SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS
Recouvrera quelque jour son plumaige, 21 5
Ainsi que feist son bon prédécesseur '.
CiNQUIESME.
C'est tresbien dit, monsieur le croniqueur.
La Mère.
La Croix double se tient close et couverte
in-4 obi., fol. 25). Le poète dit que « la Roue a perdu son déduit » : ces mots signifient sans doute qu'il navait pas obtenu les dignités qu'il désirait. Le 7 janvier i5i5, il avait été confirmé dans l'office de lieutenant général et gouverneur de Bourgogne, il avait été fait amiral de Guyenne et amiral de Bretagne {Cat. des actes de François I"', I, n" 17, 18, ig); mais il n'avait reçu ni l'épée de connétable, ni la charge de grand maître, ni le bâton de maréchal.
I. Le Léopard, que l'on voit figuré, comme un des soutiens des Lys, sur le bois allégorique reproduit ci-dessus (pp. 204, 206), doit être un prince du sang royal, et, comme il est cité le premier, il faut y reconnaître Charles de Valois, duc d'Alençon. Charles, né en 1489, avait épousé en iSog Marguerite d'Angoulême et par celte alliance était devenu le beau-frère de François I*"". Dès le 5 janvier i3i5, le roi lui avait donné le gouvernement de la Normandie. Voy. Journal de Jean Barrillon, I, 1897, p. 9.
Si le Léopard est le duc d'Alençon, le Cygne doit être François de Bourbon, frère du connétable. Au mois de février i5i-5, la duchesse de Bourbon fit don à ce prince du comté de Châtelleraut, que le roi érigea en duché {Journal de Jean Barrillon, I, p. 16). François suivit l'armée royale en Italie; il fut tué à Marignan, le 14 septembre i5i5 [ibid., I, p. i25).
On comprend que dans les Fantasies de Mère sotte, imprimées en i5i6, Gringore ne parle plus du Cygne; il lui substitue le Tigre, qui figure au v. 25 du poème et qui se voit dans le bois allégorique modifié (p. 206). Ce Tigre est vraisemblablement Charles de Bourbon, duc de Vendôme. En février i5i5, le roi avait érigé pour lui en duché le comté de Vendôme [Journal de Jean Barrillon, I, p. 3i), puis il l'avait nommé lieutenant général et gouverneur des villes, prévôté et vicomte de Paris, de l'Ilede-France, du Soissonnais, du Valois, etc. {Cat. des actes de François I", I, n° 86). Il suivit aussi François !«■■ en Italie, et devint en i5i8, gouverneur de Picardie.
Secrètement, au besoing est experte,
Car par deçà son bon espoir aguise '. 220
Le Second.
Ad ce que je voy et advise, Le temps est en brief temps changé.
Fol. 5g Le Tiers.
Mais encor est il estrangé D'entre nous.
CiNQUIESME.
Monstrons nous vaillans.
Le Quart.
Point ne sommes si nonchallans 223
Que ne dissions une chausson,
Le Second.
C'est bien dit. La, la! commançon!
11^ chantent :
Vive le roy ! '. . .
1. La Croix double désigne le duc de Lorraine. A la vérité, cet emblème n'était pas lorrain d'origine; ainsi que l'a démontré M. Moranvillé, il avait été apporté d'Anjou par le roi René. Voy. Biblioth. de V École des Chartes, LXII (1901), pp. 618-621.
Gringore n'était pas encore héraut d'armes du duc Antoine (comme on l'a vu plus haut, p. 112, cet office ne lui fut donné que le 5 avril iSiS}; mais divers passages des Fantasies de Mère sotte prouvent qu'il était déjà en relations avec ce prince.
Le poète dit, en parlant du duc, que
...par deçà son bon espoir aguise.
Ces mots font sans doute allusion au mariage d'Antoine avec Renée de Bourbon, dame de Mercœur, sœur du connétable. Ce mariage fut célébré à Amboise, le 12 ou le 26 juin i5i5.