I. Des Périers, éd. Lacour, II, p. i
Un coq-à-l'âne adressé à Marot vers i533 fait allusion à l'anecdote du joueur de farces et du cardinal bossu comme lui, que rapporte Des Périers :
Celluy qui court, qui chasse et corne Le long du jour et rien ne prend Est comme escolier qui n'apprend ; Ce dit Songecreux en proverbe,
(Voy. Contredict\ de Songecreux, éd. de i332, fol. 27.)
Lequel, sans art magicque ou herbe, A faict rencontrer deux montaignes.
Beda et luy semblent deux quynes Quant se rencontrent doz a doz.
(Marot, éd. Guiffrey, III, pp. 253-235.)
de Frevaulx, de Croullecul et de La Courtille, messeigneurs le prince des Sots, le prince de Nattes, le gênerai d'Enfance, le prince de La Coqueluche, l'abbé des Conards, le verdierdu Houlx,et plusieurs autres grands et notables personnages... ' »
Il s'agit ici de sots parisiens; mais plusieurs de ces appellations ou des appellations analogues se retrouvaient ailleurs, surtout dans les villes de Picardie, de Flandre et d'Artois. Lille possédait un empereur de Jeunesse, un roi de Povreté, un prince de Peu d'argent '; Arras avait un abbé de Liesse S etc. Il y avait au Quesnoy, en i 548, un abbé du Plat d'argent *.
Le Seigneur du Plat qui jouait aux côtés de Pierre Gringore et de Jehan de l'Espine pourrait bien avoir été un acteur habituellement désigné sous ce sobriquet. C'est à lui alors qu'il conviendrait d'attribuer un petit recueil de noëls dont on ne connaît qu'un seul exemplaire malheureusement incomplet :
Noelz nouveaux faitz sobs le titre Du Plat d'Argent, dont maint se [cour(ou)se,
1. Éd. Fournier, Variétés historiques et littéraires, III, p. 141. Diverses éditions anciennes de la mCme pièce sont décrites au Catal. Rothschild (II, n» 1842) et dans les Excerpta Colombiniana de M. H. Harrisse, p. 121.
2. Archives du Nord de la France et du Midi de la Belgique y III' série, VI (iSSy), p. 10.
3. Annales archéologiques, VIII, p. i56; Archives du Nord delà France, III* série, VI, p. 11.
4. Ménestrier, dans Leber, Collection, IX, p. 325. — L'abbé du Plat d'argent, ou simplement du Plat, était un acteur qui figurait dans toutes les fêtes des fous. Un concile provincial tenu à Paris en i526 défendit ce genre de réjouissance et prohiba en particulier l'érection d'un doyenné du Plat : « Prohiberons ne fiât deinceps festum fatuorum aut innocentium, neque erigatur decanatus paiellae (comme on le voit le jeu de mots n'a pu être traduit en latin). » Du Tillot, Mémoires pour servir à l'histoire de lafite des fous », 1741, in-4, pp. 35-36.
Ung soir, au couvent et chapitre Des confrères de Plate Bource '.
On a vu ci-dessus que les joueurs de farces se plaisaient à composer des traités de morale, et que Jehan Daniel, dit maître Mitou, avait notamment rimé des noëls; rien ne s'oppose donc à ce qu'on attribue ces rimes pieuses à l'un de nos sots parisiens.
La représentation donnée par Gringore aux halles de Paris avait lieu sur un grand théâtre formé d'échafauds à plusieurs étages; les compartiments supérieurs étaient garnis des suppôts du prince des sots, qui successivement étaient invités à descendre. Il est probable que la scène était remplie d'ungrand nombre de personnages muets qui prenaient part à la bataille.
Nous ne reproduisons ici que la sottie; mais les réimpressions modernes de la moralité et de là farce les rendent facilement accessibles.
I. On les vend en la rue sainct Jacques, à l'enseigne S. Martin, par Jehan Olivier S. d. [vers i526], in-8, car. goth.
Pour la date voy. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens..., 1898, p. 285.
Cat. La Vallière, II. n" 3o8i, art. 8. — Cat. Pichon, 1869, p. 663.
Deux aguillenneufs tirés du recueil du Plat d'argent ont été réimprimés à la suite des Noëls de Lucas Le Moigne (Paris, 1860, in-i6), pp. 167-172.
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BIBLIOGRAPHIE
a. f[ Le ieu du prince des sotz Et || mère sotte, |1 f[ loue aux halles de paris le mardy || gras. Lan mil cinq cens et vnze. — [Au v° du dernier f. :] ([ Fin du cryj sottie I moralité / et farce cô-\\pose{ par Pierre Gringoire dit mère sotte. î* 1| Imprime pour iceluy. S. l. n. d. {Paris, i5i2], in-8 de 44 ff. non chiffr. de 26 lignes à la page, impr. en caract. goth., sign. A-F.
Le titre porte le bois de Mère sotte, qui paraît avoir été la marque personnelle de Gringore. Nous en donnons la reproduction d'autre part.
La sottie occupe les fF. ^ 2 v» — C 5 v°.
Biblioth. nat., Ye. iBiy. Rés. — Des copies figurées sont conservées à la Biblioth. de l'Arsenal, B.-L. F. 5o et 5o bis.
C^^ ^^^ t)u prince Des fot5« QK metefotte. ^^ p^/^^
^\^^^\mv^to^ '^J
è. Le ieu du Prince || des sotz : Ç* de me||re7 Sotte, loue II aux halles de pis le maii|dy gras. iiij. — [Au r° du dernier f. :] Nouuellemct imprime a Paris. S. d. [vers i5i3?], in-4 de 16 ff. de 39 lignes à la page, impr, en caract. goth. sur 2 col.
«S*^ÎSi^p^^^È^^JS;^?5^»*
Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte la marque de Mère sotte (voy. le fac-similé que nous donnons à la page précédente).
La même marque est répétée au v° du titre.
Nous donnons ci-contre un fac-similé du f. Aij r»; il permettra non seulement de juger de l'aspect de l'impression, mais il fera connaître aussi le « cry » qui précédait la représentation, pièce que nous n'avons pas cru devoir reproduire.
Ci&iffnettt w €tf ^ùttttf i tût$ m^ ^iê fëmiimts
^oé5 ^ewf^ nciasséflttf j> (i (on ^t tQm Pûï te piina î)c«. Jal? H mpppc^fy UsM^9 Uinli(i$nzt>un^fit>iî^%m^îtîmïm
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C^ere fotttftmôntiotttte fte fottte^ ewoîj tompe/^f}$U(€/i^t^i^ m^ ûe faïf fc5 pa« af^tdt eiffottca Quoi^frappc omt ee a ettJttces Coe et) fecree fafcte6 be6orrac6 cÇnts^ Ui^ikfp(ti6 ntfi reqeii# qsfdt)^ct bclfc^ (îave«/beftc«tt« eenHçnottw ^e piÉeii?^/p«t bimie me f«ffe fe<H(eft:^or<wcltc0)a/[f|3o9(oree« Boiirrean^beexopo^binet^
Au vdu dernier f. est un bois emprunté aux Folles Entreprises^ de Gringore, édition décrite au Catal. Rothschild (I, n» 495), fol. Giiij V»
Biblioth. Méjanes, à Aix-en-Provence, ancien fonds, n« 4834.
Exemplaire du duc de La Vallière revêtu d'une précieuse reliure, à compartiments de mosaïque, signée de Derome (Cat. La Vallière, 1783, II, n° 3368).
Nous avons relevé les variantes qu'offre cette édition. Il n'y en a qu'une seule qui ait de l'intérêt, celle du vers 42.
c. Collection de differens ouvrages anciens, poésies et facéties [publiée par Caron. Paris, 1 798-1 808]. 1 1 vol. pet. in-8, n^ 4, 58 ff. (réimpression complète du Jeu du prince des sot^O .
La reproduction de cette collection que le libraire Barraud a publiée, avec diverses additions, en 1872-1873, ne contient que la Farce.
d. Œuvres complètes de Gringore réunies pour la première fois par MM. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon [tome II : par MM. A. de Montaiglon et J. de Rothschild]. A Paris, che\ P. Janet, Libraire. [Tome II : Paul Daffis, éditeur -propriétaire de la Bibliothèque el\évirienne , 7, rue Guénégaud.] MDCCCLVIII [1858-1877], 2 vol. in-i6.
Édition restée inachevée, La Sottie occupe les pp. 206-243 du t. I.
e. Le Théâtre français avant la Renaissance, 1450i55o : mystères, moralités et farces. Précédé d'une introduction et accompagné de notes pour l'intelligence du texte, par M. Edouard Fournier; orné du portrait en pied colorié du principal personnage de chaque pièce, dessiné par MM. Maurice Sand, Allouard et Adrien Marie. Paris, Laplace, Sanche\ et C^", éditeurs., J, rue Séguier, 3. S. d. [1872], gr. in-8 à deux col.
Fournier n'a reproduit que la Sottie; elle occupe les pp. 293- 3o6,
SOTTIE
Personnages :
Le premier Sot,
Le second Sot,
Le tiers Sot,
Le Seigneur du Pont Alletz,
Le Prince de Nates, 5
Le Seigneur de Joye,
Le General d'Enfance,
Le Seigneur du Plat,
Le Seigneur de la Lune,
L'Abbé de Frevaulx, i o
L'Abbé de Plate Bource,
Le Prince des Sotz,
Le Seigneur de Gayecte,
La Sotte commune,
La Mère Sotte, i 5
Sotte Fiance,
Sotte Occasion,
Croulecu.
l32 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II
a.Fol.Aijv* Le droit premier Sot.
C'est trop joué de passe passe;
Il ne fault plus qu'on les menace ' :
Tous les jours ilz se fortifient.
Ceulx qui en promesse se fient
Ne congnoissent pas la falace '. 5
C'est trop joué de passe passe.
L'ung parboult et l'autre fricasse ';
Argent entretient Tung en grâce *;
Les autres flattent et pallient;
Mais secrettement ilz se allient, lo
Car quelqu'un faulx bruvaige brasse K
C'est trop joué de passe passe.
Je voy, il suffit : on embrasse *,
1. Le premier sot expose à sa manière la situation de l'Europe, et trouve qu'il ne s'agit plus de menacer les puissances coalisées contre la France; qu'il faut les combattre énergiquement. On lit, au contraire, dans la moralité de Marchebeau :
Y fault jouer de passe passe, Mes en endurant quelque espace, Attendant le temps de jadis.
(Fournier, Théâtre franc, avant la Renaiss,, p. 88.)
2. Allusion aux promesses mensongères faites par le pape Jules II.
3. Les puissances qui font cette cuisine, c'est-à-dire qui dirigent la coalition, sont le Saint-Siège et Venise.
4. Les Suisses, à qui Louis XII avait refusé une légère augmentation de leur pension annuelle, étaient passés dans le camp ennemi.
5. Les puissances qui ont cette attitude hypocrite sont l'Espagne et l'Angleterre. Ferdinand le Catholique, pour obtenir l'investiture du royaume de Naples, s'engage à soutenir secrètement le pape. Henri VIII, devenu le beau-frère du roi d'Espagne par son mariage avec Catherine d'Aragon, oublie les traités renouvelés par lui avec la France le 2 3 mars i5io, et favorise de tout son pouvoir les coalisés.