‹ Recueil général des sottiesChapitre 31 sur 91 · I. Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

I. Voy. ci-dessus, p

des galans et du monde 4i

Ordre.

Monde, s'on leur a rien acreu,

Qu'on les paye, afin qu'i s'en voisent. 365

Que vous fault il ?

Le Monde.

Y se degoisent, Moitié figues, moitié raisins.

Combien qu'i sont tous mes voisins ; Mais, pour vous compter la manière, Ce fol est venu par deriere 370

Pour m'aveugler.

Ordre.

Esse ou il tent ?

Le iii« Galant.

Chacun le faict comme il entend.

Et l'aultre est venu de travers

En me servant de mos couvers,

Et avoyt de l'erbe, ce maistre, 375

Dont y m'a cuidé faire paistre,

Nonobstant que rien ne me deult.

Le premier Galant.

A ! y gaigne le gai * qui peult.

365 afin qui sen ailent

1. Sur le proverbe : moitié figue, moitié raisin, voy. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, II^ éd., I, 73. Cotgrave (v» Figue) traduit cette locution par « betweene jeast and earnest », moitié en riant, moitié sérieusement.

2. Le sens est : « Il a l'avantage ». Voy. A. Héron, Origine et Explication du dicton populaire « avoir », ou « gagner le gai » (Rouen, Impr. Cagniard, 1898, in-8). L'auteur de cette disser-

Le Monde.

Le tiers estudye nigromance

Et dict qu'il est en sa puissance 38o

De me faire devenir beste.

Ordre.

Quoy ? Y vous a rompeu la teste?

v" Le Monde.

Toutefoys il ont toult gasté.

Ordre.

Comme quoy?

Il m'ont tant flaté Et dict des biens a ma présence 385

Tant de moy, sus ma conscience, Que ne m'en savoys délivrer; Entin y m'ont cuidé navrer En me disant : « Ce drap est fin, « Ce pourpoinct est beau et godin », 390

Voyere, en plusieurs mos arunés, Cuidant que je dise : « Tenés ».

Y n'avoyent garde de ce coup.

Ordre.

Or vous retirés tous a coup.

Serves vous de telles offices ? 395

Aies impetrer bénéfices

Soublz l'abaye de Frevaulx',

379 Le tiers estudye en igromance.

tation cite de nombreux exemples de la locution; mais il ne tranche pas la question de savoir si gai signifie « pierre » (primitif de galet), ou signifie « coq ».

I. L'abbaye des Froides-Vallées, où l'on n'a pas de quoi se chauffer. L'abbé de Frevaulx figure dans la sottie de Pierre Grin-

Le ii« Galant.

Qui tiendra vos chevaulx?

Comme vous vous évertués!

Ordre.

Quelz estoremens, quelz joyaux ! 400

G uy dé s ?

Le m' Galant,

Qui tiendra vos chevaulx?

Ordre.

Telz gens ne font que trop de maulx Ou monde. Sus, sus, revenés !

Le premier Galant.

Qui tiendra vos cliesvaulz?

Comme vous vous évertués! 405

Le n* Galant.

S'on ne sommes mors ou tués, Nous vivrons au Monde vrayment.

Ordre.

Comment?

399, 4o5 eserues.

gore (ci-après, n" X). On lit dans le Monologue des sot^ joyeulx de la nouvelle bande :

L'abbé de Froictz Vaulx,qui n'endure

Challeur, soit charnaige ou karesme,

Vous chauffera comme luy mesme.

(Montaiglon, Recueil, III, 17.)

Ne vous chaille comment :

Tant que le grand maistre vouldra.

Ordre.

Voyere, mais donc il vous fauldra 410

Vivre aultrement pour toulte reste.

JFo/. jj2 Aveugler, paistre, faire beste!

Chassés au loing, chassés, chassés !

Le premier Galant.

Et comment ? Vous nous ravasés?

Demandez qu'il est.

Le ii« Galant.

Vostre nom ? 415

Ordre.

Mais le vostre ?

Le ni' Galant.

Nostre renom S'epand oultre la grande mer.

Ordre.

Et je me faictz Ordre nommer,

Que ceulx qui me veulent aymer

Je maine a règle et a compas. 420

Le premier Galant.

Ordre, je ne vous cognoys pas '.

I. Ce vers rappelle un passage d'une Moralité sur le concile de Baie qui appartient à Tannée 1433 :

Reformation.

Saint Concile, nous avons tant quise

du monde et des galans 46

Ordre.

Je vous en croys sans en jurer.

Monde, s'on vous veult martirer, Je suys qui en faictz la raison.

Le Monde,

Je vous ay veu longue saison ; 425

Long temps a que je vous cognoys.

Le 11= Galant.

Sus, que avrons nous ?

Le Monde.

Troys vins de nois.

Ordre.

Vous estes bien sos radotes.

Le iii« Galant.

Sy conterons nous vos pastés,

Monde, quelque jour qui viendra. 430

Le Monde.

Toutefoys n'en mengerés ja, Car vous m'avés pris sur le vert.

428 Nous suppléons le 710m du personnage ; le ms. ne fait qu'un seul couplet du v. 428 et du second hémistiche dn v. 42 j. — 43 1 Voyere, quelque foys

La voix, que nous l'avons trouvée ; C'est France, jadis bien nommée Qui tant est serve et en vil poinct.

Concile

France ? Je ne la cognois point; 38o

France n"a point si laid maintien.

(Œuvres de Georges Chastellain publiées par M. le baron Kervyn de Lettenhove, VI, 17. Cf. Bulletin de la Société de l'iiist. du Protestantisme français, 1887, 174.)

Ordre.

Vienne le grand chemin ouvert Qui veult des biens du Monde avoir.

Le premier Galant.

Voyla nostre cas descouvert. 435

Ordre.

Vienne le grand chemin ouvert, Sans tenir le sentier couvert.

v" Le Monde.

A tous je l'ay faict asavoir :

Vienne le grand chemin ouvert

Qui veultdesbiensduMonde avoir.

Ordre.

Enfans, que nous face debvoir De chanter a la departye Quelque chanson qui soit partye.

Hardiment, je vous en dispense.

Le n^ Galant.

Voila pour nostre recompense ; 445

Le premier, va devant, commence. ""

Finis.

Le premier, Le Second, Le Tiers.

Personnages.

[Rouen, février 1461.I

Les menus Propos peuvent être considérés comme le type de la sottie primitive; ils ne renferment aucune action dramatique; c'est un simple dialogue entre trois sots. Les questions relatives à cette pièce ont été parfaitement élucidées par MM. de Montaiglon et de Rothschild, dont nous ne ferons guère que reproduire le travail.

Les propos des trois sots méritent surtout d'être étudiés à cause du grand nombre de proverbes et de dictons populaires qu'ils renferment. Les noms géographiques y abondent ; on y voit figurer diverses villes ou villages de Normandie : Bayeux, v. 517; Beaumont [-le-Roger], v. 536 ; Bostcachart [Bourg- Achard], v. 94 ; Cahieu, v. i35 ; Gibray [Guibray], v. i63; Isegny, V. i33 ; Saint-Lo, v. 186 ; Trevieres, v. 2, 8 ; Villedieu [-les-Poëles], v. 482, sans parler de la vallée d'Auge, V. 497, ni de la Toucque, v. 134; mais Rouen et ses

environs y tiennent la première place, et l'on ne peut douter que Les Menus Propos ne soient d'origine rouennaise. Les étrangers ne connaissaient guère le Robec (v. 425), la chapelle Saint Mor (v. 193, 291), la porte Beauvoisine (v. 399), les Moliniaulx (v. 184), non plus que le privilège attribué à la fierté de saint Romain de délivrer chaque année un prisonnier (v. 427). Les autres allusions géographiques : Beauvais (v. 481); Paris (la Grève, v. îi5; les Quinze Vings, V. 3i3 ; la porte Baudaiz, v. 182) ; Nevers (v, 447) ; la Bresse (v. 177), Constantinople (v. 188), n'ont aucune valeur particulière. L'auteur écrit pour des Normands, dont il ne manque pas d'exalter le courage :

C'est bon courage que Normant; Jusque au mourir il ne se rend.

La date de notre pièce n'est pas indiquée d'une manière moins précise que sa patrie. Tout d'abord, nous y relevons une allusion à Du Guesclin (v. 5o2), à la bataille de Formigny, livrée en 1450 (v, i3i) et à la « bataille aux gays » (v. 145), que le Pogge place en 1452 ; mais les v. 163-164 contiennent la mention d'un événement plus récent, la défaite du duc d'York, qui eut lieu à Wakefield au mois de novembre 1460 :

Tous ceux de Londres sont matés Et est vaincu le duc d'Iort.

Par contre, on lit aux v. 41 1-412 :

Ou est la Pucelle du Mans?

Jou elle plus de ses fredaines ?

Il s'agit ici de Jeanne Le Féron, qui en 1460 essaya de se faire passer pour Jeanne d'Arc et fut condamnée pour ce fait au mois de mars 1461. Les menus Propos paraissent avoir été écrits entre la mort du duc d'York et la condamnation de la fausse Pucelle. Comme on doit y reconnaître un divertissement de carnaval et

qu'ils contiennent même une allusion à « karesme prenant » (v. 41), on peut les dater avec une certitude presque complète du mois de février 146 1.

Les menus Propos^ si curieux comme recueil de proverbes et de dictons, présentent encore un autre intérêt. Il est possible que nous en connaissions l'auteur et les acteurs. Le premier s'est peut-être nommé dans les vers suivants (95-96) :

Autant vault a dire Richart Comme Cardin ou Cardinot.

Cardinot était un joueur de farces normand qui florissait au milieu du xv« siècle. Il est cité avec d'autres comédiens de son temps dans la farce du Bateleur ' :

Voecy maistre Gilles Des Vaulx *, Rousignol, Briere, Peuget Et Cardinot qui fait le guet,

1. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n* 69, p. 16; Foumier, p. 326.

2. Gilles Des Vaulx est connu comme poète. Le recueil manuscrit de pièces palinodiques, aux armes de Diane de Poitiers, qui se trouve aujourd'hui à Copenhague (fonds de Thott, in- fol., n* 59), contient une pièce signée de lui :

Le souverain infinitif En sapience adjuvative Par son esp(e)rit exibitif De sa bonté caritative, etc.

Gilles est probablement l'auteur d'une ballade, signée Des Vaulx, dont le refrain est :

Dieu le pcult, le fîst et voulut

(Biblioth. nat., ms. fr. 22o5, fol. 85), et d'un rondeau qui porte la même signature : Des imparfaicts

(Ibid., fol. 104). Au commencement du xvii» siècle, il y avait encore à Vire un poète de ce nom. Des vers placés en tête des Satyres de Courval- Sonnet (Paris, Rolet-Boutonné, 162 1, in-8) sont signés : Des Vaux, « lieutenant aux esieus à Vire ».

5o LES MENUS PROPOS

Robin Mercier, Cousin Chalot, Pierre Regnault ', ce bon falot, Qui chants de Vires mectoyt sus...

Il est assez fréquent au moyen âge de voir des auteurs se faire connaître en intercalant leur nom au milieu de leurs ouvrages. Ce procédé a été employé même au théâtre, comme le prouve une moralité d'André de La Vigne, dont nous aurons l'occasion de parler plus loin \ Vallet de Viriville ^ a cru pouvoir retrouver ainsi le nom de l'auteur du Mistere du Siège d'Orléans.

Si l'on admet que Cardinot a pu composer la pièce qui nous occupe, on peut admettre également qu'il la jouait lui-même ; il aurait eu alors pour acolytes deux acteurs dont les noms se trouvent dans les vers suivants (3oi-3o2) :

1 . Ce personnage était peut-être le libraire qui avait une officine à Caen et une autre à Rouen. Pierre Regnault commença d'exercer vers 1489. Il obtint en 1492 la charge de libraire de l'université de Caen, charge dont son fils Denis eut la survivance en i5i3. D'après Pluquet, il ne serait mort qu'en i522; mais, sans avoir fait sur ce point des recherches spéciales, nous pouvons dire que nous n'avons pas rencontré son nom après i5io. Il n'est pas sûr qu'il ait été imprimeur.

L'édition de VExpositio de Georges de Bruxelles publiée en i5o9 nous apprend que Pierre possédait un dépôt à Paris, « juxta Maturinos, ad ymaginem divi Claudii », c'est-à-dire précisément où demeura le libraire jîarisien François Regnault, qui, lui, se disait « Gratianopolitanus », sans doute parce qu'il avait exercé pendant quelque temps à Grenoble. Rien n'est plus obscur que la généalogie des divers Regnault.

La devise de P. Regnault ; Faire et taire convenait assez bien à un « bon falot ».

Voy. Frère, De l'Imprimerie et de la Librairie à Rouen dans les XV etxvi' siècles [RoMQn, 1843, pet. in-4), p. 24; Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 314; Documents sur les imprimeurs, libraires, etc., 1901, p. 233.

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