Forme normande pour civières
2. Bourg situé à i6 kil. de Bayeux ; c'est aujourd'hui un cheflieu de canton du département du Calvados. Il faut croire que les habitants de Trevieres étaient Normands parmi les Normands.
Le Tiers.
Or me dy par quantes manières On doit commencer son latin. lo
Le Premier.
Soleil qui se lieve matin A grant peine fera ja bien.
Le Second .
Figues ' de chat, estront de chien Si sont assés d'une figure.
Le Tiers.
C'est bon menger que d'une heure, i5
Entendes vous bien? de sanglier.
Le Premier.
Par sainct Jehan, qui la veultsengler, « C'est aultre chose », dit la vache.
Le Second.
Qui bien bat ung sergent a mâche, 20
Il gaigne cent jours de pardon \
1 1 /au matin — 1 4 assés m. dans ef— 1 5 c mengee — è hure — 1 7 c ihan — a le veult sengler— 19 c le segond— c sergant — g/mace
1. Excrément. On lit dans La Friqitassée crotestyllonée {v. 64.3) :
Note cat n'a point figue.
2. Pendant tout le cours du moyen âge les exactions des sergents les vouèrent à la malédiction du peuple. Voici ce que dit encore, vers i5io, Pierre de La Vacherie, dans Le Gouvernement des trois estat^ :
Je crois qu'il n'y a soubz la nue Pires garçons que sergens sont, Et m'esbahis qu'on ne les tue Ou que le ciel sus eulx ne fond, Que les Arpies ne les deffont ; Car ilz font tant de maulx souffrir Aux povres, et nul bien ne font ; On les deust a martyre offrir.
(Montaiglon et Rothschild, Recueil, XII, p. 90.)
Le Tiers.
Je fus sept ans tire lardon En ung karesme qui passa.
Le Premier.
Ung formage mol me cassa Toute la teste l'autre jour.
Fol. Aij. Le Second.
On ot les nouvelles au four, 25
Au moulin et chiez les barbiers '.
Le Tiers.
Les chanoines et charetiers Si ont maintenant tout le temps.
Le Premier.
Se Je vien la ou je pretens, Je seray au dessus du vent. 3o
Le Second.
On prent voulentiers du convent Le plus meschantpour estre abbé.
Le Tiers.
Dy moy : Que signifie gabbé ?
Il signifie deux fois menty.
Le Premier.
Recullés vous, car j'ay senty, 35
Par Dieu, aultre chose qu'a point.
24 a tout — 26 c e/chez — 27 e/chartiers — 29 c/ viens — la m. dans e f — 3i /couuent — 33 a le tier — 36/ outre chose
I. Le Roux de Lincy [Livre des Proverbes français, II, 141) cite d'après un manuscrit du xv« siècle ce dicton : Au four et au moulin oyt l'en les nouvelles.
Cotgrave dit (v° Four) : o C'est au four et au moulin où l'on sçait des nouvelles », et il ajoute : « For while the bread bakesand the corne grinds, people hâve some leisure to tell how the world goes. »
Le Second.
Sur ma foy, qui d'argent n'a point Maintenant n'a il de varletz.
Le Tiers.
Or me dittes, ceulx de Callais Sont ilz bien d'accort maintenant? ' 40
Le Premier.
Le jour de karesme prennant Sera ceste année au mardi.
Le Second.
Et, par saint Jaque, je m'ardy Hier en peschant en la rivière.
Le Tiers.
Ne vent on pas encor la bierre, 45
Comme on souloit, quatre tournois?
Le Premier.
S'il est année de grosses nois, Se Dieu plaist, nous avrons de l'uylle.
Le Second.
C'est bon temps pour couvreurs de tuylle Quant les maisons si se descueuvrent. 5o
37 a nait. — 38 a non il — c e f non a il — 40 c Sont il — a darcort. — 42 / anne — 44 ^ yeschant — 4^ / encore — 47 e Si est il force de grosses noix — /Si est il de grosses noix — 46 a couuris de treille
I. Ce passage fait allusion à la querelle engagée entre le comte de Warwick, qui détenait Calais malgré le roi d'Angleterre, et le duc de Somerset, qu'Henri VI avait nommé capitaine de la ville. Warwick se maintint plus d'une année dans la place, résistant à toutes les attaques de son adversaire; Somerset avait pris possession de Guines, d'où il ne cessait de menacer Calais. On peut voir le détail de cette lutte dans les Anchiennes Croniques d'Angleterre de Jehan de Wavrin, éd. Dupont, II, 197-215.
v« Le Tiers.
Aussitost que les moulles s'euvrent, Il n'y fault plus que du vinaigre '.
Le Premier.
Je ne veis oncques beste maigre Qui portast grant foison de sieu.
Le Second.
Les blez sont beaulx, la mercy Dieu; 55
Nous avrons des biens a planté.
Le Tiers.
Le dyable d'enfer s'est vanté Qu'il nous fera beaucoup de bien.
Le Premier J'aymeroye, par Dieu, mieulx ung tien La moitié que deux tu Vavras \ 60
Tousjours ung poulin de barras Est de commencement sauvaige.
5i a le second — 53/bestes — 57 cef cest vante — 59 a laymeroyes — /par bieu — 6i/harnas
T . Quand les moules s'ouvrent, c'est qu'elles sont cuites. Voici la recette que donne le Viandier de Taillevent pour la préparation des moules : « Esliere bien et cuire en eaue un pou, et du vin et du sel. Mengier au vin aigre » (Édition Pichon et Vicaire, 1892, p. 32). Le manuscrit du Vatican donne plus de détails : « Moules. Cuites en eaue et du vinaigre avec, et de la mente, qui veult; et puis, au drecier, de la pouldre d'espices, et aucuns y vcullent du beurre. Menger au vinaigre, ou au verjus vert, ou aux aulx vertz; et si en fait on du civé qui veult » (ibid., p. 248).
2. Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l'auras. L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
Le petit Poisson et le Pêcheur. La Fontaine, liv. V, fable 3).
70 m. — LES MENUS PROPOS
Le Tiers Je danse en ours, et vois en nage Comme une congnye desmanchee '.
Le premier Mais que ma soif fust estanchee, 65
Il me fust tresbien amendé.
Le Second Se ung arc n'est bien raide bendé, Il ne fera Ja coup qui vaille.
Le Tiers Se je soustiens denier ne maille, Je prie a Dieu qu'i me meschee. 70
Le Premier Une femme fait l'empechee Bien trois jours pour une fusée %
Hz s'en vont par la cheminée Les sorcières qui vont en Terre.
Le Tiers Fut ce pas sainct Germain d'Aucerre yS
Fol.Aiij Qui fist resusciter le veau ^?
64 a congye / congnee — a desmanche / desmengee — 67/ royde — 68 c/couo — 69 c / quil — 72 c /fisee — 74 e sorciers — 75 a daucerra — / dauxerre
1. Une cognée de fer, avec ou sans son manche, nage exactement comme un chien de plomb, et tombe au fond de la rivière. La cognée de Couillatris en est un illustre exemple. — M. R.
2. Le fil enroulé autour du fuseau. Cela revient à dire qu'une femme se met en peine pour une bagatelle.
3. Voici comment l'histoire du veau est racontée par Jean de Voragine dans la Légende dorée :
« Quant il [saint Germain] preschoit une foys en Bretaigne, le roy luy escondit l'ostel a luy et a ses compaignons, et alors le
Le Premier
J'ay veu de beau cresson nouveau; Nous mengerons de la poree '.
Le Second On appaise d'une totee ' Les petis enfans, quant ilz pleurent. 80
Le Tiers Ou vont les bestes quant ilz meurent?
Ne ont ilz point de paradis?
Qui vouldroit veoir le Temps jadis, On le trouveroit aux croniques.
77 c e/ vng veau — -jgc e / dune dorée — 84 c d / au
bouvier du roy s'en retourna de paistre ses bestes, et avoit ja receu sa portion au palays et l'emportoit en sa propre maison. Si veit le benoist Germain et ses compaignons qui avoyent fain etfroit, et les receut debonnairement en sa maison, et commanda que ung seul veau qu'il avoit fust tué pour ses hostes, et lors quant ilz eurent souppé, sainct Germain fist apporter tous les os dessus la peau, et la fist son oraison, et le veau se leva sans demeure. Le jour ensuivant vint hastivement au roy et luy demanda puissamment pourquoy y luy avoit escondit sa maison. Et lors le roy fut si esbahy qu'il ne luy peut respondre. Et il luy dist : Va hors et laisse le royaume a ung meilleur, etc. » La Légende dorée en françoys, traduction de Jehan de Vignay (Lyon, Jehan de La Place, i5i8, in-fol. goth.), fol. 181 c.
I. Voici la recette de la porée de cresson : «Metés parboullir une poingnie de betes [= poirée] avequez, puis la tornez et hachiés et friolés en huille; puis la metez boullir en lait d'almendes, ou charnage, a la char ou au beurre, ou au fromage. Soit salée a point, et le cresson soit bien esleu. » Le Viandier de Guillaume Tirel, dit Taillevent, 1892, p. 32. — La recette donnée par le manuscrit du Vatican {ibid., p. 240) est à peu près la même; cependant le compilateur ajoute que la porée est « bonne contre la gravelle ».
2. D'une rôtie. Le français tostée s'est conservé dans l'anglais toast. — Dorée, que portent ce/, signifie une tartine de beurre.
72 iii. — les menus propos
Le Second
Ne sont pas tous patronomiques 85
De la tierce declineson ?
Le Tiers
Qui ayeroit de la veneson, On pourroit faire des pastés.
Se les navès ne sont ratés ',
Hz ne feront Ja nette souppe. 90
Le Second A quoy tient il que une couppe Est plus couverte que une tasse *?
Le Tiers Il y a ung beau saint Eustace En Teglise du Bostcachart \
Le Premier Autant vault a dire Richart 95
Comme Cardin ou Cardinot *.
85 6 c/ le segond — cef patroniques — 87 bedf. auroit — /venoison— 91 /tien — 94/boccachart — 96 c chardin ou chardinot