JOYEUSE ET RECREATIVE
a deux personnaiges, c'est a scavoir
Le Pèlerin,
La Pèlerine, accompagnée de deux petits enfants.
Au Lecteur.
Oomme plusieurs sont curieux avoir t^eur passe-temps de farce ou comédie, >my lecteur, je t'en veux faire voir Cn coup d'essay, lequel je te dédie De tresbon cœur; mais, si a l'estourdie Wt mal a point tu le trouve dressé, ^'excuseras, car j'estois empressé Wn ung subject pour chacun contenter, poien toutesfois je n'ay sceu inventer ; gais, s'il te plaist ceste présente lire P. 123 Wn t'esgayant, pour ta joye augmenter, Hu choisiras le bon, laissant le pire.
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3o8 XXX. ^- FARCE DU PELERIN
Le> Pèlerin.
Je suis las; j'ay faict grand voyage; Ah 1 si je tusse esté bien sage, Je ne l'eusse pas cntrcprins! J'ay bien esté si mal apprins Que suis entré, par grand simplesse, 5
Au chemin de peine et tristesse, Au chemin de bon temps d'un jour, Au chemin de trop long séjour, Au chemin qui, par fantaisie, Trop de gens met en frénésie, lo
Au chemin duquel on ne sort Que le plus foible ne soit mort, Au chemin dont la pénitence Suit de si près la repentance, Que jamais n'y retourncray; i5
Et le premier que trouveray Acheminé en ce voyage, Je luy diray : « Si tu es sage, » Amy, garde bien d'y aller, » Car l'on t'y fera avaller 20
P. 124 » Souvent mainte poire d'angoisse, » Toute succree de tristesse.
» Tu boiras d'eau ou vin poussé, » Et si seras bien repoussé » Si tu grondes en nulle sorte; 25
» Encor faudra il que tu sorte » Le plus souvent de ta maison, » Pour éviter bruit sans raison, » Et, si veux faire les approches » Pour y r'entrer, tant de reproches 3o
5 grande — 6 et de tristesse — aS gronde — 26 Encore
ET DE LA PELERINE Sog
» Te seront mis devant le nez!
» Tu seras bien tant esionné » De voir madame en grand ciiolere » Estre lassée de bien faire, » A son lever, — desja trop tard — , 35
»> Qui te dira : Vien ça, cocard, » Mastin, mutin, vilain, infâme ; » Tu ne meritois d'avoir femme » D'honneur et réputation, » Comme je suis, sans fiction. 40
» Ne sçais tu pas que tu n'as tiltre » Que d'un coquin ou d'un belistre?
» Quand tu me vins faire la cour, P. 125 » Tu disois : Madame, tout court,
» J'ay bien mille livres de rente 45
» Pour nourrir maistresse et servante;
» Vous porterez, suyvant le cours,
» Un beau chapperon de velours. .;
» Avec toute la conséquence,
» Pour mieux venir a la cadance. 5o
» Puis, le mariage estant faict,
» Il ne s'y trouva rien d'effect.
» Tu devois prou et n'avois guiere,
» Tant qu'il fallut que, la première,
» Te voyant si tresindigent, 55
» Je déboursasse mon argent
» Pour t'exempter d'ingratitude
» Et t'affranchir de servitude
» Vers ceux qui t'ayoient faict plaisir.
» Je fus aveugle a te choisir : 60
» Ha ! que trop coquin ou trop chiche
» Se sent qui cherche femme riche!
» Je vois bien qu'en extrémité
» Vertu n'a jamais habité.
34 Estre toute lassée — 44 cour — 54 fallu