‹ Recueil politiqueChapitre 36 sur 63 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ENCORE cra TENTATIVE DE ROBERT.

HoBEiLT avait vu de loin )e tumalte qu'avait causé la nouvelle aiTestation de Lerond. Il s'était consolé du la niortificatioD qu'ilvenaît d'éprouver en voyant de quoi il s'agissait. Il courut vite à l'auberge où était M. de Fierenville. Ah! voilà bien des nouvelles! — Je les sais toutes: - Lerond a été acquitté; mais j'avais paré le coup. — C'est admirable; mais avez-vous vu des juges pareils, et surtout ce coquin de président? Si vous saviez ce qu'il m'a dit ! il y eu avait une bonne partie pour vous, allez. ■ — Comment! drôie , tu l'imagioes'quxm homme de cette espèce aurait eu l'audace.... — Il ne fallait que l'entendre. — Qu'il se soit donné carrière sur ton compte , rien de mieux ; avec un homme de ta sorte cela ne tire pas à conséqttimce ; mais avec moi, diantre.... — Vous aveu toujours bien fait de ue pas vous trouver là, Vous, auriez eu votre paquet. — Qu'est-ce que c'est donc que ce président? — C'«st un de^ces hommes qui ont toujours de grands Q)et»« lii bouche , .tels que moàéraiiqn, justice, hitmanilé en-

9» ■ iln cela m'a tout l'air d'un jacobla. — Patience, nous aurons peut-être nofa'e tour.

M. de Fierenvtlle et Robert retournèrent au village. Ce dernier n'avait pas perdu de vue son grand projet. Il espérait bien tirer avantage des circonstances pour obtenir la main de Catherine.

Cette pauvre fille avait été voir nne fois son père et son firère; mais celte entrevue avait été si douloureuse et le moment des adieux si pénible, que Thomas et son fils prièrent M. Simon d'engager Catherine à ne plus revenir , et à attendre leur retour chez eux. Catherine était dans des transes mortelles, lorsqu'elle sut qu'on allait faire le procès à Lerond. M. Simon l'a- ■ vait rassurée de son mieux , et lui avait promis de revenir promptement lui en annoncer le résultat. Elle attendit toute la journée avec une anxiété inexprimable. Enfin, vers le soir, M. Smon arriva. Il n'avait point l'air abattu; mais sa figure n'annonçait pas non plus qu'il apportât des nonvdlles entièrement satisfaisantes. Catherine tremUanls n*i»sait l'interroger. M. Simon lai raconta de point en point tout ce qui s'était passé. Quoiqae Cathefine fôt donloureusemeat afièctee de savoir Lerond 'plongé de nouveau dans une prison, elle éprouva une .consolation

bi«n douce en pensant que son innocence avait été recoonae.

R{^rt> cependant, qui ne désespérait pat t»core de devenir l'époux de Calberine, réflé* chit que ce qui venait d'arriver à Letond de* vait doiiner à tout le monde une haute idée d« son crédit , et qu'en promettant la liberté des trois inforluoés ponr prix du consentement à sa demande, il rendfait p^it-étre le père Tltc^ mas et ses enfans plus traiubtes. il se rendit chez Catherine pour tenter cette voie d'accom* modement. Il trouva M. Simon cbes elle, ce qui le contraria beaucoup. Il lui eCit été |^us facile d'intimider une £emme seule , et il eut mauvaise idée du succès de sa démarche, dè« qu'il la vit sous la protection d'un homme qu'il ne pouvait souffrir, et qni lui io^iraît une sorte de crainte. 11 s'avança cependantavecissurancc. Catherine jeta un cri , et se détourna avec hor* reoT en le voyant. M. Simon se leva et fot ven lui. Que voulez-vo^ dans cette maison, et comment eses-vous encore vous y présenter? — J'y viensdans de bonnes intentions. — U est difficile de vous en supposer. — Je viens pour me concerter avec mademoiselle sur les moyens de rendis à la liberté les personnes que des «irconstances impérieuses ont iorcé d'en prî-

ver. — Ces circonstances impérieuses n'ont ja-* mais existé que dans l'esprit de quelques êtres lâches et pervers qui les ont fait servir de prétexte à leur vengeance. — Enfin, monsieur, on peut ré[Jbrer le mal qui a été fait. -^ Si c'est le remords qui vous y engage, expliquez-vous sur ce que vous voulez faire. — J'ai quelque

crédit M. de Fiercnville en a encore plus

que moi , et je lui 'fais faire tout ce que je veux. Ainsi on pourrait, intercéder pour iaire mettre en liberté DOS trois détenus , mais à une condition, — J'aurais- été bien .surpris si l'amour du bien seul vous avait déterminé, à faire quelque cbofift de louable. Cette condition , quelle estelle? — J'ai demandé, il y a déjà long-temps, la main de M"', Catherine.... si on me l'accorde -r- Retirez-vous, misérable^ vil calomniateur, s'écria M. Simon d'une voix tonnante; oseshvous reparaître dans cette maison déserte et silcTKieuse , où vivait naguère tme famille heureuse- et tranquille ? Vous voulez abuser de la situation d'une 611e seule et délaissée,' dont vous 'avez fait emprisonner les païens; et vous .croyez, en la flattant d'un espoir mensonger,. lui arracher à elle et à sa famille un consentement.qui les désbonor^evail tous. Tremblez de reparaître devant ceux que vous avez

persécutés , lorsque la liberté leur sera rendue. Ce moment ne peut être éloigné. L'exaspération des esprits commence à se calmer. On ouvre les yeux sur les abus que l'autorité a fait quelquefois des pouvoira saus bornes qui lui étaient confiés. Apprétez-vous à trouver dans les malédictions publiques le prix de votre conduite , à voir s'accumuler sur vous la haine et le mépris , et cbatJiez dès à présent une retraite profonde ,' seul re&ge qui vous reste contre l'iadigfoation qui vous poursuit déjà.

Robert était resté immobile pendant le dis* cours de M. Simon. Les derniers mots le 6rent pâlir. Toute son effronterie l'abandonna. Il M retira , sans répondre , avec une contenance confuse et humiliée. Depuis qu'il avait prouvé , par des persécutions , qu'il avait du pouvoir et du crédit, personne ne. s'était hasardé à lui dire ses vérités. C'était la première fois qu'un homme avait fait retentir à son oreille ces paroles terribles qui avaient répandu le trouble dans son âiiie, et qui l'avaient forcé à descen' dredanssaconscientre, dont il avait tâché jusqu'alors d'étouffer tes cris.

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