‹ Recueil politiqueChapitre 56 sur 63 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

LES TDILEHIES.

J E sortis de chez la marquise fort satis&it d'être dispense de revoir une femme qui avait voulu mV faire prendre lïne opinion si fausse sur le véritable état de la France. Ses prétentions ne me paraissent plus que des ridicules dignes de pitié, et je pensais que, si quelques hommes connus par leurs talens avaient paru embrasser des principes aussi exagérés, ce ne pouvait être cbezeuxquele résultat d'un calcul fondésar l'ambition ou l'orgueil ; et qu'en rendant hommage à îeur mérite , on ne pouvait se défendre d'un profond mépris pour leur mauvaise foi. Je n'en étais que plus porté à admirer la sagesse du prince, qui. avait réprimé d'une main ferme ces écarts d'un zèle trop ardenf. Une réflexion pénible vint troubler la satisfaction que j'éprouvais. Je me rappelai ce que la marquise m'avait dit sur te mécontentement du peuple. Serait-il possible, me disais- je, qu'en sacrifiant son repos au bonheur de ses sujets, il ne recueillit pas le prix qu'il en doit attendre? Se ' pourrait-ril qu'on eût aveuglé le peuple sur ses

«9 intérêts, an point derempêcherde bénir k maia qui veut lui rendre sa liberté et ses droits ?

Tout absorbé dans ces pensées, je suivais le chemin des Tuileries, et je venais d'entrer dans le jardin , lorsque la foule , qui se pressait autour de moi, me tira de mes réflexions'. Je vis une grande multitude d'bommes, de femmes de tous les états et de tontes les classes, qui se pressaient sous les fenêtres du château. Un silence assez profond régnait dans cette assemblée, dont tons les yeux étaient fixés sur une galerie ' vitrée qui communique d'nn des pavillons latéraux su pavillon central du ch&teau. Tout le monde paraissait dans l'attente, et quelques personnes donnaient des marques d'une vive impatience.

Xallais m'informer du sujet de ce rassemble* ment, lorsque je vis s'avancer, au travers des fenêtres de la galerie, on grand nombre de femmes, d'officiers en uniforme, de personnages en grand costume. Des cris de joie s'élevèrent de tous les points de la terrasse. Bientôt une des fenêtres de la galerie s'ouvrit, et un vieillard vénérable, que je reconnus pour le prince auquel je vouais déjà intérieurement une espèce de culte, panit sur le balcon. Mille cris de vive le Roi se firent entendre. La

prince saloa avec afiâbiliié. La plos toudiante bonté animaît sa physionomie noble et imposante. Il paraissait recevoir avec une vive sensibilité les témoignages d'amour qu'on lui donnait. Bientôt les princes et les princesses parurent sur le balcon : les applandissemens et les cris redonblèrent. Le bon Roi paraissait de plus en plus ému , ses yeux se portaient alternativement sur le peuple et sur sa Emilie. Il semblait dire à ce peuple qu'il trouverait dans les princes des héritiers de ses vertus et de son amour pour loi.

Pour moi , électrisé par un pareil spectacle, j'avais mété mes cris à cens de la multitude; et, après que l'auguste Emilie se fut dérobée aux applaudissemens , je m'écriai les larmes anx yeux: Sage et digne monarque, Emilie auguste et révérée, vos cœurs n'ont point cessé de s'entendre, le même désir du bien public vous anime. Non , je ne crois plus à ces divisions intérieures dont vos prétendus soutiens se plai-. sent -à Mre de scandaleux récits. Voos serez toujours d'accord pour rendre heureux ce peuple, dont l'amour vous paye d'avance de tout ce que vous ferez pour lui!....

Au moment où je prononçais ces mots à haute voix , je me sentis Urer par le bras, et un

peUt homme déjk âigé , ayant une perruque et hd habit toat-à-fàit passé de mode, me dit presque à l'oreille: N'allez pas juger, par les cris que vous aves eotendus, des vrais sebttmens du peuple. Ce sont des gens apostés exprès par ceux c[uî ODt intérêt à tromper de plus eu plus ce pauvre Roi. D'ailleurs le peuple de Paris, toujours prêt à céder aux impressions qu'où Teut lui donner, ne doit point tous servir de r^le pour juger -le reste du royaume. Allée dans les campagnes, daus les provinces, et vous verrez qu'on déplore l'aveuglement du Roi, et qu'on y sent la nécessité qu'il ne se laisse conduire que par nous, qui sommes ses seuls amis, qui avons seuls assez de lumières et de force pour le sauver de la crise qui le menace.

Cet homme m'aurait sans doute encore parlé long-temps , mais il veuait de m'arracher d'uue manière si désagréaUe au ravissement que m'avait fait éprouver la scène dont j'avais été témoiu, que, ne lui sachant aucun gré deses.ins- ■ tructioos, je le quittai brusquement sans lui répondre. Il ne me fut pas difficile de reconnaître en lui un des obscurs propagateurs de la doctrine que j'avais entendu professer chez la marquise. Lessentimens qui avaient éclaté autour de moi avaient trop de vérîtéj trop d'élao , pour

qne je pusse n'y voir que les clameurs mercenaires de quelques misérables apostés exprès. Déjà sur, quant à cela , du grossier mensonge par lequel on avait voulu m'abnser, je résolus de m'assurer par moi-même de la vérité de ce qu'on venait de me dire sur l'esprit des campagnes. Je me décidai donc à les parcourir. C'était le seul moyen de remplir complètement le but de mon voyage. J'avais déjà eu tant de preuves de l'ignorance ou de la mauvaise frâ de la classe à laquelle cet homme se faisait gloire d'appartenir, qu'il me tardait de savoir si on avait cherché à me tromper sur ce point . comme sur les autres.

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