‹ Recueil politiqueChapitre 35 sur 63 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

PR&CÉS bE I.BKOH0.

Ow^^pAKir les trQÎs prisQpnijer^ suîyaipn^ U roate de la ville ; le père Thofoas «vajit d^e la peiue à mardiiCr. Les gep^^riçes t^}. exécu' taieol cet .ordre rigaui^ç;^ ^^,ept tofi^ 4? vieuf infUtaû^, }a fûtié tro^ya^ 49^^ P^*^ :^"^ leur ccearj ils plaigoaient lesmallieùrs de cette funiUe , tgxiis av^nt de ^a pepie à supposer coi^>ableV et ils se sentaient intérienrement disposés à avoir du respect pour l'officier , .qu'ijs condui^ient comme tin crimiael. On s'arrêta i une f^v^iei^e * où l'on prit une voiture , qui tranqio^ JçsE trois prî^Dnikrs à la vifle. Ils furent ;çm^ fia prjl^n à leur arr^yée ; mais 1'^inolji9ia,qu'ilsfiyaÂ<^t.éprofiye'e ï^ qV}fXav.f. leur facpUle $'étant,dis^ip^ej ^ s'étaient armés de hvaifffi, fit , ^as^^^és jur .l^^^ innocence» ils étahent ii^sig^é^ ,sur tout ce qui poyrr^t aqrivfiT..

I^rond .^ Tbooi^ ;lîls $ubirt:nt plusieurs

intern^ato.ires ; et cQTutxip ils niaient tout ce

dont on 'les «cessait , on crut qu'ils avaient

fondé leur .défense sur un systçœe de dénéga-

tion absolue , et on n'en fut pas plus dispose à croire à leur innocence.

L'instruction du procès de Lerond fat poussée vivement ; on avait appelé sur cette affaire toute la sollicitude de l'autorité. Un zèle bouillant et irréfléchi la représentait comme devant avoir les plus graves conséquences ; il importait surtout , disait-on , de faire un exemple. On s'empressa donc de remplir toutes les formalités, pour que rien ne retardât le châtiment du coupable.

On annonça à Lerond qu'il allait être jugé. 11 appiît cette nouvelle avec plaisir, parce qu'il ne doutait pas que l'issue du procès ne dût lui être favorable. La veille de ce jour, M. de Fierehville et Robert partirent pour se rendre à la ville. LapauyreCatherine était dansdes angoisses difficiles à décrire. M. Simon la rassura , et partit aussi pour aider Lerond de ses conseils. Le matin du jour où le jugement devait se prononcer, il eut une longue conversation avec Lerond ; celui-ci parut ensuite devant le tribunal avec un extérieur parfaitement calme.

Robert , avec un air effronté , mais un peuagité, figurait parmi les témoins. Lerond ne put s'empêcher de sourire en entendant la lecture de l'acte d'accusation , qui était entière-

ment hésê sur le rajf^ort de M. de FiereQTÏlIe. Kobert , d'uQe voix claire et élevée , 6t une déposition qui confirmait toutes les charges énoncées contre Lerond ; le jeune Bastien parla en tremblant dans le même sens. Ensuite on entendit les témoins à décharge ; de ce nombre étaient l'ancien maire et plusieurs paysans, qui déposaient n'avoir pas entendu de cris séditieux , et avoir vu seulement Lerond donner uDCoup de poing à Robert, qui l'injuriait et. le saisissait au collet.

Lerond n'avait point voulu d'avocat. Après que toutes les dépositions furent entendues y rassuré par l'air de bonté de ses juges , et surtout du président , par l'intérêt avec lequel .tout le monde le regardait ; il parla ainsi :

Messieurs, je ne suis point orateur > je suis un homme simple qui ne connaît que la vérité. Je n'emploierai donc point de grands mots comme ceux dont se sont servis mes accusateurs; je dirai les faits tels'qu'ils sont.

Mon père m'a laissé , entre autres biens, une partie de terres qui ont appartenu à M. de Fierenville.. Celui-ci voudrait que je les lui ren< disse , et moi je veux les garder, parce que mon père les a bien payées, et que les lois m'y autorisent. Je n'avais jamais parlé à M. de Fieren-

prhy'Gîïogle

TiIIe ; nous dous scM&mes renooatrës dans an diemin étroit. 11 m'a poussé , je l'ai r^^oossé ; je suis resté debout, et il est tombé.

J'aime la fille de M. Thomas , je lui coa- Tiem , et j'étais sur le point de l'épouser quand on m'a arrêté. M. Robert avait aussi des prétentions sur elle t on Ta rdiisë. U «st revenu à la trbarge; on a'eBt motjvé de lui.

Pesez bien ces circonstancee , messieurs , elks pourront servir à expliquer r>charoemeDt avec lequel on me poursuit.

M. TboBaaspèreestunvieillMdrespeetsble, quiatoujoun, autant qu'il f a pu, fait le bîea et empêché le faal. Sonfîlsestaabravcmtlirtaire, qui a gagné, au service de son pays, des diatinctioDs honorables, qui est rentre paistUe. ment chez loi quand on le lui a ordonné. Moi, messieuTS, je suis un citojen ti*anquille^ simmis aux lois. Je ne dirai pat que je ne suis point un séditieux, je ne sais pas même ce que c'est

Je viens m fond de l'accusation. Quand M. Thomas fîk est revenu , son père , content de le revoir , ce qui est asses naturel , a donné un djner. Il n'y a iavîté que ses amis; M. Robert n'y était pas. Le soir, je suis allé au café avec sou fils. Un grand innocent qui ne &it rien qae :p«r M. Robert , est venu me tenir des

pro^Kts snr le goaT^rnenient, pour m'engager à rimitèr; je ne lui ai phs repondu. Il ma dit qtté mon habit était trop large. J'ai répondw que {'aimais un .lialsit ample , et j'ai dit, en parlant de cela : vive l'ami^eur. M. Robert qui était à l'affût , a prétendu que j'avais, cm vive l'emperenr. Je lui ai dit qu'il mentait ; il m'a saisi an collet , je lui ai donue' un coup de poii^ et je l'ai jelé à la renverse. Voilà le fait , messieurs y tel qu'il t'est passe'. Je n'avois point d'armes; ma canne était dans un coin , elle ne ' m'a pas servi. M. Robert n'avait point son écbarpe; iln'iétait point en fonctions. Je n'ai vu en lui qu'on particulier qui m'insultait.

Reconnaîtrez -TOUS, messieurs, dans ce récit le complot, la rébellion ^ l'iDMirrectîon dont on vous a parlé l

. Je ne sais pas ce que c'est que d'nserde récri' .mination. Je ne cbercberai donc pas à vous faire sentir combien le témoignage de M. Ro* bert peut être suspect dans tout ceci ; combien ctiluî d'un jeune homme qai se Isîsee entièrement condiùre par les conseils de M. Robert , doit inspirer.de défiance. Je m'en rapporte ù TOtre sagacité ponr apprécier ces coasidératious; je m'en rapporteàvobre conscience pouf le jugement que vous allez prononcer.

Un mnrmore d'approbation s'éleva dans l'aaditoire quand Lerond cessa de parler. Le président interrogea de nouveau le jeune Bastieo. 11 lui fît une remontrance éloquente sur l'énormité du crime qu'il commettait , en ne déposant pas la vérité , en ne parlant pas d'après sa conscience. Le pauvre diable, après avoir longtemps hésité , finit par fondre en larmes, et avouer qu'il croyait que Lerond venait de raconter la chose comme elle s'était passée ; mais que , lui , avait déposé le contraire , parce "qu'il n'avait pas osé faire autrement.

Lerond fut absous à l'unanimité. Robert; pâle de colère, allait se dérober dans la foule , lorsque le président , après avoir prononcé le jugement, «jouta ces mots d'une voix imposante.

w Nous venons d'acquitter un homme contre lequel s'élevaient les accusations les plus graves. En examinant de près sa conduite, nous avons ■ découvert que l'imposture et la haine avaient employé les moyens les plus bas pour arracher des citoyens honnêtes et paisibles à leurs loyers, à leurs travaux;, à leurs familles. On a même été jusqu a suborner la faiblesse d'un jeune homme, .pour rendre sa bouche , naïve et pure, l'organe dn men&oiige et de la calomnie. On a repré-

87 ■ sente ualieu où régnaient la paix , la confiance ; et , à dé&at du bonheur , la tranquillité ; on l'a Représenté > dts-je, comme un foyer d'instirrçction , comme un réceptacle de brigands. Des villageois ont tu, pour la première fois, des gendarmes, des exécutions militaires. Us ont entendu les crisdécbirans des familles auxquelles on arrachait ce qu'elles ont de plus che^. Le calme a fui loin d'eux pour long-temps.

» Voilà ce qu'ont fait , en quelques jours, des hommes dont de pareils faits peignent mieux le caractère, quetoutceqae je pourrais ajouter. Cependant celui qu'ils avaient choisi pour principale victime leur échappe. Il a trouvé, dans l'équité de ce tribunal , un refuge contre ses perséculeurs. Mais deux infortunés , un vieillard respectable , un officier qui a verse son sang pour son pays , gémissent encore dans les prisons; et comme on ne les croit pas assez coupables pour être jugés, leur châtiment se prolongera comme s'ils étaient condamnés ; mais, les mit-on en liberté dès l'instant même , comme on va y mettre celui que nous venons d'acquitter, cette justice tardive les dédommagera-t-elle des ennuis de leur captivité , et des angoisses cruelles qu'elle a causées à leurs familles? Est-il au pouvoir des hommes de répa-

rer les conséquences funestes de I4 pérsécnfioA qu'ils ont soufferte , d'en eflàcer les tracés ilana la méniDire de ces malheureux , de tisbdre \$ santé à un vieillard , dont cette secousse va {léut-' être abréger les jours.

s Qn'ilsrougissent^s'ils en sont capables^ ceux cpi ont causé tant de maux f ceux <]ui^ circohvenant l'autorité, toujours alarmée dans les ' temps de trouble , qnt appelé sa sévérité sur des tètes Innocentes; ceux qui se parent d'un zèle affecté pour la bonpe catise , d'une sévérité de principes qui n'est pas dans leur cœur , pour satisfaire dés haines injustes et des vengeances cachées. Abusant de ce qu'il y a de plus respectable, ils osent invoquer le nom du roi à l'aj^ui de leurs criminelles intrigues. Qu'ils sachent que le roi et ses fidèles serviteurs désavouent les êtres méprisables qui n'ont que ces moyens pour prouver leur dévouement ; qui , au lieu decoilicilter les esprits, les aignssebt et les exaspèrent; qui désbbHBrei^ient , s'il était pos^Ue , une cause si belle> en s'en disant les soutiens, Non, le roi est ipHnemi de toute persécution ) il voit dd même œil VOàis les sujets souihis et obéissaus, et quiconque ie^ <^prime doit redouter les effets de sa justice.

9, Retonroez donc àii milieu de Tos.coDci'*

toj'ens , vous qui vêtiez d'être déchargé d'one aoc&satîon injuste ; vous allez être renda aux embrassemens àé votre famillfret de vos amis. Cdnsotes-lest tranquillifiez-lra sur l'avebir , eil leur ptrlapt des vertus de leur; bpti Roi ; surtout empêchez - les d'iittribuer aU gouverne^ mentve qui ne doit être imputé qtl^à li cor^uption de ses agens. Que , rassurés par l'équité des niagistnits suprêmes qui vfeiUâut sur eux, ils appreuneut à ue plus redoutet des hommes qui I s'ils l'eussent voulu ^ auraient pu se iaîf e aimer, mais qui maintenant doivent désirer l'indifférence et le mépris , comme les sentimens les plus favorables qu'on puisse leur accorder. »

Pendant tout le temps que le président avait parlé , les yeux de l'auditoire avaient été Jixés sur Robert, qui, atterré par des reproches qu'il méritait si bien, n'osait plus lever la tête. Bientôt tout le monde entoura Lerond pour le féliciter. Robert profita de ce moment , où l'on ne faisait plus attention à lui , pour s'esquiver.

Lerond sortit de l'audience au milieu des (élicitations. H eût été très-satisfait, s'il n'avait songé que ses deux amis étaient encore en prison. Il ne se doutait pas qu'il n'était pas luimême ati bout dfes épreuves qu'où lai prépa-

rait. A peine sorUît-il du ti-ibunal, qu'il fat arrêté de nouvean par-ordre du sons-préfet : en vaÏD objecta-t-il qu'il Venait d'être acquitté. he président, indigné d'un acte aussi arbitraire, voulut inutilement s'ûpposer à Tarrestation de Lerond. L'autorité fit valoir ses droits. Il £iUut donc se soumettre à cettS me- ' sure de haute poHce.

Lerond fiit de nouveau conduit en prison ; et tous ses amis, qui croyaient venir pour être témoinsdesonélai^issement, s'en retournèrent consternés.

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