‹ Recueil politiqueChapitre 54 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE DtPVtt.

Je me rendis cbez Beraard le lendemain , k onze heures. Son ami y était déjà. C'était un homme de trente-six à quarante ans, d'un physique très-avantageux. Bernard lui avait déjà parlé de moi, et il m'accueillit fort bien. M. Murville me fît beaucoup de questions sur l'Allemagne, qui annonçaient qu'il avait étudié la géographie et les mœurs de ce pays. Enfin , me dit-il, toute l'Allemagne aprofîté des leçons de l'expérience. Tous les états qui ■ la composent^ demandent à leurs souverains une constitution qui garantisse les droits de la nation contre les abus de l'autorité souveraine. Cette Toix des peuples se lait entendre d'un bout de l'Europe à l'autre , et la France, qui les a devancés de si loin , qui a semblé an moment re* venir sur ses pas, voit son prince consacrer d'une manière solennelle ces immortels principes du salut et de la gloire des nations. — Mais, monsieur, ces principes ont-ils l'approbatioa de la majorité des Français? — N'en doutez pas. Un peuple, et j'oserai le dire , tel que le

i,,Go()j^lc

peuple français, ne peut prendre le chaDge su^ ses véritables intérêts. Quoi qu'on ait fait pour les lui faire méconnaître , on n'a point réussi , et il a bien vu que ceux qui voulaient le tromper, voilaient leurs prétentions personnelles et les calculs de leur intérêt particulier, du nom de zèle pour le bien public. Il n'est point def moyens que ce parti n'ait employés pour atta-* quer la conduite du Roi, en ayant l'ait* de ne s'en prendre qu'à ses ministres. Aussitôt que le gouvernement a cessé de suivre une marche qui flattait leurs désirs, leurs prétentions et leurs espérances, ces gens si zélés d'abord ont changé de langage. Ils sesontdéchalaés contre lui avec un acharnement sans exemple, qui a dévoilé, dans toute leur difTormité, les sentîmens hon.> teux , les motifs condamnables qui les avaient conduits jusqu'à ce jour, et sur lesquels bien da monde avait été abusé. Un écrivain célèbre employa son talent à justiHer les clameurs de ce parti, et, trompé lui-même, ou voulant tromper les autres, il prétendit prouver que la majorité de la nation partageait ses opinions exagérées. Une disgrâce éclatante donna de la célébrité à cet ouvrage, qui sans cela ne fut pas sorti des cercleii pour lesquels il avait été écrit. Cette disgrâce flatta la vanité de celui qui en

ëtait Fobjet, et augmenta, aux yeux de ses par-^ tisans , le mérite d'un écrit qui leur paraissait UQ chef-d'œuvre de raison et de politique, et qui, auprès des bons esprits» ne pouvait que nuire à ia réputation de son auteur. Des écrivaius d'un ordre inférieur ae traînèrent sur les traces de leur modèle -, et les raisonnemens les plus spécieux furent employés pour défendre cette cause, déjà jugée, déjà perdue au tribunal de l'opinion.

Undesmf^ens qui réussissent le miens, dont, outireleplusdepartiiauquellesapparencesdon»

nent le pins de force> est celui que je vais vous exposer, et qiii , je l'avoue , a pu sédurre quel-' ques amisde la paix et de l'ordre.On dit : l'année dernière^ tous les partis gardaient le silence; on commençait même à pouvoir douter de leur existence, et la paix allait renaître à la suite de cette sage sévérité qui avait comprimé toute e-ipèce d'opposition au gouvernement, qui avait déçu toutes les espérances coupables. Cet état dé* choses a paru trop satisfaisant, et on a voulu le faire cesser. L'ordonnance du 5 septembre a été une étincelle qai a produit l'embrasement général qui s'étend aujourd'hui sur toute la France. Tontes les haines se sont réveillées; tous les »rtigans de troubles sont sortis de leur

salutaire apathie; les partis se sont relèves pliu menaçaos, plus redoutables que jamais. Ils sout aujourd'hui eo présence. Voilà ce que le mi- Btstère a &il, voilà le résultat de cette mesure ^'OQ annonce comme si utile au bien public.

Ce rapprochement, présenté avec adresse, et fortifie par le spectacle de cette fermeotaticm tpù a agité toutes les têtes au moment de& élections , par cette impulsion générale qui a tourné tous les esprits vers les affaires publiques; ce rapprochement, dîs-je, a pu séduire quelques personnes de bonne foi, qui, pes ac* coutuméesàobserver,enonten]d^af)pwepeca ri spécieusement interprétées, et ii'oiit plus vu daM ce qu'elles approuvaient d'abord qu'nne source de discorde et de trotililes. Maïs c'est am^ hommes bien intentionnés et vraiment sélés pour le Inen de lear pays, à faire apercevoir la mauvaise foi cachée sous ce raisonnement.

L'année dernière , un parti, le plus faible de lODS si l'on considère le nombre et la popularité, se trouvait le. plus fort, parce qu'il avait entre ses mains l'action du gouvernement et louS les moyens dont il pent disposer pour foire exécuter aes volontés. Ce parti , incapable de modération dans son triomphe , suppléait à

■ 6, ; la force qui lui manquait, par f ascendant qu'il avait pris sur la représentation de la nation, et par l'autorité dont l'investissaient des lois qu'il avait dictées loi-ntéme. Ne pouvant acquéric une ptiissance réelle , puisqu'il manquait de considération, de fotce lahérente en luîinénre^ et surtout de popularité, il suppléait à tout cela par la terretïr qu'inspiraient ses mesures violentes et arbitraires. Personne n'était plus à fabri de ses persécutions. En déclamant contre la révolution , il avait rétabli la plus odîense des'lois qu'elle traîna à sa suite. Dès lors, la liberté de tout citoyen était k la merci du premier scélévat qui voulait le dénoncer. La démarche la plus innocente pouvait être in* terprétée comme tfn crime, et avant qu'on eût jugé si les soupçons dont vous étiez l'objet étaient fondés, votre châtiment commençait.

Cest ainsi que le parti dominant s'était assuré un triomphe momentané, sans réfléchir qu'en abusant de la victoire il se préparait une destruction entière et inévitable. Mais, semblable k ceux qui veulent nous égarer aujourd'hui , il ne jugeait que sur les apparences; et, parce que la crainte avait fermé toutes les bouches, il se figurait qu'il commandait à l'opinion même, et que la nation, semblable à un vil troupeas

d'esclaves, se façonnait au joug qu'il lui avatt imposé. Alors certes aucun parti n'osait s« moDtrer; mais ces partis, d'abord divisés entre eux , étaient tous unis par la haine qu'ils portaient à leurs oppresseurs. L'indignation, qui se renfermait, n'en était que plus vive ; le désir de la veugeance, qui ne se mapifestait pas pat- des menaces, n'en couvait que plus terrible au fond des cœurs.

La présomptioD qui aveuglait les vainqueurs, leur avait fait négliger tous les ménagemensque des hommes plus adroits eussent employés. Ainsi, ils annonçaient leurs arrogantes prétentions et le désir de rentrer dans leurs biens, sans craindre d'alarmer les intérêts d'une classe immense de citoyens, bien plus puissante qu'eux. Ils témoignaient leur mépris et leur haine pour tout ce qui s'était fait depuis la révolution, sans craindre de blesser ce sentiment de gloire nationale que rien ne peut éteindre chez un grand peuple. Aveuglés sur les dangers qu'ils couraient , ils attendaient, dans une stupide sécurité, l'explosion terrible qui se préparait. Toutes les passions, to.us les ressentimens, long -temps enchaînés, n'attendaient qu'une occasion de se manifester et de briser les barrières trop faibles qui les avaient

Cônlenua jusqu'à ee jour. Je comparerai la situation du parti dominant à cette époque , avec celle de la France dans les derniers momensUe sa puissance, lorsque sa domination, établie par ses conquêtes, s'e'tendaît sur une multitude d'états qui la servaient sans l'aimer. Elle s'était xninée au dedans pour s'assurer cet empire, que la terreur de ses armes maintenait encore; mais déjà ses bras affaiblis embrassaient à peine cette ëtendne de conquêtes hors de proportion avec sa population et ses ressources; les princes qu'elle avait vaincus s'indignaient de son orgueil et de leur asservissement; et, à la première éclipse de sa prospérité , tous ces peuples , qu'elle avait crus soumis , l'accaïtlèrent de leurs efforts réunis. Ainsi , une catastrophe inévitable se préparait dans le silence; mais comme, dans ces grandes secousses, on ne s'arrête jamais dans de justes bornes, ceux qui l'auraient amenée n'en eussent point été les seules victimes , et la ruine de la France en eût peut-être été le résultat. Voilà quetleétait notre position l'année dernière; voilà ce que quelques gens veulent bien appeler l'exlinctiou des partis, raffermissement du gouvernement, le retour de la tranquillité.

Tandis que les vainqueurs s'endormaient au

7* bord du précipice* U sagesse du Xioi veillùt. I^'expérieace lui démontrait qu'on ne détniic paint les partis dans un état , en fonmissaiit i l'un les moyens de persécuter les antres, et que , quand , par nue suite du malheur des circonstances , ces partis existent , ce n'est qu'en les contre-balançent entre eux, qu'en les maintenant dans un par6ùt équilibre , qu'on les ac^ coutumera à ne plus se craindre et se hair. Rassurés par un gouvernement qui les ¥oU tous du même oeil , qui tient entre eux la balance égale , ils croiront n'avoir plus rien à re> douter les uns djes autres; ils penlnuit ceUe attitude boslile qu'ils ont reprise ; ils cesseront de se voir avecméGance et avec envie; ils se rapprocheront insensiblement, et le temps, qui amène l'oubli du passé , éteindra ces haines, toujours si fatales au repos d'au état. Cest ce que le Roi a senti , c'est ce -qu'il a ciMnmencé à exécuter; et les apparences, qui semUent déposer contre l'efficacité de ses mesures , sont au contraire ce qui doit en faire e^rer le succès.

Lorsque la majorité delà nation > si longtemps comprimée , vit et£a que le Roi vou- . lait régner pour elle , et préte^idait qu'elle <àois!t des représentans, vrais ioterprètes de ses

seBt,iin«ai, vrais défensenfs de ses intérêts, «U« manifesta avec ardeur l'envie d'user de ses droits trop loBg-tero^ éludés. L« parti cantraire, fu* rieus de vmrsa paissauce renversée ^t ses espérances détruites, «mploya ses dwaières ressources pour conserver uoe influence qui lui éetia^tpait. Cest ce qui a produit un dioc vîo« lent dans les élections , c'est ce qui a fait crier qu'on avait réveillé les partis. Mais la najorité de la nation , sortie de l'oppression où elle gémissaU, certaine d'être écoutée , certaine que ses intérêts ctaieirt maintenant défendus, «osé tnanifester ses sentimeas. Ces sentimois ont été un amour vrai et sincère d« Roi et de sa dynastie , mais une haine itréconciliable centre toute usurpation de ses droite , contre le retour de tout privilège contraire à sa dignité et à ses intérêts , contre tout acte publie qui blesserait sa liberté, sa constitution , et surtout sa gloire. Un peuple qui ose parler , qui ose dire ce qu'il pense, n'est point à craindre. Ses discours, quelque hardis qu'ils soient , sont bien moins dangereux que le silence morne et faroucbe que lui impose la teireur. C'est là ce qui constitue la différence entre notre position actuelle, et celle de l'année dernière. On prétend que les partis soûl téveillés, parce que maintenant on

7a lès voit , on les entend tou5 ; et c'est justement pour cela qu'ils doivent inspirer moins de o-aînte. Les gens qui marchent à découvert sont moins à redouter que ceux qui agissent dans l'obscurité. Celui qui manifeste ses pensées , médite rarement des attentats ; mais .l'bomme qui est forcé de les renfermer en laimème > tourne biept6t toutes les acuités de son âme vers les sujets sur lesquels il ne lui est point permis d'avoir noe opinion. Cette âme, ulcérée par la violence , ne médite plus que des projets de vengeance; c'est un volcan dont le travail souterrain finit par une borrible érupt tion. Cette classe immense d'hommes éclairés, d'hommes à idées libérales, que des enragés flétrissent des noms les plus odieux, voit qu'elle n'a plus rien à craindre du parti décrié qui veut la combattre. Confiante dans son immense majorité , fière du sentiment de sa force-, elle sait que, tant que le gouvernment gardera une sage neutralité, elle l'emportera facilement sur sie& faibles adversaires. Elle est donc intéressée à - soutenir le souverain qui lui accorde une équitable protection ; et d'ailleurs comme, malgré toutes les déclamations, c'est dans cette classe qu'il faut chercher le véritable patriotisme , «Ue s'opposerait de toutes s«s forces à tout

7' altentat contre le gouvernement, sûre qu'il na pourrait en irésultérque des malheurs peut-être irréparables pour la France. Voilà notre situation actuelle , Toilà ce réveil des partis qu'où veut faire croire plus dangereux que la fermentation sourde, qui annonçait l'année dernière l'apiiTOche d'uii affreux orage.

Avec le règne de l'exagération ont cessé ces travers honteux qui nous avalent rendus l'objet de la pitié de l'Europe , non point de cette pitié qu'on accorde au malheur, mais de celle qu'excitent le rîdtcnle et la folie. Cette manie de flétrir nos trophées « de détruire nos plus beaux titres de gloire , de couvrir de fange les plus belles pages de notre histoire , a passé avec la puissance de ceux dont elle disait tout le mérite. Spectacle unique dans les annales du monde , que celui d'nne grande nation qui semblait avoir chargé ses représeiïtans de lui prodiguer les humiliations , et de déshonorer par les noms^ les plus odieux tout ce qu'elle avait fait de grand et d'honorable ! Quel nom donner à l'aveuglement de ces hommes qui n'out pas voulu voir que ce qu'il y avait de plus heureux dans leur position était de recueillir cet héritage de gloire que leur laissait la gouvernement renversé, et de pouvoir asso-

cier des noms obscnrcis et oublia à vîogt-cinq aoDées de travaux impérissables ! Aujoard'hui la raison * assise sur le trône, a&ît.iastî«e de ces ezcèti déshonorai , et, toat en gémissant sur les forfeits qu'a produits la révolutioa , for&its qu'il serait crimiael de prétendre justifier ou atténuer, on ose louer les changeaiens heureux qu'elle a opérés, et les faits immortels dont «lie a enrichi nos annales. C'est ainsi que la France, sous le gouvernement d'un prince également juste et éclairé , reprendra son rang dansl'Europe , non point ce rang qu'elle devait à ses conquêtes , et que ses revers lui ont fait perdre , mais le rang que lui assignent ses lumières, ses pn^rès dans les sciences, le courage et l'iodustne de ses citoyens, ses immenses ressources et ses travaux militaires, dont elle a perdu le résultat , mais dont le souvenir' peut encore la consoler.

Mnrville cessa de parler. C'était une de ces kmes éuergiques dont les sentimens se manifestent avec force , et qui s'euflamment d'un noble enthousiasme pour le foieo public. Il me serait difficile de rendre le plaisir que j'avais à l'écouter, car tout ce qu'il disait justifiait mon estime pour une nation qui produit de tels hommes. J'éprouvai pour lui cette sorte d'amitié

r«^>ectneii>e qs'im ressent pour les personnes dont on reconnaît la supériorité. Je ne pouvais assez remercier le hasard, qui m'avait procuré Bii£ société si difierente de celle où mes lettres de recommandation m'avaient conduit. Je racontai k Murville ce dont j'avais été témoin cbex la marquise.

Vous anriez tort , me dit-^l , de }ager tonte la noblesse d'après la coterie de cette dame. B est beaucoup de ses membres les fdnsdistingiiéi qui méritent une bonorable exception. Je regrette que monsieur votre Micle n'ait pas connu le duc de ***. — Le duc de ***, m'écriai-je; j'ai justement une lettre pour lui. —Je vous en félicite, me dit-il, et, dans le cas contraire, je vous aurais présentécbezlui. Je levoissouTeot^' et il m'booore d'nne bieuveillance particnlière. Vous ne pourrez pas le voir en ce moment ; mais il reviendra de la province dans peu de tempSf et je tiens beaucoup à ce que vous ne quittiez point Paris sous «voir vu un faomme qui honore cette noblesse, dont vous êtes peutêtre disposé à prendre une opinion peu favorable d'après ce que vous avez va cbez la mar^ qoise. Je fis alors connaître à Murville le nom des autres personnes pour lesquelles j'avais des lettres; muis apprenant qu'elles étaient de la

coterie de la marquise , je ne sentis pas grand empressement à faire leur connaissance , et je résolus d'attendre si ce que je verrais par la suite chez cette dame détruirait les préveations que j'avais contre elle, et contre tous ceux qui lui ressemblaient.

Pendant le déjeuner , Murrille me dit qu'il était dans l'intentioD d'aller voir la revue qu'on devait passer ^ régiment de Bernard. J'ai' servi quelques annçes , dit-il, et j'aime encore à voir ce qui me rappelle mon ancien métier. J'éprouve toujours un plaisir que je ne puis rendre en voyant des régimens français , quoique je sois fôché de les voir revêtus d'uniformes qu'on a été cherché chez les étrangers. Ces habits blancs me rappellent désagréablement les Autrichiens. Ces casques russes on bavarois, ces schakos hongrois, ne me plaisent pas sur des fronts français. J'aimerais à voir encore à nos soldats ces mêmes uniformes, ces mêmes casques dont l'aspecta fait tant de fois fuir nos ennemis ; en fait de goût et d'élégance , nous n'avions de modèle à prendre chez personne; mais c'est là un bien petit inconvénient. Quelque uniformequ'ils portent, les soldats français ne se démentiront pas, et c'est quand il faudra défendre le Roi et la patrie, qu'ils prouveront

qu'ils n'ont changé qiie de costnme^ que le cœur est toujours le même.

Notre conversation se prolongea Iong>-tenips après le déjeuner, et l'heure de la revue seule put noQS séparer. Nous nous donnâmes rendezvous le soîr pour aller au Théâtre Français » Murville m'ayant dit qu'il désirait que j'assistasse à la représentation de ce jour.

Nous nous rejoignîmes le soir, mais notre conversation nous ayant menés un peu loin ^ il était tard quand aous arrivâmes au Théâtre Français. La première pièce était jouée, et on allait commencer la seconde. La salle était remplie de monde ; j'aperçus la marquise dans nne loge vis-à.-vis de nous. Elle regardait attentivement Murville, dont une dame , qui était près d'elle, avait l'air de l'entretenir. Elle ne parut pas avoir fait att,ention à moi. On va jouer , me dit Murville , une jolie pièce nouvelle intitulée \me Journée de Philippe- Auguste. C'est elle qui attire tout le monde que vous voyez; vous y remarquerez des applications nombreuses, et quand vous ne les remarqueriez pas, le public vous les ferait apercevoir. Vous verrez si le parterre est ingénieux à saisir les occasions de manifester ses sentimens pour le Roi.

,8 An moneat où la .pièce cotaCMnea , un homme déjà igé, ajant une déeoratioti à la boatonnière, eatra dHis la loge et se plaça derrière nous. II p«raissait de lAaavaise humeur, et lorsqne le pobtk applaadisssît, il doonait des marqaes d'impatience -et d'improb»tioa. Eofin aa moment où ftSippe-Anguste dit:

J'y Trai bi«er ( eu Vràoet ) la p«Z) la bonhcBri

En chisùr Im diacorda et la dÎTaioBs.

Eteindre le* pattû , calmer Ici paulon» , Et l^Terdana la cours la maxime cb^ei IktoutsMiifiiTatt Uende lapatiîs.

des applandissemens s'ëlevèrent de ^pos les coins de la salle, et Mumtle et moi, boas y joignîmes les nôtres. Alors l'homme qui était derrière nous frappa du pied, et sortit de la loge. Ayant en ce moment jeté les yeux par hasard sur Ta marc[uise, je vis qu'elle me regardait avec Texpression de la colère et du dédain, et je ne fus pas peu surpris de voir nn instant après entrer dans sa loge l'individu qui sortait de la nôtre. Its'se saluèrent avec un air de connaissance, et, jetant les yeux de notre côté, ils 'eurent l'air de parler de nous.,

Cepecdantla pièce continnait, et Itmqa'oa fut à ce passage ,

Hooorcr un vrti iige et le meilleur du rois, Qui rigae rat nos coeur* ea rigmtnt par 1m loi*.

des cris de bravo, des applaudissemens unanimes et prolongés, prouvèrent avec quelle justesse le pubHc en avait Ëiit l'application. J'étaisenchantéde ces témoignages d'affection, qui meparaissaientbonorer également leprince qui en était l'objet , et le public qui les lui donnait d'une manière si délicate. Murville et moi , cédant au sentiment qui électrisait tous les spectateurs, nous nous étions mis sur notre séant, et, avançant le corps hors de la loge,nous avions mêlé nos cris et nos applaudissemens à ceux dn public. En ce moment, mes regards s'étant portés sur la loge delà marquise, je vis qu'elle était sortie de la salle.

La pièce étant achevée, je témoignai à Mur> ville ma surprise sur la manière dont la marquise m'avait regardé pendant le spectacle^ et sur sa subite disparition. Je me trompe fort,' dit-il , on TOUS êtes maintenant fort mal avec la marquise. Elle ne vous pardonnera pas d'être lié avec moi> qu'elle n*a vu qu'une seule fois, et dont je sais cependant qu'elle a dit beaucoup

8o de mal. Les applaudissemens que vous avez donués à des passages qui le méritaient , ne feront qu'aggraver à ses yeux le tort de vous être trouvé avec moi; vous me direz demain si je me suis trompé.

Je le quittai, bien déterminé à m'assurer le leademaia de la vérité de ses conjectures.

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