‹ Recueil politiqueChapitre 43 sur 63 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

unom) cmsuhrB pooe son Atrtnt.

Ijerokd descendit dans le même hôtel qae son compagDOa de voyage. Au lieu de songer à satisfaire celte curiosité assez naturelle à quelqu'un qui n'a jamais tu la capitale, il ne pensait qu'à l'objel qui l'avait amené. Le voyageur lui promit de' le mener bientôt dans une société où il ferait connaissance avec des hommes qui pourraient (aire valoir ses réclamations, et lui faciliter les moyens d'obtenir la liberté de ses deux amis.

Leroud attendit impatiemment le jour qu'on lui avait indiqué. Enfin il arriva ; son proteC' teur le conduisit le soir dans une maison oii se réunisfiait une société' nombreuse et brillante. On Bt à Lerond un accueil assez froid , mais il y fit peu d'attention : il aurait tout souffert pour réussir dans ses démarches.

C'était justement le jour qu'on avait présenté à la chambre des députés un projet de loi sur la liberté individuelle. Cet important sujet occupa de suite la conversation. Il se rapportait tellement à l'affaire qui amenait Lerond à Paris, qu'il écouta avec beaucoup d'atten-

tion. Lerond vit avec plaisir que la majeure partie de ceux qui se trouvaieat là combattaient le projet de loi. Au moins, disait-il en lui-même , il y a encore de braves gens qui prennent les intérêts du peu[^e , qui ne veulent pas qu'on puisse arrêter arbitrairement des citoyens paisibles , comme on m'a arrêté moi et les deux Thomas. Voilà ce qu'on appelle des hommes zélés pour le bien public.

Pendant que Lerond faisait ces réflexions , la discussion continuait. Il était surpiis de voir que ceux qui étaient contraires au projet de loi , mettaient dans leurs discours une animosite singulière, tandis que leurs adversaires conservaient un calme plein de dignité. Cependant, comme il était lui-même opposé à la loi , il désirait bien que les champions de la liberté individuelle eussent le dessus.

Une chose l'embarrassait , c'est que , parmi les adversaires de la loi, les uns disaient quelle était inutile; les autres, qu'elle était insuâisapte. Ceci est contradictoire, pensait Lerond: ces messieurs sont bien d'accord pour le résultat j mais ils ne le sont pas pour le principe. Si les uns sont partisans de la liberté individuelle ^ les ■ autres y sont bien opposés.

Cette contradiction refiroidit un peu l'admi-

iSo ration qne I^erood avait d'abord éprouvée pour eux. Il les \it ensuite attaquer avec si peu de retenue celui qui présentait le projet de loi j il leur TÎt mettre, dans leurs discûuîs, des personfaalités à odieuses , des sarcasmes si iodé- Ëecs , qu'il pensa que c'était peut-être plus la passion que l'amour du bien public qui motivait leur opiaion.

D'ua autre côté , Ttes hommes qu'ils attaqùaiéiltj se défeDdaî'ent avec tant dedigoité^ la raison [tarlait par leur bouche un langages! noble ; on voyait percer » dans leurs discours^ tant d'ïmour du bien public , et les inculpations de leurs adversaires, quand ils se donnaient la peine de les réfuter, paraissaient si dignes de pitié et de mépris , que Lerond ise sentait eu" ^ainé presque malgré lui k être de leur avis. Toutefois, quand il venait k penser au sujet qui s'agitait ; quand il se représentait ses deux amis eu prison depuis si tong-temps , son sang bouillonnait dans ses veines , et il revenait à ses premiers se ntîmeUB d'approbation et de bienveillance pour les défenseurs de ta liberté individuelle.

Cette discu^on se termina , cûmme se terminent à peu près toutes les discussions j c'estii^ire que ehacûn , après avoir bieil crié , bien

argumenté, bien gesticulé, resta très-persaad^ tja'il avait raison , et n'en fut que plus attaché aox preniièrtis Opinions qu'il avait manifestées.'

Goaime on ^tatt prêt à se retirer, l<erond pensa qu'il ferait lùen de consalter sur son af'- &ire quelques-uns de ceux qu'il avait tus les plus afdens à combattre le projet de loi. Etf en voyant cinq ^ six réanis, qui parlaielit entre eux, il s'approcha du groupe, et saluant d'uno manicire respectuense t Messieurs , dit-il , j'aurais un -amseîl k vous détuandér. '^ Qui ètesvous? —Messieurs, jâ suis an paysan...-^ Un paysan! dieraheE uti avocat, moti ami» si vous avez t^esoin de conseils. '^Messieurs, il s'agît ici de liberté. — Ëst*ce que vous vous mêlez ausâ de 'parler de liberté? Qo^qne peu qu'on tous en laisse, ce sera toujours trop. -^ Mais, messieurs , quand vous parliez tout à l'heure dans

l'intérêt du peuple — Croyex-Tous, mon

ami , que nous sommes Ëiits pour défendre les intérêts des gens de votre espèce? Vous êtes plaisant de venir vous adresser si cavalièrement à des hommes de notre rang ! Allez , si tous voulez des Conseils , cherchez- en près de vos ^aux.

Lerond , qui était naturellement assez eoi' porté , fut prât a leur dire des injures. Il s*

i5a retint cependant, quand il sc^geaqo'il com-promettait peut-être Içs intérêts 4e ses deux amis. Je les ai, safas donte^.inteirompns.mal ■ à propos, se dit-il ; ils étaient encore dans la chaleur de la discussion , et c'est pour cela qu'ils auront trouvé mauvais que .j'aie, été les distraire du sujet qui les occupait. La manière dont ils. m'ont reçu est trop en contradicdon avec leurs discours, pour qu'elle ne soit pas l'effet d!une distraction. J'irai les trouver dans un .moment OÙ ils seront de sang-froid^ et j'en aurai sans doute plus de satis&ction.

Lerond ne dit rien , k son introducteur d«. la manière dont ces messieurs l'avaient /ecu. il s'informa seulement de leur -domicile,' pour aller les consulter dans on moment plus opportun.

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