‹ Recueil politiqueChapitre 38 sur 63 · CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏ

UECBEDX ÉTÉNEHEirr, DÉLllÉHlTIOtT.

Quelques jours après le retour de Lerond/ un paysan , e'taut allé à la ville , y trouva tout le monde dans la Joie. L'ordonnance du 5 sepr tembre venait d'y èlre connue , et les transports qu'elle excitait éclataient de la manière la plus bruyante. Le paysan se dépécha de revenir an village ; et , en arrivant , il contft aux premiers qu'il rencontra cet heureux événement. Lel)ruits'en répandit aussitôt : tous les villageois accoururent et formèrent le cercle autour du porteur de la nouyetle, qui Jenr ra,coDtaît de son mieux tout ce qu'on lui avait ^ijt de l'ordonnance du Roi, et dujbien qui devaù en résulter. Ces bonnes gens étaient enchantés : Parblen , disaient-ils , on ne viendra pins faire d'arrestations chez nous. ITngentilhomme n'aura plus Je droit de nous injurier et de nous faire traîner en prison 1 Et tous les chapeaux volaient en l'air , et le cri de vive le Aoi /sortait de toutes les bouches. Robert, qui s'aperçut de ce rassemblement, vint pour en connaître la cause ; en s'approchant , il s'a-

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perçât qa'on le montrait au doigt et qu'on ïui riait au nez. II s'informa cependant du sujet de tons les cris tju'il entendait ; et les bras lut tombèrent lorsqu'on le Ini apprit. II reprit promptement son effronterie : Quel est, dit-il-, l'imposteur qui ose répandre ce bruit, tendant 8 troubler la tranquillité publique? — C'est moi, dit le paysan; je viens de la ville, où tout le monde se réjouit comme nous le faisons ici. Il n'ya pasd'imposture là-dedaus. — Taisezvous, dît RoI>ert,ce]a est faux. Je vais tous - faire arrêter, vous et tous ceux qui vous écoutent , s'ils ne rentrent à l'instant cbez eux.

Un brouhaha d'éclats de rire et de buées fut toute la réponse qu'on fit à Robert. U vit bien qu'il ne gagnerait rien à vouloir intimider ce& paysans , dont la (été était montée. Tl prit le parti de la retraite et courut chez M. de Fièrent ville, à qui il raconta ce qu'il venait de voir et d'entendre. M. de Fierenville fut foudroyé de ce récit > et resta plus d'un quart d'heure sans pouvoir parler. A la fin, il s'écria douloureusement : Il y a long-temps que Je te l'avais prédit , mon cher Robert. Je voyais bien que les affaires prenaient une mauvaise tournure I Tout est perdu , mon arai ; il n'y a plus rien à espérer ; le crime triomphe. Mais , dis-moi »

loS quel effet cela produU-il sut les paysains ? i~- Ua effet diabolique, monsiegneur. Ilscriéat vive h Roi! comme des enrages. — Ah, canaille maudite I Dans ce momeint^ on 'apporU le journal, et il n'y eut plus moyen de douter de la fetale nouvelle. Un instatlt après , li curé arriva tout effaré. Ce fat d'abord' un trio de plaintes, d'exclamations et de soupirs. Entin, on délibéra sur la conduite que l'on devait tenir. Ilfautcrierqu'on trompeIeRoî;ditM. de Fiereaville; il faut se déchaîner contre les ministres ; it tant dire que cette mesure sera révoquée; il faut intimider ceux qui seraient tentés de s'en réjouir; il Ëiut iàire ensorte que les mêmes représentans soient réélus. Toï^,^ Kobert , tu vas me seconder ; tu tâcheras d'endoctriner tous les riches paysans du village et desenvirons, qnisont électeurs. Et vous, curé*, il faut vous servir aussi de votre ascendant.

— Bah ! dit Robert , tout ce que vous direz aux paysans'ne servira à rien. Ces gens-là, au lieu de vous écouter, vous' reprocheront cô que yons avez tait. Vous devez vous résoudre à en entendre de belles. — '■ Commetit ! que me reprocheront-ils?— Les arrestations.

— Ah mon Dieu! je n'y pensais plus. C'est toi; misérable, qui me vaut tout cela, c'est

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pour te faire plaisir que je Ri'y siiû jH^té. *r- Voilà du Douveaa ; p'esl bien mp} qui ai inoatë le coup pour vops copaplaire. 77- Gpminent, coqaio , je oe t'ai pasfait maire ei^vers e^ contre tous ? je n'ai pas lait inettre Lerqnd en prison poûf que tu pussgs gppuscrCathçrine?— Ah ! par ei:.eniple , vous WjS prenez pourun sot. C'est bien parce que vous lui en voulea que vous l'avez fait mettre en prison; ce o'es;t pas pour l'aipour de nio^. — Comment , dr6Ie ^ ta oublies tout ce que j'ai ^t pour toi ? un mai^ant.que j'ai tiré de la boue !... — Ab! vous mV -vez rendu là un fier service. Grâce à vous , je n'ose plus me promener dans le vill^^e sans craindre d'être insulté. Je me moque bien de votre place ^e i^aire , qui ne rapporte rien. Vous m'aviez promis un emploi lucratif. J'ai dénoncé» j'ai calommé celui qui en était pourvu, et je n'ai rieu obtenu. Maintenant, on nie montre au doigt comme un licbe et un misérable. Allez , votre connaissance m^ ^t biep du tort — Ayez donc des bontés pour des gens de ceile espèce! .... Va, to es on scéle'rat ! — Et vous, vOQsétesnn vieux-.. — Doucement, dit le coarë : que ceh n'aille pas {dos loin. Quand on s'est compromis tons deux, comme vous l'aves &it, il but re^er uiùs, a ce n'est

par estime et par affection, an moins qae ce soit par raison : c'ç$t U mpment , moins que jamais , de vous brouiller. Les circonstancç^ exigent de l'union parmi ceux t|ui pensent bien. Ainsi , an lieu de vous quereller, songes ^ par^r le coup qui yous menace. Je crois l'avis <^e M. de FierenviJIe 9 Quyert fort imprudent, y^us vçye? que la mesure qui noys de'sespèrç .a l'apprQbation.des ^»js^. Au jieij fie la com; battre, il làul ^x(ùrlVr de l'approuT^çr, c'est ]a vraie manière de'iw populariser, ^ar et moyai , vous jgq^irez ^ire toi^i^r Içur cJboiiE sur quelqu'un d,e notf,e bord ; ,çt , unç fois 1^ çjioix fait , nous cba^igero^s de ^atterie. ][1 nç faut point s'çi^c^çir à f^if^e cHre les mêmes rejlpœent^jis , pa]nçe f[ue ç«^a çhoqtif^^it Jrop' dç mon^e ; fap& i) i^ut ^ ^aire <çlire d'f usa ibpns. ^insi , tâchons d'^re içL'accord e^e npus , ^ de designer 3 l'opiiiiofl. ]un sujet ^ur lequel pp puisse compfçr. Par e^gipïe^yops, mpnsj,evr dp Fierçnyille, ppurqt^cd pe sçjijigerie^B-vqus p^s.à TOUS mettre sur l|e^ r^,Ugs? Y ou^ ayejE beaucoup de connaiss9nq^;^9ns^e,4çpaftement> aucfaeflieu .surtQj^. Ifl'^ig}i^j; , c^aifiz de manière à yous wWre f u ,çji4çpçp ; àfrtçf^ei, ppyjr un mqç^eqt, a|fî^ftl,poil^^v^ IfSpajsjççs, yo^s }e$ amadouetp^j ^Js jo^w pç^peçgptjçpmipf up

io6 liomme attaché à leurs intérêts , et toutes las voix se réaniront ea votre faveur. Ne .perdez pas de temps : consultez-vous, et prenez na parti , car il n*y a rien de pis que de ne pas savoir ce qu'on veut faire.

Croyez-moi , ce moyen est le seul qui, en vous donnant de l'influence, puisse vous mel^ tre à même de combattre Iç système qui nous anéantit. Quand vous serez nommé , vous verrez d'abord quel sera l'esprit de la majorité de la chambre. S'il est tel que nous devons le désirer, voiis n'aurez plus de mesures à garder-, TOUS attaquerez sans ménagement tous ceux qui ne pensent pas comme vous. Vous demanderez qu'on prenne des dispositions propres à affermir la royauté et à lui concilier les cœurs > telles que tribunaux extraordinaires, loi des suspects, emprisonnemens arbitraires, déportations, exils, etc. Vous avez vu le bon effet que cela a produit depuis un an. On ne saurait donc trop s'attacher à de pareilles mesures , ^ en demander la prolongation.

Vous serez à même d'apitoyer vos auditeurs sur le sort de cette pauvre noblesse et de ce 'pauvre clergé; car il ne &ut point avoir la sottise de perdre de vae nos intérêts particuliers pour l«s saçri6er à Fintérét public. Le

conp de maître, c'est de oe nous occuper qoe de nous, en ayant l'air de ne songer ^u'au lûen de Te'fat, et de &ire croire que ce qu'on nous donnera à nous, tournera essentiellement au proiit de la France, qui ne fera que s'endetter de plus'en plus pour, améliorer notre position. Si vous, voyez que la majorité de la chambre ne soit pas favorable à vos prétentions; si malheureusement cette majorité paraissait déterminée à suivre les intentions du Roi , ce que nous autres, bons royalistes , nous devons redouter parnlessus tout : alors vous changerez de langage , et vous prendrez une marche diamétralement opposée à celle que je viens de vous tracer. Au lieu de parler du peuple avec mépris , et de demander des choses contraires à ses intérêts et à ses droits , vous vous ferez tout à coup son avocat , et vous ne parlerez plus que pour le défendre. Au.lieu d'attaquer la Charte, et de vouloir qu'on la revise article par article , vous deviendrez un de ses plus chauds défenseurs , et vous ne permettrez pas qu'on s'en écarte le moins dn monde; quand lùen même on représenterait que le maintien de la tranquillité publique, la stabilité du gouvernement exigent qu'on suspende momentaoément » avec des garanties sullisan-

iqS tes, qnelqaes-nns des droits que cette Cbarte consacre; quand vous en seriez convaincu vousmême , vous ne voudrez rien entendre , et vous ne souffrirez pas qu'on porte la moindre atteinte aux droits de ce cher peuple, pour lequel vous TOUS serez tout à coup pris dç belle passion. ■

A quelque prix que ce soit , il faut que nous redevenions les maîtres. L'intérêt de l'état , la sûreté du trône ne doivent passer qu'après cette considération essentielle. Nous devons marcher à ce but san? nous embarrasser du reste. Le moyen dont je parle est , je crois , infaillible. On vient de nous porter un coup terrible , sous prétexte que nous étions contraires aux intérêts du peuple; eh bien I faisons croire que nous sommes plus zélés pour ses droits, que ceux qui prennent sa cause en main. Parla, nousnittrapperonspeut-êtresaconfian- , ce j et, s'il est assez sot pour nous la rendre, si nous pouvons reprendre le dessus , alors nous établirons notre autorité sur i^es Jiases inébranlables , de manière à ôter a ce peuple l'idée même de pai'fer de ses droits et de se sbustraire à l'autorité que nous n'aurions jamais dû cesser d'avoir sur lui.

Le discours du curé rallia les deux cham-

pions. M. de Fierenville fut frappé comme d'ua trait de lumière, par la perspective qu'on lui présentait; Cette idée d'être député le flattait agréableràeiit; il se voyait déjà à la tribune, tonnant contre les modérés et entraînant tous les suffrages. Il présenta la main à Robert, en signe de raccommodement. Celui-ci consentit à la paix , n*ayant rien de inieux à faire. I] fut décidé que M. de Fiereùville tâcherait de se {réconcilier avec les paysans; ique Kobert en . ferait autant, et seconderait les préteotions de son patron ; qu'eiitiD le curé userait de tous les moyens de persuasion et d'autorité pour faire réussir un plan si avantageux à la monarchie , à la religion et aux mœurs.

Les choses étant réglées ainsi', te conseil se ' sépara, chacun se consolant intérieurement de la conduite du Roi, par l'espoir d'empêcher les re'sultats qu'il s'^en propi^ait.

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