‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 82 sur 96 · C'est-à-dire « les religieux · texte numérisé non relu

C'est-à-dire « les religieux

5. Ouy est également monosyllabe aux v. i ■:-.'? et iC3. Nous lur.ns cru devoir corriger les v. 86 et 14g.

Et puys voyla Pour quoy vient yver cet esté Qui nous mainctient en pauvreté ', Et de quoy le grand maleur vient.

Mais vrayment, quant il me souvycnt, 70

Justice la détient el poinct ?

Malice.

Quoy donc?

Le Premier.

Sainct Jehan, voyela le poinct; Je veulx venir a cest endroict.

Malice.

Justice faict ou tort ou droict, Voyre, mais c'est a qui cl veult. 75

Le II« On veoyt mainci pauvre qui s'endeult.

Le III".

On voyt mainct riche qui s'en rit.

Le Premier.

Par argent Justice s'esmeut.

Le IL.

On V é o y t mainct pauvre qui s'en d e u 1 1. Le IIL. vo On veoyt qui a grand paine peult 80

Se nourir qui aultre nourist.

Le Premier.

On veoyt mainct pauvre qui s'en deult.

67 yver & este ~ 70 il est suppléé ~~ 74 faicl tort I. Voy. ci-dessus, p. 3o2.

3l2 XVI. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Le IP.

Onveoytmainct riche qui s'en rit, Et tel qui en terre pourit, Et c'est du tort qu'on luy a faict. 85

Malice.

Que vous en semble ?

Le Uh.

C'est mal faict.

Malice.

C'est Desordre, n'est pas?

Le Premier.

Ouy.

De Testât nul n'est resjouy.

Un jour a l'audictoyre on faict Des choses de tresgrand effect; 90

Mais est quelquefois cavilleux Faire un exploit bien merveilleux.

Le Ile.

L'on juge ce cas périlleux

Mais de peur d'en estre irité

Y faulc juger la vérité ; 95

Ainsy Desordre sera mise

Hors de ceulx qui Tairont submise

Et entour d'eulx entretenue.

Le .111.

Or sa, ne s'est el poinct tenue En Marchandise ?

86 trcsmal — 87 Le nom du yersomiage {\\a\ice) est placé à la fin du V. 86, au lieu d'être en vedette — Le mot ouy est répété. — 90 tresgrand faict — gi Qui sont quelquefois — (jS Son iuge — 99 elle

xvi. — les troys pelerins et malice 3l3

Malice.

Qu'est el don? loo

Le Premier.

Prenés vous qu'el en ayt pardon Sy Desordre ne s'en retire?

Le .h.

Ma foy, nenin, et, pour vous dire, Les faulx sermens, les tricheryes, Les regnymens, les tromperyes, io5

Les moqueryes et faulx marchés Qui se font sont trestous cachés ■ Entour Desordre.

Le .IH.

Dont je dis Et croys que Dieu de paradis Se course a nous de telle afaire. i lo

Il est vray.

Le .IL Ça, il fault parfaire.

Fol. 375 En quel lieu peult el encore estre?

Malice, Je vous le feray acongnoistre Devant que de moy séparer.

Le .III.

Ne se faict el poinct aparoir 1 1 5

En guerre, par terre ou par mer?

Malice.

Et quoy donc? Mainct faict inhumer Loin d'une église ou cymetiere, Sans faire confession entière,

107 sont tant caches — iig et sans

Et fault qu'i meurent en ce lieu, 120

Ouy, sans souvenance de Dieu, Ne de sa mère, rien quelconques.

Le Premier.

A ! vrayment, c'est Desordre donques ; En ce cas n'a poinct d'amvtié.

Le .il Mais voicy ou est la pityé. i25

Quant ce vient a donner les coups, Ceux la qui sont les myeulx secous :

Bras coupés, jambes avalés, C'est la Desordre, allés, aies.

Dont vérité je vous confesses i3o

Je ne veulx guerrier qu'aulx fesses, A bacre vin. Bonne vendenge ' ! Que soufrir sy grosse ledenge

D'estre en ce poinct martirisé !

Le .III. v;

En la fin nul n'en est prisé i35

De hanter guerre.

Le Premier.

A ! j'esperes, Sy on va contre les Lutheres, Employer ma langue pour dire Que bientostleur convient desdire.

Ou par la, sans qu'ilz ayent re.mors, 140

-, : . De par mes mains seront tous mors,

Et puis y s'en repentiront.

Ces brouaulx! Il en mentiront De ce que veulent mètre sus '.

i3o je est suppléé — i3i gurricr

I. Comme presque tons les auteurs populaires, le poète qui a composé notre sottie poursuit les novateurs de sa haine. L'idée de la Réforme n'était pas encore comprise de la foule, qui vouait

En la fin en seront deceups. 145

Le .III.

Je le voyerois volentiers ; Mais sur les chemins et sentiers D'amours, y pourroit on trouver Desordre !

146 voyers — 147 mâs

au supplice les partisans de Luther. C"est en i523 que les persécutions commencent en France.

« Audict an i523, le samedy huictiesme aoust, furent brusiez plusieurs livres par Tauthorité de la cour de parlement, devant la grande église Nostre Dame de Paris, qu'avoit faict un gentilhomme nommé Loys Barquin, seigneur dudict lieu, en Picardie, qui estoit grand clerc, mais il estoit luthérien; lequel avoit esté prisonnier a la conciergerie du Palais a Paris, et depuis rendu a l'evesque de Paris comme clerc. Et fut ce faict pour lesdictz livres estans hérétiques et maulvais contre Dieu et sa glorieuse mère. Depuis fut prisonnier quelque temps a la cour d'église; neantmoins il en fut mis hors de par le roy qui estoit près de iMeleun, et s'en alloit delà les montz; lequel il envoia quérir par son cappitaine, Frédéric, des archers de sa garde. Et fit ce le roy pour luy saulver la vie, car auttremenl il eust esté en grand danger de sa personne, d'estre mis a mort par justice, car il Tavoit bien gaigné. » Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Lud. Lalanne, 1854, pp. 169-170.

Berquin ne fut brûlé que cinq ans et demi plus tard, le 17 avril

La cour voulut employer la persuasion en même temps que la violence. « Audict an i523, en ce temps, le roy et madame la régente, sa mère, par délibération de conseil, envolèrent douze docteurs relligieux des quatre ordres mandiennes pour toutes les contrées de France et d'ailleurs, pour prescherla foy catholique, pour abbattre et adnichiller les hérésies de Luther. Et, pour ce faire, furent prins les docteurs a Paris et ailleurs qui furent envoyez, les uns en Normandie, les aultres en Champaigne, les aultres en Picardie, les aultres en Guyenne, les aultres en Bourdeloys et Auvergne, aultres en Lyonnois, aultres en Languedoc et Daulphiné, et plusieurs autres lieux, et leur fut baillé certaine somme d'argent pour ayder a faire leur despence : et partirent en. novembre. » Ibid,p. 187.

3l6 XVI. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Malice.

Ouy.

Le Premier.

Y fault prouver, v° Afin qu'en ayons congnoisance. i5o

Malice.

Depuys le jour de ma naisance En amours je l'ai fait régner.

Le .h.

C'est donc mal faict de nous mener En tel voiage, mes amys.

Malice.

Quant on a en amours promys 1 55

Et la promaisse ne tient poinct, Desordre y est.

Le.IH.

Voicy le poinct.

Et sy la femme d'avanture Est mauvaise de sa nature, Qu'el veuille fraper ou mauldire, 160

Ou le povre sot escondire, C'est Desordre; n'est pas ausy?

Le Premier.

Ouy vrayment.

Le .II.

Je le croys ainsy ; Au moins asés souvent m'y nuict.

Le .III.

Et si l'amant, sur la mynuict, i65

Est a trembler parmy la rue,

149 ouy ouy

Et que sans cesser son œul rue

Vers la fenestre, fort pensant.

Baisant la cliqueté en pasant,

En danger d'engendrer les mulles, i^-o

Et d'amours n'a nouvelles nulles,

Synon que, la chosse est certaine,

Bien souvent la fièvre cartaine,

C'est Desordre.

Malice.

C'est mon, se croi ge.

Le Premier.

Et d'avantage, le dirai ge ? 175

Malice.

Que feras tu don ? Ne crains rien.

Le .11.

Sy le mary se doubte bien Que sa femme face un amy, N'est il pas bien sot et demy De s'en couroucer tellement 180

Qu'il en perde l'entendement, Tant que son bon sens soyt oste'?

Le .III.

Y doibt faire de son costé Pour éviter plus grans dangers.

Le Premier.

Fol. 376 Ainsy, messieurs les estrangers i85

Y sont tousjours mieulx soutenus, Entretenus et bien venus

Mille foys plus que nos voisins, Ne les pays circonvoysins :

Desordre y est el pas?

igo elle

3l8 XVI. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Le .II.

Quoydonques? 190 Je n'ay veu nul pays quelconques Ou on leur face ce que on faict.

Lk .III.

Vous en voirés Tair sy infaict Qu'en la fin en avrons dommage.

Malice.

Or achevons nostre voyage ; igS

Mais retenés tous ces 7iotas Que Desordre est en tous estas.

Sus, recréons nous un petit De chanter.

Le Premier.

J'en ay apetit.

Le .11.

Et aussy, pour nous resjouir, 200

Chantons!

Le .111.

Sus ! faisons nous ouir.

//^ chantent.

Le Premier.

Sy j'estoys tout prêt d'enfouyr, De joye serois resuciié.

Le .11.

Gectons hors toute adversité.

Le .111.

Gectons hors ennuy et soulcy. 2o5

Le Premier.

Soulcy n'est que mendicité.

Gectons hors toulte advercité.

Le .III.

Chascun de nous soyt incité De chanter.

Le Premier.

Je le veulx ainsy.

Le .il Gectons hors enuy et soulcy. 210

Le .111.

Gectons hors toulte advercité.

Malice.

Devant que vous partes d'icy Sy voyrés vous Desordre en poinct.

Le Premier.

Chantons ; on ne la voulions poinct.

Malice.

Qui commence et ne veult parfaire, 21 5

C'est mal faict ; voulez vous pas faire l'O Ce voyage qu'avés emprins?

Le .il Nenin.

Malice.

Vous en serés reprins, Et mainctenant serés surprins De Desordre, vous le voierés. 220

Le .111.

Sortes d'icy, car vous erres.

Nous ne voulons poinct de Desordre

Et trouvères qu'on ne peult mordre.

Sus, sus ! chantons mieulx que devant ! Arrière, vilain, 'arrière, avant ! 22 5

//f cliasent Malice.

Le Premier rentre, habillé en Desordre, qui dict •'

Desordre est embuchee

Non pas tresloin d'icy ;

El est mal embouchée :

C'est sa nature ausy.

Mais tout incontinent 23o

Chascun de nous labeure,

Sans estre impertinent,

De la gecter au vent.

Malice soit cachée 235

D'entre nous sans mercy,

Ou qu'el soit esmouchee

Sans faire demouree :

On le voulons ainsy.

Le .II.

C'est bien dict, marchons sur la brune, 240

Et parlons des mangeurs de lune

Qui ont mengé maint bon repas

Et ne seroyent marcher un pas,

Synon danser aveq fiUete :

Se sont ceulx qui Desordre ont faicte 245

Et la font tousjours; mais argent

Les maintient en leur entregent.

223 Et a la tin {ces trois mots sont effacés) vous trouucres — 237 très est suppléé — 287 esmouche •— 246 la est suppléé

L'un saillet, Tiiultre regibet ; Mais, ne vous chaille, le gibet Sonnera tousjours son bon droict.

En prenant congé de ce lieu, Une chanson, pour dire a Dieu.

Finis.

11^ Ij lignes.

252 ligne

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