‹ Recueil politiqueChapitre 40 sur 63 · IIJ · texte numérisé non relu

IIJ

Ueo , je veux vous marier, j'ai un parti qui vous convient. Je crois bien que vous ne pensez plus i cette petite Catherine... — Vraiment !— Oui, jîai votre affaire , une femme de chambre de moii épouse.... — Dame ! c'est beaucoup d'honneur. — Ah ! c'est une fille !... — Je n'en doute pas ; mais je vous dispense de prendre tant d'intérêt à moi. — A propos, monsieur Leroiid, vous vous disposez à aller aux élections. — Oui , inonsieur de Fierenville. — Vous avez là une tâche bien delicate à remplir.— Je sais cela.— Il ne faut pas aller choisir légèrement. — Ob diable ! non — Il Èiut d'abord bïen^e pénétrer des intentions du Roi.— Cest l'essentiel. — H faiit bien se figurer que c'est une concession qu'il fait pour la formé; que, dans le fond , il veut que les élections soient toujours faites dans le mêiné esprit. — Tous croyez cela? — Oh ! ce que je vous dis est exact. Ainsi , niftn ami , il ne s'agît pas là d'aller don-> ner sa voix à quelqu'un de ces cerveaux brûlés, de ces amis du désordre, qui parlent de liberté,

de constitution — Fi donc!— 11 faut choisir

un homme raisonnable , d'un âge à ne plus l^ire de sottises... Un homme.* Vous entendez bien ce cpie je veux dire? —A peu près — Je parie que vous avez déjà fixe votre choix. — Quelle, idée ! — Ah ! s'il n'y avait que des gens comme

vous poar électears, on n'aurait qae faire de s'inquiéter, les choix seraient bons. Vous aves da jugemeat, de la sagacité, tout ce qu'il &at pour connaJtre les hommes. Certainement > TOtre suffrage sera bien honorable pour celai qui l'obtiendra. — Vous me flattez. -^ Non , non , je parle le cœur snr la main. J'attacherais plus de prix à votre suffrage qu'à celai de vingt autres. — Cest incroyable. — Je parierais voua dire d'avance à qui vous donnerez votre vois. — Voyons donc. — Vous le donnerez à un homme respectable, qui joigne aux talens et aux qualités dtl cœur une naissance distinguée: car la naissance est néceraaire à la considération; vous sentez cela... ce n'est pas qu'sntrs nous j'y attache un grand prix... — Après...*»* Quel avantage pour les paysans d'avoir pour représentant un bon gentilhomme qui les regarde comme ses enfians ! oni , comme ses enfans ; je ne plaisante pas. J'en juge par moi \ il me seii>ble que je snis votre père k tous , ^en ai vraiment les sentimeos. — Vous l'aveC prouvé. — ^ Jeme ferais un devoir de défendre vos intérêts,' de vous faire obtenir tout ce que vous demanderiez; rien nemecoûterait. Oh! je snis comme cela, moi ! — Ah ! ah î— IVest-ce pas, Lerond, que j'ai bien In dans votre pensée?— •Oui ; mais

ii4

le point difficile, c'est de rencontrer un homme tel que celui que tous dépeignez. — Il ne hnt pas aller loin pour cela; réfléchissez donc bien. Un bon gentilhomme qui aime les paysans, qui prenne leurs intérêts... Vous voyez cela d'ici.- — Ma foi , non. — Ah ! ce diable de Lerond , qui fait semblantde ne pas comprendre ce que je veux dire... — Je veux être damné!..* si... — Allons donc; comme s'il ne voyait pas que c'est son suffrage que j'ambittonne.... qne je me trou- Terais flatté... — AJi ! tous voulez donc être député ? — Oui , mon ami. — Cest donc là ce qui vous amène P — Du tout , du tout , mon ami ; je suis venu pour avoir le plaisir de vous voir, pobr vous témoigner mes regrers, vous erprimer le désir de vivre en bons voisins. Oh ! diable... n'allez pas croire... Le hasard a fait que la conversation est tombée sur ce sujet.... Par^ bleu, je crois que c'est vous qui en avez parlé le premier? — Croyea-vous? — Oui, oui, c'est vous. Je n'y aurais pas pense sans cela. — C'est donc moi qui vous y ai &it penser? — C'est-àdire... vous me &ites penser à vous en parler.... Vous sentez bien qn'en désirant d'être député , ce n'est pas l'ambition ni le désir de me mettre en évidence et de feire paiier de moi , qui me guident. — Oh I non ! — Cest votre intérêt i

ii5 tous, mes enfans; c'est le clésirde vous voir heu« renx, d'être utile à mon pays. — On vous reconnaît bien là. — ^ Vons jugez qu'il serait bien plus agréable pour moi derester ici à vivre tranquillement au milieu de vous > bonnes gens, qned'aller me ruioer.me fatiguer... Mais,quaod l'intérêt public parle , je ne pense plus à moi. — Voilà du désintéressement. — Ainsi , mon cher Lerond , c'est une affaire arrangée ; je puis compter sur vous.— Je n'ai pasditcela. — Allons, il va se faire prier, comme si, entre amis... -^ Nous sommes donc amis ? — Je l'espère , mon cber; quant à moi , je vous suis tout dévoué. — Que de bontés ! — Allons > mon ohee Lerond , prenez mon bras , nous ferons un tour dans le village ; nous irons voir ce bon curé.... C'est vraiment un brave homme ; il me paHait de vous hier avec tout plein d'intérêt. — Je lui en sais beaucoup de gré. Je le crayais un peu changé à mon égard. — Lui 1 oh ! pas du tout. Il vous a toujours rendu justice , je l'airaais k cause de cela. Cest bomme Robert , auquel vous en voulez... — J'ai tort, peut-être? — Non, mon ami , je suis1>ien éloigné de vouloir vous trouver des torts ; mais si vous saviez combien, à saplace,i) est difficile... dans des temps comme ceux-ci... Quand on a des ordres sévères... qu'on

ii6

est obligé d'exécoter nulgrë soi.... Allez, vous ne lui eu voudriez pas Mitaut. — Je ne l'^n regarde pas moins comme un bien vil coquin.— N'allez pas croire que je veuille le justifier. Je sais porté à en juger comme vous ; je me dis* pose même à rompre avec hii au premier jour. Je voulais seulement vousdire qull œ &at pas toujours juger sur les aj^arences. Ab çà ! sortons-nous? — Non, je ne sors pas, j'ai af- &ire. — Ah,moacIier Lerond ! je serais désolé de vous déranger... Je vais vous laisser..'. — Comme vous vondvez. — • Voua viendrez me voir , j'y compte. — Je ne vous promets pas cela. — Si ,  , il faut venir. Adieu , mon cher Lerond. — Adieu , moosieur de Fierenville. Lerondavait voulu voir jusqu'où M. deFiercnviUe pourrait pousser la c{HD[daisance. C'est pour cela qu'il ne l'avait interrompit que pu des demi-mots ironiques , que celui-ci n'avait pas Sortis ; ma» il se proposait bien , la fà-enuère Sois que M. de Fierenville lui parlerait' il ce sujet ; de lui déclarer nettement ses intentioiu.

Page 1