ODE
N jour qu'errant de ville en ville.
Et cachant sa lyre et son nom , L'aveugle qui chantait Achille
Montait au temple d'Apollon, Ses rivaux, que sa gloire outrage, Le reconnaissent à l'image Du dieu qu'on adore à Claros, Et chassent du seuil du génie Ce mendiant, dont l'Ionie Un jour disputera les os!
A pas lents, la tête baissée.
Le vieillard reprend son chemin,
Seul, et roulant dans sa pensée
L'injustice du genre humain.
En marchant, sous son bras il presse
Sa lyre sainte et vengeresse,
1 74 TROISIEMES MEDITATIONS POETIQUES.
Q.ui résonne comme un carquois; Et sur un écueil de la plage Il va s'asseoir près du rivage, Pleurant et chantant à la fois.
« Reptiles qui vivez de gloire, Disait-il, déchirez mes jours!
Souillez d'avance ma mémoire D"un poison qui ronge toujours!
Sifflez, vils serpents de l'envie!
De ma fortune et de ma vie Arrachez le dernier lambeau.
Jusqu'à ce que les Euménides Écrasent vos têtes livides Sur la pierre de mon tombeau!
« Tel est donc le sort, ô nature.
Que tu garde à tes favoris !
De tout temps l'outrage et l'injure
Sont le pain dont tu les nourris.
Sitôt qu'un des fils de Mémoire
Elève ses mains vers la gloire,
Un cri s'élève : il doit périr!
Semblable aux chiens de Laconie,
La haine dispute au génie
Un seuil qu'elle ne peut franchir.
« Cependant j'ai courbé ma tête Au niveau de vos fronts jaloux; J'ai fui de retraite en retraite, De peur d'être plus grand que vous!
Ma voix, sans écho sur la terre, Montait sur un bord solitaire; Et quand je vous tendais la main