ACTE IV
MADELEINE, iiUto.
Oui. V
LE COMTE
Savez- VOUS, Madeleine, que ce n'est pas fameux cette pièce que vous nous avez jouée ce soir?
MADELEINE
Non.
, LE COMTE
Oui... non... Ah çàl décidément qu'est-ce qui se passe?. Vous êtes funèbre!
TOUS, excepté Maarice.
C'est vrai! c'est vrai! elle est funèbre!
MADELEINE, s'animant peu à peu.
Je suis funèbre parce que vous êtes ineptes, parce que j'ai honte . devant monsieur, qui est un étranger et de plus un jeune homme vertueux et comme il faut, j'ai honte de la pauvreté de vos idées et de votre langage. Comment! vous ne trouvez rien de mieux pour égayer cette fête que de demander le nom des plais, la date des vins ou le cours de la rente! Mais songez donc qu'en daignant se rendre à mon invitation, monsieur se sera dit certainement : Moi qui connais à fond toutes les délices de la vertu, je veux, puisque l'occasion s'en présente, entrer une fois dans le palais du vice et en respirer les enchantements si vantés... Je veux assister à une de ces orgies idéales où, sous le charme d'une femme adorée, toutes les ivresses éclatent à la fois dans les cerveaux et dans les cœurs I Quelle déception, messieurs, pour ce jeune homme ! Mais vous déshonorez ma maison I
TOUS, riant.
Bien, Madeleine, bien !
MADELEINE, debout.
Qu'on ne m'interrompe pas, sarpejeu ! je suis en train ! Je dis ^que ce qui se passe ici est une chose honteuse! Comment! je vous fais servir dans une salle chaude et parfumée un souper royal, je vous verse à flots des rubis et des diamants fondus aux plus généreux soleils du monde, j'y joins ma présence et l'espoir de mon amour, et il n'y en a pas un seul parmi vous dont la tête parte,
dont la langue se délie, dont la pensée se répande en quelque extravagance digne de l'atmosphère radieuse où je vous fais vivre !
TOUS, riant.
Bravo I
MADELEIMË.
Non, vous restez aussi fades, aussi nuls, aussi vulgaires qu'au sein de vos familles! Eh bien! j'ai donc tort, moi, d'être une courtisane plutôt qu'une ménagère? On sait ce qge j'y perds et je ne vois pas ce que j'y gagne! Que m'importent votre amour et votre or... mais cela m'humilie! Mon plaisir et ma gloire seraient de donner l'essor à vos intelligences captives, de voir par mon prestige, par ma puissance, naître le génie dans vos têtes, l'éloquence sur vos lèvres! Eh bien! qu'est-ce qui vous arrête? Je vous ouvre chez moi une assez libre arène... îci, plus d'étiquette, plus de convenances, plus de règles, plus de maître^ ni d'esclaves! Rien ! la liberté de l'âge d'or ! Profitez-en donc : envolez-vous si vous avez des ailes ! Soyez bouffons ou sublimes, cela m'est égal... mais soyez quelque chosel Gagnez ma cause et gagnez vos éperons... Donnez raison à la courtisane contre le monde, ou laissez-moi porter un toast à la vertu!
TOUS, excepté Maurice.
Brava! brava!
MADELEINE, se rasseyant.
Ouf! que je suis lasse!... A boire! ( Elle tona son Terre, puis lo retire.) Non ! au fait Je suis bien comme cela ! (EUe tire de son sein le flacon de Mattëus.)
Qui de vous, messieurs, veut me faire la politesse de s'empoi-sonner avec moi? Voici de quoi lurr un escadron, hommes et chevaux!...
SHEFFIED.
Vrai? du poison... d'Orient, je crois... Voyons!
MADELEINE
Faites circuler, milord... la pensée de la mort au milieu d'un festin, c'est antique... c'est moral! Cela va ravir monsieur (eiïe
désigne Maurice qui s'est retourné sur sa chaise et qui regivie BerUia endormie), qui
affecte de ne pas m'écouter, là-bas !
Moi, mademoiselle? je vous écoute au contraire avec le plus vif plaisir... mais il m'avait semblé entendre celte enfant se plaindre, et je regardais...