‹ Recueil dramatique;Chapitre 75 sur 106 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

MartUI, êafiihtnc, «es enftmê, Germai**

Germain.— Entrez, madame ; entres, mes chètt enfans. Vous êtes ici chez Vos ami&

La Femme se Martial. — Ah ! monsieur Geftnaîn, vous avez hien de la honte !

Martial.— Nous né sommes pas si honorablement reçus chez les autres officiers de la garnison.

La Femme se Martial.—- Oui, ils nous méprisent, parce que mon mari n'était qu'un soldat.

Germai».— /Tant pis pour eux. Un vétéran comme lui est Tégal de tous, les militaires ; pourvu qu'ils soient gens d'honneur toutefois ; car autrement, votre mari est Men au-dessus d'eux

Martial.— O mon brave Germain! on voit bien que tu as pris la manière de penser de M r . Gercy.

Germain.-— Il est vrai ; je me fais honneur de partager tous les sentimens de mon ancien maître.

Martial.— Ah ! quel homme c'était ! et que tu es heureux de pouvoir répondre à son attachement! Usait que tto hi^(É sacrifié ton repos pour suivre son flk. Il ne peut penser' à toi, que lé souvenir de ta recennafesance ne se présente aussitôt à son edprk. Mais riloi, qu'ai-je fait encore pour lui prouver combien je l'aime 1 Hélas f M ae m'est attaché que par ses propres bienfaits.

GiRMAt*^-N*esVpeilonc rien que cela t II sait que m ne les aurais pas acceptés d'un autre. Le voilà payé.

Martial.— On flttfr! il ne Pert psa* H ne connaît

pas assez peut-être tout ce que je serai* prêt à faire pour lui.

Germai*.-*- Tu lui fais injure, Martial. Je te ré-* ponde, moi, qu'il en eqt sûr, comme s'il l'avait éprouvé.

Martial.— Allons, voilà qui me console.- Hélas ! sans ce digne homme, que serais-je devenu 1 Forcé de renoncer au service, le corps épuisé de sang, et déchiré de blessures, aurais-je pu, à mon âge, prendre un n©U" veau métier 1 J'aurais donc été réduit à mendier mon pain ! Cette seule idée me fait encore frémir. MC Gercy vint à moi avant que j'eusse même pensé à implorer ses secoure. C'est lui qui me fit les avances nécessaires pour établir mon petit commerce. Il m'a depuis recommandé à tous ses amis : il a fait mon mariage : grâces à lui, je me vois une femme que j'aime, des enfans qui viennent tous à bien* Mes af&ires sont dans le meilleur état H semble que sa protection ait attiré sur moi toutes les grâces xlu GieU Ah ! que le Ciel le lui rende dans- ses enfans !

Gsrxair. — Tes vœux sont dé j^ remplis. Mon jeune maître est plein de sentimens honnêtes, et je te garantis qu'il sera comme son père.

Marti Ai.— Il ne manquerait donc plus rien à mon bonheur. Voici mon fils aîné, que je destine à servir quelques années, sous lui Lorsque M r . Gercy me fit Fhonneur de le nommer: "Martial, me dit-H, nous sommes de vieux amis ; je veux que nos enfans le soient à leur tour." Ah l il ne tiendra pas à moi. que cela n'arrive. Depuis que le jeune M r . Gercy est au régiment, je mène tous les jours mon fils à la parade pour le lui-

montrer. Je l'y ai conduit encore ce matin. J'ai été bien inquiet de ne pas voir ton maître dans le bataillon ; et j'accourais ici pour savoir s'il était malade, lorsque ta es venu chez moi m'apporter ce petit cadeau de sa part. Grâces au Ciel, je suis bien au-dessus du besoin d'une pareille somme. Mais ce don me venait de son cœur, et je Fai reçu avec joie. Il me siérait* bien mal de le refuser, lorsque je dois à son père tout ce que je suis. Ce serait dire que je dédaigne à présent ses secours. Oh ! non, non, je n*ai plus rien à foire, que de me laisser accabler de ses laveurs. Plus il sait que je suis à mon aôe, moins je dois rougir d'accepter ce qu'il me donne. Que ne sait-il aussi dans quel sentiment je le reçois !

Gsrviin.— -Va, sois tranquille : s'il ne le sentait pas de lui-même, ce n'est pas moi qui le lui laisserais ignorer.

Marti al.— Ah ! je te remercie. Mais cependant, mon ami, ton mettre est jeune; H ne connaît pas assex encore le prix l'argent Je pouvais recevoir sans inquiétude les présens de son père, parce que je savais l'ordre qu'il mettait dans ses dépenses, et que ce qu'il me donnait était de son superflu. Mais à Page de ton jeune maître, on n'en connaît pas. Toutes les' petites fantaisies paraissent des besoins. Je serais au désespoir, si, pour avoir écouté un premier sentiment de générosité, il s'était imposé pour moi quelque privation dont il ptit avoir du regret

GsnvAiir. — Non, non; calme tes scrupules. Il ne pouvait employer d'une autre manière cette petite^omme. Elle ne le gène point Jamais nous n'avons été si bien en fonds. H noua est venu ce matin de l'argent, que

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voici, pour payer son équipage. D'ailleurs il faut dire, à sa louange, qu'il n'est personne dont la conduite ait été, jusqu'à ce jour, aussi rangée que la sienne.

Martial. — Ah ! tant mieux, tant mieux, n serait bientôt perdu, s'il prenait, comme les autres jeunes officiers, le goût de la dépense, et surtout celui du jeu. Combien j'en ai tu se pervertir par cette funeste passion !

Germain. — Va* ! ne crains rien. Il en est plus loin que jamais, depuis l'entretien qu'il vient d'avoir tout-àl'heure sur ce sujet avec M r . Verneuii. •

Martial, avec foie. — Est-il bien vrai, Germain ?

Gbrmais. — Oui, sans doute, et je ne crains pas de te le garantir.

Martial. — mon ami ! si tu savais quel bien tu me fais par ces paroles ! J'en atteste le Ciel ! mes propres enfons ne me sont pas plus chers que ceux de mon digne bienfaiteur. Je me suis accoutumé à tes confondre ensemble dans ma pensée. Si ton jeune maître avait eu une mauvaise conduite, il m'aurait fait mourir de chagrin. Mais quand je le vois digne de l'auteur de ses jours, je sens toute la joie de son père, et la mienne encore. *Ah ! qu'il vienne, qu'il vienne ! j'ai besoin de le voir. , Il faut que je lui dise combien je suis heureux de ses vertus.

Gsrmaix. — J'entends, ce me semble, du bruit sur l'escalier.

Martial.— *Oh ! c'est lui, c'est lui; mon cœur me le dit. Allons, ma femme, allons, mes enfans. C'est le fils de notre dieu tutélaire. Je donne tout mon amour, peur aujourd'hui, à celui qui lui témoignera le mieux son

respect et «a tendresse. (Martial, sa femme et se» enfant t'avancent précipitamment vert la porte au* devant de Gerct, pour le recevoir.)

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