VITESSES RELATIVES DE LA LUMIÈRE DANS L'AIR ET DANS L'EAU
(Lettre au Rédacteur, 30 avril 1850.)
Monsieur,
Je n'attendrai pas l'expiration de la quinzaine pour vous rendre compte du principal événement de la séance que l'Académie des sciences a tenue aujourd'hui. On savait que M. Arago devait parler et continuer de raconter ses belles recherches de polarisation et de photométrie; Taffluence était grande, et l'Académie comptait dans son sein un associé étranger et deux membres correspondants, M. David Brewster, lord Brougham et M. de La Rive, de Genève. Mais ce à quoi Ton ne s'attendait pas, c'est que M. Arago devait rappeler un des plus beaux projets qu'ait enfantés le génie d'un savant, et déclarer qu'après ravoir conçu il laissait à la jeune génération le soin et l'honneur de le mettre à exécution. Ce projet, il en a été plus d'une fois question ici : il consistait à décider, au moyen d'un miroir tournant, si la lumière se meut plus vite ou dans l'air, ou dans Feau, et à chercher dans le résultat probable de cette expérience la confirmation de la théorie aujourd'hui en faveur pour expliquer l'ensemble des phénomènes lumineux. Jugez, monsieur, de l'émotion avec laquelle je dus écouter cette généreuse déclaration
i. Voir page 173.
moi qui tenais depuis quelques jours ^ entre mes mains la solution expérimentale de ce grand I problème I Néanmoins j'ai cru convenable de diflérer jusqu'à la séance prochaine la lecture du Mémoire où j'ai consigné mes résultats. En attendant, monsieur, permettez-moi de vous énoncer en peu de mots ce que j*ai observé.
La lumière emploie plus de temps à parcourir le même chemin dans l'eau que dans l'air, et la durée de son parcours dans ces deux milieux différents est accusée par une déviation du rayon qui se réfléchit à un moment donné sur un miroir tournant avec une grande rapidité.
Toutes choses égales d'ailleurs, les déviations se sont montrées sensiblement proportion nelles aux indices de réfraction de l'air et de l'eau.
Il n'est pas possible de conserver le moindre doute sur la réalité de ces résultats : ils ont été obtenus de deux manières différentes.
Les deux déviations ont d'abord été observées successivement et trouvées inégales pour une même vitesse de rotation du miroir. Puis elles ont été vues simultanément, ce qui rendait encore l'observation plus certaine. Permettez-moi de m'en tenu", pour le moment, à l'expression un peu technique de ces nouveaux résultats. Quand les colonne du feuilleton seront libres, j'entrerai dans les développements nécessaires pour rendre ces propositions plus intelligibles à vos lecteurs.
Recevez, monsieur, etc.
4. Une feuille trouvée dans les papiers de L. Foucault porte à la suite les deux indications suivantes écrites de sa main :
Dimanche 47 févriW 4850, le rayon a dévié.
Samedi 27 avril 4850, à une heure, il est constaté que la lumière va plus vite dans l'air que dans Teau : à quatre heures, quatre personnes en sont témoins.