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MANIÈRE D’ADMINISTRER LE SALICYLATE DE SOUDE

La méthode des injections hypodermiques dans le traitement de beaucoup de maladies se vulgarise aujour d’hui de plus en plus dans la pratique médicale.

Cette méthode est souvent la dernière ressource qui reste à l’homme de la science pour agir contre certaines affections.

Les journaux de médecine sont pleins d’articles où l’on montre les effets merveilleux obtenus par les injections hypodermiques de substances très-différentes.

On a pas hésité à introduire sous la peau des substances caustiques, comme l’ammoniaque et le nitrate d’argent ; de vastes abcès se sont produits consécutivement à de telles injections ; mais il serait déraisonnable de protester contre ces applications, car

il ne faut pas reculer devant un mal moindre lorsqu’il s’agit d’éteindre un mal plus grand, qui menace les jours de nos semblables.

Dans un cas de métrorrhagie, quand on voit la femme évanouie, quel est la médecin qui mérite ce nom, qui n’oserait pas appliquer l’ergotine en injection hypodermique, de crainte d’une eschare insignifiante, d’une lymphatite ou d’un abcès en général sans gravité ? En effet, l’efficacité de l’ergotine par la voie hypodermique dans les cas de métrorrhagie est telle, que M. Paul a rapporté 14 cas où l’hémorrhagie utérine a été arrêtée dans l’espace 5 à 16 minutes.

Quel corps est plus dangereux que le curare, tant pour le médecin que pour le malade ? Cependant il a été déjà employé hypodermiquement contre l’hydrophobie. Le Dr. Sewell appuyé de l’autorité du Dr.Walterton, a une telle confiance en ce moyen qu’il a déclaré devant une société scientifique que, si par hasard il avait le malheur d’être mordu par un chien enragé et de devenir hydrophobe, il n’hésiterait pas un seul moment à appliquer le curare sous forme d’injection hypodermique.

L’atropine, ce poison violent fourni par la belladonne est aujourd’hui appliquée souvent hypodermiquement par des cliniciens étrangers dans le but

de guérir l’épilepsie. Le professeur Demme (Jahrbuch der Kinderheilkund) , garantit que l’atropine administrée de cette manière réussit souvent dans des cas où d’autres modes de traitement avaient été inutilement employés.

Dans cinq cas d’épilepsie deux, ont été tout-à-fait guéris, deux ont obtenu des améliorations réelles,

Parrmi quatre cas d’éclampsie, traités de la même manière, trois ont été guéris, le quatrième a été suivi de mort par suite d’une pneumonie intercurrente.

Je pourrais citer encore d’autres substances qui sont introduites journellement sous la peau, comme la morphine, la strychnine, l’aconitine, etc., bien qu’ils soient des agents très-dangereux par leur action générale et puissent causer des lésions locales, qui sont peu de chose à côté de la maladie qu’on veut combattre.

On a donné même des aliments sous forme d’injections hypodermiques 1 Le Dr. Whittaker a écrit un article dans le journal Clinic , où il décrit un cas d’un sujet qui s’est nourri pendant trois jours au moyen du lait introduit hypodermiquement, (2 grammes de 2 en 2 heures). Puis, on a employé de l’huile de foie de morue, 4 onces par jour en 8 injections).

Le lait a donné lieu à la production de deux petits abcès ; mais le malade s’est si bien trouvé qu’il a pu prendre du lait par la bouche trois jours après.

Même dans les veines on a introduit des médicaments. M. Oré, de Bordeaux, l’a fait il n’y a pas longtemps.

L’idée deM. Oré a été débattue avec chaleur dans les académies et sociétés savantes de Paris. La conception hardie de l’illustre professeur s’est couverte de lauriers, et V Académie des Sciences a consigné avec empressement dans ses archives les cinq cas racueillîs par M. Oré.

La substance injectée a été l’hydrate de chloral; M. Oré avait pour but de produire l’anesthésie. Dans un cas pour extraire un séquestre de l’astragale nécrosé, il a employé en totalité 4,gr-50 de chloral ; l’anesthésie s’est prolongée, et il fallut réveiller le malade par l’application des électrodes d’une forte pile sur le nerf pneumo-gastrique.

Le second cas d’injection intra-veineuse de chloral s’est produit à l’occasion d'un tétanos traumatique; le troisième, d’une morsure de vipère ; le quatrième pour l’extirpation d’un cancer du rectum ; cette opération a été pratiquée par deux professeurs de l’Université de Gand , les Drs. Deneffé et Van-Webter ; le cinquième cas,

qui a été suivi de mort, est relatif à un individu atteint d’hydrophobie ; il a fallu une heure et demie pour injecter 100 grammes de la solution de chloral.

M. Oré a eu le plaisir de voir le grand Bouillaud déclarer à V Académie de Médecine de Paris que les faits ont justifié parfaitement ses tentatives hardies.

Parmi nous, M. Oré n’aurait eu en recompense que l’insulte, l’ironie et la critique insensée des médiocrités.

D'après cet exposé, on voit que les injections hypodermiques constituent à l’heure qu’il est une mé- „ thode définitivemeut acquise à la science. Par conséquent, j'use d’un droit acquis en employant les injections de salycilate de soude, médicament qui donné par la bouche a été reconnu avantageux contre diverses maladies en Europe.

Pour se faire uno idée de la large extension des applications hypodermiques aux Etats-Unis, il suffit de lire ce que dit le Dr. Burns dans le Nashvilie Journal (août 1874) ; en effet, dans l’espace d’une année on a administré hypodermiquement dans un hôpital militaire 40,000 doses de plusieurs narcotiques, sans inconvénients ; et dans certains cas spéciaux on a employé plus de 500 injections hypodermiques ! Il n’y a aucun argument plus éloquent

pour prouver l’innocuité de ce mode d’administration.

Personne ne saurait contester avec raison les avantages de la médication hypodermique, surtout lorsque l’administration des médicaments par la bouche est impraticable.

Or, la fièvre jaune est dans ce cas. Tous savent que les vomissements fréquents sont l’un des symptômes de cette maladie. Il suffit de l’ingestion d’une petite quantité d’eau ou d’un médicament pour occasionner immédiatement des vomissementz qui contribuent à affaiblir d avantage le malade déjà accablé par la douleur épigastrique, déjà dévoré par l’intensité de la fièvre.

Les médicaments ingérés dans l'estomac ne peu vent donc agir, car ils sont pour la plupart rejetés avant avoir eu le temps d’être absorbés. La méthode des injections hypodermiques, permettant l’introduction de l’agent thérapeutique dans le torrent circulatoire avec sûreté et promptitude, s’impose, pour ainsi dire, dans le traitement de la fièvre jaune comme le seul moyen rationnel et praticable, de même qu’il s’impose dans le traitement de la péritonite et de l’empoisonnement par l’aconit.

D’autre part, la fièvre jaune est l’une de ces maladies, où il ne faut pas perdre de temps.

Sa marche, ses périodes se précipitent, l’organisme ne tarde pas à s’écrouler par suite des désordres des fonctions.

Devons-nous, devant une telle urgence, compter sur le moyen incertain, problématique, d’administrer le rémède par la bouche, lorsque la science nous fournit le moyen certain, rapide, expéditif des injections hypodermiques? Seulement parce que de ces injections il peut provenir des accidents locaux curables, faut-il banir la médication et laisser mourir le malade tourmenté par les ardeurs des sinapismes et par les plaies atroces produites par les vastes vésicatoires ?

Nous le répétons, donc, avec toute conviction que les injections hypodermiques sont le mode de traitement le plus rationnel de la fièvre jaune; et lorsqu’on a à sa disposition un médicament précieux par ses effets comme le salicylate de soude, quelle hésitation peut être justifiable? Quel autre motif peut-on opposer à l’adoption de ce moyen, si ce n’est le pyrrhonisme empirique, l’aveuglement de l’esprit, la révolte contre le progrès ?

Afin de rendre plus facile l’absorption du salicylate, et si le malade présente franchement les symptômes de la première période, j’ai l’habitude de com mencer par administrer un purgatif, (huile du ricin).

Immédiatement après je pratique l’injection. Cependant je compte une série très étendue de cas suivis de guérison où j’ai employé exclusivement le salicylate en injections hypodermiques, sans un seul purgatif ou un autre médicament quelconque, si ce n’est un peu d’eau alcoolisée pour modérer la soif.

Le véhicule que j’ai employé pour dissoudre le salicylate, c’est l’eau. Quelques précautions sont nécessaires pendant la préparation de la solution. Premièrement, il faut que le médecin s’assure que le sel qu’il va injecter est parfaitement neutre aux papiers réactifs. Un excès d’acide salicylique le rendrait incomplètement soluble dans Peau. Un excès de soude le rendrait caustique. Puis il est nécessaire de filtrer la solution, afin de la rendre dépourvue des particules en suspension, qui viendraient agir comme des corps étrangers.

Un soin qu’il ne faut pas oublier c’est de faire la solution au moment même de s’en servir.

En effet, tandisque le salicylate de soude, parfaitement sec, peut se conserver pendant longtemps, en solution dans l’eau il s’altère promptement, prenant une couleur jaunâtre, due à l’absorption de l’oxygène de l’air atmosphérique, qui finit par décomposer totalement le sel. On comprend qu'une

solution semblable n’a pas la même activité et on ne saurait pas compter sur elle.

Un antre soin important c’est la graduation des doses. Dans les premiers cas j’ai commencé timidement par 30, 40, 60 centigrammes ; puis j’ai observé qu’on pouvait sans inconvénient élever les doses jusqu’à 1 gramme, Dr-,30 et plus .

La graduation des doses tient au cas qui se présente et varie selon la période de la maladie.

Si le malade est franchement à la première période et présente une réaction fébrile intense, accompagnée d’une grande élévation thermique et d’un pouls fréquent, indiquant une forte tension Vasculaire, c’est le cas d’appliquer une dose maximum du salicylate, si nous voulons voir la maladie jugulée.

Si au bout de 12 ou 16 heures, la température n’a pas baissé ou a baissé d’une quantité insignifiante, et si les phénomènes de la première période se conservent avec la même intensité, je n’hésite pas à pratiquer une deuxième injection à dose élevée.

En résumé, à la prémière période, on doit graduer la dose selon l’intensité de la fièvre et la marche des symptômes.

Si nous nous trouvons en présence d'un malade qui se trouve déjà à la deuxième période, il est plus utile et plus prudent d’employer des doses modérées, répétées de 4 en 4 ou de 6 en 6 heures, selon le cas, que d’injecter d’une seule fois une forte dose de substance. Et la raison en est simple. La deuxième période se caractérise par une tendence croissante à l’adynamie ; les battements du pouls sont lents, la chaleur est modérée, parfois au-dessous de la normale. Un médicament énergique et d'un effet rapide comme le salicylate donné hypodermiquement, irait à haute dose provoquer une adynamie profonde, une chute insantanée des forces, dont il serait fort difficile de retirer le malade.

Les doses faibles, de 10, 15, 20 centigrammes, répétées à longs intervalles enrayent peu à peu la marche de l’affection, sans provoquer une intoxication. En somme, le médicament ainsi administré n’agit qu’à titre de fermenticide ; son action sur les fonctions ne se fait sentir que très-légèrement.

A la vérité, lorsque la maladie est enrayée parle salicylate à la première période, on note un affaiblissement général qui n’est pas en rélation avec la courte durée de la maladie; cette affaiblissement est sans aucun doute dû en grande partie à l’intensité de la fièvre qui dévorait le malade, et aux dégâts

produits par les organismes ferments, mais il est dù aussi à l’action hyposthénisante du médica1 ment.

A ce moment les toniques trouvent leur indication ; je les administre à la deuxième période en meme temps que le salicylate, lorsque ces toniques sont tolérés par l’estomac.

A la troisième période le salicylate se montre impuissant. Si le vomissement noir ne s’est encore pas manifesté, il peut encore être utile ; mais l’apparition de ce terrible symptôme marque la limite où le salicylate agit avec [efficacité. Il combat les hémorrhagies, l’ataxie, les vomissements jaunes, enfin les phénomènes de la première et de la deuxième période et même ceux du passage de la deuxième à la troisième période ; mais le vomissement noir se montre rebelle au médicament, car cette manifestation exprime la supersaturation de l’organisme par les êtres microscopiques. Mais, vu que la fièvre jaune ne commence par la trosième période que dans les cas rares qu’on nomme foudroyants, cette inefficacité dans la phase extrême du mal n’ôte rien à la valeur du médicament.

Du reste, lorsque le vomissement noir se manifeste il n’y a qu’un médicament qui puisse sauver le malade ; c’est le hasard.

Pour éviter la production d’eschares et d’autres accidents locaux, je dilue les doses dans une quantité plus grande d’eau.

Alors, il ne se forme en général que des ecchymoses, qui se résorbent sans difficulté.

Rarement il se forme des abcès. Cette dilution a un seul inconvénient, c’est de nécessiter un plus grand nombre de piqûres.

En général, pour enrayer la maladie, il n’est pas nécessaire d’appliquer les injections plus de 3 ou 4 jours de suite.

Quel est le point que l’on doit choisir pour les injections? Chez les premiers malades je pratiquais les injections à la région de l’hypochondre droit ; en agissant ainsi j’avais, surtout en vue un autre effet: une révulsion utile sur le foie.

Mais,jj’ai noté que les malades redoutaient l’application durémède sous la peau du ventre. Pour obvier à cet inconvénient, j’ai accepté l’idée de mon ami et confrère Araujo Gôes, à qui je suis redevable de m’accompagner dans mes recherches, de pratiquer l’injection au bras, spécialement sur la région deltoïde, à peu-près aux points où l’on vaccine.

Le Dr. Gôes afin de renforcer l’effet des injections donne, dans les cas les plus graves, le sali-

cylate intérieurement. Cette pratique est avantageuse quand la personne est robuste et peut jusqu’à un certain point neutraliser Faction cumulative du médicament, dont nous avons déjà parlé dans le chapitre précédent, et quand la fréquence des vomissements ne s’oppose pas à la conservation des liquides dans l’estomac. J’administre encore intérieurement le salicylate lorsque le malade s’oppose d’une manière opiniâtre aux injections sous-cutanées. Les effets du médicament sont précieux même dans ce cas, mais il faut avouer qu’ils sont moins sûrs.

Dans les cas d’hémorrhagie par la langue et en général par la muqueuse buccale, nous avons donné le salicylate sous forme de collutoire et de gargarisme ; la vérité est que les hémorrhagies ont toujour cessé.

Pour terminer, nous ajouterons que pour combattre les vomissements qui parfois se manifestent pendant la convalescence, comme un phénomène tardif résultant de l’application du sel, nous nous sommes bien trouvé de l’emploi des teintures de noix vomique et de camomille ou bien de la potion de Rivière. Pour combattre la diarrhée, phénomène qui persiste aussi quelquefois à la convalescence, le sous nitrate de bismuth additionné des opiacés, nous a fourni de très-bons résultats.

Voilà les préceptes que notre expérience nous a appris sur l’administration du médicament. La pratique éclairée des cliniciens qui voudront employer notre traitement pourra modifier plus convenablement encore les règles tracées ci-dessus. C’est le temps et l’expérience bien dirigée qui perfectionne les procédés des arts et des sciences, et de toutes les sciences, la médecine est celle qui nécessite le plus de ces deux éléments de perfectionnement.

INFLUENCE DU SALICYLATE DE SOUDE SUR LA MARCHE DE LA FIEVRE JAUNE. LESIONS LOCALES.

Pour apprécier exactement la marche naturelle d’un état morbide quel qu’il soit, il est nécessaire de l’observer en de hors de toute influence médicamenteuse qui puisse troubler ou modifier son évolution.

Il faudrait que le médecin croisait les bras pour assister en qualité de spectateur à toutes les péripéties de la maladie.

Il est d’intérêt pour la science de savoir avec certitude s’il y a des courbes thermométriques invariables pour le typhus américain comme il y en a pour la pneumomie et la fièvre typhoïde.

L’exploration thermoscopique nous tirerait les doutes à l’égard du nombre de stades ou périodes de la maladie. Apparemment ces périodes semblent être au nombre de trois, mais qui sait si le thermomètre ne nous fournira pas des indications telles qu’on doive

admettre en réalité plus de trois stades ? D'autre part il est possible que le traitement perturbateur employé généralement altérera profondément la succession de ces périodes et la physionomie qu’elles présentent.

Je voudrais avoir à présent le courage qu’ont eu Balfour en Angleterre et Dietl en Allemagne ; qui affrontant tous les blâmes ont abondonné la pneumonie à elle-même et ont parvenu à démontrer que cette affection offre une marche cyclique invariable et est curable par les seules ressources naturelles, lorsque des phénomènes extraordinaires ne viennent pas troubler son évolution. Il est aujourd’hui prouvé qu’il serait imprudent toute intervention qui n’aurait d’autre résultat que de prolonger la durée de la maladie et d’empêcher la succession des trois stades: l’ascendante, la sationnaire, et la descendante qui commence à la défervescence.

Je voudrais avoir ce courage, je le répète, si je n’étais intimement convaincu de ce que la fièvre jaune, bien différente en cela de la pneumonie, est une maladie qui peut être enrayée dans sa marche et jugulée dans ses deux premières périodes, sauf dans ces cas rares d’ailleurs, où la maladie attaque avec une telle violence qu’elle parcourt toutes ses phases dans l’espace de 12, 24 ou 48 heurse,

Lorsque la fièvre jaune revêt le type régulier, elle se présente à l’observateur composée de 3 périodes, sans tenir compte de l’incubation.

La première période est celle de l’invasion, qui est caractérisée par une réaction fébrile, franche et intense. Le faciès est animé ; c’est le faciès de l’homme ivre, d’après l’heureuse comparaison de M. Torres Homern. Les yeux s’injectent ; la face et les téguments de la poitrine sont rouges.

Il y a de la céphalalagie intense, la langue est rouge et sèche, la soif insatiable ; le malade se plaint d’oppression épigastrique et de douleurs contuses siégeant aux lombes et aux articulations. La peau est sèche. Le pouls marque alors 100, 110, 120 et plus ; la température s’élève à 39°, 40°, 41° et au dessus. Le malade a des frissons.

Quelquefois on remarque déjà des nausées et quelques vomissements formés de matières alimentaires ou d’un liquide aqueux d’une couleur blanchâtre. Le délire se manifeste parfois avec violence.

La durée de cette période varie en général de 1 à 3 jours. Les personnes étrangères à l’art médical considèrent souvent ces désordres comme une courbature, ignorant que ces symptômes inflammatoires sont l’expression du défaut d’équilibre circulatoire

provoqué par la présence dans l’organisme du terrible germe xantliogénique.

A cette période succède un calme apparent, qui trompe souvent les personnes qui entourent le malade, et même (ce qui est plus remarquable) le médecin qui soigne le malade. En effet, à la fièvre intense qui dévorait le sujet, succède un abaissement considérable de la température, qui peut aller jusqu’à limite normal ou même au dessous de cette limite, descendant à 38°, 37°, 36° et audessous. Les battements artériels qui étaient véloces et pleins deviennent lents, petits, en sorte que pendant une minute on ne compte parfois que 50, 45 pulsations et quelquefois moins.

Le médecin expérimenté ne se laisse pas tromper par ces phénomènes illusoires, car il sait qu’ils sont en général les précurseurs des phénomènes très-graves de la troisième période.

D’ailleurs, l’oppression et la sensibilité épigastrique persistent pendant cette période ; les vomisseiniprimse se manifestent plus ou moins fréquents, offrant une couleur jaune et sont provoqués par l’ingestion de l’eau et des médicaments. La soif persiste, s’exacerbant ainsi que l’anxiété, et la céphalalgie ; les forces s’éteignent, le faciès du malade exprime lafatigue et l’affaiblissement.

La 2me période est quelquefois d’une durée si courte qu’il est difficile de la préciser. Mais, le plus souvent, elle se prolonge pendant quelques heures et même 2 ou 3 jours.

Pendant ce temps, il se manifeste aussi la couleur ictérique de la peau, qui peut manquer, et l’albuminurie. Les hémorrhagies, le vomissement noir marquent le passage vers la troisième période. Ces deux phénomènes peuvent se manifester en même temps ou isolément .

Il y a des cas où la couleur du vomissement se

modifie peu-à-peu, passant du jaune au brun et du brun au noir ; dans d’autres cas le vomissement qui fournit le signe de la dernière phase est tout d’un coup noir, comme du marc de café ou du pa" pier brûlé. La matière noire, nous l’avons déjà dit et prouvé, n’est pas dissoute dans la partie aqueuse du vomissement ; elle n’est que suspendue.

Après l’éjaculation du vomissement noir, le malade tombe dans un état de stupeur profonde; sa face pâlit, ses traits se décomposent. Souvent le vomissement est mélangé avec une quatité plusou moins grande de sang.

L’anxiété devient extrême, il si manifeste parfois des hoquets rebelles, les selles sont fétides et quelquefois noires comme le vomissement.

Des épistaxis intarissables se manifestent à cette période et parfois même à la deuxième. Les métrorrhagies sont très-communes chez les femmes. L’anurie est un autre symptôme de cette phase.

A cette période ou les phénomènes ataxiques sont absents, ou bien ils se manifestent sous forme de contractures, sursauts, délire furieux accompagné de cris affreux, qui rendent la maladie encore plus terrible. Dans d’autres cas, la maladie revêt simplement la forme adynamique, l’intégrité de l’intelligence sauf le subsiste, délirium qui se présente aux derniers moments. Alors la langue et les lèvres se recouvrent d’un enduit noir, la langue devient sèche comme du parchemin, le pouls est filiforme et irrégulier, la température extrêmement élevée ; c’est la forme typhique de la maladie.

La mort survient quelquefois pendant l’irruption d’une hémorrhagie on d’une série de vomissements noirs ; d’autres fois par suite des progrès de l’adynamie. Dans le premier cas l’agonie est courte ; dans le second elle est lente, se prolongeant parfois pendant 12 heures et davantage.

Pendant les derniers moments, la température qui peut descendre jusqu’au degré normal, fait une rapide oscillation ascendante, qui doit être toujours regar-

dée comme un signe fâcheux, car c’est l’indice certain d’une terminaison par la mort.

Voilà en résumé, la description du tableau de la maladie. Il y a des variantes dans les phénomènes cités, lesquelles ne sauraient être comprises dans ce léger aperçu ; il vaut mieux les apprécier à titre d’observations ou de descriptions d’un caractère purement clinique ou individuel.

Demandons maintenant s’il est fort commun de voir la fièvre jaune type avorter à ses deux premières périodes. Je ne considéré pas comme appartenant à la fièvre jaune les cas où il se produit une réaction inflammatoire pour disparaître le lendemain, c’est-à-dire, peu d’heures après, sans qu’il ne reste plus un seul vestige de son influence. Il s’agit alors de cas de fièvre éphémère, synoques, embarras gastro-intestinaux ou accès intermittents, qui se montrent d’habitude pendant les épidémies.

Je ne me rapporte qu’aux cas où il n’est pas permis de poser un autre diagnostic. Cela posé, mon observation et celle de confrères qui sont rég’ardés comme des autorités, démontre que la grande majorité des cas de fièvre jaune parcourt les trois périodes dont elle se compose ; sans cela on ne pourrait pas expliquer le chiffre énorme auquel atteint la mortalité par suite de cette redoutable maladie.

D’apèrs calculs bien déduits, 60 °/0 au moins des cas passeraient à la troisième période. Parmi ces 60 cas, admettons que la troisième partie, c’està-dire, 20 se rétablissent ; considérant les 40 cas bénins qui se sont limités aux deux premières périodes, nous avons une mortalité de 40 °(0.

D’après cette hypothèse, nous supposons encore encore un résultat qui n’est pas des plus défavorables. Il s’ensuit que la médication employée jusu’ici n’a qu’un pouvoir très borné, car la troisième partie sauvée et les 40 cas supposés bénins, ne doivent la guérison, nous le croyons fermement, qu’aux forces naturelles des malades ; s’il n’en était pas ainsi la mort devrait être l’exception et non la généralité, comme dans le cas que nous avons exposé. Or, il est d’expérience que la mortalité de toutes les épidémies de fièvre jaune oscille entre 33, 37, 40 et 50 0/ 0. C’est ce que nous disent les statistiques des hôpitaux. Seulement les épidémies peu intenses ont donné rarement une mortalité de 18, 25 et 27 0/u*

A la vérité qu’est-ce que fait le médecin enprésence d’un cas de fièvre jaune ! A la première période il administre les classiques diaphorétiques, purgatifs et anti-thermiques. Si le cas est bénin, malgré la médication perturbatrice, la maladie entre en défervescence d’elle-même. Mais si Tinte-

ction de l’économie est un peu [profonde, ce qui est le cas le plus général, le médecin a le chagrin de voir se confirmer la deuxième période de la maladie.

Alors il se trouve entre Scille et Charybdes.

Emploiera-t’il le sulfate de quinine qui pour x est le médicament sauveur, tandis que pour y il est par contre capable de bâter la mort du malade ?

Se conservera-t-il dans l’expectation ? Commencera-t’il à tourmenter l’estomac du patient avec des toniques et des excitants ?

Les opinions ne se trouvent pas d’accord à cet égard, ce qui veut dire dans d’autres termes, chacun pourra suivre la voie qu’il voudra, le traitement reste ad libitum du médecin, il n’y a pas de règle, il n’y a pas de doctrine, il n’y a que le plus nuisible des empirismes, le plus triste des opprobres.

Mais voilà que tout-à-coup il se montre une hémorrhagie. Le médecin dont, l’esprit se trouvait dans l’incertitude s’applaudit maintenant et avec raison de la manifestation de ce symptôme ; le progrès de la maladie qu’il n’a pas pu empêcher, lui a fourni une indication ; il a qui lui a jusque là manqué. C’est alors qu’il a recours à l’arsénal thérapeutique constitué par les acides, les astringents, l’ergotine,

l’acide gallique, le perchlorure de fer, etc., etc.

Il y a beaucoup à choisir ; mais les hémorrhagies continuent en dépit de tous ses efforts et en fin de compte le médecin voit sans s’en douter surgir devant ses yeux le terrible vomissement noir, succédant aux vomissements jaunes que n’ont pu faire cesser les limonades glacées et la noix vomique; la consternation de l’homme de l'art est inexprimable ; mais enfin le vomissement noir est une nouvelle indication, il faut la combattre.

Alors le médecin se rappelle de bonne heure de son Albespeyres , le vaste et douloureux vésicatoire sur l’épigastre, l’emplâtre qui arrache des cris atroces aux malades et donne lieu à une large solution de continuité, qui se convertit parfois en ulcérations fongueuses, source d’hémorrhagies qui épuisent et hâtent la mort du malade. Pourtant cet emplâtre jouit de l’heureux privilège de n’exciter la colère de personne.

Mais, non obstant la mise en pratique de toutes les indications secundum artem, la mort ne tarde pas à venir mettre un terme à ces efforts titaniques.

Voilà la thérapeutique de la fièvre jaune 1

Quiconque a fréquenté assidûment les hôpitaux de fièvre jaune sait bien que j’ai dit la vérité.

Devant ce tableau si désolant je n’ai pas voulu rester impassible ; j’ai résolu prendre une voie non

encore explorée dans le traitement de l’affreuse raa< ladie.

Ayant trouvé une base dans les expériences que j’ai déjà eu l’occasion de décrire, j’ai commencé à employer le salicylate de soude sous forme d’injections hypodermiques.

Voyons maintenant si mes prévisions ont été réalisées et si les faits m’autorisent à insister sur ce moyen de traitement.

Posons d’abord une première question: Le salicylate de soude peut-il juguler la fièvre jaune dans ses deux premières périodes et empêcher l’apparition de la troisième ?

Les faits m’autorisent à répondre par l’affirmative. Mes observations ont été recueillies dans l’hospice de la Santé, dans le lazaret de Jurujuba et, enfin, dans la clinique civile.

Lorsque le salicylate de soude est donné en pleine première période et aux doses qui ont été déjà marquées précédemment, en général son action ne se fait pas attendre.

Cette action revêt un caractère multiple ; d’après notre observation elle est sédative, anti-pyrétique, anti-séptique ou zymoticide et éléminatrice.

1. ° L'action sédative est évidente, et se manifeste rapidement quelques minutes après l’injection.

Elle se traduit par une diminution de l’excitabilité du cœur et par le soulagement de l’oppression épigastrique ; j’ ai vu souvent des malades prendre une large inspiration après l’injection, ce qu’ils ne pouvaient faire avant.

Cette action sédative ne diminue aucune des sécrétions, ainsiqu’il arrive d’ordinaire aux autres agents sédatifs; par contre, elle augmente les sécrétions. La céphalalgie et les douleurs articulaires se calment également en 24 ou 48 heures; un calme analogue a été observé dans des cas de reumatisme traités par le salicylate administré intérieurement à la clinique du Dr. Andrew Clark, (London Hôpital).

Les Drs. Deville et Archambault ont observé le même fait l’année passée relativement au rhumatisme des enfants .

2. ° L’action anti-py rétique du médicament se montre au bout de quelques minutes après l’injection, si la dose est élevée ou mieux en rapport avec l’état pyrétique.

Malgré les expériences récentes de Mr. Blanchier, pratiquées sous la direction de M. Bochefon-

taine, mes observations ont montré d’une manière incontestable le pouvoir antithermique de ce médicament ; heureusement d’autres observateurs pensent comme moi, tel est le Dr. William Squire, de Londres, qui a expérimenté le salicylate de soude dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu ; cet auteur s’exprime ainsiqu’il suit sur la valeur thérapeutique de ce sel : A titre d'agent antipyrétique aucun médicament ne peut lui être comparé , quelle que soit la période de la maladie.

M. le Dr. Carlos Costa admet aussi comme évidente l’influence anti-pyrétique de ce sel ; c'est ce qui résulte de ses nombreuses observations de cas de rhumatisme aigu.

Sur l’action anti-pyrétique du salicylate dans la fièvre jaune, administré par la voie hypodermique, mon opinion est arrêtée: c’est pour moi le médicament le plus actif que j’ai connaisse. Par la bouche, son action est plus lente à se manifester ; elle est même incertaine par suite des vomissements qui, le plus souvent provoquent le rejet d’une partie du médicament.

En effet, lorsqu’il est ingéré, le salicylate nécessite au moins 48 heures pour man ifester son influence ansip}rrétique, or, pour une maladie de la nature de la fièvre jaune, cet espace de temps est

beaucoup trop long*; il est plus que suffisant pour que la maladie puisse passer à la deuxième période, et puis aisément à la troisième.

En outre, attendu qu’il faut de 36 à 40 heures pour éliminer une dose de 3 grammes de salicylate de soude, d’après une communication du Dr. Byasson insérée au Bulletin de Thérapeutique , nous concluon que administré par la bouche ce sel offre le grand inconvénient de s’accumuler dans l’organisme, ce qui occasionne des bourdonnements d’oreilles, des troubles de la vision et même le collapsus.

Or, introduit sous la peau, le salicylate de soude est non seulement absorbé, mais encore éliminé dans un court espace de temps ; après un quart d’heure on trouve déjà de ce sel dans burine. Cette élimination facile permet de répéter fréquemment les doses sans danger.

D’après mon avis, l’action anti-pyrétique du salicylate de soude dans les cas de fièvre jaune n’est pas seulement due à une influence sur les nerfs vaso moteurs, déterminant la dilatation des vaisseaux périphériques, comme dit M. William Squire ; mais cette action tient, en grande partie, à son pouvoir zymoticide, destructeur des germes, point de départ et une des causes principales des désordres fonctionnels primitifs ou secondaires.

3.° Que le salicylate agit comme anti -septique il suffit pour le prouver de mettre en évidence la faculté qu’il possède de tuer les germes.

J’ai déjà cité une observation microscopique du sang* pris sur un cadavre, où nous avons trouve morts presque tous les germes animés; ce sang a été examiné deux heures après la mort du malade qui avait fait usage du sel, qui lui avait été administré sans espoir de succès, car l’individu en question était presque mourant.

Je puis ajouter d’autres observations analogues ; je me bornerai à la suivante:

Le 13 Mars j’ai retiré avec la pointe d’une lancette une goûte de pus d’une pustule résultant de la piqûre provoquée par l’introduction du sel et j ai trouvé de rares vibrions vivants mêlés à des globules de pus ; ces vibrions se mouvaient rapidement en entraînant devant eux un corpuscule noir (cryptococus). Le nombre des vibrions morts était, au contraire, fort remarquable. En même temps j’ai vu un cryptococcus qui tantôt s’allongeait comme un ver, tantôt prenait la forme circulaire avec un rebord sombre et un point brillant au centre. Il convient de faire remarquer que ce malade entrait en convalescence le jour même où j’ai fait cette observation.

Si les faits démontrent que le salicylate tue les germes animés, qu’on trouve constamment dans les humeurs des malades de la fièvre jaune, et si cette destruction des germes coïncide avec l’amélioration des malades, pourquoi s’obstiner à ne pas croire que de tels germes n’aient aucune influence directe et très-prochaine sur les phénomènes morbides observés ? Il me semble incontestable que de tels organismes aient sous leur dépendance un grand nombre des phénomènes caractéristiques des diverses phases de la maladie, rien qu’à cause de leur présence dans le sang, dont ils ne sont pas certainement des éléments normaux.

4.° Comme agent éliminateur, le salicylate de soude augmentant l’urine et la sueur s’impose un médicament des plus précieux. En étudiant l’action physiologique, nous avons vu que sous son influence les diverses sécrétions sont augmentées, surtout l’urine et la suéur.

D’après M. Byasson, le salicylate de soude augmente la proportion des substances azotées et de l’acide urique dans l’urine.

Ce sel jouit de la propriété de faciliter l’éliminationjdes matériaux inutiles accumulés dans l'organisme, beaucoup mieux que tous les agents conseillés jusqu’ici dans le même but.

Or, dans la fièvre jaune une propriété semblable est des plus précieuses. Les matériaux inassimilables constitués par les détritus des organismes morts, les produits inutiles qui résultent d’une combustion exaggérée, par suite de la forte élévation thermique ne tarderaient pas à agir comme des substances toxiques s’ils ne trouvaient pas une issue facile par l'augmentation fonctionelle des organes sécréteurs, et s’ils n’étaient expulsés soit par la salive, soit par les mucosités intestinales et très-spécialement par l'urine.

En résumé, le salicylate de soude est parfaitement indiqué dans le traitement de la fièvre jaune et remplit d’une manière expéditive les différents buts auxquels on veut atteindre, lorsqu’il est administré par la voie hypodermique, en vertu de deux actions capitales :

lrac l’action dynamique proprement dite ; 2m# l’action zymoticide. La première se révèle par les effets anti-pyrétiques, sédatifs et éliminateurs ; la seconde par la destruction sur place des germes animés.

A la première période de la maladie ces trois

actions se manifestent ensemble, lorsqu’on inocule

des doses suffisantes du médicament ; mais si à

une réaction fébrile des plus intenses on n’oppose qu’une dose modérée, le médicament aura une action anti-thermique incomplète ou même nulle; il en est de même des deux autres propriétés ; en un mot, les actions sont corrélatives les unes des autres et se manifestent dans la proportion directe des doses et de l’intensité des phénomènes.

D’ailleurs, je suis d’avis que le pouvoir antipyrétique du salicylate se rapporte lui-même à deux faits distincts : l’un d’eux est l’influence spéciale qu’il exerce sur le bulbe et les ganglions nerveux cardiaques (dynamisme proprement dit); l’autre fait consiste dans l’intoxication des or ganismes microscopiques, (anti-parisitisme) .

Ce qu’il nous reste à déterminer, c’est le quel de ces deux faits est la conséquence de l’autre ; si c’est la diminutiou de température qui tue les germes, ou si c’est la mort des germes qui cause l’abaissement de la température. Les deux faits sont corrélatifs et simultanés, et il est difficile d’établir leur filiation, bien qu’il soit plus raisonnable de penser que les essaims d’organismes microscopiques qui s’encombrent dans l’arbre circulatoire doivent porter parmi d’autres désordres fonctionnels celui de la circulation, traduit par un état fébrile plus ou moins intense.

Il est à croire qu’il existe une double action ou mieux que les modes par lesquels l'agent influe se confondent ensemble; dansd’autres termes, le salicylate combattrait la fièvre non seulement en vertu d’une action dynamique sur le centre cérébro-spinal, mais encore en vertu de la propriété d’intoxiquer les germes; la mort de ceux-ci étant due en grande partie à l’abaissement brusque de la température du sang.

Cette dernière supposition trouve sa confirmation dans les expériences bien connues d’inoculation du virus de la pustule maligne dans les oiseaux, lesquels seulement réfroidis artificiellement deviennent aptes à gagner la maladie ; je veux dire qu’il est possible que les germes de la fièvre jaune nécessitent pour leur évolution dans l’organisme une certaine limite de température; si Ton tombe au dessous de cette limite, les germes ne peuvent pas continuer à vivre.

A la deuxième période de la fièvre jaune, le désidératum du clinicien, en employant le salicylate de soude, doit être à peine celui de combattre l’évolution des organismes.

En effet, nous connaisons déjà la génèse de cette singulière période, où les micrococus étant arrivés au complet développement, attendent le moment de la procréation.

En vertu de cette sorte d’arrêt, en vertu aussi des pertes qu’a éprouvé l’organisme pendant la première période, non seulement il n’existe aucun état pyrétique, mais encore la calorification et les battements cardiaques tombent au-dessous de la normale.

Alors il serait imprudent d’inoculer le salicylate à hautes doses, parcequ’on provoquerait un collapsus, auquel le malade se trouve déjà prédisposé. A cette période nous ne devons compter que sur l’action zymoticide ; et pour la faire valoir tout seule, sans l’action déprimante due à l’influence dynamique proprement dite du médicament, est-il nécessaire d’avoir recours à des petites doses répétées à certains intervalles, suffisants pour que l’élimination de chaque dose hypodermique se fasse d’une manière complète, ce qui a lieu d’ailleurs dans un court espace de temps, ainsi que nous l’avons déjà dit.

A la vérité, le traitement dirigé dans ce sens parvient à atteindre le but auquel nous aspirons, c’est à-dire, de séparer l’action zymoticide du salicylate de sa puissante influence anti-thermique.

Un corollaire qui semble dériver de l’action zymoticide du salicylate c’est la faculté que possède ce sel de diminuer et d’arrêter les hémorrhagies.

En effet, on pouvait à priori supposer qu'il jouirait d’un privilège semblable, si l’on considère la diffluence du sang dans le typhus américain comme dù à la destruction de ses éléments solides et albuminoïdes, qui sont les matériaux qui servent de nourriture au ferment xanthogénique.

Cette action hémostatique a été remarquée par nous d’une manière constante.

Pour citer des cas récents, encore dérnièrement nous l’avons observé chez trois malades, (deux allemandes ec une portugaise), lesquelles sont entrées dans la deuxième période de la maladie, ou mieux dans le passage delà deuxième à la troisième période. Ces malades offraient parmi d’autres symptômes graves des épistaxis très-abondants ; la portugaise avait en outre une métrorrhagie.

L’application de deux injections hypodermiques de salicylate (de 15 et 40 centigrammes), a été suffisante pour faire disparaitre ces hémorrhagies ainsi que les autres symptômes dans l’espace de deux jours et les trois malades ont ainsi échappé à la mort.

Administré topiquement, sous forme de collutoires et de gargarismes, le salicylate s’est également montré un excellent hémostatique. Parmi les médecins qui ont aussi constaté cette propriété hé-

mostatique, je citerai les Drs. Belisaric de Souza et Araujo Gôes.

Maintenant, nous demandera-t-on : si le salicylate est si efficace à la première et la deuxième période, pourquoi ne l’est-il pas à la troisième ?

La réponse n’est pas difficile, c’est parceque les désordres de la troisième période sont déjà si profonds, que l’organisme a pour ainsi dire perdu sa vitalité ; le sang est partout altéré, et au lieu de transporter avec les éléments vivifiants chargés des échanges dans l’intimité des tissus ne charrie que des amas de détritus des hématies, mêlés aux germes animés et à leurs produits. Ces causes rendent impossible non seulement la respiration des tissus, mais encore l’acte de l’hématose et toutes les grandes fonctions sur lesquelles reposent les conditions de l’existence.

Dans ces cas extrêmes, le salicylate est même plus nuisible qu’ utile, car il aggrave le collapsus où se trouvent naturellement plongés les malades.

Les conditions différentes de chaque période expliquent assez cette contradiction apparente, un même médicament étant avantageux vers le commencement de la maladie et nuisible dans la phase extrême ; ce qui n’est aucunement une objection

contre sa valeur ; car, si l’on a acquis la certitude que l’on peut en tirer des avantages incontestables, nul médecin humain et doué de bon sens ne voudra se procurer le plaisir barbare d’attendre que l’affection parcoure toutes ses phases ; il l’attaquera dès le début, il ne perdra pas un temps précieux en employant des palliatifs q ui se bornent à mitiger l’incendie mais qui ne sauraient l’éteindre.

Du reste, c’est le cas analogue pour beaucoup d’autres états morbides.

Devant une plaie couverte de la pourriture d’hôpital, le médecin instruit ne recourt pas à des moyens doux; il demande de suite secours aux moyens héroïques, car il sait que pendant que l’affection n’est que locale, elle peut être combattue avec sûreté, elle peut **être enrayée dans sa marche envahissante ; et que, par contre, les ressources qui lui restent s’il attend la généralisation de l'affection et l’infection profonde de l’organisme, sont bien problématiques.

Le même fait se produisait avant la découverte du spécifique de la fièvre intermittente paludéenne. Alors, ces fièvres passaient très-souvent à l’état pernicieux ou donnaient lieu à des cachéxies incurables. Le médecin jouait un rôle des plus tristes.

Dépourvu d'armes capables de triompher du mal, se servant d’une thérapeutique purement symptomatique, il voyait les accès persister, se répéter avec plus de fréquence, s’aggraver et terminer par la mort ; ou bien, lorsque les caractères de pernitiosité ne se manifestaient pas, il voyait les malheureux patients voués aux affreuses conséquences des hydrémies et des cachexies paludéennes.

La mortalité par suite des fièvres pernicieuses était alors épouvantable , ce n’était que le hasard qui guérissait quelques malades ; tout Fart du médecin consistait à attendre une crise naturelle, assujettie aux caprices de l’organisme, aux penchants fortuits des idiosyncrasies.

Pour le bonheur de l’humanité le sulfate de quinine est venu accomplir une révolution dans le traitement des maladies palustres. .

A présent, le médecin n’est plus un spectacteur impassible devant la scène’désolante de l'empoisonnement miasmatique. Il ne dit plus en prenant un air autoritaire et dogmatique : «La maladie suit sa marche. Accompagnons — la jusqu'à la mort. y» Bien au contraire il dit plein de confiance: «Que l'on administre tout de suite le sel de quinine. Cet accès qui est aujourd'hui simple sera demain pernicieux et fatal. Enrayons-le. Il ne faut pas attendre les phénomènes

ataxo-adynamiques , Vètat algide ou la cyanose. [I y a un moyen souverain qui prévient cette dernière période. A lui pendant qu’il en est temps encore !»

Pourquoi le médecin ne dit-il la même chose en face d’un cas de fièvre jaune ? Cette maladie est susceptible d'avorter comme la fièvre intermittente ; le salicylate de soude agit rapidement par la voie hypodermique.

Tous y recourreront pléins de confiance, nous osons l’affirmer. Seulement il faut attendre cette salutaire révolution. La routine cédera le pas au progrès ; la vérité se fera jour.

Je ne veux pas dire que le salicylate soit infaillible ! Il faudrait méconnaître la fragilité et la mobilité des éléments qui entrent dans notre organisme. Le sulfate de quinine lui même n’a pas toujours des réussites ; toutefois, ses insuccès ne lui font pas perdre le droit d’être appelé le spécifique du miasme paludéen.

C'est déjà une grande conquête que de réduire la mortalité d’une petite fraction quelle qu’elle soit.

Une conquête encore plus grande ce serait de parvenir à éloigner de l’esprit des populations les alarmes que provoquent les épidémies terribles de fièvre jaune. Or, je pense que si le salicylate de

soude était appliqué généralement contre la fièvre

jaune à la lere et à la 2me période, la mortalité de 50, 40, 34°/o se réduirait à 15, à 12, 10, 6°/0 et encore moins.

Je me base, pour établir cette conclusion, sur des rélévés statistiques recueillis à l’hospice de la Santé et au dehors.

En plaçant la question sous le point de vue qui consiste à l’action du médicament pendant les deux premières périodes de la maladie, nous formulerons le principe suivant:

L’efficacité du salicylate de soude dans la fièvre jaune est en raison inverse des jours de maladie ; c’est-à, dire qu’il est d’autant plus efficace qu’il est administré plus près de l’invasion de la maladie: C’est ce qu’on déduit des données suivants.

Malades traités, présentant de 1 à 2 jours de

maladie 44

Guéris (sans passage à la troisième période) . . 39

Morts 5

Ce résultat ne donne que’une mortalité de 11 */»•

Malades traités présentant de 3 à 4 jours de

maladie 24

Guéris (sans passage à la troisième période) . . 18

Morts 6

Ce résultat donne une mortalité de 25 °/0 c’est-àdirè à-peu-près double de la précédente.

Malades traités, présentant un plus grand

nombre de jours de maladie 14

Guéris (l’un d’eux est passé à la troisième

période) 9

Morts 5

Ce résultat donne une mortalité de 35 °/0, c’est-àdire, le triple du premier résultat, qui a donné 11 •/. ainsi que nous l’avons vu.

Examinons maintenant les données recueillies au lazaret de Jurujuba par un médecin distingué, le Dr. Maria Teixeira, qui a bien voulu essayer ma médication chez les malades à sa charge. Ces données ont déjà été présentées à l’Académie Impériale du Médecine, à la séance de 29 Mars de cette année.

Malades traités à la première période de la

maladie 11

Guéris 11

Morts 0

Ce résultat est des plus éclatants. Malheureusement on n’a pas déclaré les jours ou les heures de

maladie de chaque sujet. (1)

Malades traités à la 2me période 4

Morts 4

Guéris 0

M. Teixeira n’admet que deux périodes dans la fièvre jaune. Aussi sa statistique ne saurait être mise en parallèle avec la nôtre. D’après la communication que m’a faite ce confrère, on voit que deux des quatre malades ci-dessus étaient évidemeinent à la période que la majeure partie des médecins nomme troisième, car l’un de ces deux malades n’a séjourné que 59 heures à l’hôpital, l’autre 69 heures.

Attendu qu’on n’a pas déclaré le nombre de jours de maladie que les malades comptaient déjà avant leur entrée à l’hôpital, cette statistique de Jurujuba ne peut pas être mise en parallèle avec la nôtre.

Pour bien apprécier la valeur du petit essai qui a été fait à Jurujuba, je transcrirai textuellement la

(1) Après cet essai, M. Teixeira a essayé le salicylate chez 31 malades à la l.ere période c’est-à-dire, son essai se rapporte à une totalité de 46 sujets à la première période; parmi lesquels il n’y a eu qu’un mort (2 pour 100).

lettre que M. le Dr. Teixeira a eu l’obligeance de m’écrire.

Monsieur, etc.

Répondant à la lettre que vous avez bien voulu m’adresser, je vais vous rendre compte du résultat qui j’ai obtenu au moyen des injections hypodermiques de salicylate de soude dans la fièvre jaune, résultat que j’ai déjà communiqué à l’Académie Impériale de médecine le 29 du mois passé.

J’ai employé les injections de salicylate de soude sur 15 malades de fièvre jaune, qui étaient tous des marins robustes, nouvellement arrivés à ce port. Leurs âges étaient comprises entre 16 et 34 ans, 4 étant suédois, 3 allemands, 2 portugais, 2 français, 1 russe, 1 italien, 1 norvégien et 1 anglais. Onze de ces malades sont entrés à l’hôpital de Jurujuba pendant la première période de la maladie ; ils sont tout sortis guéris; 4 sont entrés pendant la deuxième période, et sont morts (1) ; chez ceux qui sont entrés pendant la période initiale la maladie est passée à la deuxième chez 6 et est restée à la première chez 5.

(1) Nous avons déjà dit d'après la division que nous adoptons, que deux de ces 4 malades étaient à la troisième période.

La température examinée deux fois par jour a donné les relevés thermométriques suivants : 3 de 40°, 2 ; 1 de 40°, 2 ; 1 de 40°, 3; 2 de 40°, 4; 2 de 40% 5 ; 1 de 40°, 6 ; 2 de 40% 7 et 3 de 41°.

Chez les 4 morts la température maximum a été de 41° pour 1 ; 40°, 7 pour 2 ; 41% pour 1. La durée du traitement chez ces 4 malades a été de 59 et 69 heures et de 7 et 11 jours. Les deux premiers ont présenté des symptômes hémorrhagiques, l’un deux ayant eu de l’anurie ; les deux derniers sont morts sans anurie et sans hémorrhagies, (forme typhique, ictéroïde ou ataxo-adynamique).

La quantité du sel de soude injecté a varié entre 2 et 5 grammes ; je n’ai jamais employé plus de 2 grammes dans un jour. Pour les premières injections j’ai dissons le salicylate de soude dans une égale quantité d’eau ; le lendemain (18 mars) j’ai doublé la quantité d’eau; et le 19 j’ai employé 4 parties du dissolvant pour 1 partie de sel.

Les petits ulcères produits par les injections n’ont paru que chez les malades où la maladie est passée à la deuxième période; la cicatrisation a été un peu lente, surtout chez les trois qui ont subi les premières injections.

Les injections que j’ai pratiquées ont été toujours précédées de l’administration de 60 grammes d’huile

de ricin et suivies de l’usage interne du salicylate de soude ; mes malades n’out fait usage d’aucune autre médication.

Ayant l’intention de rendre plus tard un compte encore plus détaillé du résultat de mes observations sur l’emploi de cette substance, que je donne à présent même intérieurement avec succès aux malades confiés à mes soins, je me propose d’être alors plus minutieux.

En vous remerciant, etc., etc.

(Signé) Dr. José Maria Teixeira.

D’après ce que nous venons de lire, les essais du médicament ont été encourageants à Jurujuba et le témoignage insuspect de M. Teixeira est pour moi le motif d’un grand contentement.

En rassemblant les résultats partiels qui se rapportent à notre service et à celui du Dr. Goes, pour en tirer une proportion générale nous avons: (2)

Traités 82

Guéris 66

Morts 16

Pour cent 19 °/0

(2) Après la publication des résultats de mon traitement à la Gajeta de Noticias — , j’ai soigné plus 3 malades.

Pour cela, il figure, maintenant un total de 82 au lieu de 79.

En additionnant les résultats de Jurujuba aux

précédents, nous avons :

Traités 97

Guéris 77

Morts 20

Pour cent 20 °/e

Enfin, posons la question dans les termes proposés par nous, savoir.

Emploi du salicylate de soude à la première période et à la deuxième, ce qu’on peut calculer approximativement en considérant les premiers 4

jours de maladie. Nous aurons:

Traités par nous . ... 68

Traités à Jurujuba 11

Somme 79

Guéris 68

Morts 11

Pour cent 13 °/„

Si l’on ajoute plus 31 cas traités à Jurujuba, (30 guérisons et 1 mort), on aura:

Traités 110

Guéris 98

Morts 12

Ce qui donne une mortalité de 10n/o

Si l'on considéré nos résultats séparément de ceux de Jurujuba, on aura:

Traités 68

Guéris 57

Morts » 11

Pour cent 16 °/0

Figurons nous maintenant la maladie surprise à la première période, c’est-à-dire, pendant les deux premiers jours; et réunissons notre statistique à celle

de Jurujuba; nous aurons:

Traités par nous 46

Traités à Jurujuba 11

Somme * 57

Guéris 52

Morts 5

Pour cent 8 0/°

En comptant les 31 cas nouveaux de Jurujuba la mortalité descend au chiffre miraculeuse de 7 °/0

Qu’il me soit permis, en présence de cette proportion admirable, de demander si un autre traitement quelqu’il soit est capable de guérir 52 fois sur

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