‹ Recueil dramatique;Chapitre 71 sur 106 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

Gercy.

Gercy. — ! l'excellent homme • comme en lui la vertu paraît aimable! et qu'il sait la rendre facile! Avec quels ménagemens il m'a repris de ma faute ! Il semblait, aux expressions de sa tendresse, que je n'eusse

A LA GARNISON. 24JL

jamais été plus digne de son amitié. Et toi, mon père, toi dont il vient de me retracer si vivement la noble image, oui, je veux te ressembler, je veux ressembler à ton ami ! Non, je ne serai pas indigne de vous avoir pria l'un et ltautre pour modèles.

Sc£ne V.

Gerct, Germain.

G*bmaiit. — Ah ! mon cher maître, si vous saviez la plaisir que je viens de goûter ! Je voudrais, pour tout ce que je possède au monde, que vous eussiez pu assister à cette scène touchante.

GEKcx.T-Qu'est-ce donc, Germain î

Germain. — Ce brave Martial, à qui je viens de porter vos deux louis, comme il a paru transporté ! Ce n'était point la valeur de la somme qui le touchait. Oh ! non, monsieur, ne le croyez pas. Citait le plaisir de recevoir de vous cette marque d'attachement. ««Ah! s'écria-t-il, je n'avais pas attendu ses bienfaits pour l'j&imer. N'est-il pas le fils d'un homme pour qui je donnerais ma petite fortune et ma, vie î Elles sont bien à lui-même, s'il en a besoin. Oh ! oui, sans douté, je lui appartiens tout entier, moi et tous les miens." Il m'a quitté brusquement, à ces mots, pour courir appeler, sa femme et ses enfans. Il est revenu avec eux ; il leur a montré ce qu'il tenait du fils de son premier bienfaiteur. -Ce n'a pas été sans peine qu'il est venu à bout* de leur expliquer l'affaire. Il ne pouvait parler, tarçt il était oppressé par la joie. Je l'ai laissé pleurant de r 91 '

tendresse. Mais voua le verras bientôt : il va venir ; il ne m'a demandé que le tempe de arranger un peu et de prendre son ancien habit de soldat. Ah! mon cher maître, non, non, tous les plaisirs où l'on vaut voua entraîner, ne vous paraîtront jamais aussi doux que celui d'obliger un brave homme si sensible et si reconnaissant

Gerct, avec émotion. — Oui, Germain, qu'il vienne, je<veux le voir. Il suffit qu'il ait été l'objet des bienfaits de mon père, pour me le rendre cher.

Germai*. — Oh! je vous reconnais à présent Avec le sang qui coule dans vos veines, je n'attendais pas de vous d'autres sentimens. Mais je viens de trouver M r . Verneuil sur l'escalier; il sortait de chez vous, sans doute. C'est cet homme-là que vous devez écouter : il n'y a que de bonnes choses à recueillir de sa bouche.

Gerct, — Il vient de me remettre une lettre de change qu'il a reçue de mon père, pour payer mon équipage.

Germain. — Ah! tant mieux. J'avais ces dettes-là sur le cœur.

Gerct. — Il faut aller de ce pas toucher l'argent chex le banquier.

Germai*. — Donnez, monsieur, j'y cours.

Gerct. — Tâche de revenir bien vite pour prévenir l'arrivée des mémoires. On doit me les présenter aujourd'hui.

Germain. — Je n'aurais pas de jambes, qu'il me viendrait, je crois, des ailes pour ce message. Oh! men cher maître, nous voilà maintenant sans inquiétudes. Nous allons arranger toutes nos petites aflaires. Re*

posez^vons sur moi ; je gouvernerai votre bourse avec tant d'économie, que nous serons en état de parer à tout, et de vitre avec plus d'honneur que tous vos camarades au milieu de leurs folles dépenses. Mais je perds ici le temps à vous marquer ma joie. Donnez, donnez, mon • cher maître, je cours chez votre banquier. (7/ prend la lettre de change et sort avec précipitation.)

SctfNB VI.

Gerct, seul.

, Gerct. — Oui, c'en est fait ; ce que je viens de sentir au fond de mon cœur a décidé ma destinée. J'ai vu de trop près l'abîme affreux où j'allais me précipiter * peut-être sans retour. (H va prendre un de ses livres.)

,0 vous qui avez fait jusqu'ici le bonheur de ma vie ! vous que j'étais sur le £oint de sacrifier à des plaisirs frivoles et dangereux, je reviens à vous avec joie. Éclairez mon esprit, épurez mon âme. Je vous donne à régler toutes mes pensées et tous mes sentimens. (H entend du bruit à la porte.)

Mais qui vient déjà m'interrompre î C'est Versac Que me veut cet importun ?

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