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THEORIE PATHOGÉNIQUE DE LA FIEVRE JAUNE

Les idées qui ont eu cours parmi nous à l’égard de la nature de la fièvre jaune peuvent être classifiées en trois groupe distincts : l.° Admission de miasmes inanimés ; 2.° admission du miasme paludéen ; 3.° admission d’un miasme mixte, animal et végétal à la fois. Toutes ces opinions sont de simples hypothèses, qui ne présentent en leur faveur aucun argument positif. On a été amené à ces présomptions par des considérations telluriques ou météorologiques ou par analogies, qui ne constituent pas elles-mêmes des points bien fixés.

Déjà en 1853, le savant Paula Candido, disait dans un de ses rapports ;

c( Il est certain et démontré que l’air renferme accidentellement des corps organiques sous forme de gaz, qui se condensent avec la neige et la pluie, qui sont absorbés par les corps poreux, et qui passent sous l’action de l’air et du soleil à l’état d’acide carbonique, eau et ammoniaque, (d’après mes expériences), corps dont la présence a été démontrée par les réactifs chimiques dans d’innombrables expériences ; c’est ce qu’on appelle miasme ou émanations organiques. »

Cette manière de considérer les miasmes est àpeu-près conforme à l’opinion de MM. Germain de Saint-Pierre, Littré et autres auteurs.

Selon le regretté professeur de physique de la Faculté de Médecine de Rio, il s’engendrerait dans le sein de ces corps organiques épars dans l’atmosphère un principe excitateur, qui agissant sur le miasme du malaria ou sur les miasmes typhiques produisait le principe de la fièvre jaune.

Cette action bio-chimique opérée dans l’air est à la vérité une conception ingénieuse, mais il faut avouer qu’elle ne s’appuie sur aucun fait capable de la rendre évidente.

Nous trouvons encore plus déraisonnable l’opinion de ceux qui soutiennent que le poison de

la fièvre jaune est de nature paludéenne. Où rencontre-t-on dans les manifestations symptomatiques de la fièvre jaune un seul signe qui présente quelque ressemblance avec l’impaludisme, excepté dans les cas d’une complication ?

Les conditions d’acclimation, les déterminations pathologiques, l’immunité, la résistance au sulfate de quinine, tout est différent dans un cas et dans l’autre, tout démontre l’influence de deux agents distincts, quels qu’ils soient.

Nous citerons enfin la doctrine de la phytozoémie, soutenue avec talent par M. Torres Homem, professeur de clinique à la Faculté de Eio. Cette doctrine admet l'influence d’un miasme mixte, typhique et paludéen, ou animal et végétal à la fois. On a observé, en effet, que l’apparition de la fièvre jaune a coïncidé avec l’existence des conditions générales de développement des miasmes typhiques, et que partout où la maladie a sévi on trouve des marais, mixtes ou non. D’après ceci, les phénomènes de la fièvre jaune ne seraient que le résultat de la fusion des symptômes du typhus et du malaria. Une telle conception, bien que basée sur les conditions telluriques coïncidant avec l’éclosion de la maladie, a contre elle plusieurs objections sérieuses, telles que l’indépendance que gardent l’impaludisme et

la fièvre jaune pendant les épidémies les plus intenses, indépendance qui peut être observée sur un malade, où la fièvre jaune se complique de fièvre palustre. Au surplus, comment affirmer que tel miasme est mixte, quand nous ignorons la nature de ce mélange, quand il est impossible de décomposer ce mélange dans ses ingrédients élémentaires ? La phytozoémie pèche donc par défaut de base comme les opinions précédentes et ne saurait résister aux nombreuses objections qu’on peut elever contre elle.

Mais ce qui frappe celui qui parcourt l’inventaire des théories sur la nature de la fièvre jaune, c’est que toutes les hypothèses sont unanimes à créer un principe quelconque, doué ou non de vie, mais toujours nécessaire et essentiel pour l’explication des faits. L’erreur a consisté jusqu’ici à admettre à priori, par induction, la présence d’un principe sans chercher à le prouver par l’observation ; la cause du retard de la solution de cette question d’intérêt vital, provient de la mauvaise direction des recherches ; on a voulu trouver l’origine de la maladie en dehors de l’organisme sans la poursuivre dans les humeurs où elle croît et se développe.

Mes observations micrographiques démontrent évidemment qu’il coexiste des organismes avec

révolution de la maladie ; plus tard nous prouverons que celle-ci est sous la dépendance de ces éléments organisés, que les symptômes de la fièvre jaune sont fonction du développement physiologique des mêmes éléments ; et ce sera le contrôle clinique, beaucoup trop méprisé jusqu* ici dans l’élucidation de ces questions délicates, qui nous fournira le critérium le plus valable pour cette conclusion.

Appuyé sur la morphologie des productions organisées qui sont propres à la fièvre jaune, sur leurs conditions d’existence ; sur leurs effets destructeurs qui atteignent les éléments essentiels à la vie normale, nous avons créé une théorie pathogénique, qui se mettant d’accord avec les faits, et expliquant la génèse des altérations morbides et des apparences symptomatiques, réprésente sinon la vérité tout entière, au moins un tableau plus fidèle, plus exact et plus complet des actes pathol ogiques accomplis dans l’organisme atteint de la fièvre jaune.

A l’heure qu’il est, personne n’oserait contester les résultats des belles recherches de M. Pasteur sur l’existence de germes innombrables suspendus dans l’atmosphère. Ces germes se développent dès le moment où ils trouvent les milieux qui leur conviennent le plus ; comme les graines des cé-

réales et des autres plantes, ils ont besoin des conditions de climat pour leur croissance, et du concours d’une température, d’un degré d’humidité, d’un état électrique qui sont propres à leur organisation.

C’est pourquoi nous remarquons la spécificité de certaines fermentations ; ainsi le ferment alcoolique ne se développe bien que dans une solution sucrée convenablement préparée; le fermeut lactique dans un milieu déjà bien différent du précédent.

De même, il y a des ferments qui trouvent leur adaptation dans l’intérieur de l’organisme humain ; le sang leur fournit les meilleurs . matériaux pour leur nutrition ; aussi ils s’y mêlent pour vivre aux dépens de leurs éléments constituants ; ce qui apporte des troubles graves dans la santé.

Sans rechercher le foyer primordial des germes de la fièvre jaune, étude d’ailleurs très obscure, nous ne pouvons qu’affirmer que ces germes existent parmi nous,, et que nous les introduisons dans notre sang*, soit parla respiration, soit par l’ingestion des aliments.

Les conditions extérieures d’existence de ces êtres ne sont pas encore connues ; mais nous savons qu’ils vivent à leur aise dans notre corps et y provo-

quent des désordres mortels ; nous pouvons les surprendre accomplissant leur œuvre d’extermination dans l’intérieur de notre organisme, nous pouvons accompaguier leur évolution dans des milieux artificiels, telsque le lait et le beurre, ou sur des lames exposées au contact de l’air.

Il est logique d’induire que ces germes puissent vivre dans le sein de plusieurs solutions, dans des bouillons alimentaires, dans des boissons fermentées, et de la sorte nous pensons que l’inoculation du poison par la voie digestive est une des plus probables, d’autant plus que nous avons vu que dans le beurre et dans l’eau du cocos nucifera , (coco da Baliia), il existe des corpuscules semblables à ceux que nous avons trouvé dans le sang et d’autres humeurs des sujets atteints de fièvre jaune.

A juger par l'époque où chaque année apparaît la fièvre jaune, (mois de février et mars), la température de 24° à 25° est la plus favorable à la vie du ferment de cette fièvre. Quant à l’état électrique de l’atmosphère, il est observé qu’il influe considérablement, soit sur l’évolution des phases de la maladie, soit sur la marche générale de l’épidémie. L’accumulation de l’électricité activerait la pullulation du ferment, de même qu’elle active l’évolution de tous les végétaux.

Cette activité est sans doute due à une forte porportion d’ozone, qui comme on le sait, se produit dans l’air par suite de l’électrisation de l’oxygène.

Malgré l’affirmation de M,M. Torres Homem et Paula Candido, il est bien constaté aujourd’hui, que les détonations électriques, accompagnées de pluies d’orages, ont une influence des plus fâcheuses sur l’intensité et l'extension de la fièvre jaune ; c’est d’ailleurs l'opinion de la majorité des auteurs français et de cliniciens brésiliens des plus distingués, tels que MM. les Drs. Baptista dos Santos et Peçanlia da Silva, professeur de pathologie à la Faculté de Rio. En effet, le nombre de malades s’élève pendant et immédiatement après les orages ; le vomissement noir, le délire» les hémorrhagies et les autres symptômes graves se manifestent alors beaucoup souvent. Ces effets se rattachent à une augmentation de vitalité imprimée au ferment sous l’influence de l’électricité.

Une fois le miasme introduit dans le torrent circulatoire, quelles modifications subit-il ? et quelles sont les manifestations qui traduisent ces modifications ? Pour résoudre cette question il faut recourir aux données fournies par les observations microscopiques et cliniques.

Nous avons vu qu’il y avait deux productions distinctes dans les humeurs des sujets atteints de fièvre jaune ; c’est-à-dire, les productions mycéliaires (vibrions, bactéria) et les cryptococcus. Un premier doute s’élève ; car on ne peut pas définir la part qui échoit à l’une ou à l’autre de ces productions. Mais toutes les deux étant anormales, vivant aux dépens des tissus organisés, marchant à-peu-près parallèlement quant à leur évolution, et se trouvant en abondance et d’une manière constante dans les humeurs, il y a lieu de croire qu'elles agissent à la fois comme des causes perturbatrices concourantes. Mais les cryptococcus nous semblant être les éléments essentiels à la production des phénomènes morbides, caries phases de leur existence coïncident exactement avec les phases de la maladie.

Nous avons dit que le cryptococcus présente une phase de croissance et une autre de prolifération. L'intervalle qui sépare ces deux phases est une période stationnaire, dont la durée varie de quelques heures à deux ou trois jours au maximum. La phase de croissance dure pendant quatre ou cinq jours et celle de prolifération est immédiatement suivie d’une nouvelle phase de croissance des êtres qui viennent de naître. Cette marche que nous avons vérifiée hors de l’organisme, dans le lait.

le beurre, le sang, le vomissement noir, etc., exprime fidèlement la succession des symptômes qui caractérisent la fièvre jaune. C’est ce que nous allons analyser en détail.

La période d’incubation ne peut être que trèscourte ; car les germes une fois déposés dans les liquides de l’organisme s’y développent rapidement et ne tardent pas à consommer les matériaux les plus précieux pour la vie, ce qui donne lieu à des désordres remarquables. C’est selon cette rapidité d’action que les personnes nouvellement arrivées dans un pays où sévit la fièvre jaune, en sont souvent frappées presque sur le champ.

La période d’invasion qui se continue avec la phase qu’on appelle première période, ne constitue réellement qu’une seule phase, caractérisée par des frissons intenses, augmentation thermique (40°, 41°, 41°, 5), des douleurs articulaires, céphalalgie, et des phénomènes congestifs du côté de la poitrine et de la face, qui prend un aspect sui generis qui a été comparé à la face de l’homme ivre avant le collapsus confirmé ; c’est la masque de la fièvre jaune, pour me servir de l’expression de M. Catel. Cette période dénote un désordre circulatoire des plus profonds et répond à la phase de croissance des germes. En effet, nous pouvons expliquer

à l'aide de cette croissance tous les phénomènes de la première période.

L’entrée dans le sang d’une quantité considérable de germes doit bouleverser de fond en comble la circulation ; la présence de ces corps étrangers produit nécessairement des mouvements congestifs vers plusieurs organes ; en outre, ils agissent sur le cœur comme autant de stimulants; de là la plus grande activité de cet organe et l’apparition de la fièvre, dont l’intensité se trouve dans un rapport direct avec le nombre des germes en évolution.

La compression exercée par ces êtres microscopiques sur les centres nerveux explique l’engourdissement des articulations, accompagné de douleurs sourdes et la céphalagie gravative, phénomène constant.

La soif, le délire, les vomissements, sont des phénomènes parfaitement explicables par les désordres de la circulation et de l’innervation qui caractérisent cette première période.

Pendant que Ips germes grandissent, ils vivent au détriment des substances avec lesquelles ils sont en contact ; le sang leur fournit des aliments minéraux et organiques, qu’ils savent mettre en œuvre. Nous avons surpris beaucoup de vibrions attaquant les

globules rouges du sang’, et adhérant à eux comme s’ils étaient des sangsues.

D’autre part, dans des vomissements noirs où il y avait des globules de sang, les cryptococcus ont déformé et détruit ces globules dans l’espace de peu de jours. D’ailleurs le sang des malades présente toujours les hématies déformées, framboisées d’abord, et plus tard, dans la dernière période, tout-à-fait déchiquetées et réduites en lambeaux adhérents ou épars. Il est donc incontestable que ces êtres vivent aux dépens des globules du sang, qui, comme on le sait, se compose de matières albuminoïdes et d’éléments minéraux telsque le fer et le chlorure de sodium.

L’expérience démontre que la première période, l’invasion comprise, dure de trois à quatre jours; c’est juste le temps nécessaire pour que les cryptococcus arrivent à l’état adulte, ainsi qu’il a déjà été dit. Or, pendant cette première période, le sang s’est profondément altéré, car il a été attaqué dans ses éléments essentiels, les hématies. Un grand nombre de ces hématies ont été déformées ; donc, elles ont perdu la propriété vivifiante, au moyen de laquelle elles brûlent les matières albuminoïdes et autres. Ainsi, les combustions organiques superactivées pendant ces 3 ou 4 jours de la première période, devienent incomplètes désor-

mais, car les hématies, chargées du transport de l'oxygène dans l’intimité des tissus, ont perdu leur propriété, et sont devenues par suite de la destruction de leur stroma, incapables de fixer de l'oxyg’ène pendant l’acte de l’inspiration. De là l’oppression épigastrique et la dyspnée qui traduisent ce défaut de l’hématose.

Or, nous avons ainsi tous les éléments préparés pour la deuxième période. En effet, cette période doit se caractériser par une dépressions profonde contrastant avec l’orgasme inflammatoire de la période précédente. Le champ des oxydations étant très -borné dans l’interstice des tissus, la température doit s’amoindrir nécessairement; le malade se sent affaibli par un épuisement rapide, mais il se montre néanmonis soulagé, les germes étant arrivés à leur état adulte ont besoin de beaucoup moins de matériaux pour se nourrir ; de là la décroissance de l’intensité des phénomènes ; mais en revanche ils ont tellement altéré le sang, que ce liquide n’a plus la même consistance ni la même vitalité ; le cœur ne trouvant pas la même quantité de globules rouges pour le stimuler bat plus lentement et son impulsion est bien plus faible ; d’où il résulte que le pouls et la température descendent souvent au-dessous de la normal. En même temps, des hémorrhagies se

manifestent parce que la partie albumineuse et fibrineuse du sang* ayant été consommée par une combustion exaggérée de la première période et les échanges interstitiels ne pouvant pas continuer dans cette seconde période, le sang prend une grande fluidité et transude ainsi à travers les organes plus vasculaires, tels que les poumons, les gencives et les muqueuses en général. Les détritus qui résultent de beaucoup de cryptococcus qui se désaggrégent déjà dans cette période, se dissolvent dans le sang, sont charriés vers la périphérie et communiquent à la peau une nuance jaune, qu’on regarde à tort comme résultant d'une résorption de la bile.

C’est pendant cette dernière période que les cryptococcus, complètement développés, demeurent stationnaires pendant 2 ou 3 jours, et se cherchent entre eux pour la fécondation.

Dès que cet acte est accompli, chaque cellule mère donne issue à un nombre incalculable de sporules, qui suivent à leur tour la même évolution que leurs progéniteurs. Alors il s’établit la troisième période. Au calme apparent de la deuxième période, succèdent les plus profonds desordres, d’ailleurs parfaitement expliqués par cette prolifération .

Une prolifération semblable ne peut que contribuer à épuiser de plus en plus le malade, car les êtres nouvellement nés continuent à se nourrir comme les primitifs aux dépens des gdobules rouges du sang.

De là des hémorragies incoercibles, le pouls misérable et filiforme, le délire et toutes les manifestations ataxo-advnamiques. L’ictère se confirme de plus en plus, car l’imbibition du pigment propre des cryptococcus s'infiltre plus abondamment sous la peau. Les vomissements sont plus fréquents, non seulement parce que le trouble de l'innervation, par suite du manque de stimulation du sang, est beaucoup plus profond, et donne ainsi lieu à des phénomènes reflexes, mais encore parce que dans ces vomissements il se trouve une quantité extraordinaire de vibrions, bactéries et cryptococcus, qui irritant à chaque moment la muqueuse de l’estomac provoquent également les mouvements réflexes qui donnent lieu au vomissement.

La couleur des vomissements devient de plus en plus brune, parce que les détritus de desaggrégation des cryptococcus sont beaucoup plus abondants; finalement elle devient noire. Cette couleur dénote une supersaturation de l’organisme par les cryptococcus en voie de croissance, et

accuse une quantité infinie de lambeaux résultant de la desaggrégation des petits êtres, qui infestent toutes les humeurs de l’organisme. L’infection dans cette période est universelle et atteint le comble de l’abondance.

Aussi, le vomissement noir est suivi d’un accablement des plus profonds, et d’un état de débilité le plus souvent mortelle. Tout l'organisme a alors perdu son impulsion ; on peut dire que ce n’est pas du sang qui circule dans les vaisseaux du malade. ; c'est une masse informe de cryptococcus, bactéries, vibrions, et détritus de toutes sortes.

Ces détritus s’accumulant dans les reins les congestionnent, oblitèrent la lumière des canalicules urinaires et produisent l'anurie, qui remplace l’albuminurie, constatée dans la deuxième période. Enfin, le malade ne pouvant pas résister à tant de causes d’épuisement tombe dans le coma et meurt. D’autres fois, une vraie septicémie occasionnée par la putréfaction des détritus des êtres microscopiques, s’établit et emporte le malade dans l’espace de quelques jours.

La durée de la troisième période varie d’après la résistance individuelle, la plus ou moins grande quantité des germes produits et une foule d'au-

très conditions accidentelles. En général les malades ne peuvent pas résister au de-là de deux ou trois jours, temps plus que suffisant pour que les êtres qui proviennent de la prolifération des premiers aient achevé leur travail de consommation dans le sang déjà profondément appauvri pendant la première période.

Les cas bénins de la fièvre jaune sont aisément explicables par cette théorie. La bénignité est due, soit à un avortement des germes introduits dans l’organisme, et alors les symptômes alarmants de la première période s’enrayent tout-à-coup et le malade entre en convalescence, soit à l’introduction d’un nombre limité de germes, qui parcourent les phases de leur existence comme d’ordinaire mais ne donnent pas lieu à des manifestations graves, parce que la grande majorité des globules sanguins est épargnée.

Enfin, nous chercherons une explication à une dernière question, qui est celle-ci: Pourquoi les étrangers, et de préférence ceux qui viennent de climats européens, offrent-ils plus de prise à l’invasion des germes de la fièvre jaune ?

La réponse nous paraît facile, dès que nous savons quel est l’aliment de prédilection des crypto-

coccus ; c’est le sang, ce sont les globules rouges.

Or, les sujets qui habitent les pays froidso u même tempérés sont en général pléthoriques, ou au moins d’un tempérament sanguin ; ils possèdent donc, des globules rouges bien constitués et en abondance ; excellente condition pour que les germes y trouvent les éléments pour satisfaire leur voracité, de même que les essaims de fourmis vont chercher les points où ils rencontrent des matières sucrées et les hannetons se précipitent aussi sur les plantations de céréales.

Entre une personne habitant le pays depuis long*temps en général faible, plus on moins anémique, et un étranger robuste et riche en hématies, les germes de la fièvre jaune n’hesitent pas ; ils savent mieux que nous où s'implanter, où trouver un repas plus confortable capable de donner un rapide accroissement à leurs innombrables colonies.

Voilà notre opinion sur la patbogénie de cette terrible maladie ; nous nous sommes efforcé de la mettre en harmonie avec les faits, non seulement relatifs aux observations micrograpbiques, mais encore à la succession des s}rmptômes.

Nous verrons bientôt qu’elle s’harmonise aussi avec l’observation d’un fait thérapeutique; c’est à-dire, la destruction des germes coïncidant avec la destruction de la maladie.

Des recherches ultérieures, que nous nous proposons de poursuivre montreront ce qu’il faut ajouter ou retrancher à cette théorie afin qu’elle exprime dans toute sa rigueur la marche évolutive de la maladie.

ACIDE SALICYLIQUE ET SON EMPLOI DANS LA FIEVRE JAUNE. ACTION PHYSIOLOGIQUE DE CE SEL.

L’acide salicyliquo et ses sels sont employés en médecine depuis quelques années, soit appliqués top iquement à titre de désinfectants, soit administrés intérieurement pour combattre un g*rand nombre de maladies.

Il est étonnant, à la vérité, que la clinique ait utilisé si tard ces précieuses substances ; car, ce fut en 1839 que M. Piria obtint l’acide salicyque en fondant l’hydrure de salicyle avec de la potasse caustique. L’histoire de la médecine nous montre plusieurs cas analogues de médicaments qui montent rapidement au sommet de la renommée pour s’y conserver toujours ou pour y jouir d’une gloire éphémère, tandis que d’autres agents d’un mérite

réel se conservent dans l’obscurité pendant de longues années, jusqu’à ce que le hasard ou un génie entreprenant vienne les arracher à leur ostracisme et présenter au monde scientifique leurs rares vertus, qui dès lors se consolident d’une manière inébranlable.

Les préparations médicamenteuses elles-mêmes se trouvent donc assujetties à la loi fatale des caprices du destin, qui élèvent ce qu’ils devraient abattre, ou répudient ce qu’il serait juste d’accepter.

En effet, tandisque le chloroforme fit rapidement sa carrière, (car, découvert en 1831, il fut préconisé à la même date comme anesthésique par Flourens en France et par Simpson et Bell en Angleterre), le sal:cylate de soude dut attendre plus de trente ans pour acquérir les droits d’un agent thérapeutique important et de plus en plus apprécié.

Ses propriétés antiséptiques sont, à l’heure qu’il est hors de contestation ; son influence bienfaisante comme agent capable de guérir le rhumatisme est de même prouvée par un nombre considérable de faits, parmi lesquels ceux que cite M. Sée, un des médecins les plus enthousiastes de cette substance dans le traitement de cette affection.

Le Dr. Rube rapporte dans le Deutsche Zeitschrhift fürpr. med ., un cas rebelle de goutte, qui avait

résisté à toutes les formes de traitement et qui a été promptement guéri par l'administration de l’acide salicylique. Pendant les premières vingt quatre heures on en a donné dix grammes environ. Le troisième jour, le malade n’accusait plus de douleurs et a pu se promener. Son appétit a reparu bientôt et la maladie a disparu définitivement.

Comme antiséptique, l’acide salicylique est supérieur au phénol ; il présente sur celui-ci l’avantage d'être inodore, avantage immense, parceque l’odeur désagréable du phénol provoque de la céphalagie et beaucoup de personnes ne peuvent pas la souffrir. L’acide salicylique empêche la coagulation du lait, la putréfaction de la viande et de l’urine, la transformation de l’amidon par la ptyaline et arrête même la croissance des plantes.

Les travaux modernes de Knapp, Kolhe, Mùller, Thiersch et autres, prouvent que pris intérieurement, l’acide salicylique est très-utile contre la septicémie, l’érysipèle, la fièvre typhoïde, la variole, la dysentérie, la cystite, la syphilis, etc.

Le même acide, d’après les études de ces expérimentateurs, s'oppose à la présence des bactéries dans les urines des malades atteints des maladies ci-dessus citées.

Dans Thopital de Leipzig*, le pansement des ulcères et des plaies au moyen de l’acide salicylique a très bien réussi. Les expériences de M. Vandevyvere, de Bruxelles, sur l’emploi de l’acide dont nous parlons, comme désinfectant, sont concluantes ; pour prouver cette assertion, je citerai les propres expressions qui résument l’opinion de cet observateur.

« Les propriétés désinfectantes et antiséptiques de « l’acide salicylique sont donc prouvées. Cet aci- « de a en outre l'avantage d’agir plus énergique- « ment sur les ferments que ne fait l’acide phénique, « d’être dénué d’action irritante, de n’êttre ni caus- « tique ni corrosif, de ne pas produire d’infiamma- « mation, d’être presque sans goût et surtout sans « odeur. »

M. Van-Hocb, de Nimègue, a vu des otorrhées, qui ne cédaient pas à d’autres agents topiques disparaître comme par enchantement moyennant l’usage de l’acide salicylique,

M. le Dr. Carlos Costa a obtenu de bons résultats en employant le même acide contre les affections catarrhales, (blennorrhagie, leucorrhée, catarrhe vésical, etc. (1)

(1) Revue médicale de Rio de Janeiro, n. 9 Année 5.

Quelques médecins croient meme que la péricardite rhumatismale est curable par les salycilates.

Dans le numéro de janvier du Médical News and Librairy, on vient de citer un cas g’rave de rhum atisme aigu compliqué de péricardite et bronchopneumonie guéri par le salicylate de soude, après les résultats nuis obtenus par le traitement alcalin.

Cettè succint énumération montre très clairement qu’un grand nombre de médecins illustres ont une grande confiance dans l’acide salicylique et ses composés pour combatre des affections de diverse nature, y compris les maladies infectieuses. Mais comme en Europe, où ces observateurs pratiquent et expérimentent, il n’est présent à l’observation clinique que des maladiés infectieuses d’une marche plus ou moins lente, comme la fièvre typhoïde, la variole, etc., il n’est pas étonnant qu’ils ne se soient rappelé d’appliquer l’acide salicylique et ses composés que par l’estomac; il n’est pas nécessaire dans ces cas d’agir rapidement et en même temps avec énergie. Je suis convaincu que s’ils se trouvaient parmi nous, ils auraient eu, comme moi, l’idée d’employer un médicament si précieux par la voie hypodermique, afin de combattre une affection d’une marche si rapide comme la fièvre jaune, qui no donne pas même le temps au médecin de penser aux

indications qui se présentent variables d’un moment à l’autre.

Par conséquent, si j’ai employé le premier hypopodermiquement le salicylate de soude, je l’ai fait appuyé sur les études qui existent sur les propriétés antiséptiques de l’acide salicylique et dans les expériences que j’ai faites moi-même sur les liquides organiques des sujets atteints de fièvre jaune.

Ces liquides, comme le sang-, le vomissement noir, le vomissement jaune, la salive, le pus, etc., renferment constamment, ainsique nous l’avons déjà dit des êtres microscopiques innombrables, que j’ai eu l’occasion de montrer à des médecins et spécialistes distingués, parmi lesquels les Drs. Caminlioâ professeur à la Faculté de Médecine et Araujo Gôes, professeur d’histoire naturelle au collège Impérial de Pedro II. A ce dernier confrère, dont la modestie ég*ale l’intelligence, je présente mes remerciments pour son utile collaboration.

La présence de productions telles que celles que, nous venons de décrire ne peut plus être niée à l’heure qu’il est ; telle est l’évidence avec laquelle elles se montrent, telle en est la quantité prodigieuse dans les humeurs, où elles se reproduisent d’une manière merveilleuse. Eh ! bien. Je me suis rappelé un jour d’une expérience que j’ai faite avec l’acide

salycilique eu le faisant agir sur des volvociens qui se sont formés dans une infusion d’herbe maure ; (2) sous cette influence les animalcules ont été tués sur-le-champ ; j’ai eu l’idée de faire agir aussi le salicylate sur les organismes du vomissement des malades de fièvre jaune. Quel n'a pas été mon plaisir en royant que ces organismes étaient également intoxiqués par l’acide salicylique ! Porté par nature ou par habitude à expérimenter et à appliquer les résultats de l’expérience à quelque but utile, et désespéré, en outre, du traitement de la fièvre jaune suivi jusqu’ici, qui se recommande par les plus déplorables insuccès, qui n’a pas une base certaine, qui n’a aucun guide à suivre autre que les manifestations symptomatiques, effet et non cause dé la maladie ; j’ai pensé à appliquer le salicylate de soude dans la fièvre jaune, car personne ne saurait contester que la présence constante d’organismes dans le torrent circulatoire des malades, qui s’en trouvent encombrés, n’aît une influence immédiate et très-directe sur la marche d’une maladie si horrible.

Je n’ai pas crié eurêka, car je ne pouvais pas à priori dire que le problème était résolu, mais j’ai ap-

(2) Cette expérience est citée dans le présent ouvrage— Pag. 19.

plaudi ma conception et, à l’exemple d’hommes éminents de la science qui, partant des faits observés, sont arrivés jusqu’aux conclusions cliniques, le seul moyen philosophique de faire avancer la médecine, le seule arme puissante pour chasser Taveug'le empirisme, qui a maintenu jusqu’ici dans les ténèbres la thérapeutique et la pratique médicale, j’ai mis la main à l’œuvre, plein de foi et de courage, et j’ai commencé à appliquer le salicylate de soude en injections hypodermiques ; et je puis garantir au jourd’hui qu’il est le médicament le plus héroïque, le seul qui mérite de la confiance dans le traitement de la fièvre jaune.

Avant de démontrer par les faits cette proposition, occupons-nous de l’action physiologiouedu salicylate de soude.

L’action physiologique de ce sel a déjà été expérimentée en Europe sur des animaux. Je citerai les expériences du Dr. Blanchier, consignées dans le journal de Thérapeutique de Gubler, (n. 23, 10 Décembre 1879),

Ces expériences m’autorisent à déclarer que les doses dont je me suis servi pour les injections hypodermiques sur les malades, ne seraient jamais capables de donner lieu à des phénomènes d’intoxication. D’après ces expériences, il est nécessaire de

4 -à 5 grammes de salicylate de soude pour provoquer chez les chiens des troubles de la respiration et de la circulation. Les doses mortelles pour les animaux, ajoute M. Blanchier, sont relativement considérables : 10 à 15 grammes sur le chien, 1 gramme pour la cobaye, 4 centigramme pour la grenouille.

Un chien d’un poids de 10 kilogrammes a résisté à une injection intra-veineuse de 7 grammes de salicylate de soude.

Nous allons passer en revue les principales fonctions pour montrer l'influence que le salicylate exerce sur chacune d’elles. Nous supposons les désordres provoquées par une absorption modérée du sel et ensuite par des doses élevées.

Respiration. — La respiration ne tarde pas à s’accélérer ; elle devient anhélante et très-difficile. Si la dose est fort élevée, il survient l’asphyxie et les animaux meurent.

Circulation. — Les résultats varient selon les doses. A doses modérées, le médicament augmente un peu la force et la fréquence des pulsations cardiaques qui continuent à être régulières.

A hautes doses, les pulsations se ralentissent, deviennent plus on moins irrégulières quant au rythme, nombre et énergie.

De notre part nous avons”constaté le suivant chez les malades de fièvre jaune, où nous avons fait l’application sous-cutanée du salicylate. Si la dose est modérée, la tension vasculaire augmente, il est vrai, mais d’une manière non persistante. Dans l'espace de 12 à 24 heures, à une fréquence plus grande du pouls succède la lenteur de ses battements, qui se consevrent réguliers. Si la dose est forte, j’ai vu s’établir rapidement la chute du pouls. Je citerai un fait parmi d'autres:

Le pouls se trouvait à 104°, il y avait une grande agitation, oppression épigastrique intense, chaleur de 40°, 1.

Les vomissements étaient bilieux et fréquents. Moyennant l’application hypodermique sur plusieurs points de Dr-,60, le pouls est descendu à 92 dans l’espace de 6 minutes et la chaleur à 38°, 9. L’oppression a diminué peu à peu et la malade s'est rétablie ; il s’agissait d'un cas de fièvre jaune typique.

Le 5 avril, au soir, chez une malade entrée dans l’hospice de N. D. de la Santé, ayant 3 jours de maladie, pouls à 100, chaleur à 39°, 2, j’ai observé un fait analogue, après avoir injecté 70 centigrammes en 5 points différents.

L’agitation, la chaleur et les pulsations se sont modérées comme par enchantement dans l’espace de quelques minutes.

M. Blanchier dit que la température n’est pas modifiée et que l’action anti-pyrétique du salycilate de soude est assez incertaine et en touts cas trèsinconstante.

Ce n’est pas ce que j’ai observé en appliquant hypodermiquement ce sel dans des cas de fièvre jaune.

Outre les deux faits déjà mentionnés, j’ai toujours observé l’action anti-thermique du salicylate et d’une façon tellement nette et évidente que pour moi une action semblable est plus que démontrée. J'ai même pu mésurer le pouvoir anti-thermique du médicament ; j’ai remarqué que dans 24 heures la diminution de la chaleur morbide est de 1°,5 à 2°, après une injection de 8 décigrammes environ.

Fonctions digestives — Les troubles dig'estifs consistent d’abord en vomissements, puis en diarrhée. De tels effets ne sont produits que par de fortes doses, d’après M. Blanchier, (4 à 6 grammes pour le chien).

Dans quelques malades j’ai remarqué, en effet, des vomissements immédiatement après l’injection hypodermique, mais il est bien difficile de dire si ce phénomène est causé par le médicament ou bien par

la maladie ; d’ailleurs, toute injéction hypodermique, quelle qu’elle soit, est capable d’occasionner des vomissements, immédiatement après, surtout chez les personnes irritables ou douées d’un témpérament nerveux.

Ainsi, les vomissements succédant aux injections hypodermiques de salicylate ont été constatées par moi plus souvent chez les femmes que chez les hommes.

Mais quelquefois, comme un phénomène tardif, les vomissements, se manifestent pendant la convalescence, lorsqu’il n’y a plus aucun symptôme de la fièvre jaune. En général, cet accident cède aisément à la noix vomique, à la camomille ou à la potion de Rivière.

Quant à la diarrhée, j’en ai remarqué l’apparition dans la majorité des cas ; elle peut persister jusqu’ la convalescence ; c’est une hypersécrétion muqueuse accompagnée parfois de douleurs au ventre.

Ces phénomènes de superactivité des glandes du tube digestif ont eu lieu, soit qu’on ait administré de petites doses soit sous l’influence de doses plus hautes.

Audition — Vision , etc. — Les troubles de l’ouïe sont constants et connus depuis longtemps.

En effet, dans ses Leçons de Chimie — M. Malagute dit:

« Lorsqu'on ingère de l'acide salicylique, peu à « peu, jusqu’à atteindre la dose de 6 à 8 grammes, « on éprouve un bruit aux oreilles et un sens de « stupeur. )> (3)

J’ai aussi observé des troubles du côté de la vision, c'est-à-dire, un affaiblissement de cette fonction. Les malades disent qu’il passe devant leurs yeux une espèce de nuage qui se dissipe promptement.

Ces troubles visuels ne sont pas sont constants ils sont subordonnés à la dose. Ils se manifestent plus aisément lorsqu’on administre le médicament par la bouche que lorsqu’on l’applique sous la peau ; c’est que dans ce dernier cas il est plus promptement éliminé. Par conséquent les troubles visuels semblent dûs à une accumulation du salicylate dans l’organisme.

L'état de stupeur , d’accablement des forces, se montre toujours quand les doses sont élevées, et le médecin doit être bien attentif à cet effet, afin de ne pas compromettre le succès du traitement.

Les troubles de la sensibilité, de la motilité et de l’intelligence sont tout-à-fait exceptionels.

Je n’en ai jamais observé.

Sécrétions. — D’après l’opinion de M. Blanchier, le salicylate possède deux actions bien distinctes sur

(2) Pag. 229, 2m édition, 2me partie.

les sécrétions; à petite dose il les active, à dose élevée, il les supprime tout-à-fait, paralysant l’activité fonctionnelle des éléments glandulaires.

Depuis les premières applications hypodermiques que j’ai faites, j’ai remarqué une action manifeste du salicylate sur les sécrétions, tant par les doses fortes que par les doses faibles. Ainsi, un phénomène presque constant a été une hypersécrétion salivaire, que je compare à la salivation mercurielle.

A la vérité, il y a un gonflement des g'encives et un écoulement continuel de salive, qui force les malades de cracher à chaque instant.

La sécrétion de la sueur est également augmentée.

J’ai vu un malade suer dans une seule nuit jusqu’à cinq chemises. Après cette copieuse diaphorèse la convalescence s’est établie.

La quantité d’urine est considérablement augmentée en vertu de l’introduction du salicylate par la voie hypodermique. Sous ce point de vue mon observation est en opposition à celle du professeur Bouchard, qui dit que la quantité des urines ne se modifie pas sous l’influence du salicylate.

Pour moi l’action diurétique de ce sel est évidente.

Je n’ai pas eu un seul malade traité par le salicylate qui ait présenté de l’anurie, meme ceux qui ont

succombé. La quantité d’urine est souvent extraordinaire. Ce liquide se charge d’éliminer le sel, ce que j'ai pu constater par la réaction du perchlorure de fer ; il s’est produit une magnifique couleur violet, caractéristique de la présence de l’acide salicylique. Mais dans l’espace de peu de jours on ne rencontre pas davantage des traces d’acide salicylique dans les urines des malades qui ont subi l’injection hypodermique du sel, même à doses considérables.

D’après M. Blanchier, la plupart des effets du sali* cylate de soude dérivent de son action sur le système cérébro-spinal et spécialement le bulbe. Le médicament n’agit pas sur les fibres nerveuses ; il n’agit pas non plus sur leurs terminations périphériques; il agit exclusivement sur la substance grise des centres nerveux et surtout du bulbe, par l’intermédiaire duquel il produit le vomissement, les troubles gastrointestinaux et les désordres de la circulation et de la respiration.

Le salicylate est donc un poison bulbaire. Le même auteur admet encore une action locale sur les éléments glandulaires et sur les ganglions nerveux cardiaques.

Ce dont’il faut surtout prendre en considération pour attendre un but thérapeutique, c’est l’action cumulative du salicylate, particulièrement lorsque

les injections sont faites à plusieurs reprises ou lors qu’il est administré par la bouche.

Le Dr. Feltz décrit dans le journal La France Médicale un cas d’empoisonnement par cette substance, dont on avait pris 200 grammes pendant un mois ; dans les premiers 6 jours 4 grammes dans les 24 heures ; dans les 7 jours suivants 6 grammes par jour et dans les derniers 17 jours 8 grammes par jour en trois doses. Le malade a été pris de vomissements et anorexie, la lang’ue s’est recouverte d’une enduit blanchâtre, il y a eu de la céphalalgie, rougeur de la face, contraction des pupilles. La douleur se locacalisait principalement au sommet de la tête.

Ces symptômes se sont continués pendant 10 jours après la cessation de l’emploi du salicylate. On a trouvé des traces d’acide salicylique dans l’urine, seize jours après.

J’ai remarqué aussi que les malades de fièvre jaune se plaignent de céplialagie même quaud tous les phénomènes graves ont disparu, et que Ton ne remarque pas le plus léger mouvement fébrile ; je rapporte cette céplialagie à une action cumulative du médicament.

En traitant de l’action physiologique du salicylate de soude, nous devons encore citer une observation du Dr. Dobrowski, insérée dans le A II.

Med. Central Zeit c’est l’odeur désagréable de l’haleine après l’usage prolougé de l’acide salicylique, soit qu’on l’emploie pour la toilette de bouche, soit comme une poudre dentrifice.

On explique ce fait singulier par la décomposition du sulfo-cyanure de potassium, qui, ainsi qu’on le sait, est l’un des constituants de la salive, et dont la fonction est d’empêcher la putréfaction des débris d’aliments. Les malades auxquels j’ai prescrit le salicylate sous forme de collutoire ont présenté ce phénomène. La mauvaise haleine cesse dès qu’on arrête l’usage du salicylate.

Action de l’ acide salicylique et du salicylate de soude sur le sang et spécialement sur les globules. — D’après Cotton, l’acide salicylique agit sur le sang de deux manières : 1° en le coagulant ; 2° en le conservant. L’action coagulante est très-lente ; elle est plus rapide sur le sérum du sang*. Comme agent conservateur, l'acide salicylique est supérieur aux autres anti séptiques, car il ne détruit pas les globules sanguins.

Du sang humain mêlé à de l’acide salicylique dans la proportion de 5 °/0 et placé dans un vase sans aucune précaution, s’est desséché spontanément à l’air pendant la période de mai à juin, (expérience de Cotton en Europe) .

Au bout de ce temps, on a mis le résidu en macération dans de l’eau distillée. Pendant tout le mois de juillet, l’eau ayant été renouvelée au fur et à mesure qu’elle s’évaporait, au bout de tout ce traitement Pexamen microscopique a montré que les globules étaient aussi nombreux que dans le premier jour, mais ils offraient une forme dentelée.

Le résidu sec dont nous avons parlé a cédé à l’alcool la matière colorante, qui a donné par Pexamen spectroscpique les raies de l’hématine en solution acide. Par conséquent l’acide salicylique détruit l’hémoglobine comme les autres acides.

La proportion de 1 °/0 d’acide salicylique additionné au sang met eu évidence les globules blancs avec une netteté extraordinaire.

Le salicylate de soude agit sur le sang comme l’acide salicylique. Le Dr. Araujo Gôes et moi avons remarqué que les hématies deviennent transparentes et parfaitement distinctes ; leur déformation a été limitée à une légère déchirure de leur périphérie. Nous citerons encore une observation des plus remarquables que nous avons faite le 3 mars et à laquelle nous nous sommes déjà rapporté; nous avons examiné le sang de deux cadavres de sujets morts de la fièvre jaune pendant la troisième période. L’un de ces sujets, bien que nous Payons regardé comme un

cas nul pour nos observations puisqu’il est entré presque mourant, a subi une injection de salicylate de soude. L’autre n’a pas été soumis à ce traitement. Le sang du premier a présenté une infinité de microzvmes, vibrions et bactéries, tous morts. On a en outre remarqué de nombreux cryptococci, de dimensions, diverses ; les plus grands présentant dans leur intérieur des granulations. Les hématies étaient déformées, comme ratatinées.

Le sang du second cadavre a présenté quelques vibrions morts, mais la plupart étaient vivants.

Nous avons vu également de nombreux cryptoccoci, les uns d’une taille extrêmement petite, d’autres au contraire fort volumineux. Les hématies étaient aussi déformées ; elles montraient la forme polyédrique, offrant diverses faces ridées. Dans les deux cas il y avait de très-petites granulations noires, figurant des punctuations adhérentes aux globules sanguins.

Il ne faut pas répéter la filiation de ces productions ; elle a été donnée dans les articles précédents.

Modifications du salicylate de soude dans V organisme— Le salicylate de soude traverse l’organisme sans se modifier pour être éliminé en nature par les diverses émoncetoires ou souffrira-t-il dans le torrent

circulatoire quelque modification, qui le ramène à l’état d’une autre individualité ?

Nous pensons que les deux faits ont lieu, lorsque les doses sont élevées, et que l’élimination du sel ne se fait pas en nature, lorsque la dose est petite.

Ainsi, chez les malades qui ont été soumis à des injections de 8 décigrammes, 1 gramme et davantage, les urines révèlent toujours par le perchlorure de fer la présence de l’acide salicylique. Chez les malades qui n’ont subi que des injections de 2 et 3 décigrammes, les urines n’ont manifesté aucun trace d’acide salicylique.

Que l’acide salicylique se transforme dans l’organisme en acide salicylurique, c’est un fait admis par un grand nombre de chimistes. M. Wurtzdans son traité de chimie médicale — (pag. 580)dit le suivant.

« L’acide salicylique éprouve un changement très- « remarquable dans son passage à travers l’économie ■ « Lorsqu’il est ingéré, il est absorbé, et, comme1 « l’acide benzoïque, fixe quelque part les éléments; « du glycocolle, pour se convertir en un acide analo-- « gue à l’acide hippurique et que M. Bertagninii « a nommé acide salicyluriqm .»

C’est ce que M. Malaguti écrit également à la* page 229 de ses Leçons de chimie organique :

« Les urines renferment de l‘acide salicylurique , « ayant avec l'acide salicylique les mêmes rélations « que celles qui existent entre l’acide benzoïque « et l'acide hippurique (Bertagnini).»

Lorsqu'on veut rechercher l’acide salicylurique dans les urines, on y jette quelques gouttes d’une solution de perchlorure de fer, qui produit une belle couleur violette.

Or, nous avons déjà dit ailleurs que l’acide salicyque donne lieu à une réaction identique. Comment donc distinguer l’acide salicylique de l’acide salicylurique ? Au moyen de l’oxyde de plomb couleur puce (bioxyde de plomb) .

En effet, une solution d'acide salicylurique décolore cet oxyde par l’ébullition ce que ne fait pas l’acide salicylique.

D'ailleurs, il est possible d’extraire de l’urine tout l’acide salcylurique ; on pourrait alors analyser les caractères isolés de chacun de ces corps.

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