Scène III
Le Colonel, M* Verneuil, Neuville, Versac,
Saikt-Albait.
Le Colonel.— Monsieur Neuville, ne sentez-vous rien qui vous fasse craindre de paraître en ma présence 1
Neuville. — Moi, mon colonel î
Le Colonel. — Oui, vous-même, monsieur. Et puisque vous semblez l'ignorer, je vais vous en instruire. D est passé dahs cette ville un officier à qui ses supérieurs avaient confié de l'argent pour aller lever des recrues sur la frontière : vous êtes allé à sa rencontre, et vous vous êtes engagé avec lui dans une partie de jeu dont il a été la victime. Croyez-vous qu'il soit bien louable d'entraîner un de vos pareils dans le déshonneur, en lui faisant violer le dépôt dont il était chargé 1
Neuville. — Mais, mon colonel, je ne l'ai pas forcé à cette partie. Il la désirait autant que moi.
Le Colonel.— Je suis mieux instruit, monsieur. Mais qu'importe t Si cette séduction n'est pas votre
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oavrage, devieé}vous jouer avec un homme qui se déshonorait en entrant au jeu 1 (Se tournant vers Saiht- Albait et Vkbsac.) Pour vous, messieurs, je ne tous demande point quels étaient vos motifs en cherchant à faire perdre, à M* Gercy le goût. qu'il avait pour- son devoir. Il ne vous conviendrait pas plus de me les dire, qu'à moi de les apprendre. Je vous demanderai seulement comment il peut se r faire qu'il ait perdu une somme aussi forte avec vous ?
Versac. — Mais, mon colonel, c'est par le caprice de la fortune. Les chances entre nous étaient égales.
Le Coloiïel.— Non, messieurs; vous me permettrez de vous le dire, elles ne l'étaient pas. Vous avez une longue habitude du jeu ; M T . Gerçy n'en est qu'à son apprentissage. Vous en connaissez toutes les finesses, il a le bonheur de les ignorer. Vous avez joué de sangfroid ; il ne pouvait jouer qu' avec passion. Vous aviez donc sur lui des avantages réels, dont vous avez abusé. Qu'avez-vous à répondre 1
Saiht-Albaït, avec embarras. — Mon colonel. . . .
Lz CotoKii.^-Ce silence est votre arrêt; et je l'attendais pour vous condamner ; mais auparavant, je dois voué dire, messieurs, combien il me parait étrange, qu'avec une pension aussi modique que celle que vous recevez de votre famille, vous puissiez mener un train aussi fastueux. D'où vous viennent ces voitures élégantes, ces chevaux, ces bijoux, ces habits magnifiques ? Quels sont vos moyens, pour subvenir à toutes ces dépenses 1 Vous ne pouvez les fonder que sur les ressources du jeu. Mais si ces ressources ne sont pas
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mfaillibles, comme je dois le croire, comment osez-vous compromettre, sur des espérances trompeuses, et votsa honneur, et la sûreté de ceux envers qui vous contractes des engagemeps 1 Je me suis borné jusqu'à ce jour aux avis et aux représentations ; j'ai choisi les voies les plus douces, pour ramener l'ordre dans le régiment que j'ai l'honneur de commander : ces moyens. ont été inutiles, et je saurai en employer de plus efficaces. C'est un exemple que je dois aux chef» des autres corps. Vous servirez à l'établir. Allez, messieurs, rendez-vous à vos arrêts ; et ne manquez pas, je vous prie, de les garder exactement, jusqu'à ce que le ministre, à qui je vais rendre compte de votre conduite, ait prononcé sur votre destinée. (Vxbsàc est prés de s'éloigner, avec Nxtrvillx et Sàiict-Albait. Lx Coxobxl le retient,} ■ Demeurez, monsieur Yersac