‹ Recueil dramatique;Chapitre 36 sur 106 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Windhaix, Henri.

Windham est assis près (Tune table, dans une attitude triste et rêveuse. Henri, son fils, entre un moment après, le salue, et lui baise la main. Windham parait toujours enseveli dans sa profonde rêverie. Hbnhi.— Mon père, je vous en conjure, arrachez-vous

à ces tristes pensées.

Wiitdham, U regardant <Tun air abattu. — Mon- fils, la bataille est perdue, cette bataille sur laquelle reposait notre dernière espérance. On ignore la destinée du roi. Je tremble qu'il n'ait succombé sous le poids de ses malheurs. Qui pourrait alors arrêter la furie des rebelles, ou s'opposer à leurs entreprises ? Et vous ne voulez pas que je pleure sur le sort de mon pays?

Henri. — Votre douleur est juste, mais elle attaque ▼os jours. Que deviendraient votre mère et vos enfans, s'ils avaient le malheur de vous perdre dans ces circonstances orageuses.

Wixi>HAM.-~-La mort serait peut-être le bien le plus désirable pour nous. Voyez quelle est notre situation. Tout ce que le temps avait épargné d'une antique noblesse a perdu la vie dans les tortures, ou languît dans la proscription hors du royaume; des aventuriers, encore plus méprisables' par leurs vices que par leur obscurité, ont remplacé nos pairs dans le parlement; au lieu de nos braves généraux, on ne voit plus que de vils inirigans. occuper les premiers postes, de L'arméet ; le fanatisme le plus abominable régne à la place de la religion ; des prédicans forcenés, divisés en mille sectes, étouffent la voix des dignes ministres de l'Évangile ;. sous l'apparence de la piété, l'hypocrisie s'abandonne à des excès scandaleux ; elle justifie ses crimes par des blasphèmes atroces ; les vrais amfs de la patrie sont poursuivis comme des scélérats ; l'infamie est assise sur le trône de la justice. La vie doit-elle avoir quelque prix, dans le spectacle de ces horreurs ?*

Hjuîju.t— Non> mon père ;. elle serait odieuse, si. ces.

maux devaient durer toujours. Mais pourquoi laisser abattre notre courage ? Qui sait ....

Wiitdham. — Et sur quels fondemens pourrait s'appuyer notre eçpoirl L'armée royale est détruite. Quand le prince Vivrait encore, où trouverait-il des forces pour rétablir sa fortune 1 Ses partisans, rebutés par une longue suite de disgrâces, loin d'oser résister au torrent, vont peut-être en grossir le ravage. Notre dernière ressource n'est que dans le comble de la tyrannie qui se prépare. Le fier Anglais, trouvant alors sa tête courbée sous un joug trop pesant, s'armera de toute l'énergie de son caractère jsour Je secouée. Mais combien de troubles et de désordres amenaient cette heureuse révolution * Je ne vivrai pas assez pour eii être témoin. Mais vous, mon fils, vous qui devez me survivre, demeurez toujours ferme dans les sentimens que j'ai su vous inspirer ; n'embrassez jamais la cause d'un parlement despotique ; il deviendra le fléau le plus épouvantable de la patrie. Restez plutôt dans une sage inaction, jusqu'à ce que le peuple, revenu de ses fatales erreurs, en soit réduit à soupirer après le gouvernement qu'il vient de proscrire.

Hexbi. — Je jure entre vos mains que ces instructions sacrées ne sortiront Jamais de ma mémoire, ni de mon cœur.

Sckne II.

WiirDHAM f Hejtri, Pote.

Pope. — Milord, miladi votre sœur se trouve beaucoup mieux ; mais elle désire avec ardeur de voir aujourd'hui

sa mère. Le colonel Lane vous présente ses respects. Il va s'embarquer.

Wiwbhax. — Pour quel pays !

Pope.— Pour^ la France. J'ai vu ses bagages que l'on transportait dans le vaisseau, parce qu'il doit mettre à la voile demain dès le point du jour.

Wixdh am, avec un soupir* — Encore un brave citoyen qui . s'fcrïle de sa patrie ! L'État verra bientôt ses membres les plus sains dispersés loin de lui N'avexvoub rien appris de la destinée du roi.

Pope. — It vit toujours, milord, il erre dans ces campagnes, suivi d'un courtisan fidèle.

Windham. — Réduit à se cacher dans Ses propres états! Quelle déplorable condition! Mais Dieu soit loué de ce qu'il respire encore ! Courez sur-le-champ porter cette nouvelle à ma mère.

Pope. — Je vous amène deux fugitifs de Worcester» qui demandent un asile pour quelques jours.

Windham. — Qu'ils se présentent devant moL (Pope sort.)

Sckne m.

WlKDHAM , HlICRI.

Hehbi. — Quoi ! mon père, recevrez-vdus ces étrangers, sans les connaître? Si c'étaient des ennemis déguisés 1

Windham. — Qu'importe, mon fils ? Quel mal peuvent-ils nous faire? Témoigner que'nous sommes fidèles au roi ? Toute l'Angleterre le sait Je n'ai jamais désavoué des sentimens qui me sont plus chers que la vie.

CJIARXXS SECOND. 149

ScsNE IV.

Chablbb, Débet, Wihdham, Hebbi, Pope.

WiiDHAM^-Bonjour, mes amis; Je viens d'appren- , dre que tous cherchez une retraite dans mon château.

CiiABLESv-^-Oui, milord, nous sommes venus avec confiance nous jeter dans vos bras.

WnrorfàM.— Je suis prêt à vous y recueillir, quand je saurai qui vous êtes.

Chaules.— De zélés partisans du roi Vous ne devez pas ignorer que son armée a été mise en déroute, il y a trois jours ; nous avons été séparés de sa suite. La crainte de tomber entre les mains des rebelles nous a forcés de prendre ce déguisement; nous vous prions de nous donner une sauvegarde, jusqu'à ce que les chemins soient plus sûrs- pour nous en retourner.

Pope, bas à Wikdham, après leur avoir avancé des fauteuils. — Us sont fatigués, milord.

Wutdham. — Asseyez-vous, et prenez du repos. Je ▼eux bien m'en rapporter à votre simple parole. Quel serait votre objet en cherchant à m'en imposer ? Le parlement a vaincu le roi, mais il n'a pu changer le cœur 4e tous ses fidèles sujets. Je mis profession d'être de ce nombre. Si vous n'êtes venus que pour m'épier, vous avez mon aveu, et votre mission est remplie. Un plus long séjour ne vous en apprendrait pas davantage. Cependant je vous accorde l'asile que vous me demandez ; et si vous êtes ce que vous dites ; c'est avec bien de la joie.

Chablis. — Recevez, milord, nos remerciemens, et 13*

150 CMBLB8 SECOND.

croyez que nous sommes incapables de tous en impose*. Nous étions de Tannée Écossaise.

Wikdham.— En ce cas, je me réjouis de pouvoir être utile à de braves gens» Disposez de ma maison. Mais avant tout, (d'une voix attendrie;) hâtez-vous 4» xn'apprendre tout ce que vous savez du roL

Châbles.— Après la funeste bataillé, il quitta Wor* cester vers six heures du soif, suivi d'une escorte de cinquante hommes. Il courut vingt-six nulles sans s'arrêter. Il crut alors devoir se séparer de sa suite; et seul avec le comte Derby, il se jeta dans la forêt prochaine. Depuis ce temps, il n'est rien de nouveau dans sa des* tinée.

Wihdham.— Que la laveur du ciel accompagne tous ses pas ! Mon cœur est soulagé d'une grande tristesse, en le sachant du moins hors du premier danger. Nous ignorions encore s'il était sorti, vivant du champ do bataille. (En Ressuyant les yeux.) Heureux Derby, le Ciel a remis en tes mains le gage du bonheur de l'État ! Conserve-nous, même au prix de ta vie, ce dépôt sacré. Ton cœur a toujours été ferme dans son devoir ; sois digne de ta première "vertu,

Dirbt, avec chaleur.— \\ le sera, milord, il le sera. Je le connais assez pour le jurer en son nom.

Wiwdham, regardant fixement Diebt.— Mon ami, vos traits ne me sont pas étrangers.

Debbt. — Je serais bien changé, Windham, si voua né me reconnaissiez plus.

Wiwdham. — Eh quoi ! serait-ce Derby lui-même.

Dirbt. — Vous le voyez.

CHAKLBS SBOONJ>. 151

WrniAX, se jetant à son eociw— Brave Derby !

{Apres favoir tenu quelque temps dans êt$ bras, il U voit inquiet m regardant h roi qu' il , regarde lui-même, et il i f 4crit avec un mouvement de surprise.) Oserai-je en croire mes yeux.

Dibbt<— Ils sont aussi fidèles que votre cœur. Voilà mon dépôt sacré. Je le remets sous votre garde.

Wikdham, saisissant h main du roi et la baisant aoee transport. — Ah! nie, quelle est ma félicité î Recevez dans ces larmes le premier hommage de mes sentanens. Je vois le ciel se déclarer en votre faveur, puis* qu'il m'a choisi pour vous recevoir.

Ckablxs.— -Milord, yf connais assez votre loyauté; c'est pourquoi je me livre à vous sans crainte.

WurnEAM .— 8ire, je na chercherai donc pas à vous rassurer. Voici mon fij* unique, je l'ai nourri dans mes principes. Il brûle déjà de répandre son sang pour la cause de son roi 1

Hz vmi.«—Oui, sire, j'en ai fiât souvent le vœu dans mon cœur. Avec quel transport je le renouvelle sur votre main, (fl baise la main du roi.)

Cuazxbs«— J'accepte vos services pour un temps plus heureux*

WnrosAx*— Votre majesté me permettra-t-elle de lui présenter le reste d'une famille entièrement dévouée à ses intérêts.

Cpablss.— Vous m'inspires une forte envie de la connaître. J'allais vous demander le plaisir de la voir.

WnrmiAX, à Popzv— Courez appeler ma mère, ma femme, ma fille i Qu'elles viennent sur l'heure. Mais

15t CHARLES SECOND,

je vous défends de tes instruire de ee que vous venez d'entendre.

Pope.— Milord, je savais tout, et j'ai été discret même envers vous. Jugez si d'autres auront mon secret.

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