‹ Recueil des travaux scientifiquesChapitre 30 sur 179 · SC · texte numérisé non relu

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— Tenir, mettre Tinstruinent au point, tout en surveillant la lumière, en repoussant les charbons ou en replaçant le foyer, etc. On voit que c'est bien de l'occupation pour un seul expérimentateur; cependant la chose est possible, et nous Tavons prouvé maintes fois. Ce n'était pourtant pas une raison pour s'abstenir de recourir aux moyens auxiliaires qui auraient pu se présenter, et j'ai pensé que, en bien des occasions, on ne serait pas fâché de faciliter celte tâche en se la partageant; c'est là ce qui motive l'emploi de quelques pièces additionnelles dont il n'a pas encore été parlé.

Ainsi l'on voit en i\ i"^ figure 3, deux têtes de pignons semblables à celles qui ont été indiquées sur le devant de la boîte ; par leur moyen, une personne placée derrière la boite peut, en écartant modérément les bras, s'affecter exclusivement à entretenir et à diriger la lumière.

Au-dessous de ces têtes de pignons on voit, dans la figure 3, deux boutons plus petits /', f, reliés, par les tringles p^ joyaux boutons v' , r% situés également sur le devant de la boite et, comme eux, destinés à imprimer aux supports des charbons les mouvements dont ils sont susceptibles. La personne placée derrière la boîte a donc sous la main ces quatre pièces importantes, à l'aide desquelles elle dirigera les charbons, à condition, toutefois, qu'elle puisse voir ce qu'elle fait.

C'est pour cela qu'on a pratiqué en 0 une petite porte à jour garnie d'un verre noir qui amortit presque complètement l'éclat de la lumière, et n'en laisse passer que ce qu'il faut pour juger de la situation et de l'état des charbons. Si la personne préposée à gouverner la lumière s'acquitte bien de son office, celle qui est en avant de la boîte et qui manie le microscope n'aura pas plus à faire que si elle opérait avec un microscope solaire. Dans notre appareil, le microscope proprement dit L, porté sur la planche P, se compose d'une colonne carrée à engrenage ^ figure 2, sur laquelle se meut, à la faveur d'un pignon u, une boîte r, portant un jeu de lentilles achromatiques y, y, dont on voit la composition détaillée, figure 5. Le mouvement communiqué par l'engrenage étant un peu brusque, on a ajouté un mouvement lent qui permet de mettre au point avec précision, ce qu'on fait en tournant l'écrou à tête x' .

Sur l'extrémité de la colonne t glisse à frottement un seconde boîte

carrée qui porte un diaphragme circulaire/):, qui limite le champ d'observation et arrête les rayons les plus obliques; un écran q est fixé au-devant de ce diaphragme.

En n on voit une espèce de lorgnon garni d'un verre presque noir : il répond à une ouverture pratiquée dans la planche P et permet, sans être ébloui, de surveiller les charbons; quand on veut regarder directement dans l'appareil, il suffit de pousser sur la queue pour le faire tourner autour de la vis n^- et alors l'ouverture sous-jacente se trouve complètement dégagée.

Pour soutenir les objets de toute espèce que Ton se propose d'observer, on utilise ensemble ou séparément les différentes pinces à ressort r, /^ qui, toutes, prennent leur point d'appui sur la planche P.

L'énorme quantité de chaleur rayonnante qui accompagne la lumière serait venue, comme elle, se concentrer au point m, si on ne l'arrêtait en grande partie par l'interposition d'une botte F, à faces parallèles, en glace blanche et polie, dans laquelle on verse une dissolution d'alun saturée et limpide. Ainsi traversée deux fois pajr la lumière, la masse liquide arrête en grande partie la chaleur rayonnante, qui, sans cette précaution, désorganise les substances et brise les verres que l'on place au foyer.

Ce même développement de chaleur nous a déterminés à ne pas fermer complètement la boîte et à en garnir le dessus et le dessous de deux doubles rangées de lames de tôle obliques K, figure 2. La lumière ne saurait donc parvenir au dehors, et cependant l'air se renouvelle et circule librement dans l'intérieur de la botte.

Ainsi disposé, l'appareil serait complet si nous possédions une pile à courant énergique et constant. La pile de Bunsen^ qui seule, jusqu'à ce jour, peut suffire à ces sortes d'expériences, jette, dans les premiers instants, un feu qu'il faut modérer et même économiser.

A cet effet, il y a, sous la boite, un régulateur formé de deux lames de platine 6'^ ¥'y figure 2, terminées en pointe et soutenues, à hauteur variable, par un support à engrenage S : une de ces lames ¥' communique, par une lanière métallique H et par l'anneau o% avec le pôle positif de la pile, et l'autre, 6% par une lanière H' avec l'anneau o; ces deux lames

peuvent, par conséquent, plonger plus ou moins dans Teau légèrement acidulée contenue dans le vase I. Il est important que ces lames de platine soient fixées sur une pièce v! non métallique et non conductrice, parce que le courant, forcé d'aller d'une lame à l'autre, par le conducteur liquide intercepté entre elles, se proportionne à la section de ce conducteur.

Indiquons de nouveau le chemin passablement compliqué que doit suivre le courant voltaïque ; prenons-le à la sortie de la pile au pôle positif qui vient s'accrocher à l'anneau o\ Par ce point, il fait son entrée dans le régulateur, se rend par un chemin tout métallique jusqu'à la lame 6^'; il la quitte, traverse le liquide pour aller se jeter sur la lame V y et, continuant par la lanière de cuivre jusqu'à Fanneau o, il trouve encore une voie non interrompue jusqu'au point Xy où il quitte le ressort pour entrer dans le porte-charbon et dans le charbon lui-même ; arrivé à l'extrémité, il s'élance sur le charbon opposé, et c'est là qu'il produit l'effet qu'on en attend. Rendu dans le second charbon, il retrouve une voie analogue à celle par laquelle il est venu, porte-charbon, ressort, conducteur métallique jusqu'en o\ où l'on accroche le pôle négatif de la pile.

L'appareil est porté sur un tréteau B, qui l'élève à la hauteur convenable. R est une tablette qui sert à porter le régulateur et sur laquelle se posent tous les menus objets qui doivent servir aux expériences.

A 8 mètres en avant, on tendra un écran blanc de 1",50 de diamètre au moins; on emploiera de préférence du papier blanc un peu fort et bien tendu.

Pour obtenir un courant suffisamment énergique, nous nous sommes servis, jusqu'à présent, d'une pile de Bumen de 60 couples au moins, comme M. Deleuil les construit. Si l'on voulait dépasser ce nombre afin d'avoir un peu plus d'intensité, et surtout opérer plus longtemps, il faudrait le porter brusquement à 120. Dans ce cas, on ferait deux piles ayant chacune son pôle positif et son pôle négatif; on réunirait entre eux les pôles semblables, et les quatre conducteurs se réduiraient à deux, dont on disposerait comme de ceux d'une pile simple ordinaire. Dans la pile de Bunsen^ le pôle positif est l'extrémité terminée par un élément charbon, et le pôle négatif est l'extrémité terminée par un élément zinc.

Cette manière d'atteler ensemble deux piles de même force produit le même résultat que si Ton doublait la surface des éléments sans en augmenter le nombre.

Les petites baguettes charbonneuses a, a' doivent être composées d'une nature de charbon toute particulière; il faut les prendre dans ces masses denses et compactes qui se déposent à la surface interne des parois des cylindres où Ton distille la houille pour en obtenir le gaz d'éclairage.

Ces blocs de charbon sont très-durs et très-difficiles à attaquer, et, pour les débiter, il faut recourir aux procédés dont on se sert pour entamer les pierres précieuses; on les réduit en baguettes carrées de 0"40 de long et 0'%003 seulement de large sur chaque face.

Quand on veut opérer, l'essentiel est de centrer l'appareil. Je suppose que l'on soit au moment où la pile es prête et où les pôles ont été accrochés à leurs anneaux respectifs c/, &\ On tient à la main les porte^cbarbons garnis de baguettes neuves : pour les mettre en place, on commence par éloigner le plus possible l'une de l'autre les barres métalliques h, h, au moyen des boutons t'^ t'; par suite, les petits plans g^ g présentent entre eux un grand écartement et viennent s'appliquer jusque contre les parois de la boîte. Alors, en ouvrant une des portes T ou T', qui ont été pratiquées sur les côtés de la botte, on pénètre et on voit librement dans l'intérieur. Il est donc facile de saisir les porte- charbons, d'engager les extrémités (/, rf' de leurs tiges sous les ressorts /*, f, de les soulever un peu, et d'abandonner la pièce lorsqu'elle se trouve vis-à-vis des encoches e^ é ; en même temps on repousse ces porte-charbons jusqu'à ce que les extrémités c', d' viennent buter contre les plans g, g.

Si les baguettes de charbon ont été choisies de longueur convenable, il doit exister, dans cette position, une certaine distance entre leurs extrémités a^ a'; c'est le moment de se placer devant la boite, figure 1, de soulever la planche P autour du boulon N ou de l'enlever tout à fait, afin de démasquer l'ouverture V, figure 2, et, par suite, les charbons que l'on aperçoit les premiers. On saisit les têtes des pignons et on agit sur eux pour combler l'intervalle qui sépare les extrémités a et a^ des charbons^ mais on fait prédominer l'action de l'un ou de l'autre de ces pignons de

façon que le contact des charbons s'opère sensiblement dans le plan niédian de l'appareil.

Les choses en cet état, si le contact a lieu, la lumière doit jaillir, et, pour le faire cesser, il suffit, en poussant le boulon v'^ d'éloigner le charbon négatif à une distance infranchissable au courant. Pour rallumer, il n'y aura qu'à agir en sens contraire sur ce bouton, afin de ramener le charbon négatif en contact avec l'autre, et, si cela ne suffisait pas, à agir sur l'un des boutons i^ i"'.

Cela fait, on remet la planche P en place, dans une situation à peu près verticale, puis on fait paraître la lumière, et on regarde par la porte T si le faisceau réfléchi tombe dans l'ouverture m; s'il n'y tombait pas, on l'y amènerait soit en variant l'inclinaison du miroir par le bouton j, soit en obliquant légèrement la planche P, mobile autour du boulon N.

Quand le faisceau de lumière réfléchi s'engage dans l'ouverture m^ on voit le champ de l'instrument se projeter lumineux sur l'écran, et, pour obtenir le maximum d'intensité, il n'y a plus qu'à faire avancer ou reculer le miroir C au moyen du bouton E.

Pendant tous ces préparatifs, les lames du régulateur ne doivent plonger qu'à peine dans l'eau acidulée du vase I, et ce n'est qu'au moment d'opérer définitivement qu'on les fait plonger un peu plus.

Quelques tâtonnements seront nécessaires la première fois qu'on fera fonctionner l'appareil, afin d'acquérir la notion de l'intensité que l'on doit donner au courant, intensité qui dépend, d'une part, de l'énergie de la pile, et, d'autre part, de la position du régulateur.

Si l'intensité est trop forte, les charbons se consument avec rapidité, et il se dégage une telle chaleur, que les parties voisines de l'appareil ne tarderaient pas à être compromises ; ai l'intensité est trop faible, la lumière est faible aussi et surtout vacillante, parce que la moindre trace d'impureté ou de cendre devient un obstacle au passage du courant.

Par suite de la facilité qu'on a d'éteindre et de rallumer à volonté la lumière électrique, on ne la laisse jamais briller inutilement, et, pendant ces interruptions, l'appareil et l'assemblée seraient plongés dans une obscurité complète. On échappe à cet inconvénient en plaçant dans l'intérieur de

la boite une bougie allumée ; la disposition des lames obliques K fait qu*elle y brûle très-bien et qu'elle ne fond même pas sous Taction de la chaleur. On peut aussi voir à tout moment, dans Tintérieur de la botte, où en sont les choses, lors même que Télectricité ne l'éclairé pas ; il suffit, pour cela, de détourner le lorgnon n ou d'ouvrir la petite porte 0.

Lorsque tout est prêt et qu'on se propose de faire définitivement l'expérience, l'opérateur principal se place devant l'appareil et à droite : dans cette position^ il a sous la main toutes les pièces importantes ; il voit ce qui se passe au dedans à travers le lorgnon n, et il peut aussi jeter les yeux sur l'écran ; il fait donc apparaître la lumière au moyen du bouton v'^ en ayant soin de maintenir le charbon positif a un peu en avant du charbon négatif a^ puis il l'amène au maximum d'intensité par les diverses manœuvres que nous avons décrites. On place l'objet sous la pince r^ en s'aidant, s'il le faut, des autres plus petites /, /, et on met au point comme pour tout instrument d'optique.

Tant que dure l'observation, il faut rapprocher les charbons souvent et à petits coups ; c'est ce que doit faire l'opérateur, s'il est seul, au moyen des têtes de pignons i\ i\

S'il a recours à un aide, celui-ci se place derrière la boîte, et, en écartant les bras, il atteint aux têtes des pignons i*^ et i^' et aux boutons V, V; en même temps il voit, à travers le verre noir de la porte 0, la combustion des charbons et peut en apprécier le résultat en regardant l'écran pardessus l'appareil ; même il peut disposer du courant à son gré, puisqu'il a le régulateur sous la main.

Un appareil construit suivant cette disposition a fonctionné devant la Société d'encouragement dans sa séance du 12 mars iS&S, et nous a servi à dérouler devant une assemblée nombreuse, non-seulement les images amplifiées d'objets conservés et préparés d'avance, mais aussi celles de la cristallisation des sels, d'animalcules vivants et de la circulation du sang s'opérant chez un animal vivant.

Le même appareil nous a encore servi à peindre sur l'écran l'image agrandie des extrémités incandescentes des charbons ; dans cette expérience nouvelle, le foyer de la lumière est devenu lui-même l'objet à observer.

Enfin nous avons fait voir à Timproviste quelques phénomènes de lumière polarisée, afin de montrer de quel secours serait, pour renseignement, un appareil de ce genre; il faudrait, pour cela, lui faire subir quelques modifications et surtout des simplifications : nous nous en occupons et nous avons Tespoir que, en facilitant ainsi les expériences et les démonstrations, nous réussirons à présenter aux commençants la belle science de l'optique, avec tous les attraits qui, d'ordinaire, ne se manifestent qu'au petit nombre d'adeptes qui ont le courage d'affronter l'aridité de ses éléments.

La lumière électrique possède une propriété perfide dont il faut être bien prévenu : dans les premiers instants qu'elle frappe directement la vue, elle éblouit vivement et l'on n'est pas tenté de la regarder fixement, mais peu à peu on s'y habitue, et c'est là le danger; malheur à qui se laisse aller à contempler attentivement et à nu le radieux spectacle de la lumière électrique, car, dans la nuit qui suivra cette action imprudente, il sera pris d'une ophthalmie des plus intenses et des plus douloureuses. Jusqu'à présent, cet accident n'a pas eu de suites fâcheuses chez les personnes qui l'ont éprouvé; mais, encore une fois, c'est un service à rendre à ceux qui croiraient pouvoir impunément regarder les charbons incandescents, que de leur faire savoir qu'il se passe alors, au fond de l'œil et à leur insu, une altération dont ils éprouveront, plusieurs heures après, les terribles effets. On arrive facilement, par l'emploi de verres colorés plus ou moins foncés, à se mettre à l'abri d'accidents aussi graves*.

4. Voir ci-après les Mémoires sur les Régulateurs de ia lumière électrique.

ATLAS DU COURS DE MICROSCOPIE COMPLEMENTAIRE

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