‹ Recueil politiqueChapitre 7 sur 63 · LE LIBRAIRE · texte numérisé non relu

LE LIBRAIRE

Vqus vous imaginez uns doute, d*aprè»

vo* professbQiif que. je voia réclamer tu liberté decla presse, qoé ^ tus demandier ^aet luw Dcmveaa:^ ccpréseutons jMhis assarent cet imporlmlattrihut ^iji» goaveniement représentatif. J'avoue que j'en suis partisan, et je trouve que lea entraves qu'elle éprouTeencorecheznoos contrastent d'une manière frappante avec les principes libéraux sur lesquels est basé notre gouvernement. Ces lésons d'employés de la police , cernant tout-à-coup la maison d'un imprimeur, fouillant chez* lui dans tous les recoins, et poursuivant à la piste le moindre exemplaire qui aurait échappé à la saisie ,

(ai ) nie rappellent trop les opérotiona cb Saint- Office et âesesia^vaiheta; mais enfin, puisque des homoibs dodt la mgeaeé &t la luoùère na sauraieat être mises eu quedliou', ont )ugé:(%e mesures né«ei»aîres à la tran^uil- Jité, à la stabilité de l'Etat, je nue soumets à leat déoision; «t sanb reproduire ici les raisontiemetis pac lesquels ou pourrait U combattre, je me bornerai àquelqnës Cùa- . ndét&ûojai sur lés poiûsuites dirigéescoàtre leff écrits jugés dangereux.

Sous un gouvernement représentatif i tous lès actes duGoUVememént soat'ius'ticiables de l'opinitHi puUique. Tout'cîtoyea peut donc publier âa &çoii de peuGer sur ces actes en enx-tnétnes , sur IVffet qu'ils doivent produire^ sur les conséquences qu'ils doivent avoir; et pourvu qu'en les soumet- . tant à l'examen et à la cebsure^ il n'ait point tenté d'affaiblir Fobéiesance qui lencëst due; qu'en cherchant Ji éclairer le Gouvernement, il li'ait point cherché à le sapdr, à rébranlér,.au à l'insulter ^ il a nod^^seulement osé d'un droit 4ui lui af^rtienty mais

encore il a rempli son devoir de dtoyen. Mais, comme l'autorité, toojoDrs jalouse de ses droits, n'aime pBsqo'on la contrarie, comme elle a en mains les moyens de Tet^ger les însoltes foites à son amonr-propre, elle:s'aTeagle quelquefois elle-même-, et parce qn'cm émet desdontes sur son infaîtlibilité^ elle tronve qu'on a offensé la majesté da trdne.

Lorsqa'ùn Français écrit sur ]eft affaires publiques, au milieu des souvenirs qui Va&négeUt et des douleurs qui l'environnent, peût-on exiger qu'il reste froid et impas^ sible, et qae, dissertateur méthodique et sentencieux, il s'interdise tout -retour sur Je passé , tout élan vers l'avenir ? Si quelques expressions hasardées, quelques nuances tropfbrtes, quelques considérations peu ménagées, qui ontécfaappé an feude la composition,suffisent pourfatre poursuivre unouvrageécritdu reste danadesvues patriotiques etdansdesintentions,)ei]edirai pas louables, mab innocentes , n'est-ce pas de fait in terdire la &cnlté d'écrire sur les affaires publiques.

Cî3) et chasser la pensée du domaine où elle produit les fruits lea plus importans et les plus utiles ? C*e^ ce qui me parait résulter âe la manière dont les magistrats chargés de poursuivre les délits de la presse se sont jusqu'à présent acquittés de cetteobligatîon. Ils n'ont point cherché à établir, que l'ouvrage poursuivi était écrit dans des vues perverses et attentatoiresàlasûretédu trône ( j'en excepte cependant quelques écrits indignes de toute indulgence, dont les auteurs ont reçu - une punition méritée) ; ils ont même souvent commencé par prévenir qu'on n'y trouverait ni injures, ni provocation contre le Gouvernement^ ni tendance directe k aucun but coupable : c'est donc dans les détails qu'il afallu chercher des prétextes à la rigueur exercée contre l'auteur. Alors on a cité des phrases isolées, dont TefEet est souvent afiaibli par ce qui les-suit - on les précède; on a rassemblé en corps des ' expressions hardies, des épithètes inconvenantes, des pensées trop libres; et de ton» ces lambeaux unis ensemble par un rappro-

chement perfide , on a fait une masse imposante dont on accable Tantear, étonué lui-même qu'on ait pu trouver tout cela dans son ouvrage. Disons- le : en laissant toutes ces choses dans les pages où elles étaient délayées , on en eût presque toujours épargné la connaissance au public, qui ne lesy eût point aperçues,* au lieu qu'en les rassemblant, en les soutenant les unes par les autres, on leur a donné un degré de force qu'elles n'araient pas avant. Je crois que , dans ces sortes d'a&ires , on doit prendre pour modèle la cotur royale d'Angers, qui aonullantrarrét rendu contre un homme de lettres, pose en principe que ce n'est pas dans des phrases isolées, ÏDConuplèles OH tronquées, que l'on doit chercher la véritable, intention d'un auteur; mais dans l'ensemble de ses ouvrages.

Ces procédures ont encOTe un autre inconvénient. L*auteur, obligé de défendre, de justifier des expressions dont il nfa pas toujours senti la portée , se trouve souvent entraîné aa-d^à de ses opinions; em-

( as ) porté par la chelear de la discussion , pour soutenir des choses écrites dans de bonnes intentions^ il emploiera des raisonnemens qui pourront lui en faire supposer de mauvaises : en un mot, il défendra une action iaoocentepar des discours répréhensibles, et pour le punir d'avoir été imprudent, on le forcera à se rendre coupable (i). Et comme on ne peut enchaîner la langue d'un hotâme qui défend sa ptopriété et saliberté , il résultera de tout bêla des plaidoyers bien plus hardis, bien plus scandaleux, bien plus dangereux que les écrits dontla suppression y aura donné lieu.

Je Tondrais que , dans la prochaine session, à laquelle nous devrons sans doute de voir compléter notre législation û. impar&ito sous ce rapport , ces considéralioDS fussent souoù^s à l'attenUon de la chambre.

Je vous ai parlé sur ce stijet autant

(0 Au tnomeni oii c«ï fut écrit, l'ejp^rience n'a- TÙI poîat encore conGnoé les idén de l'anlenr.

:' GOOgIt'

comme citoyen que comme libraifej et c'est principalement comme citoyen qu»

je vous communiquerai encore quelque»

réflexions.

Une spéculation de librairie fondée sur la réimpression des œuvres d'un écrivain qui honorera à jamais la nation française^ a excité un déchaînement dont il n'y avait peut-être pas encore eu d'exemple. Lp clergé ^est cru obUgé d'intervenir dans l'affaire ; voulant marcher sur les traces de Christophe de Beaumont, et oubliant la réponse que ce prélat s'est attirée, il foudroya la nouvelle édition de tous les anathémes épars dans les libelles desFrérons, des Desfontaines , des Labeaumelle , etc. Je ne me permettrai aucune réflexion 'contre ce mandement, qui a été assez réfuté, persifflé , chansonné j je me réjouirai , au contraire, qu'il ait paru, puisqu'il a fait la fortune d'un de mes confrères.

Si on ne peut pa» justifier la conduite àa. clergé dans cette circonstance, on pourrait au moins eu'rendre raison j mais que dans

uue assemblée représentative de la nation , dans nue assemblée destinée à assurer son repos, en même temps qu'à défendre sa dignité , sa gloire et ses intérêts , des députés se soient rendus Técho de ces plates Tocifërations , et que des éclats de rire unanimes n'aient- point interrompu leurs . impertinentes homélies, <^est ce dont je m'afflige à -la -fois comme philosophe, comme patriote et comme citoyen. Je m'en afflige , parce que la Chambre des Députés doit être environnée de la Ténération da peuple, et que, chez une nation comme . la nôtre , tout ce qui prête au ridicule tend à affaiblir ce sentiment , parce queje trouve enfin qu'ayant le malheur d'être tribntaires des étrangers, il faut au mpins éviter d'en devenir la fable.

■ La. remarque' que je fais est. peut-êti'e plus importante qu'on ne croit. Ces sottises, proclamées par des organes respectables , jettent une sorte d'incertitude socles principes qui dirigent le Goavemémewt.Attendu qu'il les tolère , parce qu'il le doit , on

( 28) coudât mal-à-propos qu'il les protège , «t aussitôt vous voyez éclôre une foule de nouvelles, de brocbures et de' pamphlets rédigea dans cet e^rit, qu'on suppose lui être agréable.

Cest ainsi qu'un journal annonçait dernièrement que quarante-dnq soldats d'une légion avaient communié. Asaurément, je suû bien éloigné éo blâmer leur piété ; loin de là ; je l'approuve et la respecte ; je ne me plains que de la voir proclamée dans les journaux. Un soldat doit se distingue^ par sa valeur, sa discipline , son dévouement au souverain et à la pa;trie ; c'est par ces vertus qu'il devient intéressant aux yeux de ses concitoyens } c'est leur exercice qu'il &ut louer ,ctter« publier; mais dans cequ'il fait de louable , il faut bien distinguer ce qui est relatif an bien pubUp , de ce qui n'est relatif qa a loi même. Ainsi, quaitd les journaux m'annoncent qu'un régiment a bien maneeuvrié ; que les généraux qui l'ont inspecté ont été satisfaits de sa tenue et de ses sentîmens d'amour et dé fidélité

p:h»Go()j^le

pour le Roi , je me réjouis, parce que je songe que la houtsIIb armée justifiera les e^éiances qw la Fronoe fonde sur elle.

Mais quand, on m'annonce que quarantecinq soldats ont communié, je m'étonne qu'on juge cette nouvelle digne de fixer l'attention publique , parce que cet acte de piété , qui assure let^r oalut et tranquillise leur cfKtscieoce , n'eat utile qu'à leur satisfaction personnelle , et n'est d'aucna intérêt pour leivft cooeitoyena , parce qu'on n'a pas jusqu'à présent compté la communion ^ns TénumératiQu de leurs devoirs, fit que ce n'est qu0. pw l' accomplissement de leaira devoii^ qu'ils méritent qu'on a'oo*cupe d'eux.

Je cnûa inutile d'ajouter unet réâexioa ^w j'wtendaja iiàt». dernièrement : c'est qw lo$ soldat» de JtfArengo et d'Austerliti ne eommoxûûenfc pas ostsnalilratuint, et qu'on doit se boioif r à Uohcv do k&égaler, nos songer j^ioùnnueux quofeux.

, Je ma bien qu'Mt eroit preorvcr par ]à qua les .aeittimeas retigteussfi propagent;

(3o) mais c'est; suJTant moi, s'y prendre d'une manière bien maladroite. Car en citant comme une chose remarquable la piété de CM quarante -cinq soldats, c'est indiquer qu'une action si ordinaire n'est pas cbm-^ mune parmi eux; c'estnoasameheràce résultat, que toute l'armée diffère de conduite avec ce petit nombie.

J'espère que toutes ces niaiseries ne se renouvelleront pas lorsqu'on sera bien persuadé qu'elles n'ont pcnnt d'approbateurs parmi les législateurs de la nation. Ceci dépend en partie du choix que nous allons faire. Tâclions donc que nos nouveaux représentans , bien pénétrés des attributs d'un gouvernement représentatif, nous assurent d'abord la liberté de la presse, et qu'en s'occupant d'en réprimer les délits , ils les spécifient de manière à ce que les auteurs sachent d'avance , en écrivant , la peine à laquelle ils s'expospnt , et qu'on ne puisse poursuivre l'inattention , l'imprudence ou les erreurs de l'inexpérience et d'ungoûttrop peu sévère ,comme un projet

(3.) Ae rébellion et ua essai de la malveil- ;lance.

Les lumières qu'une loi aussi importante suppose dans cenx auxquels noqs en serons redevables, les empêcheront de supporter ces déclamations de collège , ces sermons ridicules , qui ne tetideut qu'à avilir la nation en attaquant des hommes et des écrits dont elle s'honore , et qui transformeraient la tribune en une école d'ignorance , de mauvais goût et de pédantisme.

Espérons que les sentimens connus de ceux- que nous allons élire empêcheront ces honteuses sottises de se reproduire , en faisant juger d'avance la manière dont elles seraient reçues. Espérons en outre que les renouvellemens successif de la Chambre empêcheront qu'elle conservedaus son sein dés hommes capables de vouloir se distinguer encore d'une aussi triste manière.

Alors nous n'aurons plus à rougir de ces extravagances qui, en couvrant leurs auteurs de ridicule , rejaillissent toujours un peu sur la nation , qui semble en avoir fait

(5a) ses ocgmes. Alon , en perdant la sapériorité que donne la victoire , nous n'aurons pas perdu celle que donnent les lumières ; triste at £dble dédommagemnit, que quelques hommes semblent encore vouloir ncuis ravir î

L'tNSTiTUtEUR.

jV^!EssjEoa5,commel'mstrt»3fcionptil9Uque ioflae'd'une mamëré directe sur les mâsurs) les lumières^ et par cohséqaentsor les destiaées'd'unEtatvj&crois que oeubcrqui sont appelés à discuteretàdéSindre ne» intérêts doivent eir &ire l'c^jet d'une sérieuse attention, afin dé la rappeler kk roote qu'elle doit saiVi«j si ittalheureusement elle* s'en écarte: Je' Toadrùs-donC" que ceux que nbusalloQS cfaouir ionisent imbiib de' cette iitipbrtaïLte vérité, et je' vais vbUsTComhanniquer quelques réfibxlobsijue jé'vondrais soumettre À leuffiimiédttatitinB.

Autrefois^Vétaitletablbour qaiannon" çtâtr :ieft hejurës dd réoréation et detravail ;

(54) aujourd'hui c*est la cloche. Fasse encore pour cela : je conçois qu'oD ne veuille pas ' faire des soldats de tous les jeuoes'geDS ; mais ce Ti^-est pas une raison -pour en faire des capucins.

On voudrait faire croire que la première chosequ'on doive rechercher dans un pensionnat , c'est la manière dont on y enseigne la religion, dont on l'y fait pratiquer. Il semble, à entendre certaines gens , qne ]es études ne soient qu'un objet secondaire. Qu'arrive-t-il de là? c'est que la plus mauvaise de. toutes les pennons peut se.iaîre citer comme modèle, pourvu qu'elle surpasse les autres par )a fréquence et l'austérité de ses exercices de piété. Or> Mefrâeurs , par ce moyen , l'instruction publique ne serait plus une cûrière laborieuse et honorable, mais seaJenentun aslAUt'de jongleries. Car, en fait, de pratiques, religieuses,.d^ l'exactitude à l'affectation., et de l'afifectatiou au cagottame, il n'y a qu'un pas , et ce pas est bierttât franchi lorsque la concurrence eBteaverté,et qatleprix

(55J semble réservé à celui qui ira le plus loin. Pour établir la réputation d'une maison, comment s'y prçnd-oo , et qui iest-ce qui en paie les frais? Ce sont les enfans. Ce sont eux dont on tyrannise les facultés, dont on sacrifie le temps,, l'éducation et qdelquefoia la santé , pour parvenir- au résultat de procurer à la maison qu'ils ha:bitent une bonne renommée de piété. A des prières courtes qui se gravaient .facilement dans leur mémoire , et qui n'exi-^ geaient qu'un recueillement «t une aUen-. lion dont la durée était proportionnée à la. frivolité de leur âgP » oti, substitue d'interminables litanies qui lassent et rebutent leur imagination, et finissent par les excéder d'ennui. Ils allaieitt à la messe deux fois par semaine i il faut qu'ils y aillent tous les iours j il. fai^t qu'ils y assistent dans une position gênante ; il faut enfin qu'on les force à ne voir dans ce saïqt^^rifice , qui d'abord- était l'objet de leur' respect , que la plus, maussade et la plus pénible corvée. Après ceja suivent les vêpres» les confes-

(36) ■ioDS, où ToD éclaire souvent mal-à-pro-' posleurfaeurease ignorance. Fuis les jeûnes, les jours maigres , les aBstinences qui énervent des fempérameus non encore développés. Les études occupent le temps que tout cela lear laisse ; et voilà ce qu'on appelle bien élever des jeunes-gens.

Or y Mesâeurs , ceci a Jeux résnltals inévitables. Les jeunes-gens qui r^échissent de bonne bèure , qui sont doués d'une âme forte, d'un caractère élevé et d^nne inia- ^nalion vive , s'indignent bientôt des entraves où: ou les retient; en dépit de leur» ■ régenSj'iTs font usage de la acuité de penser que ^nature leur à dcoinée. Alors se dévoile à leurs yeux le secret de toutes tes pieuses grimaceii auxquelles unies a Mt participer; alorâ ils réduisent à sa véritable valeur ce charlatanisme, qt^ n*à obtenu dé 9uc(^s qjO*aux dépens de-lëur raison j et coiâiiife' Tésprit humain doun'e tou: jours dans les éxli'étnes , ils ne'disliïigtieiit pas la piété isindère désT écarts dii faux zèley et ils enveloppent dans la même proscrip-'

prhyGooi^le

(37) tîon la râliglou , et le cagotismej qui luî est

- si opposé. Ils sortent donc dès collèges révoltés., exaspérés contre tout ce qui tient aa culte , après y être entrés avec des senlimeas pieux qu'il eût été si facile de cultiver.

Il en est d*autres .qui ^ n'ayant reçu en .partage qu'une lente raison, une tête iaibte^

,un esprit lourd et une âme commune, se laissent conduire docilement dans la rou^e . où on les égare. A\ora , leur imagination exAltée p^r les sermons mystiques , assaillie des plus sottes terreurs, des plus pitoyables scrupules, ne voit plus de salut, de verUi , de bonheur , ^ue dans les minutieuses pratiques qu'on leur enseigne. Alors , par. une tuite de cÇ' détachement des choses dti monde , qu'on leur cite comme le nec plus ultra de la sagesse humarine , ils négligent tout ce qui peut orner leur esprit, éclairer leur raison. Ils végètent ainù pendant pl^sieurs années dans la poassière des classes., cité» toujours à leurs, çamaradçs comme des modèles de conduite. Ils sortent enfin ,

p.:h»Goog'lè

(38) vieux enfans , qui ont pefdu tout Tattraît de Penfance sans avoir rien acquis de ce . qui fait le charme de la jeunesse. On les rend à leurs parens , très-savans sur les cas de conscience et les points de controverse , capables d'édiSer et d'enchanter un cercle de dévotes , mais bien déplacés dans le monde et bien ridicules dans la société.

Je sais bien que les cuistres de collège et même les cuistres de société ( car il y en a par-tout ) diront : qu'importe qu'ils Soient sots, pourvu qu'ils soient dévots? Mais ce n'est point ainsi que parle le vrai citoyen.

Le vrai citoyen sait que les enfans ne sont plus destinés à mener une vie inutile à eux-mêmes ; à charge à la société, à croupir sous la crasse du froc et dans la &nge du monachisme. H sait qn''ils doivent être un jour citoyens eux-mêmes ^ qu'ils doivent en conséquence être élevés pour vivre parmi les hommes, pour connaître , pour servir tes intérêts de leur patrie , et pour la défendre au besoin.

(39) Ici il me semble que j'entends une clamear DoiVerselle qui s'iélève contre moi. Vent'il encore taire des soldats de nos enfaosî va - t - on s'écrier ? Non, je ne prétends pas les deatinertoiis exclusÎTemeot à la carrière militaire ; mais je ne prétends pas non plus en éloigner ceux ■. que leur goût j porterait. Farce qu'on a abusé de l'homenr martiale de la nation , il &ndrait dqnc chercher à éloufier cet instinct beltiqaeux, qui est le plus sûr garant du retour de son indépendance et de sa gloire. Il faudrait que la patrie, mère délaissée , fût condamnée à ne plus voir duis ses en&ns une pépinière de défenseurs. Ija plus nc^Ie des ' professions , celle qui condamne lés hommes qui s'y dévouent aux fatigues, aux privations, aux douleurs et à la mort, pour ]a sûreté et le bien-être de tous, ne serait pins con- ■idérée que. comme nn métier de brigands , comme un état mercenaire et avilissant.

Ali ! c'est en vain qu'on voudrait amener les jeunes Français à de pareils sentimens :

(4o) ]e$ exemples de leu» pères parlent plus baat que .la voix deleors régens. Ils sauront conserver intact ce ^dépôl; de l'honneur national , que leur transmettra la génération présente !

^ tQutes ces considérations, j'en joindrai une [^us importante encore psut-étre. C'est que cette dévotion outrée ânirait par fermer les iécples aux jeunes -gens qui, ne professant pas ]a religion catholique et jie poi;Tant prendre pajrjt aux mêmes exer- ,cices que les autres élèves, ^raient en butte aux Tiruleotes apostrophes des dooteurs orthodoxes , et ae veiraient signalés par ces intrépides- champions de la foi comme deshérétiqui9Sj des impies, comme un objet de sc«nii»le.,,Ila se tronveraient donc obligés d'avoir des étahliasemens particulier pour leur éducation ; ce qui détruirait le système d*unité qui doit régner dans les iostitutiona publiques : ils se tro)»ver.aient« pour ainsi dire , exclus de lacom^ munanté des autres citoyens; ce qui serait essentiellement contraire aux lois de r£tat*

P:h»G0.0glt

qui , en conaBcrant ila Hibettét Aes- ^eultes , QRt rlgQureuseniept prosent Jiitaie èapèce de distinction, de préférence, d'excluaion, de déiftveur , ^ui m'aurait daiitve motif que Jadifféoence de céligion.

ypU5-tràuT«rez petzt-étre que ^écoinbats jUttl-à-ipropos itles idôes ,que le Çroùveroe' jnQUt £é^QU-Te , iquc' 'Ja oation entière .déaàxoue, et .qui -fioirt Je partagé ^exclusif 4'ADe classe ^J'hoiùmea ausEÎ ^rwljère k tottte e^ièce <lc gloive , qu'à tout eentiotent de.patriolisue ; mais quand oette tJlàsse veut iprcer loules Jcsaiitités k penser comme eHe, •q'Oadd elle étend yar toas les aic^m possiUe^ Les piiocipeeda sa doCJnse, il iaut luiréÛBter ouver&mratt ; il faut démasquer ces hommec ^u» trouvent que la France est remontée au rang des tiwtions, non point parce qo^«lle y jouît d«8 bienfaits d!no guuTernement légitime 44 fondé sur les lois, mais parce qu'elleest devenue l'esclave de tontes les, nations de VEarope.

Je m'attends bien qu'on va crier que je ■uis vil athée, .un impie, up seéUrât- Se ne

suis cependant rien de tout cela, et je vois TOUS le prduver par l'exposé de mes prin* ctpès. ■

Je voudrais qu'en enseignant la religion aux enfans, on s'en servît comme d'an moyen. d'ouvrir leuf esprit , d'adoucir leur caractère, d'élever leur âme. Je voudrais qu'on leur apprit à ajmerDieu plutôt qu'à le craindre; à se confier dans sa bonté, plutôt qu'à se dé£er de sa rigueur. Je voudnûs enfin que la reli^on ne se présentât jamais à leur ima^natibn qu'accompagnée de tout ce que les idées de morale , de vertu et de patrie , peuvent y ajouter d'Imposant et de sublime. Alors, on la leur ferait aimer sans les rendre superstitieux ; alors on en ferait des citoyens en même temps que des chrétiens; et c'est, . suivant moi, le but auquel doit tendre l'instruction publique sous un gouvernement comme le nôtre. ,

Je ne crois pas que ce but soit difficile à atteindre. U ne faudra que modérer ce zèle fougueux qui dénature, en en abusant»

' les institntions les plus sages et les plus • utiles dans leurs principes. Il faudra leur faire apprendre des prières qu'ils puissent comprendre et qui ne les &tignent pas par leur' longueur. ' Il faudra les faire aller à la messe , mais pas tous les ' jours , parce qu'en faisant pour eux une habitude de cette cérémonie auguste, elle perd ce qu'elle avait à leurs yeux d'imposant et de respectable , et rentre dans la classe des passe-temps . ordinaires de la journée ; parce que Famé des enfans, susceptible de s'élever quel-

- quefois au recueillement et à la prière , se lasse lorsqu'on exige d'elle trop souvent cette disposition , qui ne lui est pas familière. Eufin , je voudrais qu'on les fit assister à la messe à genoux quand il le faut ^ et', dans les autres momens, debdut ou assis, au lieu de les assujettir à une génuflexion non ioterrompae , qui les iatigne et leur fait désirer la fin de la cérémonie; qu'on leur donnât , pour diriger leur Conscienc^ des hommes plus éclairés que midutieux, q^î ne leur fissent jamaili de question , et

=^ hyGoogle

(44) que, dans TobserTation de Tabstineoce des jours Tnaigres,, on conciliât ce qu'exige rigoureusement rij^Iise avec ce qu'exigent la santé et le développement des enjàns. je sais bien qu'en se conduisant d'après mes idées, tout cet échafaudage sur lequel se sont hissés quelques réfortnateurs des znœuES , croulerait de lui-même. Je aaia bien que nous ne verrions plus de ces sorties vigoureuses qui , de temps en temps^ épouvantent les énfans, étonnent les hommes raisonnables, et fournissent aux esprits malins des sujets de plaisanterie. Alors, oh! certainement-alors, on ne verrait point un décret foudroyant lancé contre un instituteur qm a eu le tort de ne pas sentir que ses élèves devaient être des pédans plutôt que des hommes. De pauvres jeunesgens , qui , au lieu de passer la soirée à p9liiMonner ,'ont mieux aimé la passer à voir représenter une belle tragédie par un grand acteur, ne seraient point séquestrés des autres collèges comme des pestiférés. Ils ne seraient point forcés de charger deux

d'entre eux de fénormité de ce crime, Auquel tons ont participé. Enfin , deux victimes ne seraient point obligées de se dévouer poar la levée de Texcommumcatibn générale ; dévouement qui , par parenthèse , mérifaJE autant d'estime et' d^éloges que la décision qui l'avait rendue nécessaire méritait des senlimens opposés.

Je D'en finirais pas si je voulais me permettre toutes les réflexions que de pa-' ' relis faits font najtre ; si je signalais tous les abus qui s'introduisent petit à petit dans f instruction publique , abus que je ne cràiildrai jamais d'attaquer, dût-on me traiter de sacrilège.

Vous ^ntirez la' nécessité ,' Messieurs , - que les députés que nous allons nommer fassent d*ùne chbse si importante Tobjet de leurs Oiédilations. It faut qu'ils proclament à'ia tribUûÈ j^u'oil n'est' pas^on chrétien' quand oii ij*ést ^as bon bîtcrjrèn , et qu'en payant te'qu'ori'dttit à Dieu, on n*estyai dl^ensé dë^ayeè'Veqa'ôtl dditi Irsociétë' et à son pays.

(46) Alors la France ne sera plus affligée du scandale, que lui ont donné ces orateurs , oiseaux de ténèbres que blessait le soleil > qui, chaque fois qu'il était question des progrès des lumières et des sciences , s'écriaient : Que nous en savions trop , que c'était la soieace qui nous, avait perdus , quç philosophie était synonyme .d'athéisme , raison synonymed*anarchie,et qui croyaient démontrer, "psif ces plates allégations, la nécessité de nous ramener à une ignorance dont leurs, discours nous offraient déjà de si beaux modèles. La nation s'est indignée qu'on put la croire complice des absurdités qui compromettaient ainsi sa dignité aux yeux de l'Europe. Il &nt que les représentans qu'elle va choisir.effacent l'impression, et jusqu'au souvenir de ces monstrueuses extraya^ances. (Test à vous, Mes-, sieurs, qu'elle; devra cet important résultat ; c'est à yous qu'elle devra l'avantage de conserver )gi.né ^pntation de ri^son , d'ea- ^ntet de civilisation, qui fin^jût par loi échapper.

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