‹ Recueil dramatique;Chapitre 3 sur 106 · MONNAIE, 'COMMERCE, MARCHANDAI · texte numérisé non relu

MONNAIE, 'COMMERCE, MARCHANDAI

M r . DoRviL.^Dana l'entretien que nous eûmes hier; oion cher Edouard, nous demeurâmes bien convaincus, par nos réflexions, que nul homme n'est en état de frire seul toutes les choses qui lui sont nécessaires pour remplir ses besoins? qu'il feut en conséquence que celui-ci se charge-d'une partie, et celui-là d'une autre, afin qu'ils puissent tous se procurer de la manière la plus commode, la plus sûre et la plus abondante, toutes leurs nécessités. Vous en souvenez-vous encore?

Edouard^— Oh ! oui, monsieur ; je n'oublie pas si vite des choses que je trouve si intéressantes.

M? D. — Nous vîmes ensuite que pour que chacun pût vivre de son état, il fallait que tous eussent besoin mutuellement du fruit de leurs travaux ; le tailleur, par exemple, des grains du fermier ; le fermier, à son tour, des habits du tailleur, et ainsi des autres.

Ed. — Je me rappelle tout cela. Je voulais même qu'ils troquassent ensemble.

M? D. — Il est vrai ; et je vous dis, à cette occasion, que les hommes avalent inventé un moyen beaucoup plus commode. Je promis dévoua faire connaître ce moyen ; le voici : Bans l'enfance des sociétés, les hommes ont commencé par faire ce que vous leur proposiez hier, c'est-à-dire, par faire ensemble des échanges, pour se procurer mutuellement ce qui leur manquait. Celui, par exemple, qui avait plus de moutons qu'il ne lui en fallait pour son usage, mais qui, en revanche, n'avait

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pas jussez àe grain, était obligé d'aller chercher de tous côtés quelqu'un qui eût du grain de reste, et de lui demander s'il voulait lui en donner un sac pour un ou deux moutons. . -

ÉD.- T Voilà précisément ce que je fais avec ma sœur. Je lui donne quelques-uns de mes dessins, et elle m* donne, en échange, une bourse ou des jarretières. ;

M? D. — Si l'homme au grain était coûtent de cetteproposition, il lui donnait de son blé, recevait un ou deux moutons en échange, et l'affaire était terminée. Mais il pouvait arriver que celui qui avait trop de grain eût assez de moutons, ou qu'il ne se souciât pas d'en avoir. Alors il fallait que l'homme aux moutons allât, s'adresser successivement aux autres personnes, jusqu'à ce qu'il en trouvât une qui eût trop de grain, et qui voulût justement échanger ce superflu contre des moutons.

Éd.— Cela commence à devenir embarrassant

M r . B. — Tous ces échanges, comme vous le voyez, coûtaient beaucoup de peines et de soins. Ils ne pouvaient même quelquefois s'effectuer ; soit parce que Ton ne s'accordait pas sur la mesure du blé qui pouvait répondre à la valeur d'un mouton, soit parce qu'il s'élevait encore de plus grandes difficultés, lorsqu'il était question d'échanges d'une autre nature, comme par exemple du troc de quelque service, ou de quelques journées de travail, contre un agneau ou un instrument de labourage. '

Éd. — Je vois là bien du temps de perdu, et peut-être même que la chicane va s'en mêler.

W. D. — C'est ce qui fit concevoir l'idée de chercher quelque moyeu qui pût abréger les négociation!, et rendre les affaires plus aisées à conclure.

Éd.— Et comment trouva-t-on ce moyen, monsieur î

M! D. — Aprçs avoir fiât un nombre infini d'opérations très-compliquées, on en vint enfin à cette idée bien simple : " Nous n'avons qu'à trouver une chose qui soit le signe représentatif de toutes les valeurs." On imagina donc la monnaie, c'est-à-dire les petites pièces d'or, d'argent, et de cuivre, sur lesquelles on empreint, dans chaque état monarchique, le nom, la figure et les armoiries du chef de la nation, et dans d'autres pays, les armoiries seulement, accompagnées d'une devise, ou d'une marque quelconque.

Ed.— Ah, je commence à comprendre.

> W. D. — Vous connaissez toutes les pièces de monnaie qui ont cours aux Etats-Unis ; les Aigles, les Dollars, les Dîme$, les Sous, dtf ; vous savez aussi quelle est la valeur de chacune de ces pièces à l'égard des autres ? Vous savez, par exemple, que dix Dîmes valent un Dollar, que dix Dollars valent autant qu'un Aigle î

Éd.— Oh ? oui, monsieur, je sais tout cela à merveille. Ce que je ne comprends pas bien, c'est comment cette monnaie est le signe représentatif de toutes les valeurs.

M r . D. — Vous souvenez-vous que lorsque nous entrâmes hier dans une boutique pour vous acheter une paire de gants, et que nous en demandâmes le prix, la marchande nous dit: "Je lès vends vingt-cinq sous, messieurs; c'est un prix fait comme celui des petits pâtés» 1"

Éd.— Oui, monsieur, je me le rappelle. .

ty T . D.— Vous voyez doue, mon ami, qu'une pièce de vingt-cinq sous est le signe représentatif de la valeur de chaque paire de gants de la même grandeur et de la même qualité que les vôtres, puisque vous pouvez en avoir autant de paires que vous voudrez pour autant de pièces de vingt-cinq sous 1 ,

ÉD.-*-Oui, monsieur, je conçois à présent. De la même manière qu'un. sou est le signe représentatif de la valeur -de chaque petit pâté. Mais quels sont, je vous prie, les autres avantages de l'invention de la monnaie?

M^ D. — Je vais vous les dire. Si j'avais besoin de . quelques boisseaux de blé, d'une pièce de vin, ou d'un sac de laine, et qu'il n'y eût pas 4e monnaie, alors, comme nous je disions toufcà-Fheure, je serais d'abord obligé de voir parmi les choses dont je puis met passer, si j'aurais de quoi me procurer en troc les choses qui me manquent ; il me faudrait ensuite courir de côté et d'autre pour trouver une personne à qui le troc pût convenir, et enfin m' accorder avec elle sur les conditions de l'échange; ce qui entraîne, comme vous savez, beaucoup d'embarras et de difficultés.

Ed. — D est vrai.

Mi D. — Mais, depuis l'invention de la monnaie, je n'ai plus besoin de me donner tant de peines. Je n'ai qu'à vendre les objets que j'ai de trop, et que j'aurais proposés en échange ; avec cet argent, je suis sûr d'avoir, quand je le voudrai, les choses que je désire, parce que les marchands de blé, de vin, ou de laine, aimert i

mieux, par la même raison, avoir de l'argent, que tout ce que j'aurais pu leur proposer en troc; parée qu'As sont sûrs d'avoir, à leur tour, pour l'argent que je leur donnerai, toutes les autres choses qu'ils voudront euxmêmes acheter.

Éd. — Cela me parait clair.

M^D. — C'est aussi par suite de l'invention de 1a monnaie, qu'il s'est établi, dans toutes les villes et dans tous les villages, des magasins ou des boutiques où. l'on peut trouver, pour de l'argent, toutes les choses diverses que l'on désire, sans avoir besoin d'aller courir en mille endroits pour se les procurer. Ainsi, par exemple, moi qui demeure à la ville, je ne suis pas obligé de traverser les campagnes pour aller chercher du grain chez le fermier, du vin chez le vigneron, et de la laine chez le berger. Je trouve ici, à ma porte, des marchands qui ont une grande provision de blé, de vin, et de laine, et qui me les cèdent pour mon argent, au moment précis où je veux les avoir, et de la qualité qu'il me les faut

Ed.— Mais, dhe&moi, je vous prie; comment les marchands gagnent-ils à cela? Je conçois facilement que les gens de la campagne trouvent du profit à vendre le blé qu'ils ont moissonné, le vin qu'ont produit leurs vignes, les laines qu'ils ont. coupées sur le dos de leurs agneaux; mais les marchands* qui vendent ces objets ne les ont pas recueillis eux-mêmes.

M* JX — Non, sans doute ; mais ils se sont donné la

peine d'aller acheter ces denrées chez les fermiers, et ils

les revendent aux gens de la ville un peu plus cher

qu'elles ne leur ont coûté. Ce surplus fait leur juste

profit ; car il faut Heu qu'ils soient payée, non-seulement de la peine qu'ils ont prise de courir pour faire leur» achats, mais du soin qu'ils prennent de ces marchandises dans leurs magasins, et de l'embarras qu'ils ont quelquefois de les détailler par de très-petites portions. Tout cela les occupe tellement qu'ils n'ont pas le temps de travailler de leurs mains ; et c'est par le seul gain qu'ils font sur leur ventes, qu'ils peuvent soutenir les dépenses de leur maison, et élever leurs enfans. .

Ed. — Mais, monsieur, les marchanda ne peuvent-ils pas nous vendre ce dont nous avons besoin, à un prix trop élevé, et s'enrichir ainsi à nos dépens*

M r . D. — Cela arrive rarement, parce qu'il y a toujours dans chaque ville plusieurs marchands qui vendent les mêmes objets: ainsi donc, si l'un d'eux voulait faine sur sa marchandise trop de profit, tous les acheteurs se détourneraient de son magasin, pour aller dans un autre, où l'on se contenterait d'un profit raisonnable. C'est ce qui fait qu'un marchand n'ose pas demander plus que ses confrères, de peur que l'on ne vienne plus che» lui, ce qui l'aurait bientôt ruiné. ,11 suffit donc d'un seul pour arrêter l'avidité de tous les autres ; et le prix de chaque chose s'établit sur un taux juste et modéné.

FRÉÇEPTBTJE ET SON jfcufeTE, }l

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