Scène n
Virsac, Girct, Germai*.
Vers ac. — Comment donc, Gercy ! je vous ai cherché de l'œil dans tout le bataillon. Vous n'étiez pas ce matin à l'exercice ?
Gïrct.— Il est vrai, Vewac. J'ai bien du regret d'y avoir manqué.
Virsac — Vous avez sans doute envoyé finie vos excuses au colonel \
Gerct.— Je n'en ai pas eu le temps.
Versac. — Comment celai Vous ne vous êtes seulement pas couché, à ce qu'il parait.
Gerct. — Savez-vous qu'il était cinq heure* du matin lorsque je suis rentré 1 J'étais si brisé 4e fatigue, que je n'ai pas eu la force d'ôter mes habits.. Je suis tombé tout assoupi sur cette table, où j'ai sommeillé jusqu'à ce moment, sans me douter qu'il fût grand jour.
Versa c. — C'est que veut n'êtes pas encore fait* à notre manière de vivre. Vous n'aurez pas plutôt passé, cinq ou six nuits comme.]» dernière, que les veilles ne vous coûteront plus rien.
Gjbbctv— En attendant, je me sens la tête bien pesante ce matiru
Versac— Laissez-nous frire. Nous vous travaille* tons une santé de fer. Voyez comme je suis dispos ! H faut s'accoutumer de bonne heure à la Irâgue. Un jeune officier doit savoir passer, au besoin, deux en trois nuits sur pied, et faire son service le troisième jour comme si de rien n'était**
Germain, à part.~- Voilà de bonnes leçon» qu'on donne à mon jeune maître !
Versac — A propos, est-ce que' vous ne vous êtes pas bien amusé cette nuit chez Saint- Alban t
Geacy* — Oui, assez.
Versac— Comme vous dites cela froidement 1 Excellente chère, des histoires folles, du jeu ! Que faut-il de plus pour mener une joyeuse vie t
Gsucy. — Oui, vous avez raison.
Versac.»— Voyez pourtant, si nous vous avions 1 vivre à votre manière d'ours* t Vous i
comme tous faisiez d'abord le philosophe ! Vous tous seriez enterré tout vivant avec vos livres et vos mathématiques. C'est bien de la science qu'il faut à un jeune officier ! Elle n'est bonne tout au plus que pour l'artillerie et le génie. Mais nous, quel besoin enavons-nous pour notre service ? N'a-t-on pas des amis, ou la guerre, pour s'avancer ? Le plaisir, voilà, notre dévise ! Manier adroitement ses armes et son cheval, supporter sans fatigue la danse, la. table et le jeu, que doit savoir de plus un militaire 1
Gebct.— Il me semble que vous rendez nos devoirs bien faciles.
Versac. — C'est qu'on simplifie les choses avec du bon sens. Vous débutiez mal avec vos singularités. Vous yoilà maintenant dans la bonne voie. Vous n'avez plus qu'à suivre nos traces.
Germai*, à part, en haussant les. /épaules,— -En effet, c'est le droit chemin de l'honneur !.
Vihsac. — Voyez Neuville, comme il brille dans le régiment ! Eh bien ! c'est le jeu qui soutient sa dépense. Tous n'avez pas mal fait vos affaires cette nuit, -à ce que j'ai vu. Mais vous êtes encore loin de les avoir faites aussi bien que lui.
Gb»ct.— Comment donc ?
Vsrsac. — Il n'est que lui , seul, au monde pour ces aubaines-là. Je ne sais comment il .a découvert qu'il passait dans cette ville un officier chargé d'or, pour aller faire des recrues sur la frontière. Il s'est trouvé sur son passage, et lui a raflé au piquet la moitié de son argent
Geect.— Et combien î
228 LBS JEtfNES OFFICIERS
Vbbsac— Deux cents louis. Il loi donne ce sasain et irranche. Je vous engage 4 venir voir cette parti* Tom nos camarade* y seront Je parie qu'il va gagner au recruteur jusqu'à sa monture. Cela sera plaisants Tousserez des nôtres, n'est-ce pas?
Gbbct. — Non, je me sens langue.
Vbbsac — C'est pour cela même. Vous are» besoin de vous récréer un peu» Venez nous joindre. Voue voue amuserez, je vous assure.
Gbbct.— Je suis censé malade. Il ne faut pas que je sorte. ,
Vbbsac— Bon! Qui le saurai Je me charge de faire porter vos excuses.
Gbbct. — Mais, mon ami, cependant. • . .
Vbbsac — Prenez-y garde, Gercy» Vous vous perdez d'honneur ; vos camarades vont vous prendre pour un enfant qui s'effraie de tout
Gbbct. — Eh bien ! comme vous voudrez.
Vbbsac — Voue me le promettez, au moins 1
Gbect. — Vous le voulez donc absolument 1
Vbrbac— Je ne tous quitte pas sans avoir votre parole.
Gbbct» — Soit, je vous la donne.
Vbbsac. — Il ne vous faut qu'une demi-heure pour vous arranger. Adieu, jusqu'au revoir.