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LE PASTEUR ET LE PÊCHEUR

Là, pour goûter le frais au pied du sycomore,

Chacun avait conduit la vierge qu'il adore :

Néaere et Naeala , deux jeunes sœurs , deux Hs

Que sur la même tige un seul souffle a cueillis.

Les deux amants, couchés aux genoux des bergères.

Les regardaient tresser les tiges des fougères.

Un tertre de gazon , d'anémones semé,

Étendait sous la pente un tapis parfumé;

La mer le caressait de ses vagues plaintives;

Douze chênes , courbant leurs vieux troncs sur ses rives ,

Ne laissaient sous leur feuille entrevoir qu'à demi

Le bleu du firmament dans son flot endormi.

Un arbre dont la vigne enlaçait le feuillage

Leur versait la fraîcheur de son mobile ombrage;

Et non loin derrière eux, dans un champ déjà mûr,

Où le pampre et Térable entrelaçaient leur mur,

Ils entendaient le bruit de la brise inégale

Tomber, se relever, gémir par intervalle,

Et, ranimant les airs par le jour assoupis.

Glisser en bruissant entre l'or des épis.

lis disputaient entre eux des doux soins de leur vie ; Chacun trouvait son sort le plus digne d'envie : L'humble berger vantait les doux soins des troupeaux. Le pêcheur sa nacelle et le charme des eaux ; Quand un vieillard leur dit avec un doux sourire : « Chantez ce que les champs ou l'onde vous inspire ! Chantez! Celui des deux dont la touchante voix Saura mieux faire aimer les vagues ou les bois, Des mains de la maîtresse à qui sa voix est chère Recevra le doux prix de ses accords : Néaere, Offrant à son amant le prix des moissonneurs , A sa dernière gerbe attachera des fleurs ; Et Nasala, tressant les roses qu'elle noue.

172 TROISIEMES MÉDITATIONS POÉTIQUES.

De l'esquif du pêcheur couronnera la proue, Et son mât tout le jour, aux yeux des matelots, De ses bouquets flottants parfumera les flots. » Ainsi dit le vieillard. On consent en silence : Le beau pêcheur médite, et le pasteur commence.

LE PASTEUP.

Quand l'astre du printemps, au berceau d'un jour pur,

Lève à moitié son front dans le changeant azur;

Quand l'aurore, exhalant sa matinale haleine,

Epand les doux parfums dont la vallée est pleine ,

Et, faisant incliner le calice des fleurs,

De la nuit sur les prés laisse épancher les pleurs;

Alors que du matin la vive messagère,

L'alouette, quittant son lit dans la fougère,

Et modulant des airs gais comme le réveil.

Monte, plane et gazouille au-devant du soleil :

Saisissant mes taureaux par leur corne glissante.

Je courbe sous le joug leur tête mugissante,

Par des nœuds douze fois sur leurs fronts redoublés,

J'attache au bois poli leurs membres accouplés;

L'anneau brillant d'acier au timon les enchaîne ;

J'entrelace à leur joug de longs festons de chêne ,

Dont la feuille mobile et les flottants rameaux

De l'ardeur du midi protègent leurs naseaux.

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