‹ Recueil dramatique;Chapitre 57 sur 106 · Scène XIII · texte numérisé non relu

Scène XIII

Charles, Debbt, ladt Marie, Wikbham, ladt Sophib, Elisabeth,

Ch AHLE&.— Windham, que vient-il donc de se passer 1 J'entends de toutes parts des voix, tumultueuses répéter en longues clameurs : "Le roi est pris." Les soldats entraînent deux hommes. Je les ai vus s'éloigner dans la campagne, suivis d'une populace bruyante, à la clarté de mille flambeaux. Je descends, je vous trouve dans une profonde consternation ; je vois votre épouse noyée dans les pleurs, et cherchant à fuir mes regards. Quel est ce mystère que je crains d'approfondir i

Wikdhai*. — N'avez-vous pas entendu les cris de cette mère désolée î

Charles. — Que dites-vous ? Votre fils ... .

Wijtdham. — Il vous avait juré de sauver votre vie aux dépens de ses jours. Il remplit son serment

Charles. — Et wous croyez que je le laisserai mourir à ma place 1 Non, non. Je me croirais indigne de ce dévouement généreux, si je permettais qu'il s'achevât Sécbez vos pleurs, milady ; je vais vous rendre un fils qui mérite' si bien vos regrets.

Wixdham. — Ce serait en vain. Le sanguinaire 17*

CiomweU s'efiraie-t41 du nombre des victime» 1 C'en est fait de mon fils, et vous péririez sans le sauver.

Chaules. — Je mourrai du moins avec lui.

WurnoAX. — Non, sire, vous ne mourrez point Votre vie n'est plus à vous. Elle m'appartient, à moi, qui viens de l'acheter au prix de mon sang. J'ose réclamer tous mes droits sur elle, pour les joindre à ceux de la nation.

Cfli.mi.E8.--Et que pouvez-vous exiger de moi?

WiirDflAx. — Que notre grand projet s'accomplisse. L'exécution en» devient phis favorable. Le (aux bruit qui remplit dé jâ le village, et qui va bientôt se répandre dans tous les environs, vous assure une libre retraite. Hitez-vous de partir. Le délai d'un seul instant peut vous étreiatal. Le tigre, trompé dans sa rage, viendra demain, à la trace de mon sang, chercher sa nouvelle proie. Soyez hors de ses atteintes avant le réveil de sa fureur.

Débet.— Eh bien, Windham, dérobez-vous, avec nous à la vengeance de CromwelL Chargé de vos effets les plus précieux, venez avec votre mère, votre épouse et votre fille, et suivez notre destinée.

Wi*dham.— Je croyais, Derby, que vous auriez mieux appris à me connaître. J'aurais livré mon fili au glaive des bourreaux, et je voudrais y soustraire nu tête!

Charles — Sauvez du moins ce qui vous reste d'une famille infortunée. Hâtez-vous, de la mettre en sûreté.

Ladt Marie. — Moi, sire, abandonner mon fils !

CHARLES SECOKB. 199

List 8o»i&r— On m'a ravi le mien, on ne m'arrachera point mon époux.

WuroBaïc— -Vous voyei que la mort n'a rien qui puisse nom effrayer. La moitié de ma maiien a péri pour la défense de veto* père, l'autre moitié ■aura périr

Cbabus^— Non, je n'accepte point cette offrande sanglante. Quel est donc le sort qui me poursuit 1 Le ciel ne donne le* roi» aux peuples que pour faire leur bonheur, et moi, il ne m'a fait naître que pour la ruine des miens. Ma vie est un sujet de discorde entre mes sujets. Je vois les uns prostituer leur conscience et leur honneur pour me la ravir ; les autres, pour me la conserver, sacrifient un sang trop généreux. C'est le mien, le mien seul que les finies demandent Délivresmoi de cette vie maudite ; je la déteste, je l'abhorre.

WiwDHAM^-C'est pour cela qu'il est d'un grand courage de la supporter. Le ciel, en secondant mon projet, nous a marqué nos devoirs ; à vous de vivre, à nous 4e mourir. Lelssex-nous remplir cette glorieuse destinée. Si de mon écharaud j'apprends votre salut, je mourrai trop heureux.

Chaules^ — Et moi, vivrai-je heureux sur un trône, ou je ne serai monté qu'en vous immolant 1

Wiitdham.— Qu'importe votre bonheur ou le mien 1 C'est celui de toute une nation dont il faut occuper votre pensée. Egarée par la violence de ses passions, mais toujours prête, par son grand caractère, à revenir à la justice et à l'honneur, c'est à vous seul qu'elle peut avoir recours pour l' y ramener. Elle vous redemandera bientôt

Revenez alors, non en conquérant, mais en père. Mon sang ne vous criera point vengeance, il voua criera déV menée, amour et liberté.

Charles.— Ce peuple ingrat qui me proscrit, vaut-il a mes yen* un citoyen tel que vous î- Sur l'espoir douteux de son retour, faut-il que je laisse périr de si nobles victimes î Non,- Windham, je vous l'ai dit, je n'accepterai point une offrande de sang, quand je puis la racheter du mien. De quel droit prétendez-vous me forcer à la recevoir 1

Wiitdham. — De quel droit, sire ? Vous me faites oublier les devoirs d'un sujet, pour prendre sur vous l'autorité de mon âge,, et, s'il faut le dire, de mea services. Quand je vous ai ouvert ici un asile, au risque dé ma fortune et -de ma vie, l'honneur de vous sauver pouvait être ma récompense; mais quand je vous immole mon fils, <}e quel prix pouvez- vous me payer ? Et vous voudriez à présent me ravir jusqu'au fruit de ce sacrifice, et me réduire au regret de me l'être imposé ? Non, sire, vous êtes roi, mais j'étais père, et c'est pour vous que je ne le suis plus. . Rendez-moi donc dans votre personne un fils que j'avais élevé pour l'espérance de la patrie. Vous demandez mes droits. Vous m'en avez donné sur vous, que je veux exercer dans tout leur empire. Partez.

Chahles. — Généreux, mais cruel Windham. . . .

Windham. — Je n'entends plus rien. Éloignez-vous, sauvez en vous la nation. Suivez-nous, ma mère ; et vous, Derby, aidez-moi à l'entraîner. ( // se tourne ver» xadt Sophie.) Pardonnez, chère épouse, je vais goûter

la dernière joie qui puisée me rester sur la terre, celle de servir mon pays» et je reviens dans vos bras me livrer tout entier à notre douleur. (Avec le secourt de Dinar ilmtraku k roL Lad y Maux ks suit, ÉusABfcTfl rwmêne ïlabt Somme dans ton appartement.)

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