On comprend
PAR PIERRE GRINGORE l33
Par le corps bieu ! en peu d'espace.
Se de bien brief ilz ne supplient 1 5
Et leur faulx vouloir multiplient,
Fondre les verrez comme glace '.
C'est trop joué de passe passe.
Le. II. Sot.
Qu'on rompe, qu'on brise, qu'on casse, Qu'on frappe a tort et a travers! 20
A bref, plus n'est requis qu'on face Fol. Aiij Le piteux; par Dieu, Je me lasse D'ouyr tant de propos divers.
Le .III. Sot.
Sotz estranges si sont couvers Et doublez durant la froidure 2 5
Pour cuyder estre recouvers; Mais ilz ont esté descouvers Et ont eu sentence bien dure.
Le Premier, Nostre prince est saige.
Le .il
Il endure.
Le .111.
Aussy paye quant payer fault. 3o
A Boullongne la grasse, injure Firent au prince; mais, j'en jure, Pugnis furent de leur deffault \
3o ab Aussy il paye — 3i 6 la grosse
1. C'est-à-dire que la France, par une offensive résolue, saura triompher de tous ses ennemis.
2. Au commencement de l'année i5ii, Jules II, malade à Bologne, avait feint de vouloir traiter avec les Français; mais il n'avait voulu que gagner du temps. Comme Charles d'Amboise,
l34 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II Le .II.
Tousjours ung trahistre a son sens fault;
Ce sont les communs vireletz. 35
Le .III.
Aussi on fist sur l'eschaffault Incontinent, fust froit ou chault, Pour tel cas, des rouges colletz '.
Le Premier.
Tant il y a de fins variez.
Le .II.
Tout chascun a son prouffit tend. 40
36 b leschaufFault — 38 i de rouges
seigneur de Chaumont, était immobile à peu de distance de la ville, le pape avait trouvé le moyen d'y faire entrer des Vénitiens, des Turcs et des Espagnols, qui lui permirent de reprendre l'offensive. Six semaines plus tard Chaumont mourait; le maréchal de Trivulce, qui lui succéda, voulut venger l'affront de Bologne. Les Bolonais eux-mêmes lui ouvrirent leurs portes, et, dans un mouvement populaire, fondirent la statue de bronze que Michel- Ange avait élevée au pontife guerrier.
I . Ces vers font sans doute allusion à la fin tragique du cardinal Alidosi, légat du pape à Bologne. Le commandant des troupes pontificales, Francesco Maria Délia Rovere, neveu de Jules II, avait insisté pour que la garnison de la place fût renforcée; Alidosi avait refusé tout renfort et avait ainsi rendu possible l'entrée des Français. Francesco Maria, rendu furieux par ce qu'il appelait une trahison, poignarda lui-même le prélat dans une rue de Ravenne. L'événement était encore mal connu en France, où l'on croyait qu'Alidosi avait été exécuté par le bourreau. Humbert Velay (ap. Jean d'.\uton. Chroniques, éd. P. Lacroix, IV, p. 269) s'exprime ainsi : « Le cardinal de Pavie s'enfuyant fut pris et faict prisonnier par Françoys de La Rovere, duc d'Urbin, neveu du pape, et auquel devant le logis du pape fut la leste tranchée. »
PAR PIERRE GRINGORE l35
Le .III.
Espaignolz tendent leurs filletz '.
Le Premier.
Mais que font Angloys a Callais *?
Le .II.
Le plus saige rien n'y entend.
Le .111.
Le prince des Sotz ne prétend Que donner paix a ses suppotz \ 45
Le Premier.
Pour ce que l'Eglise entreprent
42 b Mais que fait on au pont alais
1. Le roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, était un des soutiens du pape. Il espérait profiter des embarras de la France pour s'agrandir à ses dépens. Le 17 novembre i5ii, il avait signé avec le jeune roi d'Angleterre, Henri VIII, un traité secret qui avait pour objet une invasion en Guyenne.
2. On vient devoir que les Anglais s'étaient déclarés contre la France. Calais était le lieu où ils s'entendaient avec les Bourguignons et les Impériaux. « Margaret, duchés of Savoye, aunte to the yonge duke of Burgoyne [plus tard Charles-Quint], gaffe to ail English men coates ofwhit and grene, red and yelowe; the white and grene for the kynge of England's liverye, the red and yelowe for the dukeofBurgoyne'sIyvery, and thés .iiij. colours were medeled togethar. And [at] ser Edward Poyning's departure the yonge duke made dyvars gentlemen of England knights, as ser John Skott, ser John Norton, ser John Fogge, and ser James Derelle; for our kynge sent the lorde Poynings, chefe capitayne, withe thés .xv. hundered men, for to helpe the duke of Burgoyne agayne the duke of Gilder. They ail came backe to Calleys, and to ovar to England, the .xxv. of November. » Tlie Chronicle of Calais in the reigns of Henry VII, and Henry VIII. to the year 1540, edited by John Gough Nichols (London, Cambden Society, 1846, pet. in-4), p. 8.
3. Il ne faut pas oublier que le prince des Sots représente ici le roi de France.
l36 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II
Sur temporalité etprent, Nous ne pouons avoir propos.
Le .II.
Brief, il n'y a point de propos.
Le .III.
Plusieurs au prince sont ingratz. 5o
Le Premier.
En fin perdront honneur et lotz.
Le .II.
Et doit point le prince des Sotz Assister cy en ces jours gras?
Fol. Aiv Le .III,
N'ayez peur, il n'y fauldra pas ;
Mais appeler fault le grant cours 55
Tous les seigneurs et les prelatz
Pour délibérer en son cas,
Car il veult tenir ses grans jours.
Le Premier.
On luy a joué de fins tours.
Le .II.
Il en a bien la congnoissance; 60
Mais il est si humain tousjours :
Quant on a devers luy recours, Jamais il ne use de vengeance.
Le .III.
Suppostz du prince, en ordonnance!
Pas n'est saison de sommeiller. 65
Le Seigneur du Pont Alletz.
II ne me fault point resveiller :
58 b les
PAR PIERRE GRINGORE iSy
Je fais le guet de toutes pars Sur Espaignolz et sur Lombars Qui ont mys leurs timbres folletz '.
Le Premier.
En bas, seigneur du Pont Alletz! 70
Le Seigneub du Pont Allez.
Gard me donne des Allemans ; Je voy ce que font les Flamens Et les Anglais dedans Galletz.
En bas, seigneur du Pont Alletz!
Le Seigneur du Pont Alletz.
Se on fait au prince quelque tort, jS
Je luy en feray le rapport :
L'ung suis de ses vrays sotteletz.
Le. IL En bas, seigneur du Pont Alletz !
Abrège toy tost et te hastes.
Le Seigneur du Pont Alletz.
Je y voys, je y voys.
Le Premier.
Prince de Nates ! 80 Le Prince de Nates ^ .
Qu'ella, qu'ella?
70 b seigneurs
1. « Qui ont mis leurs têtes folles, qui ont arboré les signes de leurs folies. » Montaiglon.
2. « Ce prince de Nates paraît vouloir symboliser les banquets, les danses, toute fête pendant laquelle l'on semait sur les parquets des herbes, des fleurs, en paquets, tressées, etc. Peut-être fait-il tout humblement allusion aux tas de paille qui servaient
l38 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II Le .II.
Seigneur de Joye!
Le Seigneur de Joye.
Me vecy auprès de la proye,
Passant temps au soir et matin,
Tousjours avec le femynin.
Vous sçavez que c'est mon usage. 85
Le .III.
Cela vient de honneste courage.
Le Prince de Nates.
Fol. Av. Mainte belle dame matée
J'ay souvent, en chambre natee '.
Sans luy demander : « Que fais tu ? »
Le Premier.
Vêla bien cogné le festu. 90
Le Seigneur de Joye.
Nopces, convis, festes, bancquetz,
de tapis aux écoliers de l'université écoutant les leçons des professeurs. Peut-dtre encore y a-t-il quelque souvenir du mot latin Nates. La première explication nous paraît d'autant plus vraisemblable que nous retrouvons, dans le Monologue des sot{ joyeulx {Poésies françaises, III, p. 11), ce prince de Nates en compagnie du seigneur des Jonchées,
Soingneux vous servir d'herbe verte. »