‹ Rédemption du genre humainChapitre 10 sur 17 · EGYPTE · texte numérisé non relu

EGYPTE

§ I. — Motifs de F obscurité dès antiquités égyptiennes*

Aucun peuple de la terre n'a pris autant de précautions que les Egyptiens , pour perpétuer, jusqu'à la postérité la plus reculée , le souvenir de ses institutions et de sa grandeur ; et pourtant les antiquités d'aucun peuple ne sont entourées de ténèbres aussi épaisses , aussi impénétrables.

On peut comparer l'histoire de l'Egypte à un sphynx énigmatique et à une momie inanimée. C'est une statue remplie , peut-être , d'un feu divin 3 mais dont

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un voiîe jaloux nous dérobe la vive expression. L'Egyptien a réellement peu inventé de lui-même : il n'était que le gardien fidèle et soigneux des traditions venues de l'Orient : encore ne fut-il point toujours dirigé par un instinct de conservation \ puisqu'il altéra et rendit méconnaissables les idées les plus belles et les plus sublimes. Ce résultat provient surtout de la manière dont il exprimait et retraçait ses pensées : avant donc de nous hasarder à rechercher les vérités religieuses que possédait l'Egypte, il est indispensable d'éclaircir cette matière.

§ IL — Ecrit ut^e littérale et hiéroglyphique.

Il eit hors de doute que déjà , à l'époque où subsistait le trône des Pharaons, les Egyptiens, outre leur écriture sacrée et hiéroglyphique > avaient une écriture littérale. Hérodote distingue ces deux genres d'écriture , avec la plus grande précision , dans l'âge pendant lequel il vivait ; or, si l'usage des lettres était alors aussi commun que le fait supposer son témoignage , nécessairement cet usage remonte à un temps de beaucoup antérieur à son siècle. Mais , comme les innombrables monumens de l'Egypte , quelle que soit leur grandeur, comme les murs de ses temples , les obélisques , les statues , les idoles , surchargés d'inscriptions , n'offrent cependant pas la moindre trace d'écriture littérale , et ne présentent que de purs hiéroglyphes , nous en devons conclure que les hiéro-

gîyphes étaient le moyen véritable dont on se servait pour conserver les connaissances.

§ III. — Origine et nature des hiéroglyphes.

Ce n'est point en considérant les hiéroglyphes en eux-mêmes , mais en suivant d'un œil attentif les variations qu'ils ont subies, que l'on parvient à déterminer leur origine et leur nature : nul doute ne saurait exister à cet égard. La plupart, comme on le reconnaît au premier abord , représente de grands sujets empruntés à la nature ou à l'art; et souvent même , dans ceux dont l'objet est différent , l'observateur retrouve encore , avec assez de facilité , les traces de cette destination première. Les hiéroglyphes dérivent donc de la même source que le dessin* : leur but était le même au commencement. L'on figurait les objets que l'on voulait représenter, soit au moyen de simples traits , soit à l'aide des couleurs dont l'emploi constitua la peinture , soit en se servant du ciseau pour donner une forme aux corps solides.

Toutefois , la représentation pure et simple d'un sujet matériel n'est point un hiéroglyphe. Pour te produire, il fallait faire un pas de plus ; il fallait joindre

* L'absence d'un autre terme me force d'agrandir ie sens de ce mot, en sorte qu'il indique ici la représentation des objets, tant par Je dessinateur , que par le peintre, le sculpteur, le statuaire, etc.

( Note du Traducteur. )

à la signification naturelle de l'objet figuré un autre sens allégorique ou symbolique. L'usage même du dessin rendait palpable son insuffisance pour exprimer les idées. Il n'y a que des sujets visibles qui soient susceptibles d'être ainsi représentés; cependant, dès qu'on eut atteint ce point , l'on dut songer bientôt à représenter également des sujets qui échappent à la vue , qui n'ont point une consistance matérielle ; en particulier, les idées abstraites. Dès-lors, ces images ne furent plus uniquement la représentation des objets qui leur correspondaient dans la nature ; elles devinrent l'expression de pensées qui , en elles-mêmes et par elles-mêmes, ne pouvaient être représentées. Si, maintenant encore, l'hiéroglyphe conserve des traits de ressemblance avec l'art du dessin;, il en diffère néanmoins en ce que la signification de l'objet retracé varie ; à partir de cet instant, celui-ci se transforme en hiéroglyphe, puisqu'il est allégorique.

Malgré leur sens symbolique , les premiers hiéroglyphes étaient sans doute faciles à comprendre. Comme l'allégorie provenait de l'habitude qu'a l'esprit humain de se figurer l'abstrait par des images , et comme elle reposait sur le rapport frappant du symbole avec la chose qu'il devait indiquer, cette assertion se prouve d'elle-même. L'association des idées nous conduit trop naturellement à voir, dans le lion, l'emblème de la force; clans un œil, l'emblème de la vigilance, pour qu'il soit à peine besoin de l'annoncer.

Remarquons pourtant que des causes purement Io-

cales peuvent amener certaines liaisons d'idées, et que, dans un pays si extraordinaire, il dut s'en former nécessairement qui fussent propres aux indigènes. Nécessairement aussi elles produisirent des hiéroglyphes très compréhensibles, il est vrai, pour les Égyptiens, mais tout-à-fait inexplicables pour les étrangers. Plusieurs autres causes durent infailliblement conduire encore à ce résultat, savoir: que la clarté d'une semblable écriture s'affaiblit à mesure qu'on en multiplia les symboles. Aussitôt que la nécessité obligea d'en augmenter le nombre , par une conséquence inévitable , leur relation avec la chose indiquée ne fut plus qu'éloignée , soit qu'on ne trouvât pas toujours des images analogues , soit que l'esprit huniain se plaise à saisir les rapports indirects.

Si, d'un coté , l'hiéroglyphe se distingue essentiellement du dessin pur et simple par l'allégorie , de l'autre , le même motif ne le différencie pas moins d'avec l'écriture figurée, et tout-à-fait arbitraire qu'emploient les Chinois et d'autres peuples de l'Asie orientale. Cette écriture comporte , à la vérité , des signes qui correspondent également à des idées; mais ces signes ne sont point des images, comme dans l'hiéroglyphe. Reste donc cette différence essentielle, que les signes n'ont pas un sens naturel , qu'ils n'ont que celui qui leur est expressément attribué ; au lieu que l'hiéroglyphe , en tant qu'image, est à-la-fois susceptible d'une interprétation naturelle et allégorique. Avouons, cependant, que l'inexactitude des images, l'abréviation des sym-

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boles , les causes locales , l'emploi d'analogies forcées $ peuvent à-la-fin faire dégénérer les hiéroglyphes en une simple écriture figurée; mais tel ne fut pas leur sort en Egypte 7 à ce que nous apprend un sérieux examen. Toutefois, ils n'en demeurent pas moins, ainsi que l'écriture littérale, mais non au même degré, incompréhensibles pour l'étranger.

§ IV. — Interprétation des hiéroglyphes.

Maintenant s'élève l'importante question de savoir comment on pouvait pénétrer le sens de cette écriture ?

Dès que la désignation des choses , cessant d'être purement le résultat du dessin pour devenir allégorique, se transforma en hiéroglyphe, le besoin d'une clef se manifesta. Il fallait connaître la vérité, revêtue du voile de l'allégorie! Sans contredit , celle-ci dut être d'abord tellement claire et directe , que chacun se trouvait en état de l'expliquer. Mais les réflexions précédentes démontrent que, cette écriture se perfectionnant, il fut désormais impossible à chacun de s'en pr ocurer soi-même la clef ; on se vit obligé de la recevoir d'autrui, ce qui avait lieu de deux manières. Quand l'hiéroglyphe était accompagné d'écriture littérale, elle pouvait aider à le pénétrer : avec son secours, on pouvait composer des livres destinés à interpréter les symboles, et que l'on nommera, si l'on veut, dictionnaires hiéroglyphiques. En admettant que les prê-

très en possédassent de semblables, assurément leur confection ne remontait pas très haut ; elle date de l'époque où îa multiplicité et l'obscurité des symboles les rendirent nécessaires. Une chose indubitable , c'est que les Egyptiens ne connaissaient point les catalogues, tels que les composent les Chinois. Ce peuple , en effet , y a porté l'art fort loin; l'écriture figurée s'est trouvée réduite en un système régulier; on en a formé des dictionnaires complets, coordonnés d'après le nombre des traits qui entrent dans la composition des signes radicaux, et des règles déterminent la méthode à employer pour reconnaître ces types primitifs au milieu de l'emblème entièrement figuré. Le système religieux de la Chine nous a fourni l'occasion d'en rapporter quelques exemples.

En général , probablement aussi pendant une longue suite de siècles, l'enseignement oral servît seul à expliquer les hiéroglyphes, c'est-à-dire que, parallèlement aux hiéroglyphes, se perpétuait une tradition, propagée de père en fils , qui interprétait chaque symbole. Si l'on se rappelle qu'une classe spéciale de l'Ordre des prêtres s'occupait de leur explication , on n'aura plus aucun doute à cet égard. Mais 011 ne doit pas s'attendre à ce que la tradition interprétative se soit transmise, toujours pure, du père au fils. Le sens de certains symboles dut se perdre ; le sens de plusieurs autres , s'altérer.

De là naquirent la diversité et l'inexactitude des interprétations.

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§ Y. — Composition de l'hiéroglyphe*

II nous reste à résoudre une question plus importante encore : comment traçait- on les hiéroglyphes? Le caractère propre de ce genre d'écriture, celui qui le distingue tout-à-fait de l'écriture littérale, consiste en ce que , d'abord , ses symboles isolés ne correspondent point à des sons, comme les lettres, mais à des idées, et qu'ensuite ils ne les retracent pas directement, mais par l'intermédiaire d'images.

Or, de ce que ces symboles sont tous des images, il résulte nécessairement que, pour tracer un hiéroglyphe , il ne faut pas seulement se former l'image des idées partielles, mais bien du sujet entier que l'on veut représenter. Inévitablement, on s'enveloppera du voile de l'histoire ou de la fable. S'agit-il, par exemple, d'énoncer une proposition astronomique? On figurera, au moyen d'images, les diverses constellations, ( les représentant, soit par des animaux, soit par d'autres objets), et l'on ne parviendra à exprimer la proposition entière, qu'en imitant la position qu'occupent les constellations dont on a besoin , l'une à l'égard de l'autre. L'emploi des hiéroglyphes entraînera donc une suite d'allégories qui, lorsqu'on en ignore le sens caché , présentent à l'observateur un aspect bizarre, si même elles ne lui paraissent pas entièrement absurdes.

11 en résulte encore naturellement, que l'écriture hiéroglyphique offre un double sens : le premier, qui lui

est propre; le second, tout-à-fait d'emprunt. On ne la comprend réellement, qu'alors qu'on saisit ce dernier sens ; du reste , on peut lire fort bien les hiéroglyphes sans les pénétrer, quand on conçoit les emblèmes, sans parvenir jusqu'à la sève, cachée sous cette écorce.

Ainsi se perpétuaient les opinions religieuses des prêtres égyptiens; opinions dont leur mythologie était l'emblème, et qui se retrouvent dans les allégories que nous ont transmises Hérodote, Plutarque et d'autres écrivains, tant sur les dieux de l'Egypte, Isis, Osiris, etc., que sur ses rois. Elles ne divuîgaient, en aucune manière, ce que nous appelons proprement la signification des hiéroglyphes, elles ne répandaient aucun jour sur leur vrai sens; et c'est ce qui nous explique précisément pourquoi les prêtres ne se faisaient pas grand scrupule de les communiquer aux étrangers qui savaient gagner leur confiance, quoiqu'ils regardassent la connaissance de ces allégories comme leur propriété exclusive. Il y a plus : quelques - unes devinrent des traditions nationales , je veux parler de celles qui se rapportaient aux fêtes populaires.

§ VI. — Ses imperfections,

Quelles sont les choses dont on pouvait perpétuer le souvenir au moyen des hiéroglyphes?

Quelque perfectionnés qu'on les suppose, certaines défectuosités devaient toujours leur demeurer propres et empêcher qu'on n'accomplît, en les employant, tout

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ce que permettait de faire l'écriture littérale. Il est néanmoins de la plus haute importance de connaître la mesure de leur utilité.

La première imperfection consiste dans le nombre, si limité, des images ou symboles. On ne peut représenter les idées, qu'autant qu'elles correspondent à des images. Emprunte-t-on celles-ci à des objets du pays, à des circonstances locales, comme cela arriva en Egypte; dès -lors leur nombre se trouve circonscrit. L'écriture hiéroglyphique change-t-elle de nature et se transforme-t-elle en une écriture arbitraire et figurée; alors, il est vrai, le nombre des signes se multiplie, comme en Chine. Mais l'observation nous apprend qu'il n'en fut pas ainsi, au moins généralement, des hiéroglyphes en Egypte.

Leur perfectionnement y fut borné; tous les symboles divers, empreints sur les bandelettes qui enveloppent les momies, sur leurs cercueils, et sur les autres débris que nous a laissés cette antique nation, ne sont point variés jusqu'au point d'atteindre deux cent quatorze formes différentes ; nombre auquel s'élèvent les seuls signes radicaux des Chinois, qu'ils surpassent même , car plusieurs d'entre eux peuvent s'écrire d'une double ou d'une triple manière.

§ VIL — Son inutilité actuelle»

La pauvreté de l'écriture hiéroglyphique nous défend d'espérer, de son interprétation, des avantages

considérables ; la continuelle répétition des mêmes symboles n'atteste pas une grande richesse d'idées : quelles connaissances importantes nous procureraient, d'ailleurs, ces chétifs monumens? Sans doute, ils nous seraient bien moins utiles encore que ces inscriptions isolées, grecques ou romaines, pour l'intelligence desquelles il nous faut compulser les auteurs contemporains, ou, du moins, rapprochés de leur époque.

L'hiéroglyphe, d'après sa destination, devait être le soutien des opinions religieuses, de la tradition, par le canal de laquelle ces opinions se perpétuent. Mais on l'avait distrait du domaine du peuple , puisque l'explication orale de la langue symbolique, circonscrite exclusivement dans une caste , se transmettait de père en fils. Celle-ci se trouve aujourd'hui perdue pour nous, sauf quelques notions, quelques mythes particuliers, que nous ont conservés Hérodote et plusieurs autres écrivains , mais qui ne sauraient nous aider à pénétrer le sens des hiéroglyphes. En général, on pourrait ranger l'interprétation des symboles égyptiens, sur la même ligne que la quadrature du cercle, le mobile perpetimm , la pierre philosophale : ces divers problèmes sont également insolubles et inutiles, La clef de cette langue est perdue, vainement chercherions-nous à la retrouver. Peut-être, sur les monumens qui subsistent, l'antiquité a-t-elle gravé des connaissances intéressantes pour les modernes, mais jamais on ne les appréciera : ils demeurent debout, comme de muets témoins des siècles anciens. Aussi

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les hiéroglyphes de l'Egypte serviront peu, ou plutôt, sont tout-à-fait inutiles à notre but.

§ Y III. — Des mystères et du culte.

Les mystères nous offrent plus d'intérêt. Mais , d'où les Egyptiens les avaient-ils empruntés? D'où, sinon de l'Asie, ce berceau de la vérité, et trop souvent de l'erreur qui la défigura.

Il faut distinguer les mystères de l'Egypte, de son culte, car ils forment un contraste frappant. Les mystères contenaient les plus sublimes idées du déisme et du monothéisme , ainsi que la promesse d'un dieu rédempteur; au contraire, suivant le témoignage des Grecs , notamment d'Hérodote , témoin oculaire de ces pratiques superstitieuses, le culte était le plus ridicule , le plus abominable , le plus immoral que l'homme pût inventer. Les idées religieuses, raisonnables et sublimes , placées hors de la sphère du vulgaire, formaient l'apanage de l'Ordre des prêtres. *

Ce n'est qu'au sein de leur caste qu'elles se trouvaient établies , qu'elles se maintenaient par les mys-

* Tant de témoignages prouvent que les prêtres possédaient des livres sacrés ; que ce point est désormais indubitable. Plusieurs écrivains soupçonnent que les livres d'Hermès , conservés en Egypte comme un monument divin , ne sont autre chose que les Védas de l'Inde ; car d'antiques traditions indiennes rapportent qu'à une époque très reculée , une tribu , nommée Palli , accablée par ses ennemis, l'abandonna ppur se réfugier en Egypte , où elle apporta avec elle les quatre Védas,

tères; le peuple en était éloigné, les prêtées seuls pouvaient faire de ces dogmes sublimes l'objet de leurs méditations.

Pour le vulgaire existait un culte tout extérieur, dont lé sens mystique disparaissait sous une enve* loppe grossière; incapable de soulever ce voile, de reconnaître les vérités auxquelles il servait d'abri , le peuple s'attacha aux formes extérieures et sensibles , les regarda comme l'objet principal proposé à sa vé* nération , et tomba dans un délire et une idolâtrie qu'aucune autre nation n'égala jamais.

§ IX. — Osiris*

La doctrine secrète des Egyptiens > voilà ce qu'ils possédaient de plus élevé.

Le dogme de la Trinité, celui de l'Unité, sont la base et la pierre fondamentale des mystères. A cette idée première se rattache immédiatement la croyance en un dieu révélé et réconciliateur, qui en est l'objet essentiel.

Cette croyance donna lieu aussi à l'espèce de représentation dramatique , si intimement liée au culte , que l'on offrait annuellement au peuple. Yoici en quoi consistait ce spectacle : « Le dieu révélé ( Osiris, honoré sous l'emblème du soleil ) naît sous la forme d'un enfant; une étoile annonce sa naissance; le dieu grandit, se trouve obligé de prendre la fuite, poursuivi par des animaux féroces; succombant enfin à la

persécution , il meurt. Alors commence un deuil solennel; le dieu du soleil, naguère privé de la vie, ressuscite, et l'on célèbre sa résurrection. »

Suivant d'autres témoignages *, les Egyptiens avaient la mer en horreur , ils l'appelaient Typhon , et racontaient que Typhon ( qui était leur mauvais principe , de même qu'Ahriman était celui des Perses) avait poursuivi son frère Osiris ; qu'il l'avait enfermé dans un coffre , le dix-sept du mois Athyx , qui est le deuxième après l'équinoxe d'automne. 11 ne suffit point à Typhon d'avoir, à l'aide de soixante-douze conspirateurs, ainsi enfermé son frère Osiris, de l'avoir tué et jeté ensuite dans la mer avec le coffre. La sage Isis, instruite du sort de son époux, ayant trouvé son cadavre que les eaux avaient ramené sur le rivage, conservait ce triste débris, quand Typhon le découvrit et le coupa en morceaux. La déesse parvint, néanmoins, à rassembler les membres épars d' Osiris et à les réunir dans une tombe. Chose miraculeuse! Ses membres une fois déposés dans le tombeau, Osiris, à ce que l'on prétend, recouvra la vie.

Le sens de cette histoire s'expliquait dans les mystères. Comme le dieu qui avait daigné habiter parmi les hommes, était honoré sous l'emblème du soleil, son culte devint celui de cet astre, et les circonstances de son histoire furent mises en rapport avec le cours du soleil. C'est ainsi que les honneurs, d'abord rendus

* Plut, de Iside et Osiride.

à la Divinité , dégénérèrent en une simple adoration de la lumière, et que l'allégorie primitive se matérialisa ? pour ainsi dire.

§ X. — Livre d* Hermès.

A une époque postérieure , celle des Ptolomée principalement, on chercha à abolir entièrement le culte, à rétablir et à ranimer les idées religieuses qui lui servaient de fondement. La doctrine, tenue si secrète, fut divulguée sous le nom de Hermès. *

Dans le livre intitulé : « 6 Xp^ôçt&tiôç (livre parfait)»9 Hermès dit que Dieu auteur de toutes choses , engendra, avant la création du monde, un Esprit saint et incorruptible, qu'il nomma son fils, et qui, à la force et à la majesté de son père, joignait la puissance infinie.

Son père le reconnut pour son propre fils , et l'aima comme l'être le plus parfait, comme son fils unique. **

Trismégiste *** nomme le fils l'architecte du père

* Les livres d'Hermès étaient regardés comme sacrés par les Égyptiens.

** Voici les termes de ce passage :

Ô y.ûpios xai twv ttccvtcov Troir/mç, ov ©îov îtaXeïv vevou.»cau.sv , e-rret tov ^euTspov iTCOtvice 0s'ov oparov jcat cû'aOvrrov. ÀÏgôyitov Si <pY)|/i où cïik ro aiaôecôa: äutov , -rcspt 'yàp tgütov oùx soft rrorspcv o&Ôtoç aïoôfitTO , àXX% oti iiç àtaô^aiv urcoTrep/iret >cat stç vouv.Êttsi tgutov STrotvjcre 7rpwTov, xat {/.ovo'v, xal éva, xaXb; aur« sW.vy), xat TrXvjpsVraToç Travrwv tôv â-^aOcÛp^ ^iaas Te xcù 7vavù écpiXYiciv t'^tov toxov.

*** Trismégiste , ou trois fois saint, est, suivant la fable, un célèbre

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( &]«.ioupfov «s ûsGu ) 5 parce que le père l'avait doué d*und telle sagesse et d'une telle puissance, qu'il se servit du secours de ses conseils et de son intervention pour créer le monde. Mais , dit Trismégiste , le nom de ce divin fils n'est connu que du Dieu tout -puissant; il ne saurait être rendu dans la langue des hommes, il est au-dessus de tous les langages humains. *

Trismégiste reconnaît aussi le Verbe ( Xctyos ) et la sagesse du père; il en parle souvent i et décrit sa force et sa majesté.

Trismégiste nomme, avec vérité i le père cwà-cop et àjxiÎTwp, parce qu'il existe par lui-même, et qu'il n'a été engendré par personne. Il appelle également le fils arartop et àpnyrwp, parce que, co mine le Christ, suivant sa nature divine, il n'a point de mère, et point de père suivant sa nature humaine. Quoique je ne puisse rien rapporter de plus des choses contenues dans le livre d'Hermès ** , il est certain néanmoins

philosophe égyptien , qui vécut environ l'an 1900 avant J.-G. , et qui encore fut conseiller d'Isis , épouse d'Osiris. On prétend qu'il se nommait Thoth , on lui attribue l'invention de l'écriture , de différend arts utiles, et l'établissement de la doctrine secrète. Les Grecs l'appellent Hermès ; les Latins, Mercure.

* C'est ainsi qu'il s'exprime :

« À$rta <5s toutgu tou c.tnoU r\ ïe$ ûeîoû à^txbou ßouXmai;, y ösov irpovi- VE-yxsv , GÛTO ovou.a où ^üjxarou àvôptàrrîvct) g-ou.o,ti XaXriôvivaï. »

« Ètrri riç, àtexv.GV, Biroç'pïjTOÇ Xd^o? aocpiaç, oaioç Trepi tou {/.o'vou xuplou

TVaVTWV, Xat(77p0 ^VVOGU^SVCO) 0£OU- OV ElTTctV U7TSQ àvôp«7irdv èffTt. etC, etC »

** LifPetit nombre de celles que j'ai rapportées, et qui répandent d'ailleurs un si grand jour , sont extraites du célèbre traité de Lactance: De divinâ Institution^ , lib. iv.

qu'il renfermait plusieurs autres secrètes notions, en particulier, sur le sort de ce grand dieu : c'est à ce livre, en effet, que l'on emprunta cette sorte de représentation théâtrale de la naissance d'un fils de Dieu, de sa poursuite, de ses souffrances, de sa mort et de sa résurrection. Plusieurs pères de l'église, et surtout Clément d'Alexandrie, surpris de la ressemblance qu'offre cette solennité du culte égyptien avec l'histoire du christianisme, l'attribuèrent à l'influence de l'Esprit de ténèbres. Nous ne devons point en être étonnés, puisqu'à cette époque l'origine de l'idolâtrie se trouvait peu éclaircie. Sans doute les mauvais Esprits pouvaient exercer leur influence de diverses façons; mais, sans doute aussi, ils ne l'employaient pas à propager les vérités religieuses; ils cherchaient plutôt à détourner le genre humain de la source du vrai , à le plonger dans la superstition et l'idolâtrie, à couvrir l'univers des voiles d'une grossière ignorance.

§ XI. — -B.appo?"ts d3 Osiris avec J.-C.

L'idolâtrie de l'Egypte résulte de la prépondérance qu'usurpèrent les noms et les emblèmes sur les idées religieuses. Au commencement, l'idée était traduite par un symbole; puis on lui attribua un nom, on la personnifia , et ainsi se constitua le culte des idoles.

Notre intérêt doit naturellement se concentrer sur le nom d'Osiris. C'est ce dieu bienfaisant , que

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nous trouvons chez tous les peuples, qui habite au milieu des hommes , et qui les rend heureux. L'Egypte , comme toutes les autres contrées, l'honora sous l'image du soleil. Il subit une persécution , de cruelles souffrances, et enfin la mort.

Vénéré dans les mystères égyptiens, comme un mot emblématique et expressif, le nom d'Osiris atteste à nos yeux l'existence de la tradition relative à la future rédemption du monde.

Aucun homme raisonnable ne se refusera à cette conséquence, en voyant la même idée, sauf la diversité des termes, se reproduire fidèlement chez tous les peuples : la suite de cet exposé confirmera encore notre interprétation.

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