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RÉPONSE A UN VIEIL AMI

A M. RONOT

ON, le temps en vain accumule Tant de jours flétris sous mes pas; Mon cœur, où tant de feu circule, Se dépouille et ne vieillit pas.

En vain, dans mon fil qu'il déroule, Le sort mêle joie et malheurs ; En vain mon eau pure s'écoule Avec l'amertume des pleurs; En vain le gazon que je foule, La feuille qui sous mon pied roule, Me renouvelant mes douleurs.

Me disent d'oublier la foule Pour chercher ce que j'aime ailleurs!

Quand je revois ce doux rivage Où pour mon âme tout est voix, Où chaque murmure des bois.

Où chaque flot, chaque nuage.

Sont un regret, sont une image, Sont un entretien d'autrefois,

REPONSE A UN VIEIL AMI. SSg

L'amitié, ce soleil de Tâme, Me ranimant de sa chaleur, Fond ma neige à sa tiède flamme Et me rend le printemps du cœur!

Oui, tu dis vrai : ce cœur écoute Le triste charme de ces vers; Tant qu'il restera sur ma route Quelques-uns de ces êtres chers, Comme ces arbres dont la voûte Verdit la neige des hivers, Aux vieux amis qui m'ont vu naître Mon cœur ne saurait se fermer, Toujours vieux pour les reconnaître, Toujours jeune pour les aimer.

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