UN MOYEN DE RÉGLER LA SENSIBILITÉ DU REGULATEUR
En cherchant à satisfaire à la condition favorable que la m.ichine et le régulateur aient la même vitesse, on se trouve conduit, dans le cas de machines à marche lente, à donner au régulateur des proportions qui deviennent de plus en plus difficiles à accepter.
J'ai dû rechercher s'il n'y aurait pas moyen de laisser, dans tous les cas et au minimum^ une vitesse de soixante tours au régulateur, quitte à recourir pour modérer sa sensibilité à quelque nouvel artifice.
Le moyen qui s'est d'abord présenté à mon esprit consiste à rattacher au levier de brimballe qui s'engage dans la rigole du manchon une sorte de pince à coussinets embrassant l'arbre du régulateur et développant par son frottement une résistance capable de ralentir les évolutions du manchon sans toutefois l'empêcher d'obéir, à chaque instant et dans une certaine mesure, à la résultante actuelle des forces verticales. En effet, quelle que soit la pression des mors de cette pince, par cela seul que l'arbre tourne entre les deux coussinets, ces derniers obéiraient avec le temps à la plus petite force exercée parallèlement à Tarbre.
Le principe consiste donc à introduire un frottement retardateur d'une
-valeur arbitraire et à l'éliminer dans la suite du temps par un mouvement relatif des parties frottantes.
Mais pour tirer de ce principe le meUleur parti possible, il faut pouvoir disposer à son gré de la vitesse relative des parties frottantes ; on arrive ainsi à comprendre Tutilité de la disposition suivante, qui est applicable aussi bien aux grandes machines qu'aux instruments chronoscopiques de haute précision.
L'arbre A du régulateur (pi. 18, fig. 8 et 9) est enveloppé d'un canon C qui s'élèvejusqu'à la région occupée par le manchon M; déplus celui-ci est garni intérieurement d'un tube-ressort fendu T, qui presse et qui frotte à la surface extérieure du canon ; enfin le canon et l'arbre sont mis en communication de mouvement par un système de roues dentées R, R', R", R'", qui leur donne, l'un par rapport à l'autre, un mouvement relatif aussi lent qu'on veut, soit, par exemple, ^j^ de la vitesse absolue du régulateur.
Ceci admis, on voit que, pendant la marche du régulateur, ce mouvement s'effectue perpendiculairement à la direction des forces qui sollicitent le manchon à monter ou à descendre ; il en résulte que ces forces, quelque petites qu'elles soient, doivent être obéies dans la suite du temps.
En introduisant ainsi dans le régulateur de machine un frottement plus ou moins énergique entre le manchon et le canon tournant, on peut modérer à son gré la sensibilité du régulateur et neutraliser les effets d'inertie qui compromettent si souvent la fonction.
Dans le régulateur de rouages d'horlogerie on se gardera bien d'introduire un pareil frottement, mais on utilisera la vitesse différentielle du canon tournant pour détruire l'influence d'un reste d'adhérence qui, s'exerçant entre l'arbre et le manchon, pourrait empêcher le système de fonctionner rigoureusement comme corps libre.
Ce procédé pourrait donc suppléer à l'emploi des galets dont j'ai souvent garni le manchon dans les applications aux instruments de précision.
Le principe de la composition des deux mouvements rectangulaires dont l'un s'effectue à la faveur de l'autre trouve ainsi son application dans des conditions aussi différentes que possible, et il est assurément remarquable
de voir un même expédient qui intervient dans les grandes machines pour modérer la sensibilité du régulateur et qui est également désigné dans la fine mécanique pour atteindre aux dernières limites de la perfection du mouvement uniforme.