‹ Recueil général des sotties (volume 4)Chapitre 72 sur 97 · C'est-à-dire « les religieux · texte numérisé non relu

C'est-à-dire « les religieux

5. Ouy est également monosyllabe aux v. i25 et i63. Nous avons cm devoir corriger les v. 86 et 149.

Le II K

Et puys voyla Pour quoy vient yver cet esté Qui nous mainctient en pauvreté S Et de quoy le grand maleur vient.

Mais vrayment, quant il me souvyent, 70

Justice la détient el poinct ?

Malice.

Quoy donc?

Le Pr¥:uier.

Sainct Jehan, voyela le poinct; Je veulx venir a cest endroict.

Malice.

Justice faîct ou tort ou droict,

Voyre, mais c'est a qui el veult. 75

Le Ile On veoyt mainct pauvre qui s'endeult.

Le nie.

On voyt mainct riche qui s'en rît.

Le Premier.

Par argent Justice s*esmeut.

LeIP.

On veoyt mainct pauvre qui s'eai deult.

LeIIK

vo On veoyt qui a grand paine peult 80

Se nourir qui aultre nourist.

Le Premier.

On veoyt mainct pauvre qui s'en deult.

67 yver à este — 70 il est suppléé — 74 faici tort I. Voy. ci-dessus, p. 3o3.

3 1 2 XVr. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Le II*.

On veoyt main et riche qui s'en rit,

Et tel qui en terre pourit,

Et c*est du tort qu'on luy a faict. 85

Malice.

Que vous en semble ?

Le III*.

C'est mal faict.

Malice.

Cest Desordre, n'est pas?

Le Premier.

Ouy.

De Testât nul n'est resjouy.

Un jour a l'audictoyre on faict

Des choses de tresgrand effect; 90

Mais est quelquefois cavilleux

Faire un exploit bien merveîUeux-

Le Ih.

L'on juge ce cas périlleux

Mais de peur d'en estre irité

Y fault juger la vérité ; 95

Ainsy Desordre sera mise

Hors de ceulx qui Tairont submise

Et entour d'eulx entretenue.

Le .IIL

Or sa, ne s'est el poinct tenue En Marchandise ?

86 tresmal — 87 Le nom du personnage (Malice) est placé à la fin du V, 86, au lieu d'être en vedette — Le mot ouy est répète', — 90 tresgrand faict — 91 Qui sont quel<)uefois — 93 Son iuge — ^9 elle

Malice.

Qu'est el don ? i oo |

Prenés vous qu'el en ayt pardon Sy Desordre ne s'en retire ?

Le .II.

Ma foy, nenin, et, pour vous dire, Les faulx sermens, les tricheryes, Les regnymens, les tromperyes, io5

Les moqueryes et faulx marchés Qui se font sont trestous cachés Entour Desordre.

Le .III.

Dont je dis Et croys que Dieu de paradis Se course a nous de telle afaire. no

Le Premier.

Il est vray.

Le .II.

Ça^ il fault parfaire.

Fol. 375 En quel lieu peuli el encore estre?

Malice.

Je vous le feray acongnoistre Devant que de .moy séparer.

Le .III.

Ne se faict el poinct aparoir 1 1 5

En guerre, par terre ou par mer?

Malice.

Et quoy donc ? Mainct faict inhumer Loin d'une église ou cymetiere.

Sans faire confession entière,

107 sont tant caches — 119 et sans

Et fault qu'i meurent en ce lieu, 120

Ouy, sans souvenance de Dieu, Ne de sa mère, rien quelconques.

Le Premier.

A ! vrayment, c'est Desordre donques ; En ce cas n'a poinct d'amytié.

Le .II.

Mais voicy ou est la pityé. 1 25

Quant ce vient a donner les coups, Ceux la qui sont les myeulx secous :

Bras coupés, jambes avalés, Cest la Desordre, allés, aies, Dont vérité je vous confesses 1 3o

Je ne veulx guerrier qu'aulx fesses, A bacre vin. Bonne vendenge Que soufrir sy grosse ledenge D'estre en ce poinct martirisé !

Le .III.

En la fin nul n'en est prisé 1 35

De hanter guerre.

Le Premier.

A ! j'esperes, Sy on va contre les Lutheres, Employer ma langue pour dire Que bientost leur convient desdire.

Ou par la, sans qu'ilz ayent remors, 140

De par mes mains seront tous mors.

Et puis y s'en repentiront, Ces brouaulx! Il en mentiront De ce que veulent mètre sus '.

1 3o je est suppléé — 1 3 1 gurrier ;

I . Comme presque tous les auteurs populaires, le poète qui a composé notre sottie poursuit les novateurs de sa haine. L'idée de la Réforme n'était pas encore comprise de la foule, qui vouait

Le .il

En la fin en seront deçeups. 145

Le .III.

Je le voyerois volentîers ; . , Mais sur les chemins et sentiers D'amours, j pourroit on trouver Desordre !

146 voyers — 147 xnâs

au supplice les partisans de Luther. C*est en i523 que les persécutions commencent en France!

« Audict an.x523, lesamedy hbîictiesme aoust, furent bruslez plusieurs livres par Tauthorit^ de la cour de parlement^ devant la grande église Nostre Dame de Paris, qu'avoit faict un gentilhomme nommé Loys Barquin, seigneur dudict lieu, en Picardie, qui çstoit grand clerc, mais il estoit luthérien; lequel «voit esté prisonnier a la conciergerie du Palais a Paris^ et depuis rendu a Tevesque de Paris comme clerc. Et fut ce faict pour lesdictz livres estans hérétiques et maulvais contre Dieu et sa glorieuse mère. Depuis fut prisonnier quelque temps a la cour d'église; néantmoins il en fut mis hors de par le. roy qui estoit près de Meleun, et s'en alloitdela les moiitz; lequel il envoia quérir par son cappitaine, Frédéric, des archers de sa garde. Et -fit ce le roy pour luy saulver la vie, car autt^ement il eust esté tn grand danger de sa personne, d^estre mis a mort par justice, car il Tavoit bien gaigné. » Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Lud. Lalanne, 1854, pp. 169-170.

Berquin ne fut brûlé que cinq ans et demi plus tard, le 17 avril

La cour voulut employer la persuasion en même temps que la violence. « Audict an 1 523, en ce temps, le roy et niadame la régente, sa mère, par délibération de conseil, envoierent douze docteurs relligieux des quatre ordres mandiennes pour toutes les contrées de Frante et d'ailleurs, pour prescher la foy catholique, pour abbattre et adniçhiller les hérésies de Luther. Et, pour ce faire, furent prins les docteurs a Paris et ailleurs qui furent envoyez, les uns en Normandie, les aultres en Champaigne, les aultres en Picardie, les fluUres en Guyenx^ç,. les aultres en Bourdeloys et Auvergne, aultres en Lyonnois, aultres en Languedoc et Daulphiné, et plusieurs autres lieux, et leur fut baillé certaine somme d'argent pour ayder a faire leur despence ; et pnrtirent en novembre. » Ibid,p. 187.

3l6 XVI. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Malice.

Ouy.

Ls Premier.

Y fault prouver, v^ Afin qu'en ayons congnoisance. 1 5o

Malice.

Depuys le jour de ma naisance En amours je Tai fait régner.

Le .II.

C'est donc mal faict de nous mener En tel voiage, mes amys.

Malice.

Quant on a en amours promys i55

Et la promaîsse ne tient poinct, Desordre y est.

Le .III.

Voicy le poinct. Et sy la femme d'avanture Est mauvaise de sa nature, Qu'el veuille fraper ou mauldire, i6o

Ou le povre sot escondire, C'est Desordre; n'est pas ausy?

Le Premier.

Ouy vrayment.

Le .II.

Je le croys ainsy ; Au moins asés souvent m'y nuict. -

Le .III.

Et si l'amant, sur la mynuict, i65

Est a trembler parmy la rue,

149 ouy ouy

Et que sans cesser son œul rue

Vers la fenestre, fort pensant,

Baisant la cliqueté en pasant^

En danger d'engendrer les muUes, 170

Et d'amours n'a nouvelles nulles,

Synon que, la chosse est certaine.

Bien souvent la fièvre cartaine,

C'est Desordre.

Malice.

C'est mon, se crol ge.

Et d'avantage, le dirai ge? 175

Malice.

Que feras tu don ? Ne crains rien.

Le .II.

Sy le mary se double bien

Que sa femme face un amy,

N'est il pas bien sot et demy

De s'en couroucer tellement 180

Qu'il en perde l'entendement,

Tant que son bon sens soyt osté ?

Le .111.

Y doibt faire de son costé Pour éviter plus grans dangers.

Le Premier.

FoL 376 Ainsy, messieurs les estrangers i85

Y sont tousjours mieulx soutenus, Entretenus et bien venus

Mille foys plus que nos voisins, Ne les pays circônvoysins :

Desordre y est el pas?

190 elle

3l8 XVI. — LES TROYS PELERINS ET MALICE

Le .II.

Quoy donques ? 1 90 Je n'ay veu nul pays quelconques Ou on leur face ce que on faict.

Le .III.

Vous eo voirés Tair sy infaict Qu'en la fin en avrons dommage.

Malice.

Or achevons nostre voyage ; 195

Mais retenés tous ces notas Que Desordre est en tous estas.

Sus, recréons nous un petit De chanter.

Le Premier.

J'en ay apetit.

Le .II.

Et aussy, pour nous resjouir, 200

Chantons !

Le .III.

Sus ! faisons nous ouir.

//f chantent.

Le Premier.

Sy j'estoys tout prêt d'enfouyr, De joye serois resucité.

Le .II.

Gectons hors toute adversité.

Le .III. Gectons hors ennuy et soulcy. 2o5

Le Premier.

Soulcy n'est que mendicité.

XVI, — LES TROYS PELERINS ET MALICE SlQ

Le .II.

Gectons hors toulte adverciié.

Le .III.

Chascun de nous soyt incité De chanter.

Le Premier.

Je le veulx ainsy.

Le .II.

Gectons hors enuy et soulcy. 210

Le .III.

Gectons hors toulte advercité.

Malice.

Devant que vous partes d'icy

Sy voyrés vous Desordre en poinct.

Le Premier.

Chantons ; on ne la voulions poinct.

Malice.

Qui commence et ne veult parfaire, 21 5

C'est mal faict ; voulez vous pas faire 1^ Ce voyage qu'avés emprins ?

Le .II. Nenin.

Malice.

Vous en serés reprins, Et mainctenant serés surprins De Désordre^ vous le voierés. 220

Le .III.

Sortes d'icy, car vous erres.

Nous ne voulons poinct de Desordre

Et trouvères qu'on ne peult mordre.

Sus^ sus ! chantons mieulx que devant !

Arrière, vilain/arrîerc, avant ! 225

//f chasent Malice.

Le Premier rentre^ habillé en Désordre^ qui dict '

Desordre est embuchee

Non pas tresloin d'îcy ;

El est mal embouchée :

C'est sa nature ausy.

Mais tout incontinent 23o

Chascun de nous labeure,

Sans estre impertinent,

De la gecter au vent.

Malice soit cachée 235

D^entre nous sans mercy,

Ou qu'el soit esmouchee

Sans faire demouree :

On le voulons ainsy.

Le .II.

C'est bien dict, marchons sur la brune, 240

Et parlons des mangeurs de lune

Qui ont mengé maint bon repas

Et ne seroyent marcher un pas,

Synon danser aveq fillete :

Se sont ceulx qui Desordre ont faicte 245

Et la font tous)Ours; mais argent

Les maintient en leur entregent.

233 Et a la fin {ces trois mots sont ejfacés) vous trouueres — 237 très est suppléé — 287 esmonche ^ 246 la est suppléé

L'un saillet, l'aultre regîbet ;

Mais, ne vous chaille, le gibet

Sonnera tousjours son bon droict. 25o

En prenant congé de ce lieu.

Une chanson, pour dire a Dieu.

Finis.

11'^ Ij lignes.

xvu SOTTIE DU MONDE

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