se détacher et ils se séparent à la fin, juste au point où ils s’articulent et s’éloignent animés de mouvements rapides comme auparavant.

Les cryptococcus vivent très-bien au contact de l’air et en présence d’une petite quantité d’eau ; il leur suffit d’un peu d’humidité ; et la preuve c’est qu’ils se reproduisent très-aisément sur une lame porte objet en mince couche.

Les vibrions, au contraire, ne sauraient se passer de l’eau pour vivre et parcourir les phases ordinaires de leur évolution.

Dans le sang* et dans le pus, nous avons trouvé des productions^ analogues à celles que nous avons décrites pour les vomissements. (*) Dans l’enduit de

(*) Nous avons examiné le sang d’hémorrhagie et celui de cadavres, c’est-à-dire le sang vivant et le sang mort.

la langue, on en a également trouvé soit qu’elles y se soient fixées pendant le passage des vomissements, qui du reste n’existaient plus depuis trois jours lorsque nous avons retiré l’enduit, soit qu’elles se soient développées sur place.

Quoiqu’il en soit, nous avons retiré au moyen d’une spatule bien propre une parcelle de la couche jaunâtre qui recouvrait la langue d’un malade qui était au sixième jour de maladie. J’y ai trouvé un nombre considérable de petites granulations éparses en groupes ou appliquées sur les détritus de cellules épithéliales et sur des cristaux formés par les sels de la salive. En outre, j’ai observé de petits bâtonnets, cylindriques, transparents, les uns droits, les autres recourbés, de dimensions variables, et très-nombreux. J’ai vu enfin des prolongements plus grands, droits, mais la plupart deux fois courbés aux extrémités, sans ramifications. (Fig. 8)

L’un de ces prolongements s’articulait à une portion plus large, sphérique, ressemblant à un spore. (Fig*. 8) Ces productions présentent la forme des bactéries, et des leptliotrix. Du reste, il est bien possible que ces prolongements soient les phases évolutives de l’espèce qui recouvre l’épithélium lingual de l’homme et des animaux domestiques, prêt à se desquamer et qui se développe quelquefois jusqu’à la phase dite leptothrix buccalis.

Cependant, trois jours après, cet enduit a présenté des cryptococcus déjà bien développés, quelques uns déformés, à côt de grands filaments recourbés, (leptothrix) . A la même époque on y a rencontré des masses amorphes noires, qui n’existaient pas antérieurement.

Ceci dénote qu’il y avait évidemment dans l’enduit de la langue des granulations productrices de cryptococcus.

Tant de résultats constants prouvent nettement que la fièvre jaune a sa caractéristique figurée, ce sont les cryptococcus et les productions mycéliaires représentées par les vibrions et bactéries.

Passons maintenant à un autre ordre de choses. Nous avons dit plus haut que la couleur noire des vomissements était due aux débris des cellules de cryptococcus après leur rupture.

Nous avons plusieurs raisons pour penser de cette manière. D’abord, le fait anatomique qui démontre, sous l’œil armé du microscope, qu’une semblable desaggrégation a lieu, et que ces débris sont noirs.

Puis nous avons fait des expériences qui prouvent que ce n’est pas l’hémoglobine du sang plus ou moins altérée que est la cause de la coloration noire du vomissement.

En effet, le vomissement noir type ne renferme pas un seul globule de sang, excepté s’il y a en même temps quelque hémorrhagie gastrique, buccale, etc.

Il est aisé de s’en convaincre à l’aide du microscope lui-même qui ne découvre pas une seule trace de sang dans le vomissement noir type. S’il n’y a pas une goutte de sang d’où peut provenir l’hémoglobine, pour communiquer au vomissement cette nuance de papier brûlé qui le caractérise ?

En outre, non seulement l’hémoglobine, mais encore les produits de sa décomposition sont des matières solubles dans les liqueurs aqueuses.

Or, mon préparateur, M. Fernandes, et moi avons vérifié de ce que la substance noire du vomissement est tout-à-fait insoluble, car, lorsqu’on filtre un vomissement noir, on recueille sur le filtre les éléments solides et il passe à travers une liqueur parfaitement limpide. Il suffit d’abandonner au repos le vomissement noir pour voir qu’il se sépare en deux couches distinctes, l’une liquide et

incolore, l’autre plus dense, noire ou sombre et com- *

posée de parties solides.

Pour mettre le fait hors de doute nous avons eu recours à un moyen encore plus décisif, l’analyse

spéctrale. M. Mello de Oliveira, chimiste distingué, et moi, nous avons soumis à cette analyse une certaine quantité d’un vomissement noir type, dilué dans de l’eau, et nous n’avons pas remarqué la moindre altération dans les positions du spectre qui caractérisent l’hémoglobine. On sait que l’hémoglobine donne lieu â deux raies d’absorption de largeur inégale situées entre D et E ; et que l’hématine se reconnaît à une raie d’absorption qui apparait entre C et D.

Conséquemment, l’examen microscopique, la filtration, l’insolubilité des éléments solides noirs et l’analyse spéctrale démontrent que ce n’est pas l’hémoglobine ou ses produits de décomposition qui communiquent la coloration noire au vomissement de la fièvre jaune, ainsi que l’ont cru les pathologistes jusqu’ici ; cette coloration est due à la désaggrégation des cryptococcus, qui survient après l’acte de la fécondation et de la dispersion des germes.

De même la couleur jaune du vomissement n’est pas toujours causée par du pigment biliaire. Nous avons examiné, moi et M. M. Fernandes et Mello Oliveira, des vomissements jaunes, de la première et deuxième période, et aucune trace de bile n’a été révélée par les moyens chimiques.

En effet, les acides biliaires et la plupart de leurs dérivés sont aisément caractérisés par la réaction de Pettenkofer: les solutions de ces acides additionées de quelques gouttes d’une solution de sucre de canne, puis peu à peu de la moitié de son volume d’acide sulfurique, donnent une coloration d’abord rouge, puis d’un beau violet pourpre. On ne pouvait avancer que c’était la matière albuminoïde du vomissement qui gênait la réaction, car nous avons constaté avant qu’il n’existait pas de l’albumine dans les matières rejetées par le vomissement.

Le réactif Gmelin n’a guère rien produit sur le vomissement noir, et on sait que ce réactif caractérise la présence des matières colorantes de la bile. Ce réactif est l’acide azotique contenant des vapeurs nitreuses ; s’il rencontre des matières colorantes biliaires, il produit une série de couches colorées de haut en bas en vert, bleu violet, rouge.

Or, nous avons dit plus haut que les cellules de cryptococcus granulées renfermaient une matière jaunâtre. D’ailleurs, selon Thuret, certaines algues possèdent des sporanges qui résultent de la concentration d’une matière verte ou chromule ; pour cela ces sporanges ont le nom de endochromes : il en serait de même pour les sporanges de

la fièvre jaune, à cette différence que la matière colorante n’est pas verte mais jaune .

Nous avons fait d’autres essais sur le vomissement de la fièvre jaune. Ainsi, sa réaction est variable, quelquefois acide, d’autres fois neutre. L’acidité peut tenir à beaucoup de circonstances, tellesque l’ingestion de boissons acides, ou de substances pouvant s’aigrir dans l’estomac.

Mais la réaction neutre constitue un fait singulier, et indique une profonde modification de composition du suc g'astrique naturellement acide.

Nous avons constaté que le vomissement des malades de fièvre jaune n’est pas albumineux ; sa viscosité est due au mucus.

L’analyse d’un de ces vomissements a décélé la présence de peu de chlorures, l’absence de phosphates et de sulfates. Une seule goutte du vomissement noir mise dans un verre de montre, traitée par l’ammoniaque a été décolorée. Traité par l’acide nitrique, et puis par de l’ammoniaque, le vomissemeat s’est coloré en jaune.

Nous avons trouvé dans ce vomissement des traces de magnésie. Le réactif cupro-potassique n’a rien produit ; c’est-à-dire, il y avait absence de glucose dans ce vomissement.

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