‹ Rédemption du genre humainChapitre 9 sur 17 · MÉSOPOTAMIE · texte numérisé non relu

MÉSOPOTAMIE

§ I. — Balaam arrive chez Balac*

Plus nous avançons vers l'Occident , vers les royaumes et les pays dont l'idolâtrie était souillée de l'immoralité la plus dégoûtante , moins nous entendons la voix de la vérité divine. Etouffée par des passions sans frein, la vérité les abandonna, se réfugiant au milieu de nations de mœurs plus chastes et moins corrompues. Les Assyriens, les Babyloniens, les Syriens et les Phéniciens, présentent peu, ou plutôt n'offrent point de traces du dogme sublime de la rédemption. Toutefois, nous ne pouvons passer sous silence l'important témoignage que nous fournit un prophète de Mésopotamie^ et qui dépeint, en peu de mots il est vrai , mais avec des traits fortement caractérisés , Fattente du Sauveur.

Dieu avait destiné aux Israélites la propriété du pays deChanaan; il leur promit encore que lui-même combattrait pour eux. Aussi, au sortir du désert de l'Arabie , leurs armes furent-elles partout triomphantes. Le bruit des victoires d'Israël, et plus encore le^mi-

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racles que Dieu avait, pendant quarante ans, opérées5 dans le désert, entretenaient parmi les peuples voisins une décourageante anxiété; les Moabites, surtout,étaient frappés de terreur. Balac, leur roi, songea au moyen de salut, se concerta avec les anciens de Madian, et résolut avec eux d'opposer à cette redoutable nation d'autres obstacles que les impuissans efforts de leurs bras.

lis envoyèrent donc en commun des députés à Balaam, fils de Béor, qui demeurait à Péthor sur l'Euplirate, en Mésopotamie, et qui passait pour un devin et un enchanteur. Ils portaient avec eux le salaire de ses prédictions. Ainsi s'exprima l'envoyé du roi Balac : « Voilà un peuple sorti de l'Egypte, qui couvre toute la face de la terre, et qui s'est campé près de moi. Venez donc pour maudire ce peuple , parce qu'il est plus fort que moi , afin que je tente si je pourrai par quelque moyen le battre et le chasser de mes terres ; car je sais que celui que vous bénirez sera béni, et que celui sur qui vous aurez jeté la malédiction sera maudit. »

Quand les députés se furent acquittés de leur commission, Balaam répondit : « Demeurez ici cette nuit, et je vous dirai tout ce que le Seigneur m'aura déclaré. »

Mais Dieu dit à Balaam : « Gardez-vous bien d'aller avec eux, et ne maudissez point ce peuple, parce qu'il est béni. »

Balaam, se levant dès l'aube du jour, annonça aux députés que le Seigneur lui avait défendu d'aller avec

eux. Ils retournèrent vers Balac et lui apprirent la réponse de Balaam.

Balac envoya de nouveau des députés plus illustres 9 avec de plus brillantes promesses; mais Balaam répondit : « Quand Balac me donnerait plein sa maison d'or et d'argent , je ne pourrais pas pour cela changer la parole du Seigneur, mon Dieu, pour dire ou plus ou moins qu'il ne m'a dit. Je vous prie de demeurer ici encore cette nuit, afin que je puisse savoir ce que le Seigneur me répondra de nouveau. »

Dieu vint donc la nuit à Balaam , et lui dit : « Si ces hommes sont venus pour vous quérir, levez-vous et allez avec eux ; mais prenez garde à faire ce que je vous commanderai ». Balaam s 'étant levé le matin , sella son ânesse et partit avec les chefs moabites. Mais Dieu s'irrita de son départ. Deux serviteurs l'accompagnaient. Un ange du Seigneur, qui n'était visible que pour l'ânesse , parut trois fois dans le ehemin, à sa rencontre, une épée nue à la main. La première fois, l'ânesse se détourna et courut à travers les champs ; la seconde, dans un passage resserré entre deux murailles qui enfermaient des vignes, elle se jeta contre un des murs et pressa le pied de Balaam; la troisième, dans un lieu étroit, où elle ne pouvait se détourner ni à droite ni à gauche, elle tomba sous les pieds de son maître. Il la frappa trois fois de son bâton.

Mais le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse et elle dit : « Que vous ai-je fait? pourquoi m'avez-vous frappée déjà trois fois»? Pendant qu'il la menaçait,

plein de colère, le Seigneur lui ouvrit les yeux, et il vit l'ange debout dans le chemin, et il l'adora, se prosternant enterre. L'ange lui dit: ce Pourquoi avezvous battu votre ânesse par trois fois? Je suis venu pour m'opposer à vous , parce que votre voie est corrompue et qu'elle m'est contraire. Et si l'ânesse ne se fût détournée du chemin en me cédant la place, je vous eusse tué , et elle serait demeurée en vie. x>

Balaam offrit de retourner, mais l'ange lui ordonna de continuer son chemin, mais de ne dire que ce qu'il lui commanderait. Il alla donc avec les princes de Balac. Quand ce dernier apprit que Balaam venait vers lui, il sortit à sa rencontre et lui dit: « J'ai envoyé des ambassadeurs pour vous faire venir; pourquoi ne m'êtes- vous pas venu trouver aussitôt? Est-ce que je nepuis pas vous récompenser pour votre peine? ê

Balaam lui répondit: «Me voilà venu; mais pourraije dire autre chose que ce que Dieu me mettra dans la bouche))? Balaam et Balac s'en allèrent donc ensemble, et ils vinrent en une ville qui était à l'extrémité du royaume.

Le lendemain , Balac conduisit Balaam sur les hauts lieux de Baal , et lui fit voir de là l'extrémité de l'armée d'Israël.

§ II. — Balaam bénit Israël*

Selon la demande de Balaam , Balac éleva sept au-

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tels , et ils placèrent sur chacun un veau et un bélier. Balaam dit au roi de demeurer auprès de son holocauste, qu'il allait voir si le Seigneur se présenterait à lui, et qu'il lui rapporterait les ordres qu'il en aurait reçus. Or, le Seigneur lui mit la parole dans la bouche , et lui commanda de retourner vers Balae , debout auprès de l'holocauste avec tous les princes moabites. Alors Balaam commença à prophétiser, et dit : « Balac, roi des Moabites, m'a fait venir d'Aram, des montagnes de l'Orient. Venez , m'a - 1 - il dit , et maudissez Jacob; hâtez- vous de détester Israël! Gomment maudirai -je celui que Dieu n'a point maudit? Comment détesterai -je celui que le Seigneur ne déteste point? Je le verrai du sommet des rochers, je le considérerai du haut des collines. Ce peuple habitera tout seul, il ne sera point mis au nombre des nations. Qui pourra compter la multitude des descendans de Jacob, et connaître le nombre des enfans d'Israël? Que je meure de la mort des justes, et que la fin de ma vie ressemble à la leur! »

Alors Balac dit à Balaam : « Qu'est-ce que vous faites? Je vous ai fait venir pour maudire mes ennemis, et, au contraire , vous les bénissez»! Balaam répondit : c< Puis-je dire autre chose que ce que le Seigneur m'aura commandé? »

§ III. — Nouvelles bénédictions répandues sur Israël.

Balac conduisit ensuite Balaam sur le haut du

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mont Phasga, d'où il dominait tout le camp des Israélites. On éleva de nouveau sept autels, sur chacun desquels on offrit un veau et un bélier. Balaam alla encore consulter le Seigneur, il prit ses ordres , revint auprès de Baîac et commença son discours : « Levezvous, Balac, et écoutez! Prêtez l'oreille, fils de Séphor! Dieu n'est point, comme l'homme, pour être capable de mentir, ni comme le fils de l'homme pour être sujet au changement. Quand il a dit une chose, ne la fera-t-il pas? Quand il a parlé, n'accomplira- til pas sa parole? J'ai été amené ici pour bénir ce peuple; je ne puis m 'empêcher de le bénir. Il n'y a point d'idole en Jacob, et on ne voit point de statue dans Israël! Le Seigneur son Dieu est avec lui, et on entend déjà parmi eux le son des trompettes, pour mar^ que de la victoire de leur roi. »

Balac dit à Balaam :« Ne le maudissez point, mais, ne le bénissez point aussi ». Balaam répondit. : « Ne vous ai-je pas dit que je ferais tout ce que Dieu me commanderait ?

Balac voulut essayer encore une fois si le changement du lieu amènerait une prophétie plus favorable : il conduisit Balaam sur le sommet du mont Phogor, qui regarde vers le désert, y fit encore élever sept autels où l'on plaça un veau et un bélier.

* Balaam , voyant que le Seigneur voulait qu'il bénît Israël, n'alla plus comme auparavant pour cher-

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cher à faire ses augures; mais, tournant le visage vers le désert , et élevant les yeux , il vit Israël campé dans ses tentes, et distingué par chaque tribu. Alors l'esprit de Dieu s'étant saisi de lui? il commença à prophétiser et à dire : « Voici ce que dit Balaam , flîs de Béor; voici ce que dit l'homme qui a l'œil fermé; voici ce que dit celui qui entend les paroles de Dieu, qui a vu les visions du Tout-Puissant, qui tombe et qui, en tombant, a les yeux ouverts : Que vos pavillons sont beaux, 6 Jacob! que vos tentes sont belles, ô Israël! Elles sont comme des vallées couvertes de grands arbres, comme des jardins le long des fleuves, toujours arrosés d'eau; comme des tentes que le Seigneur même a affermies; comme des cèdres plantés sur le bord des eaux..! »Balac se mettant en colère contre Balaam, frappa des mains et lui dit: ce Je vous avais fait venir pour maudire mes ennemis, et vous les avez au contraire bénis par trois fois! Retournez en votre maison. J'avais résolu de vous faire des présens magnifiques, mais le Seigneur vous a privé de la récompense que je vous avais destinée. »

Balaam répondit à Balac: « N'ai -je pas dit à vos ambassadeurs que vous m'avez envoyés : Quand Balac me donnerait plein sa maison d'or et d'argent, je ne pourrais pas passer au-delà de la parole du Seigneur, mon Dieu, pour inventer la moindre chose de ma tête ou en bien ou en mal; mais je dirais tout ce que le Seigneur m'aurait dit? Néanmoins, en m'en retournant en mon pays, je vous donnerai un conseil,

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afin que vous sachiez ce que votre peuple pourra faire enfin contre celui-ci. »

§ IV. — Prédiction du Messie.

Recommençant à prophétiserai dit: « Voici ^ce que dit Balaam, fils de Béor; voici ce que dit un homme dont l'œil est fermé; voici ce que dit celui qui entend les paroles de Dieu, qui connaît la doctrine du Très- Haut, qui voit les visions du Tout-Puissant, et qui, en tombant, a les yeux ouverts : « Je le verrai, mais a non maintenant; je le considérerai, mais non pas ce de près. Une étoile sortira de Jacob; un rejeton « s'élèvera d'Israël , et il frappera les chefs de Moab , « et il ruinera tous les enfans de Seth. Il possédera « ITdumée; l'héritage de Séir passera à ses ennemis, « et Israël agira avec grand courage. Il sortira de « Jacob un dominateur, qui perdra les restes de la « cité. »

Avec quelle solennité Balaam nous dispose à la dernière prophétie !

« Je le verrai , mais non maintenant ; je le consi- « dérerai , mais non pas de près ». Quel autre serait donc l'Etre, dont on ne profère point le nom, que l'on désigne ici d'une manière si solennelle par ce simple mot le , si ce n'était celui que l'Ecriture sainte nous montre sans cesse , tantôt avec des expressions plus ou moins voilées , tantôt sans aucun mystère , auquel enfin toutes choses se rapportent comme à

leur centre ? De même que beaucoup d'autres prophéties , celle de Balaam embrasse des temps plus voisins ? d'autres plus reculés. David s'assujétit les Moabites et les Edomites. Néanmoins, non-seulement tous les interprètes chrétiens depuis les Saints-Pères jusqu'à nos jours, mais encore les plus grands docteurs de la synagogue, Onkelos et Jonathan, qui fleurirent au plus tard à l'époque du Sauveur, si ce n'est antérieurement à sa naissance , s'accordent à reconnaître que Balaam désignait le Messie, par ces paroles: « Une « étoile sortira de Jacob , un rejeton (sceptre) s'éle- « vera d'Israël ». Ajoutons à ces témoignages celui du rabbin Maimonides, qui vivait au douzième siècle.

Dans le deuxième psaume , verset neuvième , il est dit au Messie : « Vous les gouvernerez avec une « verge (sceptre) de fer, et les briserez comme le « vaisseau du potier. )>

Le Sauveur dit dans X ^Apocalypse de saint Jean : « Je suis le rejeton et le fils de David , Y étoile bril- « lante, l'étoile du matin. » {^Apo.^ xxn, 16. )

Le prophète parle également de ce rejeton ou sceptre : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé , « et une fleur naîtra de sa racine. Et l'esprit du Sei- « gneur se reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'in- « telligence , l'esprit de conseil et de force , l'esprit de « science et de piété , et il sera rempli de l'esprit de Ja « crainte du Seigneur. » ( Isàîe , xi , 1-3. )

Quelque jugement que nous portions sur «Balaam , et bien qu'il vécût au milieu d'un peuple païen ? il

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n'en reste pas moins démontré qu'il connaissait lë vrai Dieu : dès-lors sa prédiction du Messie est une preuve remarquable que nous fournit l'antiquité.

§ V. — Les trois Mages,

Il est possible que la tradition relative à l'étoile prédite par Balaam, se soit répandue en Orient j jusqu'à ce qu'une étoile apparut aux trois sages.

Je serais conduit trop loin , si je rapportais toutes les conjectures dont ils furent l'objet. Les sages, venus de l'Orient pour adorer le roi des Juifs, nouveau-né, et lui offrir leurs présens, de l'or, de l'encens, de la myrrhe , sont appelés Mages dans l'Ecriture , nom d'abord attribué à l'Ordre des prêtres en Perse et en Médie , propagé ensuite avec la domination des Perses , et donné en Orient aux philosophes, particulièrement aux astronomes. L'opinion la plus commune les fait venir de Mésopotamie. Balaam appartenait à cette contrée ; aussi plusieurs écrivains pensent-ils que le voyage des trois Mages fut déterminé par sa prédiction, a Une étoile sortira de Jacob, et un « rejeton {un sceptre) s'élèvera d'Israël ». Que la prophétie, placée dans la bouche de Ealaam , malgré lui, et relative à l'étoile qui apparut aux sages d'Orient, y fit réellement allusion , c'est ce que je ne pose point en doute ; mais que sa prophétie, en même temps qu'elle faisait allusion à cette étoile, concernât aussi un autre objet, c'est ce qui me semble encore claire-

m LA RECONCILIATION DU MONDE. 8ï

ment établi. Probablement les trois sages venaient de l'Arabie , et non de la Mésopotamie.

Loin de le trouver étrange, nous devons regarder comme très probable que les miracles de Dieu , au milieu de son peuple, n'échappèrent pas aux sages d'Arabie qui étudiaient les Saintes-Ecritures, d'autant moins que les Israélites vivaient, à cette époque > épars dans tout l'Orient , et que la tradition des patriarches s'y était, d'ailleurs, généralement maintenue. Quoi qu'il en soit , il est évident que Dieu se révéla d'une manière particulière à ces pieux personnages. Qui mettrait en doute son intervention pour leur indiquer la route , quand une révélation spéciale influa sur leur retour?

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