SCÈNE VI
3IAUI11GE, GOTHLEUBEN; U regarde su est bien seul a»ec Maurice.
MAURICE
Asseyez-vous, monsieur Gothleuben , et excusez-moi si je vous ai traité un peu rudement tout à l'heure; mais je suis séuffifant, agité, et d'ailleurs une conférence mystérieuse entre nous, dans les circonstances où nous sommes, me paraissait peu convenable. •
GOTHLEUBEN.
Monsieur, n'ayant rien que de très-honorable à vous dire, j'avais pensé...
MAURICE, debout et fbmant.
Sans doute: mais les apparences!... Au reste, ici, il n'y a plus d'air de mystère. Vous pouvez parler...
GOTHLEUBEN, il s'aseied, k droite.
Monsieur, le plus pesant fardeau qu'un homme puisse avoir à
byGoogk
4â RÉDEMPTION.
supporter en ce monde est celui d'une conscience délicate et scrupuleuse...
MAURICE
Je souscris à cet axiome, monsieur Golhleuben. Ensuite?
GOTHLEUBEN.
Vous n'ignorez pas, monsieur, que les sentiments de feu Son Altesse à l'égard de la branche de sa famille dont vous êtes le représentant...
MAURICE
N'étaient pas favorables, je le sais.
GOTIILEUBEN.
C'est pourquoi, en supposant que Son Altesse eût cru devoir formuler des dispositions testamentaires, ces dispositions, suivant toute vraisemblance, auraient pour objet de contrarier le cours légal des choses, et de vous déshériter de votre part légitimé. N'est-ce pas votre opinion, monsieur?
Oui, c'est mon opinion. Après?
GOTHLEUBEN.
Pour vous initier, monsieur, à toutes les angoisses de mon esprit, il est nécessaire de vous toucher deux mots de la confiance vraiment extraordinaire dont m'honorait Son Altesse. Gotbleuben, me disait-elle souvent, il ne me suffit pas que vous nïe compreniez, devinez-moi! Il ne me suffit pas que vous exécutiez mes intentions, prévenez-les, interprétez-les!
MAURICE, attentif.
Ah !... ( Il pose sa pipe sur la table et s'assied k gaache. } GOTHLEUBEN.
Or, monsieur, quand j'arrivai ici il y a trois jours, il fut aussitôt évident pour moi comme pour tous que Son Altesse recevait vos soins avec une prédilection marquée qui témoignait d'un retour complet d'affection vers vous. Dans la nuit même de mon arrivée, j'étais penché sur son chevet et vous dormiez près de là . dans un fauteuil. Son Altesse vous désigna de l'œil, sa langue glacée balbutia vainement quelques sons confus; mais son regard.
attaché profondément sur lo mien, me dit et- me répéta avec une effrayante éloquence : Gothleuben, devinez-moi , devinez-moi I ( n
se lère.]
M A UftlCE , le regardant fixement et baissant la TOix, se lire.
Et que prétendez-vous faire?
GOTHLEUBEN, apr&s une léghre panse.
Lui obéir!
MAURICE
C'est-à-dire supprimer le testament qui me déshérite I ( oothieuben le regarde sans répondre. ) Bref, pour parler net, VOUS m'offrcz quatre millions de florins I Combien en demandez-vous ?
• GOTHLEUBEN, grarement.
' Monsieur, je ne demande rien I
MAURICE
Ah ! on étouffe ici ! ( n descend k r extrême gauche et revient s'appuyer sur 'le fauteuil en regardant fixement Gothleuben. AveZ-VOUS doS OufantS ,. mOU*
sieur Gothleuben ?
GOTHLEUBEN, inquiet et hésitant.
Oui, monsieur.
JiAURIGE, tenant sa pipe d'une main, prend de l'autre une bougie, et regardant Gothleuben en faco.
Vous l'avez sur vous, ce testament ?
GOTHLEUBEN, il le tire k demi de sa poche; ils se regardent encore.' Oui , monsieur. ( Le comte Jean entre brusquement. Maurice allume sa pipe à la bougie. Gothleuben salue le comte. )