CHAPITRE XI
H&ITIÈRE DE FAIBB VU BAFPOST.
JM. de FiereavUle sauta de son lit , tout effrayé , en voyant Robert dans cet état : Qu'y a - t • il doDC , gi-aads dieux ? s'écria-l-il. — 'Grand événement, monseigneur, j'ai reçu un coup' de poing sur le oez; mais celui qai Ta donné' le paiera ; nous le tenons. H conta alors à M. de Fierenville ce qui venait de se passer , et n'oublia pas de faire sonner bien haut les cris séditieux de Lerond et la rébellion contre l'autorité. 11 s'agit maintenant de feire le rap~ port de tout cela , dit M. de Fierenville en se mettant à son secrétaire; et il faut le tourner de manière à produire de l'efièt. Voyons. Un
grand attentat vient détre commis — C'est
cela, un grand attentat ! — Le nommé Lerond, îl s'agit ici de le caractériser : Le nommé Lerond, connu depuis long'temps poifr ses opinions coupables , — Admirable l — a/ait entendre — dans un lieu public , n'oubliez pas cela ! — le cri de vive tempereurl invoqué le nom de {usurpateur ', n'à-t-îl pas aussi engagé les paysans à se révolter? — Sans doute t
tlriônseigaeur,(aîre entendre ce cri, n'est-ce pai provoquer la rébellion ? — C'est vrai , c'est
Vrai provoqué les citoyens à s armer contre
lautorité légitime. Le maire , magistrat ree~ péctable, — Certainement. — Connu' pat aon aèle pour la bonne causé > — J'en donne des prenvres. — airné et respecte' de ses admi-^ ttistrés... — Ahi l heureusement qu'il ne faut pas de certificat. — ' a inutilement tenté de sop* poser au désordre, — Soignez-moi bien cet
endroit-là. Cejbnctionnaire.... courageux '
— Je 'm'en vante, — a reçu un coup de poing sur le nez. -^ Ah ! monseignear, ceci n'est point à la bautear du reste ; il faut tâcher de présenter ce fait d'iine manière plus noble, de le kire ressortir.... -^ Allons, je vais effacer cette phrase. — II làut conserver les premiers mots : ce fonctionnaire courageux... — Bon.' Ce Jonctionnaire courageux na point été secondé , — ' Cest vrai , personne n'a bougé. '■ — et ayant poulu s'assurer de la personne du séditieux , il en a été grièvement blessé au visage. — A la bonne heure, comme cela ! ^- N'avait- il point
d'armes? — Non Attendez, je crois qu'il
avait sa canne dans un coîn. ~^ Sa caone ! Il était armé en ce cas. Le nommé Lerond ayant tenté de soutenir sa rébellion par lajorce des
ar/nest r— Ah, ab I il auFa 4u bonbeur s'il s'en tire. Il ne faut pas oublier ses complices, niaintenaot. -r^ Qvï sont-ils? — D'abord, Thomas fils. -" Ah ! celui-là ne m'étpane pas. A-t-il Cr'iâ aussi , lui ? — Je ne crois pas } mais , ao iQomeotoà Lerond m'a donné ce fameux coup de poing , il allait m'a^sommsrr- — Suffît, k »i$ur Thomas Jih j officier à àemi-Êolde , mau* pais sujet, profiisont des princes» dungen>ux..... — Qui croirait, en vous le voyant si bien dépeindre, que vous ne le connaissez pjis?-n-Coma)ent, je nç le conoai^pa^ \ est* ee qu'il ne s'est pas moqué de moi qnand je nia toflabé dam fa boue ? ■» Je n'y . pensais plus, Vous le méuagez trop, en ce cas. — Qpe veux-tu ? Je suis naturellement indulgent. Nous dirons donc : ^4 sieur Thoma» ^ , eto. , qui partage cCaHleurs les opinion» voupabUa de Lerond.:. — Oh I ceci vons pouvez le dirf en toute sûreté de conscience, puisqu'ils vont devepir beaiuc-frères. Ua pensent l'an comme l'autre. — a soutenu fa ribeUion de Lerondi et le maire eût été vie lime de la fureur de cet individu, — Je tremble encore quand j'y pense. — s'il neât déjà été renversé par le coup de poing j — ■ Ceci ne vaut rien , monseigneur ; celte manière de
raconter est trop sîni[^.--Eb bien! si les èîes*- Burea qu il avait reçues. ne Savaient déjà ren-
peraé mourant aux pied» de ses de ses en- -
nenUa, -— Ennemis; cek u'est pas assez fort. — • aux pieds de ses bourreaux. "^ Bravo I cela iait image. 11 semble qu'on voit ce t>auvre maire.... Monseigneur, ce rapport-là fera sensation..,. — Oh! quand je m'en raéle.. .Poursuivons:// est donc nécessaire^ — Mettez, urgent, -^-^our prévenu* de nouveaux troubles, denvoyer ici la force an mée pour s'emparer des detat rebettes , les con' duite dans les priions jusqu'à ce que leur procès soit . instruit, et qu'un Jugement, leur inflige le châtiment qu'ils ont mérité' -r- Oh ! bien mérité, essurétnent; mais, vovs ouHîeï quelque chose. — Quoi donc ? — Et le père Thomas. — Est-ce qu'il était là, lui ? — JVon paei tnais il n'en est pas moins coupable. — Corn* ment entends-tu cela ? — Est-ce qu'il ne s'est pas moqué de noti-e eutorité ? Est-ce qu'il n'a point dit qu'il be connaissait pas de seigneur ? Est-ce qu'il n'a point refusé de me donner sa fille, que vous m'autorisien.à lui demander? rf'est-ce point en sortant du rasserablement de méconteos qu^il i-éimissait chex lui , que I.«^ rond s'est constitué en état <d« rébellion ou^ verte ? JVe peut -on p«s raigonnablerowit
supposer que le plan de reVoIte avait été concerté chez lui, et que, sans se mettre eo avant, il estle chef du complot? — Tuas raison. Il est peut-étra le plus coupable de tous.' Allons, allons... Il n'est point inutilede remarquer queles deuxindividusdénommésci-dessussesontportés aux excès que noua venons de raconter, en sortant d'un rassemblement de mécontens qui avait eu lieu chez le sieur Thomas , père de f individu de ce nom , porté au présent rapport. Ce vieillard.. .•.'i 11 s'agit ici de faire son portrait; je ne le connais pas : ainsi , parle, toi. — Eh bien ! monseigneur , ce vieillard récalcitrant , — Oh ! récalcitrant , je ne. mettrai pas cela. — Allons : ce vieillard factieux, — Ceci vaux mieux. — qui a sucé les principes de son fils; — II me semble plus naturel que ce soit le fils qui ait sucé les principes du père. — Comme vous voudrez : nous dirons , en ce cas: ce vieillard factieux qui a inspiré à son Jiïi séa détestables principes , réunit tous les jours chez lui..... Puisqu'il l'a &it une fois, il a pu le faire tous les jours, des ennemis du gouvernement Cest bien ; laisse^moi' achever main*
tenant. Il y a donc tout lieu de croire que cest dans ce conciliabule , — Ah ! voilà une belle expression ! — que s'est formé le complot qui
Vient ft éclater, et dont les conséquences funeatee ont été prévenues par la fermeté du maire. — Vous ramenez là bien adroitement l'attention sur moi. — // est indispensable , si ton peut totalement extirper l'esprit de révolte. qui se manifeste dans cette commune , d'arrêter également le sieur Thomas père , qui , suivant toutes les apparences , est te véritable chefdt! la conspiration. — Voilà une conclusion bien amenée. — Est - ce bien comme cela ? — Ou ne peut pas mieux, monseigneur. — Je ne suis pas de ton avis; il faut encore mettre quelque chose pour ajouter à la conviction. Par exemple : Une prande partie îles habitons du village qui étaient présens , déposeront la vérité de..: — Ah diable ! n'allez pas mettre cela ; tous ne connaissez pas ces coquins de ' paysans : pas un ne voudra ouvrir la bouche ; ils diront qu'ils n'ont rien entendu. — Comment donc taire si on demande des te'moins? — Oh! nousauronslepetitBastien, dont je réponds comme de moi-même ; et puis moi , maire , dont le témoignage est d'un certain poids. — C'est là tout ? — Nous ne pouvons pas comp-. 1er sur d'autres. — Allons, soit : Le paysan même auquel Lerond s'est' adressé en proférant des cris séditieux , déposera de la vérité
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du fait, -r- Voilà qui est tiien. — Tu vas tranacrire cela , toi , Robert , qui as une belle main. Robert se mit à l'ouvrage , et il eat bientôt fait. Voilà le rapport transcrit, mon-^ seigneur ; il tCy a plus que la formule d'usage: J'ai thonneur £êtFe avec un pn^nd respect... -~ Ne va pas- mettre cela , imbe'cile. — Pourquoi donc ? T— Comment î moî , Achille de Fierenvilte , écrire ain&î à un mauvais sonsprefet^quî n'est pas même gentilhomme t Allons donc, tutemocques de moi. Tu vas mettre; Je sttia , monsieur f votre, etc. — Voilà qni . est fait , monseigneur. -~ Maintenant , qui estce qui portera cela à la ville ? — Moi , mon-<seigneur ; je monterai à cheval diemaîn à la pointe du jour , et je serai de retour le soir, — Mais , nous disons dans le rapport que tu es grièvement hte&é ^ et si Ton te voit courir , comme cela.... -^ Alors, je monterai en voiture , et je m'envelopperai la tête. — Voilà qni est arrangé; maintenant, va-t'en , et laisse-moi dormir. Robert se retira chez îut , emportant le précieux rapport, et se consolant du mal qu'il avait reçu par respoir du ma) qu'il allait faire.