Scène IV
Le êokil est pris ïde paraître.
Chablis, Popb.
Popb, en habit de messager. It s'arrête mue le chine, et regarde le soleil levant.— Un nouveau jour commence. Dieu de bonté ! je t'implore, Que notre toi se dérobe encore aujourd'hui à ses persécuteur!. Daigne le prendre sous ta protection et veiller sur sa vie. Il est assez de fidèles sujets pour soupirer après son rétablissement; mais il en est trop peu pour oser s'armer en sa faveur. Il ne lut reste que toi pour le secourir. Grand Dieu, fais éclater ta puissance. Rends* lui sa couronne ; rends-nous le repos et notre jetuïe roi !
Charles. — Je puis enfin compter sur un sujet fidèle. Je veux le voir et lui parier, (S écarte entièrement le feuillage et se découvre.)
Popb, tournant de tous cfités la tête,— J'entends du bruit, je crois. > (If veut s'en aUtr.)
Chablis, descendant de rarftm— »Mon ami, attendes un moment, je vous en conjure.
Popb, d'un air soupçonneux.— Qa* fiites-vous-là ?
Chablbs, allant vers lui.— Vous me paraissez un honnête homme. ...
Pops.— Je le suis. Eh bien !
Chablbs.— J'ai un service à vous demander.
Pope. — Qui êtes-vous d'abord?
Chablbs. — Je suis un paysan fugitif des environs de Worcester. J'ai passé la nuit sur cet arbre pour échapper aux soldats du parlement, parce que je suis du parti
CttARUSS SECOND. t*#
toysL Je viens de comprendre à votre prière tou chan te que vous êtes du même parti Voilà pourquoi j'ai t*& vous appeler. >
Pope. — 8i vous dites vrai, vous n'avez rien à craindre de ma part Mais qu'attendez-vous de moi t
Chablis. — A qui appartenez-vous t
Pops. — A lord Windham, qui demeure dans le voisinage.
Chahlxs. — Windham! J'ai entendu parler de lui
Pope.— En bien, je l'espère. Il est vrai que ce que ' j'appelle bien, est criminel aux yeux du plus grand nombre; mais je lui dots toujours son vrai nom.
Charles.— Il m'est revenu que ce lord vivait en paix àrécart
Pope.— H est vrai : mais savez-vous pourquoi t II servait avec sa famille dans l'armée du roi décapité. A la bataille de Naseby, il perdit son fis aine, l'espérance . de sa maison. Après la déroute de l'armée royale, et la prise du roi, il vint dans cette contrée pour y pleurer le sort cruel de son maître. Il jura de ne point retourner à Londres, avant que le peuple ne se fût soumis au fils du légitime souverain. H tient rigoureusement sa parole. Depuis la malheureuse bataille, il n'a pas quitté son
Chablis, à part,~Dieu. soit loué! je trouve un Asile,
Pope, — Maintenant, drWmoi quel est votre dessein.
' Chaeles. — Je voudrais vous prier de me conduire
auprès de milord. Il sera touché de mes malheurs, et
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mus doute il ne~me refusera pas mie retraite de quelques jours dans sa maison.
Pope.— J'y retourne en ce moment J'ai marché tonte la nuit pour ses dépêches. Je vous emmènerais volontiers avec moi, si j'étais sûr que vous fussiez du bon parti ; car autrement, il serait inutile de vous présenter devant ses yeux. Vous vous étonnez peut-être de ce que j'ose découvrir avec tant de liberté ce que je pense. Mais, malgré toute la tyrannie du parlement, nous ne craignons pas de- parler. Nous sommes trop faibles pour ,nous élever contre la rébellion; la force peut nous contraindre, à rester en repos, mais non à # trahir, ou même à déguiser nos sentimena.
Caimucs.— Je suis charmé de vous voir dans ces dispositions. H y a près de vingt-quatre heures que je me tiens caché sur cet arbre, pour me dérober aux soldats de CromwelL. J'ai versé des larmes de sang sur la bataille de Worcester que nous avons, perdue. Mon cœur est tout royal, et quelle que soit ma destinée, jamais on ne me verra changer.
Pope.— Ni moi, ni mon maître non plus. Ah ! cette funeste bataille nous a tous plongés dans la douleur. Que sera devenu notre jeune roi 1 O Dieu ! puisse-t-il être encore vivant, et échapper à ses ennemis !
Chabxis.— Avei-vous appris de ses nouvelles 1
Pops.— Aucune, si ce n'est qu'il erre dans Ja contrée' avec un petit nombre des eiens. Il n'aurait eu qu'à tomber la nuit dernière entre les mains du parlement! Mais non, j'espère que ma prière l'en aura préservé.
Chablis.— Mon brave ami, A Se trouverait bien
heureux de pouvoir reconnaître un attachement si fidèle !
Pope.— Et qui sait s'il est en état de pourvoir à set propres besoins ? Il est sans doute plus embarrassé que je ne le suis. Ce serait à moi de l'aider du peu que je possède. '
Charles, avec un soupir.— -Ah ! tant de générosité ne peut manquer tôt ou tard de recevoir le prix qu'elle mérite.
Pope. — Que me parlez-vous de récompense î Que V Angleterre ait seulement son roi, je suis payé de reste. Mais si vous voulez me suivre, venez ; il est temps que je rentre à la maison.
Charles, le retenant par la main. — Encore un instant, mon ami (Il fait un signai,)
Popb, avec aurprwc— Que faites-vous 1 je crois que vous êtes un traître ! Eh bien ! je ne démentirai pas ce que j'ai dit Je n'ai ni femme, ni enfans ; et ma simple personne ne vaut pas la peine que je m'en embarrasse. Ce n'est encore que trop d'honneur pour moi, de périr sous la hache qui a fait tomber la tête du roi et de tant de grands seigneurs. Faites venir votre bande ; je n'ai pas à rougir, car je n'ai dit que la vérité.
Charles. — 'Non, mon ami, vous jugez mal de mes sentimens. J'appelle un compagnon de ma fuite qui •'est caché dans ces broussailles. Nous mettons en vous la plus entière confiance. Je n'aurais à souhaiter que de voir à toute l'Angleterre une manière de penser aussi noble que la vôtre*
Sçjkne V..
Chaules, Derby, Pope.
Derby, embarrassés — Que vois-jeî
Charles.— -Raflsurezrvous. Je veux suivre ce bravo homme. Il appartient à lord Wîndham, qui ne demeure pas loin d'ici.
Dbrbt.— -Mïïord Windham! en sommes-nous si près?
Pope. — Nous n'avons que pour une heure de chemin*
Charles. — Voyez-vous quelque danger à lui demander un asile ?
Derby, avec dps marottes de respect. — Non. Milord est un fidèle partisan du roi.
Pope. — Oui, je répondrais de lui sur ma télé: qui pense autrement ne doit pas venir dans sa maison. Nous faisons tous les jours des prières pour le salut du prince. Je ne conseillerais pas au fils unique de milord de les faire avec moins d'ardeur que son père. - Je le servais à la bataille de Naseby ; le cadavre sanglant de son fils aine, était sous ses yeux, et je ne sais si ses larmes étaient plus amères sur cette perte que sur la défaite du roi.
Charles, bas à Derby. — Ainsi donc nous irons chez lui î
Derby, bas au nn\ — C'est mon avis, si j'ose vous, le proposer, sire.
Pope, qui entend k dernier mat. — Sire ! . . • .Eh mais, je crois que c'est lui-même ! .. Oui, mon cœur me le fait sentir. (J7 se jette à ses pieds.) Sire, par-
donnes-moi do tous avoir parlé un moment avec tant, de rudesse. Et comment imaginer qu'un roi d'Angleterre fût caché sous ces misérables habits ? Mais je dois trouver grâce devant vous, puisque, sans vous faireconnaître, vous avez connu le fond de mon cœur. Que vous dirai-je encore 1 Je ne puis parler, tant je suis enivré de ma joie. Quel bonheur,' que le maître do trois royaumes tombe précisément en de pauvres mains comme les miennes !
Chablis. — Que faites-vous, mon ami ? Vos transports vous égarent Je ne suis pas ce que vous dites.
Popb. — Oh ! vous l'êtes à la face de la terre et des deux. Pourquoi Vous déguiser t votre front vous découvre. Et moi qui vous appelais un traître? Autant ~ je me trompais tout-à-l'heure, autant je dis vrai maintenant Baignez porter la main^sur mon cœur. Battrait-il avec tant de violence, ai je n'étais si près de mon roi !
Chablis.— Relevez-vous, mon ami Votre erreur peut causer notre perte.
Dsbbt. — Est-ce que le roi n'aurait pas une suite* ,
Pope. — Il devrait au moins en avoir une, voulez-vous - dire ? Mais, hélas ! ce maudit Cromwell lui en a-t-il laissé 1 II n'en a pas besoin pour être toujours mon prince. - Dites-moi, de grâce, que vous l'êtes» Vous ne daignez pas me répondre î Je vois que vous craignez de vous fier à moi Cependant, sire, j'ose vous attester vous-même, après ce que vous avez, entendu de ma bouche, pouvez-vous me refuser votre confiance 1 SU
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y a dans toutes mes veines une goutte de sang déloyal, qu'elle se répande sur mon cœur et Fétouflie.
CHAELKs.-^Je suis persuadé que vous êtes un honnête homme, et c'est pour cela que je ne veux pas vous tromper. v ^
Pope. — Eh bien ! sire, il suffit On ne suit pas un guide de qui Ton se défie. Voilà le chemin qui conduit chez milprd. -, Allez-y sans moi. Mais auparavant, voici mes armes, cassez-moi la tête. Je n'ose répondre de moi-même, puisque vous avez des soupçons sur mon honnêteté. (Chablis, d'un ligne, demande conseil à Derby, qui lui témoigne son approbation,)
Charles,^ Pope.— Vous êtes digne de me connai tre. Je suis le malheureux roi d'Ecosse.
Pope, avec- chaleur. — Et d'Angleterre, et d'Irlande aussi ! Vous l'êtes toujours, aussi vrai que j'embrasse vos genoux.
Charles.— Vous voyez le péril où nous sommes* Hâtez-vous de nous conduire chez milord; mais je vous en conjure, ne dites à personne qui je suis, pas même à votre maître.
Popx.— Sire, je ne suis qu'un pauvre paysan, mais je sais que la prière d'un roi est un ordre sacré pour un sujet fidèle ; et je ne veux pas aujourd'hui surtout en perdre le nom.
Charles.— Vous possédez le secret le plus important de l'Etat ; mais je crois votre coeur assez grand pour le contenir.
Pope. — Ah ! sire, je braverais dés supplices affreux pour mériter cette louange.
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Ckablis. — Derby, mes pied* n'ont pas la force de tne traîner pour aller joindre nos chevaux.
Pozs, avec empressement. — Où ■ont-Us î ou sont-ils î
DimBY^-Là-bas, dans les broussailles; je vais les chercher.
Popsv — Non, non, nous sommes ici trop près du chemin, on pourrait nous surprendre. Permettez, sire, . je vais vous porter jusque-là. Nous pourrons- ensuite aller en pleine forêt jusqu'à la maison.
CHAaxif v— Je ne vous donnerais pas cette peine, si je pouvais me soutenir.
Pors, le prenant dans ses. bras. — Venez, sire, venez.
En marchant.) Que l'on me fasse voir un homme
le mon importance ! Le plus grand secret de l'état
ians le cœur, et le destin àe trois royaumes sur les
épaules! (Ils sortent.)