ÉPITRE A M. ADOLPHE DUMAS
De voir un feu lointain luire sur le rivage;
De sentir, au milieu des pierres de Taffront,
La feuille d'oranger vous tomber sur le front :
Pour rendre à cet ami l'odorante pensée,
On cherche avec amour la main qui l'a lancée,
Et l'on éprouve un peu ce que Job éprouva
Lorsque de son fumier son ange le leva.
Au plus noir de l'absinthe à mes lèvres versée,
C'est là l'impression du miel de ta pensée.
Je me dis : « Ce vent doux parmi tant de frimas
N'est pas né, je le sens, dans les mêmes climats;
Mais, venu d'Orient, son souffle que j'aspire
A l'odeur d'un laurier et le son d'une lyre !... »
Ce n'est pas cependant que mon esprit enflé
De l'orgueilleux chagrin d'un grand homme sifflé.
Jugeant avec mépris le siècle qui le juge,
Cherche à sa vanité ce sublime refuge
Où le Tasse et Milton, loin de leurs détracteurs,
Ont, leur gloire à la main, attendu leurs lecteurs.
Lorsque dans l'avenir un siècle ingrat l'exile.
Oui, l'immortalité du génie est l'asile!
Mais, pour chercher comme eux l'ombre de ses autels,
11 faut avoir commis leurs livres immortels;
D'un grand forfait de gloire il faut être coupables :
L'ostracisme n'écrit que des rois sur ses tables.
Pour nous, sujets obscurs du jour qui va finir,
Laissons aux immortels leur foi dans l'avenir.
Buvons sans murmurer le nectar ou la fange.
Et ne nous flattons pas que le siècle nous venge.
Nous venger? l'avenir? lui, gros d'un univers! Lui, dans ses grandes mains peser nos petits vers; Lui, s'arrêter un jour dans sa course éternelle
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