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Comme une petite pie

Et voecy bon genin, dada! 240

Et aies, aies, nostre maistre.

Et me cuidés vous faire paistre Et l'aultre aveugler? Qu'esse sy?

Le premier Galant.

Tout le Monde est fort a cognoistre.

Le Monde.

Et me cuidés vous faire paistre? 245 Qu'esse qui vous maine en cest estre ?

Le ii^ Galant.

Monde, aies y tout beau.

Le Monde.

Cesy !

Et me cuidés vous faire paistre Et l'aultre aveugler? Qu'esse cy?

Et vous, savez vous rien aussi ? 25o

Qu'estes vous ?

Fol. 12g Le in^ a tout des boetes.

Nigromansien.

Je sçay le vieil art antien Du magique.

Le Monde.

Il sent donc le jaulne, Se vieillard '? Et ! qu'il est bejaulne, Qui vient agacher, assaillir ! 255

Dont peuent ses troys mignons saillir Qui me rompent ainsy la teste ?

Que me veulx tu ?

246 Esse ce qui vous maine — 255 Qui me vient I. Jeu de mots sur « vieil art ».

34 ÎI- — FARCE JOYEUSE

Le II® Galant.

Vous faire beste.

En ce lieu, sans vous remuer, Instamment vous feray muer 260

En cerf, en ours et en leon.

Le Monde.

J'ayme mieulx payer demyon ' Et que je ne soys point mué.

Tant l'on seroit bien remué De telz mignons !

Le iii^ Galant.

En! vous railés. 265

En av'ous? Or nous en baillés.

Le Monde, Endroict vous l'or seroyt segret.

Le premier Galand.

Tout se pert.

Le II» Galand.

1 1 1 e bat trop froid.

Le m'' Galant.

Qui eust cuidé qu'il eust tant seu?

Le PREMIER Galant.

On ne frapons poinct a l'endroit; 270 Toult se pert.

Le 11^ Galant.

Y le bat trop froid.

270 Nous ne frapons poinct. Cf. v. 276. I. J'aime mieux payer un demi-setier.

Le me Galant,

Y congnoyt le tort et le droict.

Le premier Galant.

Quant j'ey bien son cas aperceu, Toult se pert.

^ Le w Galant.

Y le bat trop froid.

Le in« Galant.

Qui eust cuydéqu'il eust tantseu?275

Le premier Galant.

On ne frapons poinct a l'endroict.

Tou t s e pert.

Le ne Galant.

Y le bat trop froid.

Le me Galant.

Y congnoyt le tort et le droict.

Le premier Galant.

Quant j'ey congneu et aperceu, Tout se pert.

Le ne Galant.

Y le bat trop froid. 280

Le m* Galant.

Qui eust cuydé qu'il eust tant seu?

Le premier Galant.

Jamais il ne seroyt deceu En ce point ; c'est pour tout gaster.

281 Qui eust pense

Un mot, hau! Y le fault flater

Pour mieulx en chevir, ce me semble. 285

Le ii^ Galant.

Pour l'abatre et pour le mater,

Un mot, hau! Y le fault flater.

Le Monde.

Musars, vous avez beau bâter ; N'en tenez ja conseil ensemble.

Le iii« Galant.

Un mot, hau! Y le fault flater. 290 Pour mieulx en chevir, ce me semble.

Le Monde.

Chantés hardiment tous ensemble, Ou aultrement, pour toult potage, C'est mal chercher vostre avantage.

Ils chantent une chanson.

Le premier Galant.

Monde mondain ', plaisant, subtil, 295

Onneste, gratieulx, gentil, Fol.iSo Tu reluys en mer et en terre ; Pour néant je te requiers.

Le Monde.

Serre.

284 y le fault haster — 286 et le mater — 296 gratieulx, subtil, gentil. — 298 pour néant ce que tu en requières

I. On retrouve ce pathos au début de la Prognostication des Prognosticatioyis de Bonaventure Des Périers :

Monde mondain, trop mondainement monde...

(Ed. Lacour, I, i3i; Montaiglon, Recueil, V, 224.)

Le IV Galant.

Gentil Monde, tant tu es riche !

Endroict moy que tu ne soys chiche. 3oo

Puis qu'en toy deshonneur s'eslongne, Donne moy de tes grands biens.

Le Monde.

Gongne !

Dieu ayt Tame de Raul Flatart ' !

Par Dieu, vous y vends bien tard, Com celuy qui crye la moutarde. 3o5

Et, Monde, quant je te regarde, Tu me semble tresgentement Vestu en ton acoustrement :

C'est fin drap, toultes foys n'est mye.

Le Monde.

C'est mon, mais vous ne Tarés mye. 3io

Le premier Galant.

Vous estes sur le hault verdus ^ ;

3o5 Que celuy.

1 . Nous avons vainement cherché qui pouvait être ce personnage. Ce n'est peut-être qu'une personnification du flatteur.

2. L'expression estre sur le hault verdu signifie « être dans toute sa fleur ». Dans le Dyalogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent. Un des personnages se vante (v. 122) d'être

Gorgias, sur le hault verdu.

On lit de même dans le Monologue nouveau et fort joyeulx de la chamberiere desproveue du mal d'amours (v. 43) ; Suis je pas sus le hault verdu ?

Je ne suis point, midieux, fardée De violettes ni de templettes.

(Montaiglon, Recueil, II, 247.)

Vos beaulx jours ne sont pas perdus :

Tant voecy un maistre pourpoinct !

Le Monde.

C'est m on, mais vous ne Tarés poinct.

Le ii^ Galant.

Tant tu as maincte belle chose, 3i-5

Monde! Ta toque sent la rose, Et est bien tournée par compas.

Le Monde.

C'estmon, mais vous ne Tarés pas.

Qui me vouldroict ainsi navrer,

Y me fauldroyt bien enyvrer 3 20

Et boyre cinq foys d'avantage.

Vous y perdes vostre langage.

Afin qu'âme ne s'y efforce.

Le iii« Galant.

Nous vivons aveq vous par force, Bon gré, mal gré.

yo Le Monde.

Sus vostre dam. 325

3 18 aures.

Cette expression se rencontre encore dans VAmant rendu cordelier a V observance d'' amours [v. 1491) :

En oultre nous est deffendu De ne porter manches petites, Grans bonnets sur le haut verdu.

On lit enfin dans La Vie de sainct Christofle de Chevale (v. 2 159-2 161) :

Approuchez ; vous estes de l'ordre.

Et pensons comme nous ressourdre Pour brouer sur [le] hault verdi.

DES GALANS ET DU MONDE Sq

Le premier Galant.

Qu'en dictes vous? Suis je souldam'?

Aqueljeul'avonsnous perdu?

Le ii« Galant.

Nous sommes tous d'Eve et d'Adam ; Qu'en dictes vous? Suis je souldam?

Le iii« Galant.

Qu'en faict en plus en un quidem, 33o

Qui est de nouveau descendu ?

Le premier Galant.

Qu'en dictes vous? Suis je souldam?

A quel jeu l'avons nous perdu?

Le ii« Galant.

De vous gouverner en temps du,

Ainsy comme les aultres font. 335

Le Monde.

De mes biens tout n'est pas fondu ; Ceux qui les pratiquent les ont.

Ordre.

Est ce vent d'aval ou d'amont?

N'ai ge pas oy un timboys

Vers ce cartier ? Je m'y en voys 340

Pour veoir que c'est a retirer.

Quant je voys d'aulcuns folyer,

I. Jeu de mots sur soub:^ dam (opposé à « sus vostre dam ») et souldan (sultan).

Ou d'aultres regiber ou mordre,

G'y doibtz aler, car je suis Ordre,

Qui mais les choses a leur droict. 345

Je doys fraper en bon endroict

Sur tout ce qu'il y a de jeu.

C'est le Monde. Bien, de par Dieu.

Si j'estoys tousjours avec luy,

Il n'aroyt soulcy ny ennuy. 35b

Quelz gens sont ce la qui deplassent ?

Il semble a les veoir qu'i l'agasent.

Qu'âme ne parte de son lieu

Pour moy.

Monde, Dieu vous gard, Dieu, Et les aultres pareillement, 355

Tout comme vous !

Le Monde.

Fol. i3i Paciamment

Y me fault tous heurs endurer, Combien que je ne puys pleurer, Car j'ay des biens plus que des maulx, Dieu mercy.

Ordre.

Que dient ces vasaulx, 36o

Qui sont en ce poinct arivés ?

Le Monde.

Se sont trois povres engelés ' Qui me veulent menger toult cru.

356 toult ainsy comme vous.

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