Saint-Lô possède encore des couteliers renommés
LES MENUS PROPOS 8l
Le Second Deux escus si vallent ung noble A qui les a, aux autres rien. 190
Le Tiers J'o tresbien quant on me dit : « Tien », Mais au « Preste » je n'y os goutte.
Le Premier Sainct Mor si guerist de la goutte ', Et saincte Apoline des dens ^
Le Second Les prisonniers qui sont dedens igS
La prison ont beau reposer.
Le Tiers On a esleu, pour proposer
192 a ie ny os rien — 194 ^ apolaine — 196 c e f ont ilz
1. Comme le remarque Le Roux de Lincy [Livre des Proverbes, l, p. 5o), la goutte s'appelait le « mal saint Maur. » On lit dans la Farce nouvelle du paste' et de la tarte :
Que la goûte De sainct Mor et de sainct Gueslain Vous puyst tresbucher a plain.
(VioUet-le-Duc, Ancien Théâtre français, II, p. 67.) Il y avait à Saint-Maur des Fossés, près de Paris, un pèlerinage fréquenté par les goutteux. Dans le Monologue des Perruques le gendarme fait dire à une femme :
Je viens de Sainct Mor des Fessez Pour estre alegee de la goutte.
(Coquiliart, éd. d'Héricault, II, 284.) Villon (Petit Testament, v. 259) parle d'une « potence saint Mor »; c'était peut-être un ex-voto.
2. L'origine de la dévotion spéciale dont sainte Apolline était l'objet venait de ce qu'elle était toujours représentée tenant entre les dents une tenaille, instrument de son supplice. Voy. le P. Ch. Cahier, Caractéristiques des saints, 1867, pp. 3 11, 759. — Cf. un passage de La Maladie de Chrestienté, de Mathieu Malingre [Bull, de la Société de Vhist. du Protestantisme franc., XXXVl, 1887, p. 347), et Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhueber, II, p. 32o.
Devant le roy, Jehan Du Chemin,
Et se doibt la, ou en chemin,
Soy trouver Vincent Faulse Chose '. 200
Le Premier On dit voulentiers que la glose D'Orléans si destruit le texte \
C'est une chose manifeste Que piedz de beuf ne sont pas tripes.
Le Tiers v° Quant Je danse, je saulx, je tripes ; 2o5
Jay tousjours le cul ortie \
Le Premier Le monde fut bien nestié, En bien peu de temps, de Templiers *.
199 c/au chemin — 200 a trouuec — 201 c le second — 202 ef dorleans passe — 200/ faulx — 207 c e nettyee — 208 c e en bien pou — ce/ des templiers
1. Jehan Du Chemin paraît avoir été un personnage proverbial en Normandie, n'ayant peut-être d'autre origine que le jeu de mots « gens du chemin ». Lorsque Pathelin veut parler normand,
il s'écrie :
Suis je des foyreux de Bayeux?
Jehan Du Quernin sera joyeux Mais qu'il sçache que je le see...
{Pathelin, v, 894-896.) On voit que le mandataire député au roi ne manquera pas de rencontrer sur son chemin deux mille choses fausses.
2. Comme le remarque Le Roux de Lincy {Livre des Proverbes, I, 376), Pierre de Belleperche, qui fut évêque d'Auxerre en i3o7, parle dans ses Institutes de la Glossa Aur^Iianensis... quae destruit textum. Cette citation montre que le dicton est fort ancien, mais elle n en fait pas connaître l'origine.
3. Je m'agite toujours comme si j'avais le derrière piqué par des orties.
4. Depuis la condamnation des Templiers en i3i2, le peuple n'en parlait qu'en mauvaise part. Voy. Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, I, p. 54.
Le Second Se mes soliers fussent entiers, Me mocquasse des mal chaussés. 210
Le Tiers Depuis que les prés sont faulchés, Il n'y a esbat ne déduit.
Le Premier La truye rompt le lien, s'enfuyt Tout fin droit fourrer dedens l'orge.
Le Second
Ung mareschal dedens sa forge 2 1 5
Ne boit nen plus que terre a four '.
Le Tiers Je sonnoyes tousjours le retour * Au convent des frères mineurs.
Le Premier Ha ! Saincte Marie, quelz seigneurs Pour présider au parlement " ! 220
209/ Se mes soulliers ne fussent — 210 e / mocquassent — a b de — e f des maulz chaussez — 2 1 3 c e et senfuy t — 216 e f non plus — 217 e sounoye — 218/couuent
1. Le Roux de Lincy (II, i3o) cite sur le même sujet cet autre proverbe :
Fevres et forniers Boivent voluntiers.
2. Probablement le retour de matines, l'instant où les moines pouvaient, dans l'ombre, se venger les uns des autres. Cotgrave (voy. Matines) cite le proverbe : « Il n'y a rien tant à craindre que le retour de matines. »
3. Il s'agit ici du parlement de Paris, dans le ressort duquel était placé l'échiquier de Normandie (le parlement de Rouen ne date que de 1499). Le premier président et les quatre présidents qui l'assistaient alors étaient efFectivement de grands personnages. Il nous suiïira de renvoyer à J. B. de L'Hermite-Souliers et François Blanchard, Eloges de tous les premiers presidens du
84 ni. — LES MENUS PROPOS
Le Second Mais, au propos de ma jument, Ou cheval, ne me chault lequel, De quoy me sert a ung chapel Cette cornette qu'on y met '?
Le Tiers Se m'aist Dieu, tout ce qu'on promet 225
Maintenant n'est pas vérité.
221 c e a propos — 225 c/bieu — 226 /maintenant ce nest
parlement de Paris, 1645, in-fol., et à François Blanchard, Les Presidens au mortier du parlement de Paris (Paris Cardin Besongne, 1647, in-fol.)
I. Dans le Livre de la Deablerie d'Eloi d'Amerval (1. II, ch. XLix) Sathan se félicite de la mode des chaperons et des cornettes :
Hz me portent huy sur leur testes,
En lieu des cornes deshonnestes,
Chaperons, qu'il fait si beau veoir,
Tant sont gentz, ce doibs tu sçavoir.
Fais a façon de damoiselle.
J'en treuve la mode tant belle.
Car il semble, a voir la cornette,
Qu'el(le) soit faicte par sa sornette,
Tant est gentement affublée
Et trois ou quatre fois doublée
Sur le chief, qui est tant mignon.
Il n'est si gentil compaignon,
Quant il en a repeu ses yeulx.
Qui n'en soit ravy jusqu'au cieulx.
Assez y a cause et matière,
Car ilz ont la belle front(r)iere
De velours noir, de nouveau prise.
Que je loue beaucoup et prise.
Cela fait tant bien la fafee.
Que ma dame semble une fee.
Quant à l'utilité des cornettes, Coquillart l'indique : Si damoyselle a gorge laide, Seiche et ridée soubz ses atours, Elle portera pour remède Une cornette de velours.
(Éd. d'Héricault, 1, p. lôy).
m. — LES MENUS PROPOS 85
Le Premier
Les sept œuvres de chanté ' Sont acomplies a l'ostel Dieu ^
Ung homme qui sçait bien le jeu
Des dez ja povreté n'aira. 2 3o
Le Tiers
Foî.Avj Quant une femme se taira
Pour son mary, menés la pendre.
Le Premier
Il y a des cures a vendre
En ce royaulme plus de quinze.
Le Second
La queue deffault a ung singe, 235
Quant ne couvre ses genitoires.
Le Tiers Il souffit bien de deux notaires
228 L'édition e place ici les vers 267-284. Notre vers 229 est ainsi modifié :
Vng homme qui bien le ieu scet et rime avec le v. 266 :
Ne sert pas ung clou a soufflet.
L'édition f intercale de même ici les vers 267-284, en sorte çtt'Ostel Dieu n'a pas de rime. — 229 Ce vers et les g suivants (229-238) sont placés dans f après notre vers 266. — 23o e naura — 232 c lay — 233 c abendre
1. Sur les sept œuvres de miséricorde, voy. Poussin et Ganier, Dictionnaire de la tradition pontificale, patristique et conciliaire, I, col. 482-504.
2. Il ne s'agit pas ici de l'Hôtel-Dieu de Paris, mais d'un hôpital quelconque. Cf. ci-dessus, I, v. 18, p. 6.
Pour ung instrument approuver '.
Le Premier Je ne me sçavroie adviser D'une chose que j'ay ouye : 240
Car la mer s'en est enfouye.
Je ne sçay s'elle est loing ou près, Mais les poissons courent après Tant qu'ilz peuent a travers le boys.
Le Second Pourquoy fait on aux gans des dois 245
Plus tost que aux souliers des orteux ?
Le Tiers Je suis, par Dieu, aussi honteux D'un « Den bon jour » comme une truye *.
2 38 Ce vers est ainsi conçu dans c e :
Pour approuver ung instrument.
Ensuite viennent dans Védition e nos vers 161- 170, et, dans c, nos vers 161- 180, dont le dernier est :
Jouera chapperon tirer (au /feu ie tirer chaperon), qui rime avec :
Je ne me sçavroys adviser.
244 e pouent — e/ les boys — 247 / par bieu — 248 D'un est suppléé — a vng truye
1. Nous avons conservé la règle qui exige les signatures de deux notaires sur un acte authentique.
2. MM. de Montaiglon et de Rothschild proposent à tort, croyons-nous, de lire :
D'un bon jour comme est une truye.
L'expression « Den bon jour », que ne citent ni Sainte-Palaye ni Godefroy, paraît avoir signifié : « Et puis bonjour». En voici un exemple emprunté au Mistere de la conception, nativité, mariage et annonciation de la benoiste vierge Marie (Paris, veufve Jehan Trepperel, s. d., in-4'' goth., fol. 53 a) :
Quant je vueil dire « Dem bon jour »
A la bergère en son séjour,
El me dit : « Dieu gard, mon amy ».
Cotgrave (v" Honteux) mentionne un proverbe qui doit être vol-
iii. — les menus propos 87
Le Premier
Reagal ' est doulx comme suye
Et jaune comme pié d'escoufle. 25o
Le Second
Tout ainsi tost que bise souffle, Les chiens abayent en dormant.
Le Tiers
C'est bon courage que Normant :
Jusque au mourir il ne se rent.
Le Premier
Petite pluye abat grant vent 255
Et si fait saulver mainte barge.
Le Second
J'ay la conscience aussi large yo Que les housseaux d'un Escossais.
Le Tiers
Je ne dy pas ce que Je sçais;
Je suis ung tresbon secrétaire, 260
Et si sçarois le secret taire,
Aussi bien, par Dieu, que une femme.
Le Premier
Il y a sept us * en la game ; Je ne sçay qui en est portier.
25 1 e soffùle — 259 a ce qui — 261 a b secrétaire — 264 a h en m.
sin de celui-ci : « Honteux comme une truye qui emporte un levain (As shamefast as a sow that slaps up a sillibub) ».