SOUVENIR
Le vent sonore et chaud qui soufflait des rivages , Invisible contact de l'invisible amant, Écartait les cheveux de ces pâles visages Que la lune baisait du haut du hrmament.
Les unes retenaient leurs muettes haleines; Les autres, par des chants, cherchaient à s'assoupir; Les plus jeunes pleuraient d'ivresse, urnes trop pleines Où la tendresse écume et déborde en soupir.
Parmi ce blond essaim de figures pensives, Mes yeux en suivaient une , accoudée à l'écart , Dont le front se marbrait de pâleurs fugitives, Q,ui sondait plus d'espace et d'éther d'un regard.
L'extase contenue abaissait ses paupières
Sur ses yeux inondés de sa félicité;
Ses lèvres semblaient dire au Dieu de ses prières :
« Ah! fais-moi de cette heure une immortalité! »
Et moi, ce qui gravait ces nuits dans ma mémoire, Ce n'était pas l'odeur du vent de ces climats. Les astres , les cyprès , les tiots d'or et de moire , Les groupes de beautés jouant au pied des mâts,
C'était ce front pensif, et ce regard sans flamme, Plus profond que l'abîme, hélas! et plus amer, Et ce léger soupir qui soulevait une âme Pure comme le ciel, grande comme la mer!