SCANDINAVIE
§ I. — Mythologie dJOdtn.
Les Allemands septentrionaux et les Saxons possédaient, aussi bien que les Scandinaves, la mythologie à' Odin y car ils ne formaient tous originairement qu'un peuple. Cette mythologie fit naître , vers la fin du neuvième ou dans le cours du dixième siècle , un poème ou nous puisons nos principales données sur le culte du Nord. Ce poème est Y Edda des Islandais,
§ II.— Sa Nature.
lu Edda des Islandais est le monument le plus remarquable des antiquités du Nord. Le culte symbolique rendu à la nature , dit un auteur qui en a fait une profonde étude, ressort de toutes parts de Y Edda, comme d'une source pleine et abondante, sous
* Deux systèmes religieux se partageaient l'Europe païenne : nous avons épuisé nos réflexions sur le premier, qui embrasse les mythologies grecque et romaine , et nous abordons le second , qui régnait en Gaule, en Bretagne, en Germanie. Composé en Islande par Sœrnund Sigfusson vers 1067, abrégé vers 1220 par Snorro Sturîeson qui le sépara en Edda, ou mythologie proprement dite, et en Scalda, ou poétique, Y Edda des Islandais est le résumé du dernier système ; résumé qui nous intéresse à un double titre , et comme objet d'étude, et comme monument patriotique. Voyez la traduction de Maixet, 3e édition.
(Note du Traducteur.)
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le voile de mystérieuses sentences, de chants prophétiques. Reconnaissable du reste , quoique sous des couleurs plus ternes et plus grossières, dans quelques parties évidemment analogues du Zendavesta des Perses, ce culte symholique de la nature , lorsqu'on l'oppose à la mythologie plus légère , plus belle dans ses formes extérieures , mais , au fond , tout-à-fait matérielle , des nations grecques, mérite qu'on le regarde comme un paganisme moins impur, moins sensiblement altéré, moins déraisonnable , plus austère et plus rigoureux ; c'est le même, d'ailleurs, que professaient nos ancêtres de Germanie. Le système religieux des Celtes l'emportait de beaucoup sur celui des Grecs. S'ils avaient leurs démons , aussi bien que les derniers , dont toutes les divinités populaires n'étaient que des démons , du moins , ils croyaient que X ^illfadur ( auteur de toutes choses ) était un dieu unique ; ils admettaient l'immortalité de l'âme.
§ III. — Dogmes divers.
Suivant Tacite , les anciens Germains ne pensaient pas qu'il fût convenable à la grandeur et à la majesté des dieux de les circonscrire dans l'enceinte des temples, de les limiter sous des formes humaines. Ils consacraient des forêts et des bocages; ils attribuaient des noms divins à l'être mystérieux que per-^
sonnifîait leur vénération.
Ce témoignage de Tacite nous apprend quelles idéeë
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pures et sublimes de la Divinité se développaient chez les habitans du Nord. Or, elles dérivaient de l'Orient, de la Perse surtout ; car, sous le double rapport de la religion , puis de la langue , des habitudes de la vie et des mœurs , on remarque une intime affinité entre les Perses et les peuples de Germanie.
L'Edda contient une allusion directe au dogme de la Trinité, puisqu'il nous rapporte qu'un roi de Suède aperçut, sur trois trônes élevés les uns au-dessus des autres, trois êtres à forme humaine, dont l'un se nommait Jîar (sublime), l'autre Zaphnar (l'égal du sublime), le dernier Tredix ( troisième).
L'Edda renferme encore la doctrine du retour de l'ordre et de la paix, tel que le décrit si poétiquement la quatrième églogue de Virgile.
§ IV. — Balder, emblème du Messie,
Il rapporte également l'histoire du dieu qui , spécialement, daigne habiter parmi les hommes, histoire reproduite par toutes les traditions orientales.il parle de Ealder, que les Scandinaves honoraient dans le soleil , et qui se confond originairement avec le Bel des Chaîdéens, le Mithra des Perses, le Hélios des Grecs: c'est un être bienveillant, doux, favorable aux hommes , objet de leurs louanges. Comme l'Osiris des Egyptiens , il remplit les fonctions de juge; sa sentence est sans appel. Les colonnes de son palais dans le ciel sont couvertes de caractères runiques( lettres sacrées,
auxquelles les anciens Allemands et les Scandinaves attribuaient un pouvoir magique) qui ont la vertu d'évoquer les morts. A l'instigation du mauvais esprit j que FEdda nomme Loke, source du mensonge et de la discorde , idée à laquelle répond exactement le mot grec &'a€oXoç, Balder, ce dieu bon, ami des hommes, les délices des habitans du ciel, fut privé de la vie; mais, dit YEdda> lors du créjpusctdë des dieux * (le dernier jour), il sortira de l'empire de la mort, pour vivre dans le ciel avec Aîlfadur( auteur de toutes choses , le père des dieux ) , et les âmes des hommes justes. Il est inutile de remarquer que cette mystérieuse doctrine , qui se retrouve dans toutes les traditions païennes, dans les histoires de tous les peuples, n'est autre que l'idée d'expiation, modifiée diversement suivant la différence des pays.
Si Fori néglige ce fil conducteur, en expliquant et interprétant les croyances générales des peuples , l'on s'égare dans un labyrinthe inextricable.
* C'est-à-dire des divinités inférieures, soit bonnes, soiî mauvaises, qui retomberont en combattant dans le sein de la grande divinité, d'où toutes choses sont émanées et qui survit à toutes choses. Après cela , le monde devient la proie des flammes destinées plu-* tôt à le purifier qu'à le détruire, puisqu'il reparaît dans la suite plus beau , plus agréable et plus fécond. Voyez la traduction de M all et, 3e édition, page
{Note du Traducteur.)
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§ V. — Insuffisance de toute autre interprétation de l'Edda.
Rappelons ici une autre version à laquelle prêta cette histoire fabuleuse. UEdda, dit un de ses plus savans appréciateurs , est un récit tout-à-faît tragique, parce que le culte et la contemplation de la nature, isolés de la pleine connaissance de la Divinité , conduisent nécessairement à considérer l'univers sous un point de vue triste et décourageant. C'est ainsi que les plus grands poètes de l'antiquité, nonobstant la pureté, l'éclat, la sérénité de leurs descriptions, se trouvaient intérieurement subjugués par un sentiment pénible. La poésie même et les jeux de l'imagination , quelle que soit la puissance de l'art , ne sauraient se vivifier à la lumière de l'espérance et d'une satisfaction véritable , si les rayons de cette lumière ne partent directement du soleil de justice, de vérité et d'amour, que l'antiquité n'entrevoyait que d'une manière confuse, qui se dérobait même presque entièrement à ses yeux. La mythologie du Nord est donc empreinte d'une sorte de tristesse , mais d'une tristesse tout-àfait distincte de la sombre mélancolie qui caractérise Ossian , poète toujours nébuleux et souvent vide de pensées.
Baîcler, le plus aimable des enfans d'Odin , a succombé sous les coups d'une mort inévitable. Odin même , l'aïeul des héros , le père des dieux et de la lumière , succombera dans la dernière lutte contre le
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pouvoir triomphant des ténèbres : c'est ce que prédisent d'anciens Prophètes, tandis que lui-même., rappelant à lui , par une mort prématurée , les plus illustres héros de la terre , les rassemble dans son Walhalla , et s'assure ainsi un plus grand nombre de combattans pour ce jour décisif, qu'il prévoit sans qu'il puisse l'éviter. Assurément les tragiques détails de la mythologie du Nord ne causent une impression si profonde , si douce , si touchante , que parce que cette fable réunit elle-même un puissant intérêt, en un mot , tout ce que l'amour a de tendresse et de beauté, ce que le printemps et la nature ont de sérénité et de grandeur, ce que le monde des héros a de charme et de courage.
Une si ingénieuse interprétation de l'Edda pourrait suffire , si ces fictions se trouvaient circonscrites dans le sein d'un peuple. Mais comment se fait-il, au contraire, qu'elles se reproduisent , à-peu-près sous les mêmes traits, chez toutes les nations de l'antiquité , et comment expliquer ce phénomène ? Supposera~t-on que la contemplation de la nature , sous ce triste point de vue , a fait naître dans tous les pays, et les mêmes idées , et les mêmes fictions? Cette hypothèse une fois admise , pourquoi les livres sacrés des Indiens , des Chinois , des Perses , attachaient-ils tous à cette fiction une si grande importance ? Pourquoi cette opinion populaire, de préférence à toute autre , formait-elle la base des mystères de l'Egypte et de la Grèce , des livres sibyllins à Rome, de l'Edda
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diez les peuples du Nord ? Pourquoi les autres tradi^ lions de l'Orient tendent-elles à s'en rapprocher, comme de leur centre? Cet accord universel doit faire raisonnablement soupçonner, doit même nous convaincre que la fable recèle dans son sein une vérité céleste , que cette vérité eât la même à laquelle se rapportent plus ou moins directement les révélations de l'ancienne alliance , et qui concerne celui que l'Ecriture sainte nomme le Désiré des peuples.
C'est ce qui nous atteste encore que la vérité est \û fondement de la fable.
JUDÉË.
§ L— Unité de DieU.
Après avoir jeté du jour sur les obscurs vestigeâ du dogme de la rédemption chez les peuples païens i et reconnu la source unique d'où jaillirent ces reli* gieuses traditions , il ne sera point inutile , pour compléter le système de nos preuves , de faire ressortir les lumières qui éclairaient en Israël ce point fondamental de notre croyance. En effet, l'idée de la rédemption n'apparaît d'une manière tout-à-fait écla* tante et positive que dans nos livres sacrés; les opinions des peuples et leurs mythes , rayons isolés du brillant soleil de la révélation, ne jettent qu'une douteuse lueur ; mais , réunis en faisceau et joints aux lumières de l'Ecriture, ils suffiront pour guider nos
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pas à travers les ténébreux détours de l'histoire jusqu'au foyer des idées révélées.
C'est une grave erreur que de supposer, qu'au sein même du peuple choisi, l'idée du Messie comme fils de Dieu, se trouvât enveloppée d'obscurité, et que la doctrine de la Trinité fût entièrement inconnue aux Israélites. La suite de cet ouvrage établira le contraire.
Il est inutile de prouver que l'Unité de Dieu forme la base de l'Ecriture sainte. Les paroles de Moïse : « Ecoutez, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur ÇDeut. , vi, l±.)y> , renferment la grande vérité qui traçait une ligne de démarcation entre le peuple de Dieu et tous les autres peuples de la terre. «Tous les dieux des nations sont des démons; mais le Seigneur est le créateur des cieux. » [Ps, xcv,5.) Telle est la croyance distinctive des Israélites.
§ IL — Idée de la Trinité.
Outre cette idée fondamentale de la religion des Hébreux , se présente la distinction des trois personnes divines.
Dieu parle, et tout est créé» Sa parole produit la lumière , et la sépare des ténèbres. Sa parole sépare les eaux d'avec les eaux, et fait briller le firmament. Sa parole divise les eaux de l'élément aride , et fait ainsi paraître la terre, toutes les espèces d'arbres et: de plantes. Sa paroie place dans le ciel le soleil, la
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lune et une innombrable foule d'étoiles. Sa parole anime les poissons au sein des eaux et crée des oiseaux, chacun selon son espèce. Sa parole fait sortir du sein de la terre une foule d'animaux, elle produit Tliomme à la fin. Sa parole, qui tire le ciel et la terre du néant, et qui crée tous les êtres, est l'image de son verhe éternel; l'esprit divin qui reposait sur les eaux, représente son esprit.
En créant l'homme, Dieu dit : « Faisons Thomme à notre image et à notre ressemblance!» {Gen., j, 26.)
Le respect empêchait les Juifs de prononcer le nom de Jéhovah ; ils le remplaçaient par celui de Adonaï ( seigneurs ) , quoique cependant ils auraient pu dire Adoni ( seigneur ),
L'emploi du mot Adonaï est, selon moi, le meilleur moyen d'expliquer celui du mot Elohim , les dieux, ou Jéhovah Elohim, le Seigneur les dieux. Josué disait au peuple : « Vous ne pourrez servir le Seigneur, parce que c'est un dieu saint, un dieu fort et jaloux. » ( Jos. , xxiv, 19.)
Le Seigneur apparut en la vallée de Mambré à Abraham, « assis à la porte de sa tente, dans la plus « grande chaleur du jour. Ayant levé les yeux, trois « hommes lui parurent près de lui, »
Il paraît qu'Abraham reconnut aussitôt la présence du Seigneur, car il dit à l'un : « Seigneur! si j'ai « trouvé grâce devant vos yeux , ne passez pas la maice son de votre serviteur.» {Gen., xvni, i-3.)
Le chapitre suivant contient : « Le Seigneur fit
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a descendre du ciel, sur Sodome et sur Gomorrhe, une <c pluie de souffre et de feu. »
L'Ecriture sainte parle plusieurs fois de l'ange, c'est-à-dire de l'envoyé qui apparaît aussitôt que Jéhovah; l'envoyé n'est point le père, autrement quel serait l'auteur de sa mission?
L'ange du Seigneur apparut à Moïse en une flamme de feu au milieu d'un buisson : « Mais le Seigneur le « voyant venir pour considérer ce qu'il voyait, l'appela « du milieu du buisson ». Il se nomme « le dieu d'Ace braham, le dieu d'Isaac, le dieu de Jacob », puis Jéhovah.
N'est -il point évident que le Dieu, auteur de la mission, était aussi l'envoyé?
David s'écrie : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « asseyez-vous à ma droite; jusqu'à ce que je réduise « vos ennemis à vous servir de marche-pied.» (P«s. cix.)
Et Salomon : a Qui est monté au ciel et qui en est « descendu? Qui a retenu l'esprit dans ses mains? qui « a lié les eaux comme dans un vêtement? Qui a af- « fermi toute l'étendue de la terre? Quel est son nom, « et quel est le nom de son Fils , si vous le savez ? » ( Prov. , xxx, 4- )
Joint à tant d'autres passages où l'on parle du Fils et du Saint-Esprit, celui-ci n'est point sans importance : « C'est par la parole du Seigneur que les cieux « ont été affermis ; et c'est le souffle de sa bouche « qui a produit toute leur vertu. » (Ps. xxxii, 6.)
X^e livre de la Sagesse parle expressément de cette
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parole comme d'une personne, lorsqu'il mentionne le meurtre des premier -nés de l'Egypte : « Car, lorsque « tout reposait dans un paisible silence , et que la « nuit était au milieu de sa course , votre parole « toute - puissante vint du ciel, du trône royal, et ce fondit tout d'un coup sur cette terre destinée à la « perdition. »(Sag., xvin, i4, i5.)
Ce livre parle de l'Esprit saint, comme le nouveau Testament : « Et qui pourra connaître votre pensée, « si vous ne donnez vous-même la Sagesse, et si vous « n'envoyez votre Esprit saint du plus haut des or cieux? » {Sag. y ix, 17.)
La Sagesse signifie le Verbe, fils de Dieu; interprétation que rend au moins très vraisemblable la comparaison des ouvrages d'autres écrivains avec l'Ecriture, que confirme en particulier tout le huitième chapitre des proverbes de Salomon, où il introduit la Sagesse, s'écriant : « J'ai été établie dès l'éternité et « dès le commencement , avant que la terre fût créée. « — ■ Lorsqu'il préparait les cieux, j'étais présente a ( Prov. y vin , ^3 , 27 ). — J'étais avec lui , et je ce réglais toutes choses. J'étais chaque jour dans les ce délices, me jouant sans cesse devant lui; me jouant ce dans le monde, et mes délices sont d'être avec les ce enfans des hommes. » (Prov. , vin, 3o, 3i„)
Les anciens commentateurs juifs disent que le Verbe et la Sagesse ne sont qu'une même personne. Le savant Philon appelle le Verbe h^oq Gecç, le second dieu : expression qu'un chrétien ne peut se permet-
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tre, mais qui prouve que Philon croyait à la divinité du Verbe.
Le rabbin Bécbaï dit que Dieu se sert de la Sagesse et du Saint-Esprit, comme de deux mains.
D'autres anciens rabbins attribuent au Verbe ( Mimra ) et à la gloire ( Schekinah ), tous les miracles opérés pour soutenir leur nation, et toutes les apparitions divines.
Ils attribuent à Mimra ou au Verbe, des actions qui supposent évidemment qu'il est une personne divine; des ordres, des réponses, rétablissement de lois, l'accomplissement de prières.
Au sujet de ces mots : « Alors Moïse le fit sortir du « ca#ip,pour aller au-devant de Dieu.»(i£ar., xix, 17.) le rabbin Onkelos, qui vivait avant la venue du Sauveur, observe dans son célèbre Targum ( commentaire de l'Ecriture ) que Moïse allait au - devant du Verbe du Seigneur.
Et Jonathan, dont le Targum jouit également de la plus haute estime parmi les rabbins , et qui vivait avant J.-C. , dit en expliquant ces mots : « J'étais « alors entre le Seigneur et vous », que Moïse se trouvait entre les Hébreux et le Verbe du Seigneur.
Le rabbin Jabbi- Simeon -Ben- Johai , auteur du livre Zophar , plus ancien que le Talmud , et dont quelques écrivains reportent la composition à une époque qui précéda la naissance du Sauveur, explique, comme nous, le trois fois saint que l'on rencontre dans Isaïe par les trois personnes de la Divi-
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nité , les nommant encore ailleurs trois soleils ou lumières , trois princes sans commencement et sans fin.
Ce même auteur cite le rabbin Ibba , qui expliquait ces mots : «Ecoutez, Israël! le Seigneur notre Dieu « est le seul et unique Seigneur » , en disant qu'il s'agissait d'abord du Père, puis du Fils, source de toute connaissance, enfin du Saint-Esprit qui procède des deux premiers, ajoutant que Dieu est un. Cependant le rabbin observe que ce grand mystère ne devait 'point être divulgué > avant la venue du Messie.
Nous ne voyons point qu'à l'époque où parut le Sauveur , ni qu'après sa résurrection , lorsque ses apôtres prêchèrent l'Evangile, les Juifs aient trouvé étrange qu'on leur parlât d'un Fils de Dieu #t du Saint-Esprit : leur erreur provenait seulement de ce qu'ils attendaient un Messie , dont la gloire et la puissance se déployeraient sur la terre, et qui les affranchirait du joug des Romains.
Toutefois on ne saurait dissimuler que cette doctrine demeura enveloppée d'obscurité avant l'apparition du Fils de Dieu, et que les premiers d'Israël, à l'exemple des rabbins que j'ai cités, pensaient qu'il fallait dérober ce mystère au peuple.
Deux motifs dictaient cette conduite : on voulait d'abord empêcher que ce peuple, entouré de païens, et si souvent tombé lui-même dans l'idolâtrie, ne crût à la pluralité des dieux; on voulait, en outre, éviter aux païens le scandale d'une fausse interprétation du dogme de 3a Trinité. m
Cette dernière considération influença probablement les Septante , chargés , dans Alexandrie et pour un roi grec, au milieu de Grecs et d'Egyptiens, de composer une version des livres sacrés; elle les engagea à affaiblir différens passages relatifs à ce mystère, entre autres celui-ci que renferme le deuxième psaume : fya£ajabt ( embrassez sa loi ou le Fils ) ,
que la Vuîgate rend par : af'prehendite dtsciplinam; tandis que saint Jérôme traduit : adorate filium , adorez son Fils; et d'autres : os culamini filium, , embrassez le Fils.
On ne peut douter qu'il ne fût dans les décrets de Dieu que cette doctrine se propageât avec la lumière de l'Evangile.
§ III. — J.-C. annoncé dans la Genèse.
L'Ecriture sainte nous présente d'une manière , àla-fois plus claire et plus parfaite, l'idée de la rédemption du monde : car toutes les institutions que Dieu donna à son peuple, toutes ses révélations^ ont plus ou moins directement trait au Desire, à l'Oint du Seigneur, dont le règne n'aura point de fin; « qui éta- « blira sa domination d'une mer jusqu'à l'autre, dans « lequel seront bénis tous les peuples, qu'adoreront « tous les rois , auquel seront assujéties toutes les « nations! »
Qu'il me soit permis de montrer sous combien d'al» légories diverses l'Ecriture annonce le Messie.
DOCTRINE
Aussitôt après le péché du premier homme, Dieu commença à prédire le Rédempteur du monde, qui devait être conçu dans le sein d'une femme.
« Je mettrai » , dit-il au serpent, instrument de l'Es- « prit de ténèbres, «je mettrai inimitié entre toi et la « femme, entre sa race et la tienne : elle te brisera la « tête , et tu tâcheras de la mordre par le talon. » (Gen. , iîi , i5.)
Ce jugement contenait implicitement la promesse que d'une vierge immaculée naîtrait un enfant, fils de Dieu; que la postérité de la femme ruinerait les œuvres du démon.
INoé, qui fut seul sauvé du déluge, hérita de cette promesse, qui échut ensuite en partage à Abraham : « Tous les peuples de la terre, lui dit le Seigneur, « seront eénïs en vous. » ( Gen., XII, 3.)
Le Sauveur sortira de la race d'Abraham. La promesse lui en est renouvelée, lorsque le Seigneur lui parle à l'époque de la destruction de Sodome : « Pource rai -je cacher à Abraham ce que je dois faire...; « puisque toutes les nations de la terre seront bénies « en lui?» (Gen., xvin, 17, 18.)
La même promesse lui est faite en ces mots : « Et toutes les nations de la terre seront bénies en ta « race ou en celui qui sortira de toi y>(Gen.9 xxn, 18.); car l'expression in semine tuo > est susceptible de cette double interprétation.
Dans la suite, cette promesse est transmise à Isaac : a Et toutes les nations de la terre seront bénies par
« celui qui sortira de vous » "( Gen., xxvi, 4-)est réitérée à Jacob : ce Et toutes les tribus de la terre « seront bénies en vous et dans celui qui sortira de « vous, in semine tuo.y>(Ge?i. , xxvin, 14.)
Le Rédempteur se trouve donc déjà six fois annonce.
§ IV. — Prédiction de Jacob.
Avant sa mort, Jacob appela ses fils et leur dit : « Assemblez-vous tous, afin que je vous annonce ce a qui vous doit arriver dans les derniers temps. Venez ce tous ensemble et écoutez, enfans de Jacob; écoutez « Israël, votre père »! Plein de l'esprit de Dieu, il s'élève avec force et avec feu contre les crimes de ses trois fils aînés , et pourtant il les blâme en père. Il ne les déshérite pas , mais le droit d'aînesse passe sur la tête de Juda, que, dans son ravissement et par un religieux cantique, il exalte comme le père du Messie.
Suivant la coutume des prophètes de la Bible, quelques passages de cette prédiction concernent directement Juda, quatrième fils de Jacob, ou plutôt sa postérité; quelques-uns s'appliquent exclusivement au Messie, qui doit en sortir; tous néanmoins regardent le Christ , puisque ce n'est qu'à cause de lui que la race de Juda se trouve glorifiée. « Après la mort de « Josuc, les enfans d'Israël consultèrent le Seigneur, « et lui dirent : Qui marchera devant nous pour « combattre les Chanauéens, et qui sera notre chef « dans cette guerre? Le Seigneur répondit : Juda
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« marchera devant vous} j'ai livré la terre ennemie « entre ses mains » (Jug., i, i, 2.). Juda se multiplia avec une plus grande fécondité qu'aucune des autres tribus d'ïsraël.
David, second roi d'ïsraël « que Dieu tira des pâte turages lorsqu'il suivait les troupeaux, afin qu'il fût a le chef de son peuple d'Israël » (Rois, m, vu, 8) , David était de la famille de Juda; et, quand dix tribus s'affranchirent de la maison de David pour constituer le royaume d'Israël, Juda et Benjamin formèrent un royaume particulier, soumis aux descendans de David, maître de la ville sainte et du temple, et qui dura environ cent trente ans de plus que le royaume d'Israël. Celui-ci fut subjugué par l'Assyrie, celui-là par Babylone ; Israël resta dispersé et se perdit en grande partie au milieu des païens; Juda et Benjamin demeurèrent unis; ils conservèrent, même durant la captivité, un chef de la famille de David, nommé chef de la captivité; Zorobabel, prince en Juda, de la maison de David, ramena le peuple et bâtit le second temple ; indépendant de conquérans étrangers, Juda suivit la véritable religion, jusqu'à la naissance de Jésus, fils de David et roi dans l'éternité.
Maintenant encore que le peuple se trouve épars dans toutes les contrées, Juda lui donne son nom, synonyme de louange.
Faisant allusion à ce sens allégorique , Israël bénit son fils avec enthousiasme :
« Juda ? vos frères vous loueront : votre main mettra
DE LA RËCON CILLVTION DU MONDE. i7t
ce sous le joug vos ennemis; les enfans de votre père ce vous adoreront, Juda est un jeune lion. Vous vous « êtes levé, mon fils, pour ravir la proie; en vous re- « posant, vous vous êtes couché comme un lion et ce une lionne : qui osera le réveiller?
« Le sceptue ne sera point ôté de Juda , ni le ce prince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit « être envoyé soit venu , et c'est lui qui sera l'attente « des nations.
« Il liera son ânon à la vigne ; il liera, 6 mon fils, « son ânesse à la vigne; il lavera sa robe dans le vin, « et son manteau dans le sanç des raisins.
« Ses yeux sont plus beaux que le vin, et ses dents ce plus blanches que le lait. »
Juda j vos frères vous loueront. On vantait la fécondité, les conquêtes , la puissance des enfans de Juda? de qui les Patriarches sont les pères, et desquels est sorti, selon la chair, Jésus -Christ même, qui est Dieu au-dessus de tout, et béni dans tous les siècles. (Rom. ix, 5.)
Votre main mettra sous le joug vos ennemis. La main de Juda s'appesantit souvent sur les ennemis du peuple élu; un jour aussi les ennemis du Roi des rois, du Seigneur des seigneurs, sentiront la pesanteur de son bras.
David avait dit de lui :
ce Yous les gouvernerez avec une verge de fer et les ce briserez comme le vaisseau du potier. Et vous ce maintenant , 6 rois , ouvrez votre cœur à l'intelli-
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« gence; recevez les instructions de la vérité y vous <c qui jugez la terre; servez le Seigneur dans la « crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement; a embrassez étroitement la pureté de la discipline, « de peur qu'enfin le Seigneur ne se mette en colère, « et que vous ne périssiez hors de la voie de la jusa tice. Lorsque dans peu de temps sa colère se sera « embrasée , heureux tous ceux qui mettent en lui « leur confiance. »
Les enfans de votre père vous adoreront.
Devant David et Salomon, rois de la race de Juda, s'inclinèrent toutes les tribus d'Israël.
Le Fils unique du Père céleste ne dédaigne point d'appeler ses frères ceux qu'il sanctifie, de se nommer l'aîné de ces frères innombrables qui tous s'inclinent devant lui, devant lui au nom duquel plient le genou tous ceux qui habitent dans le ciel , sur la terre , dans les lieux inférieurs.
Juda est un jeune lion.
Cette tribu guerrière et dominatrice pouvait , à juste titre , être comparée à un lion.
Jean entendit un des vingt-quatre vieillards, qui entouraient le trône de Dieu, lui dire : « Ne pleure « point; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton « de David , qui a obtenu par sa victoire le pouvoir « d'ouvrir le livre, et d'en lever les sept sceaux- » yfytaç.j v, 5.)
Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le
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prince de sa postérité jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu.
Tous les rois de la maison de David furent oints , mais le Désiré des peuples fut seul nommé simplement l'Oint. [Messie, en grec, Christ. )
Tous les Prophètes étaient envoyés de Dieu, mais le Désiré des peuples fut seul nommé simplement Siloh , c'est-à-dire l'Envoyé.
Rien n'est plus frappant que l'accomplissement de cette prophétie. Après la captivité, Juda eut des princes particuliers, et ce n'est que l'année de la naissance du Sauveur que l'empereur Auguste établit sa suzeraineté sur le pays, en faisant faire, suivant la coutume des Romains, le dénombrement des Juifs, comme habitans d'une province de l'empire. Douze ans après , la Judée devint une province romaine , régie par un gouverneur , enclavée dans le territoire de la Syrie, et la magistrature juive perdit le droit de vie et de mort.
Et c'est lui qui sera V attente des nations !
L'impatience avec laquelle le peuple d'Israël attendait le Messie , la preuve que cette confiance animait la vie entière des Juifs, sont clairement établies dans tous les livres de l'ancien Testament. La foule même des hommes charnels espéraient en lui, s'attendant à ce que son règne les élèverait au faîte de la puissance et de la gloire. Parmi les autres nations , se rencontraient aussi des hommes qui croyaient à sa venue. Nous savons que les traditions chinoises annoncent
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que le grand Confucius, antérieur de cinq cents ans à Jésus-Christ, prédit, ce qu'à l'Occident apparaîtrait le « Juste. »
Zerducht, fondateur de la religion des Perses , prophétisa qu'un jour s'élèverait un homme qui , vainqueur d'un démon dangereux, enseignerait aux autres la vraie religion, et rétablirait la justice, la paix, la tranquillité. Suivant Alhufarage , Zerducht prédit même qu'une vierge pure donnerait le jour au Messie, qu'une étoile paraîtrait pour guider les Mages dans leur pieux dessein d'aller adorer le mystérieux enfant et de lui offrir des présens.
Tacite, qui vivait à la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, attribue la résistance des Juifs contre les Romains à leurs brillantes espérances, a On était géné- « ralement convaincu , dit-il , que les anciens livres des « prêtres annonçaient qu'à cette époque l'Orient de- « viendrait puissant et que les dominateurs sortiraient « de la Judée. »
Suétone, autre historien romain, contemporain du premier, nous prouve que l'attente de l'Orient datait d'une époque très reculée. Aussi écrit-il : « Dans tout ce l'Orient s'était répandue l'antique et constante opi- « nion , qu'il était arrêté par le destin que des domi- « nateurs sortiraient à cette époque de la Judée. »
Suétone rapporte encore que, quelques mois avant la naissance d'Auguste ( sous le règne duquel naquit le Sauveur), un prodige , connu de tout Rome, avait annoncé que la nature enfantait le roi des Romains.
DE LA RÉCONCILIATION DU MONDE. i75
La quatrième Eglogue de Virgile , d'ailleurs chefd'œuvre de poésie, nous atteste que les livres sibyllins, si révérés à Rome, prédisaient la naissance prochaine d'un enfant divin , avec lequel se renouvellerait l'univers; qu'ils annonçaient la paix générale, le retour de la justice et de l'âge d'or. Différens traits que le poète romain, contemporain de l'empereur Auguste, emploie dans son éloge du fils nouveau-né d'Asinius Poliion , ont une frappante analogie avec la prophétie d'Isaïe, relative à la naissance et au règne du Messie. Il est d'autant plus vraisemblable que les sibylles puisèrent à la source sacrée que Sambeth, la plus ancienne, venait, suivant les uns, de la Perse, suivant d'autres, de la Chaldée. *
L'attente des païens se manifestait encore dans leurs mystères , comme nous l'ont prouvé ceux de l'Egypte et de la Grèce.
Il liera son ; ânon à la vigne; il liera, ô mon fils, son ânesse à la vigne.
Les quatre Evangélistes rapportent que Jésus , arrivant à Jérusalem quelques jours avant sa passion , fit son entrée sur un âne, et saint Mathieu nous informe que deux de ses disciples lui avaient amené une ânesse et un ânon. L'accord des Evangélistes à relater cette circonstance de la vie du Sauveur, la remarque faite par saint Mathieu et par saint Jean , que la prédiction du prophète Zacharie se trouvait accomplie , ne nous
* Suidas m Sibyîh
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permettent pas de douter que les paroles du Patriarche ne concernassent l'entrée de Jésus.
ce Fille de Sion, s'écrie le saint Prophète, fille de « Sion, soyez comblée de joie; fille de Jérusalem « poussez des cris d'allégresse : voici votre roi qui « vient à vous, ce roi juste qui est le Sauveur; il est « pauvre, et il est monté sur une ânesse et sur le pouce lain de l'ânesse. (Zach., ix, 9.)
Il lavera sa robe dans le vin, et son manteau dans le sang des raisins.
C'est, comme nous l'avons déjà remarqué, l'ordinaire des prophéties et un caractère qui leur est propre , de présenter souvent un sens littéral , que l'on saisit à la première inspection , d'indiquer des choses moins grandes et plus rapprochées , et de se rapporter à-la-fois à des évènemens éloignés et importans , dont le premier sens n'est que l'emblème.
Sous la domination de la tribu de Juda se trouvait la fertile vallée , arrosée par le ruisseau d'Eskol , et d'où les émissaires israëlites rapportèrent au camp une grappe de raisin d'un volume prodigieux. Les voyageurs y rencontrent encore aujourd'hui des raisins d'une grosseur remarquable, ils vantent aussi l'excellent vin des environs de Bethléem. Mais comment croire , qu'après sa prophétie relative au Messie , Israël se soit servi d'images si poétiques pour promettre un breuvage agréable à ses descendans? De même qu'il a vu tout-à-l'heure en esprit le Messie faire son entrée à Jérusalem, lieu de sa passion ec de sa
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ïnort, de même le sublime prophète le voit mainte^ nant, et toujours en esprit , couvert du sang qui ra* chète les péchés du monde, pareil à l'homme, dont la robe s'est humectée et rougie en entrant dans un pressoir.
Moïse, législateur du peuple juif ^ prédit la rédemp* tion du genre humain, lorsqu'il dit aux en fans d'Israël : a Le Seigneur votre Dieu suscitera un prophète, sem- « blable à moi, du sein de votre peuple et de vos frè- « res... Alors le Seigneur me parla... Je leur susciterai « un prophète j semblable à vous, du sein de leurs « frères. »
§ V. — -Psaumês pîophétiquês*
Les Psalmistes et les Prophètes, non contens de ranimer le flambeau des espérances d'Israël, activaient sa flamme étincelante au point de répandre un éclat , semblable à la lumière du jour^ sur les temps de la nouvelle alliance.
Jetons un coup-d'öeil sur les prédictions contenues dans les Psaumes :
« Pourquoi les nations se sont-elles soulevées avec un grand bruit, et les peuples ont-ils formé de vains desseins ? Les rois de la terre se sont opposés , et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ et son Oint* Rompons, disent-ils , leurs liens, et rejetons loin de nous leur joug. — Celui qui demeure dans les cieux se rira d'eux , et le Seigneur
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s'en moquera. Il leur parlera alors dans sa colère, et les remplira de trouble da os sa fureur.
« Mais, pour moi, j'ai été établi roi par lui sur Sion, sa sainte montagne, afin que j'annonce ses préceptes.
« Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon fils , je vous ai engendré aujourd'hui. Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour votre héritage, et j'étendrai votre possession jusqu'aux extrémités de la terre. » ( Ps. n, 1-8.)
Dans sa prédication à Antioche de Pisidie, saint Paul rapporte ces mots : « Vous êtes mon fils, je vous « ai engendré aujourd'hui », les appliquant à notre Sauveur ; il y fait encore allusion dans l'épître aux Hébreux. (^pot., xm, 33. Heb., i, 5.)
Les rois de la terre se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ. Gomment nier ce fait consacré par l'histoire ?
On reconnaîtrait également le caractère prophétique du quinzième psaume, alors même que saint Pierre ne l'aurait pas invoqué comme preuve de la mission du Christ.
« Je regardais le Seigneur et l'avais toujours devant les yeux, parce qu'il est à mon coté droit, pour empêcher que je ne sois ébranlé. C'est pour cela que mon cœur s'est réjoui et que ma langue a chanté des cantiques de joie, et que de plus ma chair même se reposera dans l'espérance. Parce que vous ne laisserez point mon âme dans l'enfer , et ne souffrirez point que
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votre saint soit sujet à la corruption. Vous m'avez donné la connaissance des voies de la vie ; vous me comblerez de joie en me montrant votre visage ; les délices inef fahles sont éternellement à votre droite. » (Ps. xv, 8-11.)
La circonstance que le Sauveur prononça luimême, sur la croix, les paroles par lesquelles David commence le vingt-unième psaume :
« O Dieu! o mon Dieu! pourquoi m'avez-vous « abandonné? »
Cette circonstance , prise isolément , n'attesterait pas que, par ces paroles, David prédît le Messie. Mais comme il est dit dans ce psaume: ( xxi, 18-19.)
« Ils ont percé mes mains et mes pieds...; ils ont partagé entre eux mes habits, et ils ont jeté le sort sur ma robe. »
Tous ces traits isolés , inapplicables à David , mais que Ton retrouve dans le récit de la passion de notre divin Rédempteur , rendent la prophétie évidente. Combien , d'ailleurs , l'esprit ne doit-il pas être frappé de plusieurs autres passages, ou plutôt, du psaume entier !
« Mais pour moi, je suis un ver de terre et non un homme, je suis l'opprobre des hommes et le rebut du peuple. Ceux qui me voyaient se sont tous moqués de moi ; ils en parlaient avec outrage et ils niinsuU taient en remuant la tête. Il a espéré au Seigneur ? disaient-ils , que le Seigneur le délivre maintenant; qu'il le sauve , s'il est vrai qu'il l'aime, » (Ps. xxi , 6-8.)
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te Les princes1 des prêtres se moquaient aussi de lui avec les scribes et les sénateurs, en disant : il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S'il est le roi d'Israël ^ qu'il descende présentement de la croix ,• et nous le croirons. Il met sa confiance en Dieu; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il à dit : Je suis le fils de Dieu. »(Math*, xxvii, 4i-43-)
« Je me suis répandu comme l'eau , et tous mes os Se sont déplacés ; mon cœur au milieu de mes entrailles a été semblable à la cire qui se fond. » ( Ps> Xxi,
Ces expressions ne retracent pas seulement de grandes souffrances d'une manière forte et poétique, mais5 elles s'appliquent parfaitement à Jésus-Christ, dont les membres se trouvaient étendus sûr la croix, dont le cœur navré de douleur , accablé par le poids de lai colère divine qui pesait sur lui , succombait sous tant de cruelles impressions.
« Toute ma force s'est desséchée comme la terre qui est cuite au feu, et ma langue est demeurée attachée à mon palais... » (Ps. xxi, 16. )
« Après cela , Jésus sachant que toutes choses étaient accomplies, afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplît encore, il dit : J'ai soif.» ( Saint Jean, xix, 28. )
L'Écriture sainte place le Juste dans toutes les conditions de l'humanité, l'initiant aux sensations les plus intimes et les plus douces. Envisageons-le comme l'époux de sa fiancée!
Il s'est rencontré des interprètes qui regardaient le quarante-quatrième psaume comme un simple épiîhalame, relatif au mariage de Salomon avec la fille du roi d'Egypte. J'avouerai que ce mariage fut l'occasion du psaume , de même que le sacre de Salomon , du vivant de David, fut celle du soixante-et-onzième : cette opinion me semble très probable.
S'élever d'une circonstance actuelle dans les champs sacrés de l'avenir, telle est la marche des Prophètes. La poésie en devient plus belle; l'avenir, plus précisé. Voilà aussi comme j'interprète le Cantique des cantiques. Mais, croire que les sublimes accens de Salomon n'étaient que des chants d'amour, adressés à son épouse, ou que le quarante - quatrième psaume de David n'a pour objet que le mariage de son fils Salomon , ce serait fouler aux pieds la vénération due aux Saintes-Ecritures , alors même que le saint auteur de l'épître aux Hébreux ne nous aurait pas annoncé d'une manière positive que ce psaume concernait le Fils de Dieu. (Heb.) i., 8, 9.)
« Mon cœur a produit une excellente parole ; c'est au roi suprême que j'adresse et que je chante mes ouvrages. Ma langue est comme la plume de l'écrivain qui écrit très vite,
« Vous surpassez en beauté les enfans des hommes; et une grâce admirable s'est répandue sur vos lèvres. C'est pour cela que Dieu vous a béni éternellement, Vous qui êtes le très puissant, ceignez votre épée sur ¥otre cuisse. Servez-vous, de votre beauté et de votre
DOCTRINE
majesté ainsi que d'un arc tendu; avancez -vous et soyez heureux dans vos combats, et établissez votre règne par le ministère de la vérité , de la douceur et de la justice; et votre droite vous fera faire des progrès miraculeux et étonnans. Vos flèches sont très aiguës; les peuples tomberont sous vous, et elles pénétreront jusqu'au cœur des ennemis du roi. Yotre trône, jo Dieu! subsistera éternellement : le sceptre de votre règne sera un sceptre de rectitude et d'équité. Tous avez aimé la justice et haï l'iniquité : c'est à cause de cela, o Dieu! que votre Dieu vous a oint d'une huile de joie , d'une manière plus excellente que tous ceux qui y ont part avec vous. 17 sort de vos habits et de vos maisons d'ivoire une odeur de myrthe, d'aloès et de cannelle : ce qui a engagé les filles des rois à vous procurer de la joie dans l'éclat de votre gloire. La reine s'est tenue à votre droite , ayant un habit enrichi d'or et étant environnée de ses divers ornemens.
te Ecoutez , ma fille ; ouvrez vos yeux et ayez l'oreille attentive, et oubliez votre peuple et la maison de votre père. Et le roi désirera de voir votre beauté, parce qu'il est le Seigneur votre Dieu, et que les peuples Fadoreront. Et les filles de Tyr viendront avec leurs présens; tous les riches d'entre le peuple vous offriront leurs humbles prières.
« Toute la gloire de celle qui est la fille du roi lui vient du dedans, au milieu des franges d'or et des divers ornemens dont elle est environnée.
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« Des vierges seront amenées au roi auprès d'elle,, et Ton vous présentera celles qui sont ses plus proches. Elles seront présentées avec des transports de joie; on les conduira jusque dans le temple du roi. Vous avez engendré plusieurs enfans pour succéder à vos pères, et vous les établirez princes sur toute la terre. Ils se souviendront de votre nom dans la suite de toutes les races, et c'est pour cela que les peuples publieront éternellement vos louanges dans tous lés siècles des siècles. » (Ps. xliv. )
Les plus célèbres rabbins voient dans le Messie l'objet de ce psaume, parce que telle fut toujours l'opinion de l'ancienne église, et parce que ce cantique, considéré comme un simple épithalame, ne contient rien qui justifie l'emploi qu'on en faisait dans les solennités du culte public; il serait, d'ailleurs, absurde de croire qu'un poème de circonstance, rempli uniquement de l'éloge d'un jeune roi, fût inspiré par le Saint-Esprit. L'église de l'ancienne, et l'église de la nouvelle alliance regardent ce psaume comme une prophétie du Christ , dictée par l'esprit de Dieu : il faut être frappé d'aveuglement pour se refuser à une si juste interprétation.
Quel est le plus beau des enfans des hommes 7 sinon « le fils de la Vierge sans tache , lui - même exempt de péché », du péché qui dégrada notre nature? Quel est le second Adam, dans lequel l'humanité, sanctifiée par sa présence, s'unit à la Divinité? Quelles lèvres ont plus de grâce que les siennes?
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Quels miracles n'a point faits le héros, le Kon cle Juda, dans sa lutte pour le genre humain, quand iï marchait en esprit de vérité, de clémence et de jus* tice ? V^os flèches sont très aiguës ! Les anciens commentateurs comparent volontiers à des flèches la force du discours. Les peuples tomberont sous vous : ses anciens ennemis , atteints au cœur par ses flèches salutaires , se sont prosternés. T^otre trône subsistera éternellement ! Rappelons - nous sous quels traits les anciens sages de la Chine nous décrivent le Saint des saints ; ils l'appellent un homme divin , un homme céleste , le plus grand 7 le plus heau des hommes, l'homme par excellence y l'homme miraculeux, le premier-né; il renouvellera l'univers, changera les mœurs, expiera les péchés du monde....
Dans les livres que les Indiens regardent comme sacrés, Oudhou dit aux parens adoptifs de Richou : « Maintenant, o Yasodha ! ne songe plus à Kichou comme à ton fils , mais comme à un être qui tient lieu d'un père, d'un fils, d'un époux, de parens, d'un frère, de tous les objets enfin auxquels l'homme attache de l'affection et du prix. Tout se réunit à lui y comme au point central, et sans lui il n'existe rien! »
§ VI. — Suite des Psaumes,
David composa probablement le psaume Lxxr à l'époque du sacre de son fils Salomon. Evidemment
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ce fils mortel , ce roi éphémère , ne fut que l'occasion du cantique, l'image du roi éternel qui devait naître de son auteur. David prie pour Salomon, il voit en esprit tous les princes et toutes les nations rendre hommage à son descendant selon la chair, au fils éternel d'un père sans commencement et sans fin.
« O Dieu! donnez au roi la droiture de vos jugemens, et au fils du roi la lumière de votre justice. Afin qu'il juge votre peuple selon les règles de cette justice, et^os pauvres selon l'équité de ses jugemens. Que les montagnes reçoivent la paix pour le peuple, et les collines la justice. Il jugera les pauvres d'entre le peuple, il sauvera les enfans des pauvres, et humiliera le calomniateur. Et il demeurera autant que le soleil et que la lune, dans toutes les générations. Il descendra comme la pluie sur une toison , et comme l'eau qui tomhe des gouttières sur la terre. La justice paraîtra de son temps, avec une abondance de paix qui durera autant que la lune. Et il régnera depuis une mer jusqu'à une autre mer, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Les Ethiopiens se prosterneront devant lui, et ses ennemis baiseront la terre. Les rois de Tarse et les îles lui offriront des présens : les rois de l'Arabie et de Saba lui apporteront des dons; et tous les rois de la terre l'adoreront, toutes les nations lui seront assujéties; parce qu'il délivrera le pauvre des mains du puissant, le pauvre qui n'avait personne qui l'assistât. Il aura compassion de celui qui est pauvre et dans l'indigence, et il sau-
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vera les âmes des pauvres. Il rachètera leurs âmes des usures et de l'iniquité; et leur nom sera en honneur devant lui. Et il vivra, et on lui donnera de l'or de l'Arabie : on sera dans de perpétuelles adorations sûr son sujet; et les peuples le béniront durant tout le jour. Et l'on verra le froment semé dans la terre sur le haut des montagnes pousser son fruit , qui s'élèvera plus haut que les cèdres du Liban; et la cité sainte produira une multitude de peuples semblable à l'herbe de la terre. Que son nom soit béni dans tous les siècles ! son nom subsiste avant le soleil. Et tous les peuples de la terre seront bénis en lui : toutes les nations rendront gloire à sa grandeur. Que le Seigneur, le Dieu d'Israël soit béni î lui qui fait seul des choses miraculeuses. Et que le nom de sa majesté soit béni éternellement! et que toute la terre soit remplie de sa majesté! Que cela soit ainsi! que cela soit ainsi! »
Le Nouveau-Testament ne cite point, il est vrai, ce psaume comme prophétique; mais comment méconnaître ce caractère? d'autant plus que de célèbres rabbins et un ancien scholiaste hébreux le lui attribuent formellement. Dans le fait, qui ne voit pas qu'il s'agit ici d'un roi plus élevé qu'un prince faible et mortel?
« Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied.
« Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance; régnez au milieu de vos ennemis. Vous
posséderez la principauté et l'empire au jour de votre puissance, et au milieu de l'éclat qui environnera vos saints. Je vous ai engendré de mon sein avant l'étoile du jour. Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable, que vous êtes le prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisedech.
« Le Seigneur est à votre droite; il a brisé et mis en poudre les rois au jour de sa colère. Il exercera son jugement au milieu des nations; il remplira tout de la ruine de ses ennemis; il écrasera sur la terre les têtes d'un grand nombre de personnes. Il boira de l'eau du torrent dans le chemin ; et c'est pour cela qu'il élèvera sa tête. » ( Ps. cix. )
Non-seulement le saint auteur de l'épître aux Hébreux appliquait ce psaume au Messie, J. - G. luimême s'en fit l'application.
Les pharisiens se trouvant rassemblés, Jésus les interrogea, demanda^ : Que vous semble du Christ? De qui est-il le fils? Ils répondirent : de David. Il leur demanda : Pourquoi David le nomme-t-il, en esprit, Seigneur? lorsqu'il dit : « Le Seigneur a dit à mon « Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce a que je réduise vos ennemis à vous servir de mar» « che-pied ». Or, si David le nomme Seigneur, comment se fait -il donc qu'il soit son fils? Et personne ne put lui répondre.
Terminons la série des psaumes relatifs au Messie , par le quarante-sixième dans lequel le saint prophète chante l'ascension de J.-C. :
DOCTRINE
ce Nations , frappez des mains toutes ensemble : chantez la gloire de Dieu par des cris d'une sainte allégresse. Parce que le Seigneur est très élevé et très redoutable, et qu'il est le roi suprême qui a F empire sur toute la terre. Il nous a assujéti les peuples, et a mis les nations sous nos pieds. Il a choisi dans nous son héritage; savoir, la beauté de Jacob qu'il a aimée. Dieu est monté au milieu des cris de joie, et le Seigneur au bruit de la trompette. Chantez à la gloire de notre Dieu; chantez. Chantez à la gloire de notre roi; chantez. Chantez avec sagesse, parce que Dieu est le roi de toute la terre. Dieu régnera sur les nations; Dieu est assis sur son saint trône. Les princes des peuples se sont assemblés et unis avec le Dieu d'Abraham; parce que les dieux puissans de la terre ont été extraordinairement élevés. »
Au lieu de dieux puissans de la terre (expression qui semble indiquer les idoles)^e traduirais : les boucliers de la terre , car il me paraît plus naturel d'entendre par là les rois et les chefs du peuple. Le prophète les voit en esprit déposer leurs hommages aux pieds du Roi des rois qui s'élève vers le ciel.
Plusieurs autres psaumes , que je passe ici sous silence, sont indiqués dans ie Nouveau-Testament, comme prophétisant la venue du Messie : le huitième, le soixante -huitième, le soixante-neuvième, le cent unième, le cent huitième, le cent dix-septième.
Le soixante -onzième n'est cité ni par J.-C. ni par les apôtres: mais il faudrait fermer l'oreille et le cœur
DE U RÉCONCILIATION DU MONDE. î%
à toutes les prophéties, si on lui refusait cette qualification.
Quantité d'autres psaumes renferment des allusions, plus ou moins directes, au Messie et à sort règne; allusions que comprenait la synagogue, que les rabbinä mêmes ne pouvaient repousser à l'époque de la nouvelle alliance;
g YH.-^Prophéte$.~isaïë*— Naissance da Christi
Dë tous les Prophètes, ättdün ne prit un essor pluâ rapide qu'Isaïe vers ces saintes hauteurs d'où il nous ârinonce que s'élèvera le soleil de justice. Il est l'au* teur de là célèbre prophétie, qui commence par ces mots : « Une Yierge concevra et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel.» (c'est-à-dire : Dieu avec nous )*
ce Il mangera le beurre et le miel , en sorte qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. Car, avant qu'un enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, les deux pays que vous détestez à cause de leurs deux rois seront abandonnés. »
Voici l'événement qui donna lieu à cette prophétie : Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël, marchaient réunis contre Âchaz, roi de Juda. Àchaz avait de puissans motifs de crainte, et il tremblait en effet, car l'armée alliée était bien supérieure en forces; ab» sorbé dans ces tristes pensers, il sortit espérant se distraire. Dieu envoya le prophète à sa rencontre %
x9o DOCTRINE
avec ordre de lui déclarer que ses craintes ne se réaliseraient pas. Pour mieux dissiper son effroi, Isaïe, d'après Tordre de Dieu, commence par rabaisser les deux princes, les comparant à deux tisons, fumant de colère , et leurs armées à la fumée qui s'en élève ; puis il lui déclare formellement que le projet des deux rois, de se rendre maîtres de Juda , demeurera sans exécution, qu'aucun d'eux ne reculera ses limites; qu'au contraire, dans soixante-cinq ans, le royaume d'Israël s'écroulera , et avec lui celui de Syrie.
Achaz, qui avait la conscience de sa faiblesse, ne crut point à la parole d'Isaïe. Celui-ci veut la fortifier par un prodige, en laissant le choix au prince; mais Acbaz , ne croyant ni à la parole ni au pouvoir du prophète, masque ses refus sous une apparente modération : « Je ne demanderai point de prodige, et je ne tenterai point le Seigneur ». Après quelques reproches , Isaïe lui dévoile l'avenir. Bien qu'il soit rare de voir une armée considérable battue par des troupes inférieures en forces, cependant cette circonstance n'est pas un de ces prodiges surnaturels réservés à la Toute-Puissance : aussi, d'après les promesses faites à nos pères, avions-nous le droit d'attendre un miracle incomparablement plus grand ; telle est la transition que l'esprit supplée aisément pour lier aux assurances qu'Isaïe donne de la victoire cette prophétie : % Une Yierge concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel...; avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, les deux pays que vous détestez
à cause de leurs deux rois , seront abandonnés. »
Tout se lie dans cette explication de la célèbre prophétie d'Isaïe, qui, dans le sens littéral, se rapporte évidemment au Christ, tandis que les interprétations diverses que l'on a imaginées pour la détourner du Messie , n'ont aucune consistance. Qu'une jeune fille conçoive ; puis , à l'expiration de l'époque ordinaire , qu'elle mette au jour un enfant, ce n'est point là, a coup sûr, une chose rare et merveilleuse, surtout dans les pays chauds, comme la Palestine. D'ailleurs , pour ce roi désolé , qui savait déjà si proches ses redoutables ennemis, un secours différé pendant neuf mois, peut-être même pendant un plus long intervalle , n'eût été guère propre à ranimer sa confiance. Loin de nous dès-lors cette dernière interprétation : le prophète a promis au roi sa délivrance. Le signe qu'il lui en donne , suivant les ordres du Seigneur, est le gage de la rédemption du Monde.
Le nom d'Emmanuel [Dieu avec nous) ne convient à aucun autre enfant , comme au fils de la Vierge, qui seule, sans cesser d'être vierge, a pu devenir mère»
La preuve que la naissance annoncée par Isaïe est celle du Désiré des peuples , ressort d'un passage de Michée , contemporain de ce prophète ; car, après avoir prononcé la prédiction si fameuse : « Et vous? Bethléem , appelée Ephrata , vous êtes petite entre les villes de Juda; mais c'est de vous que sortira celui qui doit régner dans Israël , dont la génération est, dès le commencement, dès l'éternité, »(Michée9 v? 2,)
tg* DOCTRINE
Michée dit immédiatement : « C'est pour cela que Dieu abandonne les siens jusqu'au temps où celle qui doit enfanter enfantera; et ceux de ses frères qui seront restés se convertiront et se joindront aux en fans d'Israël. Il demeurera ferme, et il paîtra son troupeau dans la force du Seigneur, dans la sublimité de la majesté du Seigneur, son Dieu ; et les peuples seront convertis, parce que sa grandeur va éclater jusqu'aux extrémités du monde, C'est lui qui sera notre paix.» {Michée, v, 3-5.)
Prouvons maintenant qu'Isaîe s'explique plus clairement encore à ce sujet.
Le septième chapitre parle de l'épouvante que répandait l'approche de l'armée des deux rois, de la mission d'Isaïe vers Achaz , du signe de délivrance qu'il lui donne: « Une Vierge concevra, etc. » Le huitième raconte la naissance de l'enfant.
Le neuvième contient: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu une grande lumière, et le jour s'est levé pour ceux qui habitaient dans la région de l'ombre de la mort. Vous avez multiplié le peuple y et vous n'avez point augmenté la joie. Ils se réjouiront lorsque vous serez venu , comme on se réjouit pendant la moisson , et comme les victorieux se réjouissent lorsqu'ils ont pillé leurs ennemis , et qu'ils partagent le butin. Car vous avez brisé le joug qui accablait votre peuple , la verge qui le déchirait, et le sceptre de celui qui l'opprimait tyranniquement f comme vous fîtes autrefois à la journée de Madian.
m LA RECONCILIATION DU MONDE. i93
Parce que toutes les dépouilles remportées avec violence et clans le tumulte, et les vêtemens souillés de sang, seront mis au feu, et deviendront la pâture de la flamme. Car un petit enfant nous est né , et un fils nous a été donné; il portera sur son épaule la marque de sa principauté , et il sera appelé l'Admirable , le Conseiller, Dieu, le Fort, et le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Son empire s'étendra de plus en plus , et la paix qu'il établira n'aura point de fin ; il s'assiéra sur le trône de David , et il possédera son royaume pour l'affermir et le fortifier dans l'équité et dans la justice, depuis ce temps jusqu'à jamais; le zèle du Seigneur désarmées fera ce que je dis. » ( Isaïe , ix, 2-7.)
La manière dont ce signe fut donné au roi Achaz prouve déjà qu'il présageait quelque grand événement ; car Dieu lui avait fait dire : « Demandez au Seigneur, votre Dieu, qu'il vous fasse voir un prodige, ou au fond de la terre, ou du plus haut du ciel ». Et comme Achaz s'y refusait, Dieu lui donna ce signe: « Une vierge concevra , etc. »
Qui, d'après cela, ne reste point convaincu qu'il ne s'agit ici ni de l'enfant du prophète, ni, comme le prétendent quelques critiques , d'Ezéchias , fils d'Achaz , lequel se trouvait , d'ailleurs , âgé de huit ou neuf ans à cette époque ; que , par conséquent , ce n'est point par le besoin d'une trompeuse concordance , besoin qu'allèguent les novateurs , mais avec tout droit et toute vérité, que l'Evaogéliste applique
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la prédiction d'Isaïe au fiis du Père éternel et de la vifrge sans tache. (Math., i, 2 3. )
Cette doctrine ne demeura pas étrangère, même aux païens. Nous avons rapporté que les anciens Chinois attribuaient à des vierges la naissance des chefs des diverses familles qui gouvernèrent leur empire. La plupart des peuples étaient pénétrés de l'excellence de la virginité ; d'où il nous faut nécessairement conclure que cette idée dérivait d'une source commune.
Or, cette source est, sans contredit, la doctrine antique et héréditaire d'un futur Messie, révélée à l'un des plus anciens pères du genre humain , transmise par Noé à ses descendans. Un impur alliage vint la dénaturer, dans la suite, chez les diverses races; parmi certains peuples , elle s'évanouit tout-à-fait ; parmi d'autres, elle s'altéra unie à d'absurdes fictions; au sein de la nation choisie, son règne et sa pureté se maintinrent plus long-temps, parce que l'esprit de Dieu la couvrait de son égide. Aussi la célèbre prédiction d'Isaïe me semble-t-elle désigner, principalement et d'une manière littérale, la venue du Christ; dans la bouche du prophète , ce n'est pas seulement une prophétie , c'est une véritable allusion à cette doctrine antique et héréditaire, à laquelle ses paroles donnaient une sanction nouvelle.
§ VIIL — Suite d*Isaïe.
Dans le vol hardi de sa poésie naturelle et sublime, le puissant génie d'Isaïe nous enlève de hauteur en
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hauteur: avec lui, nous planons étonnés sur les champs de l'avenir.
Le prophète voit l'éclat et la force de l'armée syrienne se dissiper en un jour; puis il continue:
« Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une « fleur naîtra de sa racine. ( Foy. pag. 1 26.)
Le prophète jette alors ses regards sur un lointain avenir?sur l'époque où«le Seigneur étendra encore sa main pour posséder les restes de son peuple,qui seront échappés à la violence des Assyriens , des Egyptiens , des habitans de Phétros , de l'Ethiopie , des Ela^ mites (Perses), des peuples de Sennaar(sur l'Euphrate ) , d'Emath et des îles de la mer. »
Par îles y l'Ecriture sainte désigne principalement l'Europe , non-seulement à cause du grand nombre d'îles qui existent entre elle et l'Asie , mais à cause de la péninsule que figure le contour de cette partie du monde. Les Arabes donnent encore aujourd'hui le nom d'îles aux pays qui sont en grande partie environnés par la mer.
C'est ainsi que les Grecs appelaient la Morée actuelle , l'île du Péloponèse.
Le prophète ajoute :
« Il lèvera son étendard parmi les nations; il réunira les fugitifs d'Israël , et il rassemblera des quatre coins de la terre ceux de Juda qui avaient été dispersés. »
Une sainte allégresse transporte Isaïe, annonçant aux Juifs leur future prospérité;
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«En ce jour-là , vous chanterez ce cantique: Je vous rends grâces , Seigneur, de ce que vous vousêtes mis en colère contre moi : votre fureur s'est apaisée , et vous m'avez consolé. Je sais que mon Dieu est mon Sauveur. J'agirai avec confiance, et je ne craindrai point, parce que le Seigneur est ma force et ma gloire, et qu'il est devenu mon salut. Vous puiserez avec joie des eaux des fontaines du Sauveur, et vous direz en ce jour-là: Chantez les louanges du Seigneur, et invoquez son nom ; publiez ses ouvrages parmi les peuples; souvenez-vous que son nom est grand. Chantez des hymnes au Seigneur, parce qu'il a fait des choses magnifiques; annoncez sa grandeur dans toute la terre. Maison de Sion , tressaillez de joie , et bénissez Dieu , parce que le Grand , le Saint d'Israël est au milieu de vous.» (Isaïe > xn.)
§ IX. — Suite a13 Isaïe,
La promesse du Messie et de la splendeur de son règne se trouve plusieurs fois répétée , tantôt sous le voile de l'allégorie, tantôt d'une manière simple et positive. Le grand nombre de ces répétitions me force même à un choix.
Tout au commencement de sa prophétie, Isaïe s'exprime en ces termes :
« Dans les derniers temps , la montagne sur laquelle se bâtira la maison du Seigneur sera fondée sur le haut des monts , elle s'élèvera au-dessus des collines.
Toutes les nations y accourront en foule , et plusieurs peuples y viendront en disant : Allons , montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob: il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion,et la parole du Seigneur, de Jérusalem. Il jugera les nations , et il convaincra d'erreurs plusieurs peuples, et ils forgeront de leurs épées des socs de charrue ; et de leurs lances , des faulx. Un peuple ne tirera plus l'épée contre un peuple; et ils ne s'exerceront plus à combattre Fun contre Vautre. Venez, ô maison de Jacob! marchons dans la lumière du Seigneur. » (Isaïe, 11, 2-5. )
Ailleurs le prophète dit de la Jérusalem mystique : « Il brisera sur cette montagne cette chaîne qui tenait liés tous les peuples. Il rompra cette toile que X ennemi avait ourdie, qui enveloppait toutes les nations. Il précipitera la mort pour jamais , et le Seigneur notre Dieu séchera les larmes de tous lès yeux , et il effacera de dessus la terre l'opprobre cle son peuple ; car c'est le Seigneur qui a parlé. Son peuple dira alors: « C'est là vraiment celui qui est notre Dieu ; nous l'avons attendu , et il nous sauvera : c'est lui qui est le Seigneur; nous l'avons attendu long-temps, et maintenant nous serons pleins d'allégresse, nous serons ravis de joie dans le salut qu'il nous donne. Car la puissance du Seigneur se reposera sur cette montagne. » ( Isaïe, xxv, 7-10.)
Après avoir menacé les ennemis de l'église de Dieu
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d'un terrible jugement , Isaïe voit en esprit les grâces qui afflueront dans celle de la nouvelle alliance :
« La terre, déserte et sans chemin, se réjouira; la solitude sera dans l'allégresse, et elle fleurira comme le lis. Elle poussera et elle germera de toutes parts , elle sera dans une effusion de joie et de louange : la gloire du Liban lui sera donnée ; la beauté du Carmel et de Saron. Ils verront eux-mêmes la gloire du Seigneur , et V éclat de la magnificence de notre Dieu. Fortifiez les mains languissantes, et soutenez les genoux tremblans. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage, ne craignez point : voici votre Dieu qui vient vous venger, et rendre aux hommes ce qu'ils méritent: Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles verront le jour, et les oreilles des sourds seront ouvertes. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée , parce que des sources d'eau sortiront de terre dans le désert , et que des torrens couleront dans la solitude. La terre qui était desséchée se changera en un étang , et celle qui brûlait de soif en des fontaines. Dans les cavernes où les dragons habitaient auparavant , on verra naître la verdure des roseaux et du jonc. Il y aura là un sentier, et une voie qui sera appelée la voie sainte ; celui qui est impur n'y passera point , et ce sera pour vous une voie droite , en sorte que les ignorans y marcheront sans s'égarer. Il n'y aura point là de lion, la bête farouche n'y montera point, et ne s'y trouvera point : ceux qui auront été
délivrés y marcheront ; ceux que le Seigneur aura rachetés , retourneront et viendront à Sion chantant ses louanges : ils seront couronnés d'une allégresse éternelle : le ravissement de leur joie ne les quittera points la douleur et les gémissemens en seront bannis pour jamais. » ( Isaïe , xxxv. )
« Consolez- vous , mon peuple , consolez-vous , dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et lui dites que ses maux sont finis , que ses iniquités lui sont par* données, et qu'elle a reçu de la main du Seigneur une double grâce pour l 'expiation de ses péchés. On a entendu la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez la voie du Seigneur, rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu. Toutes les vallées seront comblées : toutes les montagnes et les collines seront abaissées; les chemins tortus seront redressés, ceux qui étaient raboteux seront aplanis; et la gloire tlu Seigneur se manifestera , et toute chair verra en même temps que c'est la bouche du Seigneur qui a parlé. Une voix m'a dit : Criez. Et j'ai dit : Que crie* rai-je ? Toute chair n'est que de l'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs. L'herbe s'est séchée, et la fleur est tombée, parce que le Seigneur l'a frappée de son souffle. Le peuple est vraiment de l'herbe; l'herbe se sèche, et la fleur tombe; mais la parole du Seigneur demeure éternellement. Montes sur une haute montagne , vous qui annoncez l'Evan* giîe à Sion; élevez votre voix avec force, vous qui annoncez l'Évangile à Jérusalem ; élevez-la , ne cra* »
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gnez point. Dites aux villes de Juda : voici votre Dieu* Voici le Seigneur votre Dieu qui vient dans Tsa puissance, il dominera par la force de son bras; il porte avec lui ses récompenses , et il tient entre ses mains le prix des travaux. Il mènera son troupeau dans les pâturages comme un pasteur qui paît ses brebis; il rassemblera par la force de son bras les petits agneaux, et il les prendra dans son sein; il portera lui-même les brebis qui seront pleines. Qui est celui qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main ? et qui , la tenant étendue, a pesé les cieux ? Qui soutient de trois doigts toute la masse de la terre? Qui pèse les montagnes, et met les collines dans la balance? Qui a aidé l'esprit du Scigneur?Qui lui a donné conseil? Qui lui a appris ce qu'il devait faire? Qui a-t-il consulté? Qui l'a instruit? Qui lui a montré le sentier de la justice? Qui lui a donné le don de science? Qui lui a ouvert le chemin de la sagesse? Toutesles nations ne sont devant lui que comme une goutte d'eau qui tombe d'un seau , et comme ce petit grain qui donne à peine la moindre inclination à la balance ; toutes les \ les sont devant ses yeux comme un petit grain de poussière. Tout ce que le Liban a d'arbres ne suffirait pas pour allumer le feu du sacrifice qui lui est dû\ et tout ce qu'il a d'animaux serait trop peu pour être un holocauste digne de lui.Tous les peuples du monde sont devant lui comme s'ils n'étaient point , et il les regarde comme un vide et comme un néant.... C'est lui qui soutient ceux qui sont las, et qui remplit de force et de vigueur ceux qui étaient
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tombes dans la défaillance. La fleur de l'âge se lasse et succombe au travail , et la vigueur de la jeunesse a ses affaiblissemens. Mais ceux qui espèrent au Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles; ils prendront des ailes, et ils voleront comme l'aigle; ils courront sans se fatiguer, et ils marcheront sans qu'ils se lassent. » ( Isaïe , xl. )
a Voici mon serviteur dont je prendrai la défense; voici mon élu dans lequel mon âme a mis toute son affection; je répandrai mon esprit sur lui, et il rendra justice aux nations. Il ne criera point, il n'aura point d'égard aux personnes , et on n'entendra point sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé , et il n'éteindra point la mèche qui fume encore : il jugera dans la vérité. Il ne sera point triste ni précipité, jusqu'à ce qu'il exerce son jugement sur la terre ; et les nations attendront sa loi. Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu, qui a créé et qui a étendu les cieux; qui a affermi la terre, et qui en a fait sortir toutes les plantes ; qui donne le souffle et la respiration au peuple qui la remplit , et la vie à ceux qui marchent. Je suis le Seigneur qui vous ai appelé dans la justice , qui vous ai pris par la main et vous ai conservé ; qui vous ai établi pour être le réconciliateur du peuple et la lumière des nations , pour ouvrir les yeux des aveugles , pour tirer des fers ceux qui étaient enchaînés , et pour faire sortir de prison ceux qui étaient assis dans les ténèbres, » { Isaïe y xlii , 1-7. )
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« Ci eux, envoyez d'en haut votre rosée, et que les nuées fassent descendre le Juste comme une pluie ; que la terre s'ouvre , et qu'elle germe le Sauveur , et que la justice naisse en même temps. Je suis le Seigneur qui Tai créée. » ( lsaïe3 xlv, 8. )
§ X. — Isaïe. — Souffrance de J.-C. — Grandeur de l* Eglise.
Le cinquante -troisième chapitre contient Tune des prédictions du Messie, les plus frappantes et les plus connues :
« Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche : il est sans beauté et sans éclat ; nous l'avons vu , et il n'avait rien qui attirât l'œil , et nous l'avons méconnu. Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché. Il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs : nous l'avons considéré comme un lépreux , comme un homme frappé de Dieu et humilié. Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités , il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous
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étions tous égarés comme des brebis errantes y chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie, et Dieu l'a chargé \mseul de l'iniquité de nous tous. Il a été offert, parce que lui-même l'a voulu, et il n'a point ouvert la bouche : il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger , il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche , comme un agneau est muet devant celui qui le tond. Il est mort au milieu des douleurs , ayant été condamné par des juges. Qui racontera sa génération ? car il a été retranché de la terre des vivans. Je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple. Et il donnera les impies pour le prix de sa sépulture, et les riches pour la récompense de sa mort; parce qu'il n'a point commis d'iniquité, et que le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Mais le Seigneur l'a voulu briser dans son infirmité. S'il livre son âme pour le péché, il verra sa race durer long-temps , et la volonté de Dieu s'exécutera heureusement par sa conduite. Il verra le fruit de ce que son âme aura souffert , et il en sera rassasié. Comme mon serviteur est juste, il justifiera par sa doctrine un grand nombre d'hommes , et il portera sur lui leurs iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai pour partage une grande multitude de personnes , et il distribuera les dépouilles des forts ; parce qu'il a livré son âme à la mort , et qu'il a été mis au nombre des scélérats ; qu'iji a porté les péchés de plusieurs , et qu'il a prié pouf les violateurs de la loi. » ( Isaïe, lui.) Aussitôt après cette description de l'homme de
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douleurs , qui se charge du poids de nos souffrances, et la promesse qui lui est faite « parce qu'il s'est livré à la mort » , Isaïe élève un cri de joie à l'aspect de la vaste communauté dans le sein de laquelle se réunissent toutes les nations :
« Réjouissez - vous , stérile qui n'enfantiez point ; chantez des cantiques de louanges, et poussez des cris de joie , vous qui n'aviez point d'enfans, parce que celle qui était abandonnée, a maintenant plus d'enfans que celle qui avait un mari, dit le Seigneur. Prenez un lieu plus grand pour dresser vos tentes; étendez le plus que vous pourrez les peaux qui les couvrent; rendez-cn les cordages plus longs, et les pieux bien affermis. Vous vous étendrez à droite et à gauche. Votre postérité aura les nations pour héritage, et elle habitera les villes désertes. Ne craignez point, vous ne serez point confondue , vous ne rougirez point. Il ne vous restera plus de sujet de honte, parce que vous oublierez la confusion de votre jeunesse, et vous perdrez le souvenir de l'opprobre de votre veuvage; car, celui qui vous a créée vous dominera. Son nom est le Seigneur des armées ; et le saint d'Israël qui vous rachètera , s'appellera le Dieu de toute la terre. Car le Seigneur vous a appelée à lui comme une femme qui était abandonnée, dont l'esprit était dans la douleur; comme une femme qui a été répudiée dès sa jeunesse, dit votre Dieu. Je vous ai abandonnée pour un peu de temps et pour un moment, et je vous rassemblerai par une grande miséricorde. J'ai
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détourné mon visage de vous pour un moment, dans le temps de ma colère; mais je vous ai regardée ensuite avec une compassion qui ne finira jamais, dit le Seigneur qui vous a rachetée. J'ai fait pour vous ce que je fis au temps de Noé. Comme j'ai juré à Noé de ne répandre plus sur la terre les eaux du déluge; ainsi f j'ai juré de ne me mettre plus en colère contre vous, et de ne vous plus faire de reproches. Car les montagnes seront ébranlées, et les collines trembleront : mais ma miséricorde ne se retirera point de vous , et l'alliance par laquelle je fais la paix avec vous, ne sera jamais ébranlée, dit le Seigneur qui a pour vous une tendresse de compassion.» (Is., liv, i-io.)
§ XI. — Isaïe. — Grandeur de F Eglise.
Eclairé par l'esprit de Dieu , le prophète voit son Eglise briller de toute sa gloire : *
« Levez-vous , Jérusalem , recevez la lumière : car voilà que votre lumière est venue, et que la gloire du Seigneur s'est levée sur vous. Oui , les ténèbres couvriront la terre , et une nuit sombre enveloppera les peuples, mais le Seigneur se lèvera sur vous, et l'on verra sa gloire éclater au milieu de vous. Les nations marcheront à la faveur de votre lumière, et les rois à la splendeur qui se lèvera sur vous. Levez vos yeux et regardez autour de vous : tous ceux que vous voyez assemblés ici , viennent pour vous ; vos fils viendront de bien loin, et vos filles viendront vous trouver de
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tous cotes. Alors vous verrez, vous serez dans une abondance de joie, votre cœur s'étonnera et se répandra hors de lui-même, lorsque vous serez comblée des richesses de la mer, et que tout ce qu'il y a de grand dans les nations, viendra se donner à vous. Vous serez inondée par une foule de chameaux, par les dromadaires de Madian et d'Epha. Tous viendront de Saba vous apporter de l'or et de l'encens, et publier les louanges du Seigneur. Tous les troupeaux de Cédar se rassembleront dans vous; les béliers de INabajoth seront employés pour votre service : on me les offrira sur mon autel comme des hosties agréables,, et je remplirai de gloire la maison de ma majesté* Qui sont ceux-ci qui sont emportés en l'air comme des nuées, et qui volent comme des colombes lorsqu'elles retournent à leurs colombiers ? Car les îles m'attendent, et il y a déjà long -temps que les vaisseaux sont prêts sur la mer, pour faire venir vos enfans de loin, pour apporter avec eux leur argent et leur or, et le consacrer au nom du Seigneur votre Dieu, et du saint d'Israël qui vous a glorifié. Les enfans des étrangers bâtiront vos murailles , et leurs rois vous rendront service ; parce que je vous ai frappée dans mon indignation, et que je vous ai fait miséricorde en me réconciliant avec vous. Vos portes seront toujours ouvertes; elles ne seront fermées ni jour ni nuit , afin qu'on vous apporte les richesses des nations, et qu'on vous amène leurs rois : car le peuple, et le royaume qui ne vous sera point assujéti?
périront, et je ferai de ces nations un effroyable désert. La gloire du Liban viendra dans vous; 1q sapin, le buis, et le pin serviront ensemble pour l'ornement de mon sanctuaire ; et je glorifierai le lieu où mes pieds se seront reposés. Les enfans de ceux qui vous avaient humiliée , viendront se prosterner devant vous, et tous ceux qui vous décriaient, adoreront les traces de vos pas, et vous appelleront la cité du Seigneur, la Sion du saint d'Israël; parce que vous avez été abandonnée et exposée à la haine , et qu'il n'y avait personne qui passât jusqu'à vous, je vous établirai dans une gloire qui ne finira jamais, et dans une joie qui durera dans la succession de tous les âges. Vous sucerez le lait des nations , vous serez nourrie de la mamelle des rois , et vous connaîtrez que je suis le Seigneur qui vous sauve, et le fort de Jacob qui vous rachète. Je vous donnerai de l'or au lieu d'airain , de l'airain au lieu de bois , et du fer au lieu de pierres. Je ferai que la paix régnera sur vous 2 et que la justice vous gouvernera. On n'entendra plus parler de violence dans votre territoire, ni de destruction et d'oppression dans toutes vos terres ; le salut environnera vos murailles, et les louanges re^ tendront à vos portes. Vous n'aurez plus le soleil pour vous éclairer pendant le jour, et la clarté de la lune ne luira plus sur vous ; mais le Seigneur deviendra lui-même votre lumière éternelle, et Dieu sera votre gloire. Votre soleil ne se couchera plus , et votre lune ne souffrira plus de diminution; parce que
ao8 DOCTRINE le Seigneur sera votre flambeau éternel, et que les jours de vos larmes seront finis. Tout votre peuple sera un peuple de justes; ils posséderont la terre pour toujours, parce qu'ils seront les rejetons que j'ai plantés; les ouvrages que ma main a faits pour me rendre gloire. Mille sortiront du moindre d'entre eux, et du plus petit tout un grand peuple. Je suis le Seigneur, et c'est moi qui ferai tout d'un coup ces merveilles quand le temps en sera venu, a (Is.> lx. )
§ XII. — Z a charte.
Au nombre des prophéties de Zacharie s'en trouvent plusieurs qui regardent spécialement le Christ , outre la fameuse prédiction : Je m'en vais faire venir V Orient qui est mon serviteur , ou bien : « Le soleil « levant nous a visité d'en haut, pour éclairer ceux « qui étaient ensevelis dans les ténèbres et dans l'om- « bre de la mort. »
«Fille de Sion, soyez comblée de joie, fille de Jérusalem , poussez des cris d'allégresse : V^oici votre roi qui vient à vous , ce roi juste qui est le Sauveur : il est pauvre , et il est monté sur une ânesse et sur le poulain de l'ânesse....Sa puissance s'étendra depuis une mer jusqu'à l'autre mer , et depuis le fleuve jusques aux extrémités du monde. C'est vous aussi qui , par le sang de votre alliance , avez fait sortir les captifs du fond du lac qui était sans eau. » [Xdch. , ix , 9-1 1.)
Il prédit qu'on évaluerait le Seigneur à trente pièces d'argent, et que cette somme retournerait à un potier.
Jésus allant, après la Cène, à la montagne des Oliviers , suivi de ses disciples , prévoyant sa passion prochaine et l'abandon où ceux-ci le laisseraient, leur dit : « Je vous serai à tous cette nuit une occasion de scandale ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur ? et les brebis du troupeau seront dispersées. » (Math., xxvi , 3 1 . )
De même Zacharie prophétisa : «Oépéeî réveille» toi ; viens contre mon pasteur, contre l'homme qui se tient toujours attaché à moi , dit le Seigneur des armées; frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées ; et j'étendrai ma main sur les petits. y>\Zach., xiii , 7.)
Il voit en esprit les mains du Christ percées par des clous : « Alors on lui dira : D'oii viennent ces plaies que vous avez au milieu de vos mains ? Et il répondra : J'ai été percé de ces plaies dans la maison de ceux qui m'aimaient. »( Zach., xiii, 6.)
Il voit encore la blessure faite au coté du Sauveur avec la lance , et en même temps, l'effusion du Saint- Esprit qui, aussitôt après la mort et l'ascension de Jésus-Christ , descendit parmi les Israélites , avant de vivifier les autres nations : « Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitans de Jérusalem un esprit de grâce et de prières : ils jetteront les yeux sur moi qu'ils auront percé de plaies; ils pleureront avec larmes et avec soupirs celui qu'ils autant blessé, comme on pleure un fils unique, et ils seront pénétrés de douleur comme on Test à la mort d'un fils aîné. En ce temps-là il y aura un grand deuil dans Jérusalem ,
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tel que fut celui de la ville d'Adadremmon dans la plaine de Mageddon. 0 ( Zach., xn, 10-11. )
§ XIII. — Malachie.
De plaintes touchantes sur les crimes de ses contemporains, le prophète Malachie s'élève à la consolante vision d'une prochaine délivrance.
Il reproche à ses contemporains de présenter des offrandes défectueuses ; de fouler ainsi aux pieds le respect qu'ils doivent au dieu qu'ils prétendent honorer par leurs sacrifices.
«Mon affection n'est point en vous , dit le Seigneur des armées et je ne recevrai point de présens de votre main. Car, depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et l'on me sacrifie en tout lieu, et l'on offre à mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. y>(Mal.y 1, 10 , 11.)
Avec quelle clarté le prophète ne désigne-t-il point ici la divine oblation de la loi nouvelle , oblation offerte dans les deux hémisphères sur les autels du Seigneur !
§ XIY. — Daniel.
Daniel , prophète qu'éclairait l'esprit de Dieu , dit du futur Messie :
« Lors, dis -je, que je n'avais pas encore achevé les paroles de ma prière, Gabriel que j'avais vu au commencement dans la vision, vola tout d'un coup à
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moi, et me toucha au temps du sacrifice du soir. Il m'instruisit , il me parla et me dit : Daniel ,je suis venu maintenant pour vous enseigner et pour vous donner l'intelligence. Dès le commencement de votre prière j'ai reçu cet ordre, et suis venu pour vous découvrir toutes choses, parce que vous êtes un homme rempli de désirs. Soyez donc attentif à ce que je vais vous dire, et comprenez cette vision. Dieu a abrégé et fixé les temps à soixante-dix semaines en faveur de votre peuple et de votre ville sainte, afin que ses prévarications soient abolies , que le péché trouve sa fin , que l'iniquité soit effacée, que la justice éternelle vienne sur la terre, que les visions et les prophéties soient accomplies, et que le Saint des saints soit oint de l'huile sacrée. Sachez donc ceci , et gravez-le dans votre esprit : Depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu'au Christ chef de mon peuple, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines ; et les places et les murailles de la ville seront bâties de nouveau parmi des temps fâcheux et difficiles. Et après soixante-deux semaines, le Christ sera mis à mort, et le peuple qui le doit renoncer ne sera point son peuple. Un peuple avec son chef, qui doit venir, détruira la ville et le sanctuaire : elle finira par une ruine entière, et la désolation qui lui a été prédite arrivera après la fin de la guerre. Il confirmera son alliance avec plusieurs dans une semaine, et à moitié de la semaine, les hosties et les sacrifices seront abolis, l'abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation du
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rera jusqu'à la consommation et jusqu'à la fin. »(Daniel, ix? 2 1-27. )
La mention expresse qui est faite du Messie, et plus encore , les traits sous lesquels il est désigné dans cette prédiction , prouvent si évidemment qu'il y est parlé du Christ , dont l'existence était un événement futur relativement à l'époque de cette prophétie , qu'à cet égard l'incrédulité est réduite au silence. Or, n'est-ce pas celui que, depuis dix-huit cents ans, les chrétiens de toutes les parties du globe révèrent comme l'être qui , par sa mystérieuse incarnation , fit partie du peuple d'Israël, qui vécut et mourut dans la cité sainte , qui mit fin au péché , qui expia l'iniquité, qui ramena l'éternelle justice, qui seul est saint, qui , Dieu lui-même , reçut , de préférence à tous ceux auxquels l'assimilait l'humanité , l'onction de son Dieu ?
Voyons maintenant comme l'esprit du Seigneur détermine d'avance l'époque de son apparition , de sa mort expiatoire.
Il est inutile d'avertir que le mot semaines ne se prend pas ici dans son acception ordinaire; toutefois, le sens dans lequel il faut l'interpréter n'est point étranger aux Hébreux. Ils appellent sabbat , nonseulement le septième jour, mais encore la semaine. De même que leurs semaines se composent de sept jours, dont le dernier est celui du sabbat, de même ils célébraient tous les sept ans une année sabbatique , la consacrant au repos et à l'absence de tout travail.
L'année sabbatique se nomme semaine d'années.
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Soixante-dix semaines d'années, c'est-à-dire sept fois soixante-dix ans , font quatre cent quatre-vingtdix ans.
Cette série aboutit, suivant la prédiction, à la mort du Messie. Elle commence à partir d'un décret qui a dû être donné pour relever Jérusalem , quoique dans des temps fâcheux.
Deux ans après cette vision, Cyrus permit aux Juifs de retourner dans leur patrie.
Cette permission mit fin à la captivité de soixantedix ans, prédite par Jérémie, mais elle n'est pas le point de départ des semaines d'années de Daniel. Entre la délivrance des Juifs par Cyrus et la mort de J.-C. , il s'écoula cinq cent soixante-neuf ans.
Aussi Daniel ne parle-t-il point du retour qu'autorisa Cyrus. Cette circonstance importante, arrivée deux ans après sa prophétie , il ne l'aurait pas indiquée en disant : « Depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem ». Il s'agit donc d'un décret rendu postérieurement, par un roi favorable aux Israélites.
Le premier émane de Darius, fils d'Hystaspe; le second d'Artaxerxès , dans la septième année de son règne; le troisième du même roi Artaxerxès-Longue- Main, après vingt ans de domination.
La prophétie fait allusion au second de ces décrets; car , en calculant depuis cette époque , la mort du Sauveur tombe précisément dans la quatre - vingtdixième année. La septième du règne d'Artaxerxès- Longue-Main précède de quatre cent soixante-six
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ans, la naissance du Sauveur. J.-C. mourut la trentequatrième année de son âge, par conséquent, l'an quatre cent quatre-vingt-dix, à partir de la septième année du règne d'Artaxerxès.
L'expression c< rebâtir Jérusalem » , qu'emploie le poète, ne doit pas s'entendre dans le sens que ce rétablissement n'a point précédé l'émission du décret , ni indiquer la reconstruction du temple , qui était déjà consacré vingt-deux ans après le retour qu'autorisa Cyrus; elle se rapporte, tant à l'achèvement de la ville au moyen des murailles et des fossés que Néhémie obtint la permission de rétablir, qu'aux arrangemens relatifs à l'intérieur de la cité et du temple. Le sens étendu du mot « rebâtir » ne peut nous étonner, puisque l'expression hébraïque, traduite en grec, puis dans nos langues modernes, a dû perdre beaucoup de sa précision après tant de métamorphoses.
Depuis le décret rendu par Artaxerxès - Longue- Main, la septième année de son règne , jusqu'à la dernière réforme qu'opéra Néhémie , il s'écoula juste quarante-neuf ans, qui remplissent les sept premières semaines d'années consacrées à rebâtir Jérusalem , malgré la difficulté du temps; car si, d'une main, les Juifs hâtaient ce travail , de l'autre ils tenaient le glaive destiné à repousser leurs ennemis.
A partir de ces sept semaines , devaient s'en écouler soixante-deux jusqu'à J.-C, c'est-à-dire, jusqu'à la soixante-dixième et dernière semaine , pendant la-
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quelle il cimenterait, avec un grand nombre, l'éternelle alliance que Dieu contracterait, par son entremise, avec le genre humain qu'il allait racheter. Cette confirmation date de saint Jean - Baptiste. Aussi le Christ a-t-il dit lui-même que la loi et les Prophètes avaient prophétisé jusqu'à Jean, mais que depuis lors le royaume de Dieu ne serait plus annoncé que par l'Evangile , et que chacun y voudrait pénétrer. Il paraît donc que les soixante-neuf semaines qui précèdent la soixante-dixième, pendant laquelle le Christ devait cimenter l'alliance, s'arrêtent à l'époque où Jean baptisait et prêchait le baptême de pénitence.
Suivant les apparences, c'est trente-six ans après la mort de J.-C. que cessèrent les sacrifices et les victimes, alors que la ville et le sanctuaire furent détruits par le peuple et le chef dont la venue était prédite; mais déjà n'existaient plus ni sacrifices légitimes ni victimes efficaces. Le sacrifice de l'ancienne alliance n'était que l'image du sacrifice immense que devait consommer sur la croix le Christ , grand-prêtre éternel, victime d'un mérite infini.
J.-C. lui-même rapporte la prophétie de Daniel, relative a la destruction de la cité et du lieu saint.
Les Juifs, et cette observation n'est pas sans importance, avaient calculé avec la même exactitude les semaines d'années et leur accomplissement : c'est ce qui justifie l'attente et les grandes espérances du peuple, vers l'époque où parut le Messie.
DOCTRINE
§ XV. — Jérémie. — Ezechiel.
Le prophète Jérémie annonce en ces mots l'incarnation du fils de Dieu : « Car le Seigneur a créé sur « la terre un nouveau prodige : Une femme enviai ronner a un homme (Jér. , xxxi, 22 ) »; c'est-àdire qu'elle portera dans son sein un enfant qui, dès l'époque de sa naissance, sera un homme accompli, comparable au premier de tous les hommes.
Ezechiel parle du Messie en ces termes : « C'est pourquoi voici ce que le Seigneur votre Dieu vous dit... Je sauverai mon troupeau, il ne sera plus exposé en proie, et je jugerai entre les brebis et les brebis. Je susciterai sur elles le pasteur unique pour les paître, David (le bien-aimé), mon serviteur : lui-même aura soin de les paître, et il leur tiendra lui-même lieu de pasteur. Mais, moi qui suis le Seigneur, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera au milieu d'elles comme leur prince.» (Ezéch.yiLxxi^^ 20, 22-24.)
Ailleurs le prophète dit : « Ils seront mon peuple , et je serai leur Dieu. Mon serviteur David régnera sur eux; ils n'auront plus tous qu'un seul pasteur... et mon serviteur David sera leur prince dans la succession de tous les âges. » ( Ezéch., xxxvn, 23, 25.)
Le lecteur attentif des Saintes-Ecritures a nécessairement remarqué qu'il s'y rencontre plusieurs personnages emblématiques , c'est-à-dire qui , tant par la nature de leurs fonctions, que par la manière remarquable dont ils les remplissent, et par les circon-
stances extraordinaires de leur vie, sont l'image de Jésus-Christ.
Selon moi, au nombre de ces personnages se trouvent Melchisedech , Joseph , Josué et Salomon. Il faut y joindre David. Leurs noms étaient également emblématiques. Melchisedech , expression équivalente à roi de justice, régnait à Salem, mot qui signifie paix. En sa double qualité de roi et de prêtre, il était la figure de J.-C. Josué, qui s'appelait Osée ou Hosea , par une prévoyance toute prophétique de Moïse, reçut de lui ce nouveau nom, qui est identique à celui de Jésus. Salomon veut dire pacifique, et Dieu ordonna à David, avant la naissance de son fils, de l'appeler ainsi.
Par cette destination allégorique, Dieu honorait ces personnages, puisqu'il établissait un rapport entre eux et un être infiniment plus élevé ; tel était toutefois l'éclat dont il les environnait, qu'il demeurait évident que leur gloire leur appartenait moins qu'au type éternel dont ils étaient l'image. D'ailleurs, une foule de choses qui leur furent annoncées restent vides de sens , quand on ne les applique point à celui qui les réalisa et les accomplit.
§ XVI. — Concours de tous les Prophètes.
Tous les Prophètes enfin parlent d'un unique rédempteur. Ils le dépeignent comme un être miraculeux, ils le nommaient Dieu fort, Dieu avec nous, le fils du Très-Haut , le Bien-Aimé en qui Dieu a mis toutes ses complaisances, le Seigneur qui nous rame-
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nera la justice, le Saint des saints, l'oint du Seigneur, la Bénédiction et le Rédempteur du genre humain ; le Prince de la paix, qui apportera aux hommes une paix éternelle; le grand Roi ^descendant de David, dont le règne s'étendra sur l'univers entier, et se prolongera dans l'éternité, auquel seront assujéties toutes les nations, devant qui tous les rois de la terre fléchiront les genoux.
Ils prédisaient les moindres circonstances de sa vie, comme nous avons eu souvent occasion de le remarquer. Et, pour en rappeler un exemple, c'est ainsi que le prophète Michce désigne jusqu'au lieu de sa naissance : « Et vous, Bethléem, appelée Ephrata, vous êtes petite entre les villes de Juda ; mais c'est de vous que sortira celui qui doit régner dans Israël, dont la génération est dès le commencement et dès l'éternité ! »
L'époque à laquelle devait paraître le rédempteur du genre humain, était enfin venue. Le sceptre fut arraché au peuple d'Israël, il languissait sous une domination étrangère.
Non-seulement Israël, mais l'univers entier avait besoin d'un rédempteur qui le sauvât de l'erreur, du crime , de la misère.
Non-seulement Israël, mais une foule de nations à qui les promesses de Dieu étaient connues, se tournaient vers lui, attendant avec une impatiente ardeur le Juste et le Saint des saints.